‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 30 sur 57 · L'HYPNOTISME · texte numérisé non relu

L'HYPNOTISME

On a annoncé dernièrement des séances d'hypnotisme qui devaient avoir lieu à Montréal. Ces séances sont commencées; les journaux en publient les comptes rendus et y convient le peuple. "L'hilarité, disent-ils, a été g"énérale pendant toute la soirée. Le professeur a réussi à contrôler tous les sujets."

Nous trouvons fort reg-rettable l'accueil fait à de pareilles expériences que la saine morale réprouve et qui offrent les plus graves dang^ers.

L'hypnotisme est à l'ordre du jour; il est de la part des médecins l'objet de bien des études.

On l'a défini "un ensemble de procédés destinés à provoquer dans le corps humain des phénomènes insolites dérivant d'un état particulier du système nerveux." C'est constater des faits, ce n'est pas les expliquer ni en indiquer les causes. En vérité nous sommes dans le plus profond mystère, et tous les hypnotiseurs en font l'aveu.

Les phénomènes insolites en question ne peuvent se nier; insensibilité produite sur les sujets, sug"g-estions de toutes sortes, impressions les plus diverses éprouvées par l'hypnotisé, au g"ré de l'hypnotiseur, influence absolue de celui-ci sur celui-là; perte apparente et complète du libre arbitre; exaltation de l'esprit, hallucinations, contractions musculaires; paralysie des sens, tout cela se produit chaque jour dans des hôpitaux, dans des séances publiques, en présence de témoins nombreux et est minutieusement raconté par les journaux et les revues.

Des médecins ont recours à l'hypnotisme pour guérir des maladies; il se rencontre des hommes qui s'en servent comme moyen lucratif; certains savants se contentent de s'étonner et cherchent avec patience la solution de ces problêmes, d'autres, et ils sont malheureusement assez nombreux aujourd'hui, s'autorisent de ces faits merveilleux pour attaquer les doctrines spiritualistes et jeter du discrédit sur la révélation.

Voilà où nous en sommes. L'Eglise ne s'est point prononcée; mais il y a dans cette matière des règles de prudence et de saine morale qu'il n'est permis à personne d'oublier.

Faire de l'hypnotisme un amusement; encourager ces ex

périences qui ne vont ni plus ni moins qu'à faire de l'homme un automate, et qui créent une perturbation complète dans son org-anisme est non-seulement un acte de curiosité malsaine, c'est un oubli de sa propre dig-nité, c'est une honte, et dans bien des cas un crime.

La liberté est un bien trop précieux pour la sacrifier de gaieté de cœur. Or, le sujet qui s'abandonne à l'action de l'hypnotiseur, consent d'avance à être dépouillé de son libre arbitre, à s'exposer à mille périls, à faire des actes ridicules et même coupables. C'est comme s'il lui disait: "Vous avez des procédés magiques que vous n'expliquez pas et que j'explique encore moins que vous, mais ils produisent des faits étranges, exercez-les sur moi. Vous demandez un sujet: je m'ofEre; soyez mon maître, je me livre à vous, avec mes sens, ma conscience, ma volonté; demandez-moi ensuite tout ce que vous voudrez. J'irai à l'endroit que vous m'indiquerez; vous produirez en moi les sensations qu'il vous plaira; je ne ferai que ce que vous me prescrirez de faire, je n'aurai d'autre vouloir que le vôtre.

N'y a-t-il pas dans le seul fait de se livrer ainsi à un autre homme une véritable immoralité. Supposons maintenant des desseins pervers chez l'hypnotiseur, et nous voyons jusqu'où peut aller cet oubli de la dignité personnelle.

Car, sachons-le bien, nous le disons après de très graves autorités qui ont parlé en s'appuyant sur des faits bien constatés: il n'est point d'acte honteux ou criminel que ne puisse commettre l'hypnotisé, si cet acte lui est ordonné. Oui, véritablement, "l'hypnotisé est un homme qui a signé un billet en blanc et l'a ensuite mis en une main inconnue, et sur cette feuille, celui à qui elle a été remise peut écrire tout mal, toute honte, tout méfait."

Voilà surtout, il nous semble ce que toute personne sérieuse doit considérer dans l'hypnotisme; voilà ce qui sufi&t à en faire voir les terribles conséquences.

La question est trop grave pour qu'on écoute la voix d'une vaine curiosité.

C'est après avoir pesé cette raison fondamentale de moralité qu'il y a quelques années, le conseil supérieur de santé réuni à Rome, sig-nait la résolution suivante: "S'élevant enfin

à la question éthico-juridique, et considérant que la protection de la liberté ne peut permettre que la conscience humaine soit abolie par des pratiques génératrices des faits psycbico-morbides dans les personnes prédisposées, on aurait dû. dire dans, toutes les personnes, de manière à rendre un homme esclave d'un autre, sans qu'il ait connaissance du mal qu'il peut subir ou produire: le Conseil est d'avis que les spectacles d'hypnotisme en réunions publiques doivent être prohibés."

Mais ce n'est pas tout. Est-il possible que de telles perturbations dans l'org-anisme, que ce trouble produit dans les facultés ne soient pas dans bien des cas fort nuisibles à la santé du sujet?

Les fauteurs de l'hypnotisme eux-mêmes sont les premiers à en convenir. "Ce n'est pas, dit l'un d'eux, un simple et innocent divertissement pour une personne susceptible d'entrer dans l'état hypnotique, de se soumettre fréquemment aux pratiques magnétiques . . . Beaucoup d'accidents, quelquefois irrémédiables, ont été causés par l'inexpérience du magnétiseur. Pendant le sommeil hypnotique, un somnambule peut être frappé par un accident fortuit, et indépendant du magnétiseur, et si on n'en neutralise pas tous les effets, il peut se produire une congestion célébrale. Quand on opère sur une personne qui n'a pas fini sa digestion, spécialement si elle est affectée d'embarras gastrique, la congestion suivie de mort peut se produire facilement."

Il serait facile de multiplier ces témoignages. Ce que nous avons dit nous paraît plus que suffisant pour faire voir dans une séance d'hypnotisme autre chose qu'une innocente récréation.

bS RÉMINISCENCES ET MÉMOIRES.

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