‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 31 sur 57 · Chapitre XII · texte numérisé non relu

Chapitre XII

1848-1849. Raisons qui engagèrent le Père Ravoux X ÉCRIRE SIX Conférences sur les sujets les plus importants DE LA religion ET LES PRINCIPAUX DEVOIRS DE l'homme — C'ÉTAIT AFIN DE RÉPONDRE À DIFFÉrentes attaques des a.thées, des infidèles, des Protestants et des Mauvais Catholiques; c'était afin de convaincre tout homme raisonnable, qu'il faut actuellement travailler à notre salut éter- NEL— Sujets: (l) Dieu; (2) La Religion Chrétienne; (3) L'Eglise Catholique; (4) La Pensée de la Mort, source de lumière; (5) Le Dernier Jugement et l'Eternité; (6j La Sainte Vierge, la Mère de Jésus, LA MÈRE DE Dieu, parce que Jésus est Dieu. Elle EST LE Refuge des Pécheurs — Sa Grandeur — Sa Puissance — Sa Bonté — De là, notre Dévotion à Marie.

Bien que je fusse toujours content de la mission confiée à mes soins par la Divine Providence, le chemin que j'avais à parcourir n'était pas toujours parsemé de fleurs. Parmi les Catholiques, il y en avait dont la conduite était loin d'être édifiante pour leur prochain. Des ministres protestants et bien d'autres de leurs sectes, ennemis de l'Eglise Catholique, tâchaient de l'avilir par leurs discours; des infidèles et même des athées étaient tout autour de nous, et de temps en temps vomissaient leur poison mortel. Mon petit troupeau était dispersé. Mendota, Fort Snelling-, St-Paul, St-Antoine etWabasha étaient les principales localités où vivaient plusieurs familles catholiques. Quelques autres étaient répandues le long^ de la rivière St-Pierre (aujourd'hui la rivière Minnesota) jusqu'au lac Travers; quelques autres dans le haut du Mississipi et sur les bords du lac Ste-Croix, etc. Ils parlaient quatre

lang-ues différentes; le Français, l'Anglais, le Sioux et le Sauteux. Que faire pour les instruire? Comment les préserver des attaques du Vieux Serpent, et de ses satellites qui les entouraient, et qui par leurs paroles, et en leur donnant des livres contenant des mensong^es diaboliques essayaient de les entraîner dans le chemin de la perdition? Il me vint alors à l'esprit la bonne pensée d'écrire et de faire imprimer quelques instructions qui seraient très utiles aux Catholiques, et à plusieurs autres qui avaient des idées bien fausses sur le Christianisme en g-énéral et en particulier sur les dog^mes de l'Eg-lise Catholique. Après avoir réfléchi sur ce sujet en présence de Dieu, je mis la main à l'œuvre, et pendant l'hiver de 1848 et 1849 j'écrivis six conférences ou instructions qui furent imprimées à Dubuque pendant le printemps de 1849, et qui parurent plus tard avec quelques altérations dans le Northwestern Chronicle -publié à St-Paul, Capitale du Minnesota.

Il convient que je parle ici de certaines conversations ou discussions que j'eus dans les commencements de ma mission avec des Athées, des Infidèles, des Protestants, et de mauvais Catholiques, afin de faire comprendre à mes lecteurs l'état des choses et ma position comme missionnaire,.au milieu d'un petit troupeau bien dispersé.

Conversation ou plutôt discussion avec un athée. Je pensais qu'il était catholique, mais très indifférent à pratiquer les commandements de l'Eg^lise, parce qu'il venait rarement à la messe le Dimanche. C'était un homme respectable et un de mes amis; et je me considérai oblig"é par mon devoir de missionnaire de le ramener dans le chemin du salut. Mais je fus grandement surpris, lorsque dans une conversation avec lui dans sa maison, il nia même l'existence de Dieu.

Voici à peu près la discussion que nous eûmes en cette circonstance: Je suis peiné, M. M., de vous voir si rarement à l'église le Dimanche; vous oubliez trop votre devoir de chrétien, vous devriez être plus soigneux, plus vigilant sur votre salut éternel, car nous ne savons pas si nous avons longtemps à vivre; et comme vous ne l'ignorez pas, après la mort le jugement, l'éternité. Comme ami et encore plus comme prêtre, il est de mon devoir de vous solliciter d'être présent au service divin les jours de Dimanche. "■

70 RéMINISCENCES ET MÉMOIRES.

M. M., répondit: "Je suis très content de voir la foule qui rentre dans la chapelle le Dimanche et d'autres qui se tiennent pieusement tout autour durant la messe, mais pour moi je fais mes devoirs religieux à la maison, et je pense que c'est aussi bien.

"M. M., ayez la bonté, s'il vous plaît, de me dire quelle est votre relig-ion."

M. M., montrant du doig-t une Bible qui était sur une tablette me répondit: "La Bible est ma relig-ion.

Q. Croyez-vous tout ce qui est contenu dans la Bible?

R. J'en prends et j'en laisse.

Q. Croyez-vous qu'il y a un Dieu qui vous a créé et tout ce que nous voyons dans l'univers?

R. Je ne crois pas en Dieu, mais je crois en la nature.

Q. Qu'entendez-vous par la nature? Qu'est-ce que la nature?

R. La nature est ce qui est en nous et dans tout l'univers.

Q. Est-ce un être réel, existant par lui-même, le Créateur et le Conservateur de toutes choses, par lequel nous vivons, nous voyons, nous parlons, nous entendons, nous remuons et nous marchons; par lequel tout l'univers est gfouverné avec une; si grande sagesse, et couronné en certains temps d'une si grande splendeur?

R. Par le mot nature j'entends un pouvoir, une puissance que je ne peux pas bien définir — un pouvoir que je sens en moi, et que tout homme d'un bon jugement aperçoit en luimême — une puissance qui a toujours existé, et qui a gouverné et gouvernera toujours l'univers.

La nature ou le pouvoir dont vous parlez est donc un être réel, agissant par lui-même, et la cause de notre existence, car nous sommes forcés par la lumière de notre raison à reconnaître que nous n'existions pas il y a quelques années, et que par le moyen de nos parents nous avons reçu notre existence, mais qu'ils ne sont pas nos créateurs; et qu'eux aussi étaient venus au monde par leurs parents d'une génération précédente, et ainsi de génération en génération il nous faut monter jusqu'à une première cause existant par elle-même, et ayant toujours existé; laquelle cause est la source de toutes choses, l'Etre nécessaire, le Créateur de tous les êtres, de tout ce qui

existe. Bayle quoique philosoplie irrélig-ieux et impie, dans son Dictionnaire Historique et Critique, s'exprime ainsi sur ce sujet: "Pour bien raisonner sur la production, il est nécessaire de considérer Dieu comme le créateur de la matière, et le premier et le seul principe de la motion, si vous ne pouvez pas vous élever à la hauteur d'un créateur réel, vous ne pouvez éviter tous les rocs, et de quelque côté que vous vous tourniez, vous serez forcés d'avancer des absurdités qui répug-nent à la raison." M. M. cessa d'argumenter et déclara qu'il y avait un être Suprême qui avait toujours existé; et notre discussion fut terminée.

A peine deux semaines s'étaient écoulées, lorsque je rencontrai de nouveau M. M., et lui ayant demandé l'état de sa santé, il me répondit qu'elle était assez bonne, mais qu'il avait des difficultés, de g-randes difficultés, et élevant alors les yeux au ciel il s'écria: "c'est la volonté de Dieul" Quel chang-ement dans son esprit et dans son cœur, me dis-je en moimême! Il n'y a pas encore deux semaines que cet homme était un athée, il niait l'existence de Dieu!

O combien g-rand est le nombre d'athées qui cessent de l'être en temps de difficulté, de dang-er et surtout en face de la mort qui est prête à frapper le dernier coup! La Mettrie, du Marsais, Boulainvilliers, le marquis d'Arg-ens, Boulang-er, etc., sont des exemples frappants en ce g-enre. Ce dernier a déclaré qu'il avait toujours respecté la religion dans son cœur, qu'en écrivant contre elle, il avait étouffé la voix de sa conscience, qu'il s'était laissé entraîner par la fougue de son imagination, par les éloges et les applaudissements des philosophes. Il demanda et reçut les derniers sacrements. Maupertuis (qui avait sacrifié à de niaises subtilités alg-ébriques jusqu'aux preuves de l'existence de Dieu), mourut entre les bras de deux Capucins. Montaig-ne, Voltaire, etc.

(Voyez le Catéchisme Philosophique de Feller, chap. 1er, paragraphe V.)

Peu de temps après je visitai une famille catholique à quelques milles de Mendota. Madame C. me dit qu'ils avaient reçu un pamphlet en français qui contenait bien des choses avilissantes contre notre sainte relig"ion et qu'elle désirait que je le lusse. * Son mari qui était présent lui dit aussitôt: "Ne donne pas un tel livre au Père Ravoux — Jette-le au feu dans

le poêle." "O madame, ne faites pas brûler ce livre, je vous en prie! lui dis-je. Donnez-moi ce livre, cela me donnera une bonne occasion de précautionner les catholiques contre les apôtres de l'erreur et du mensonge. Dans l'Eglise à Mendota et à St-Paul, j'en lirai les passages les plus mauvais, et cela sera très utile aux catholiques."

Le livre me fut donné et je tins ma promesse. Les mensonges étaient si patents et si clairs que la fausseté des accusations était aussi évidente que deux et deux font quatre; et ils comprirent bien quel esprit pouvait induire des hommes à écrire de pareils pamplets, et d'autres à les mettre en circulation.

Le "Reflectwell on it," en Français "Refléchissez-y bien," contenant les Six Conférences, ayant été imprimé, je le distribuai et j'en donnai une copie au Docteur qui avait envoyé le pamphlet, dont j'ai déjà parlé, et dès ce jour il fut plus prudent, il ne visita guère les catholiques pour répandre ses erreurs et donner des copies de ce pamphlet, dans lequel parmi d'autres mensonges on y disait que la religion catholique "faisait un Dieu du prêtre, et qu'à la place des vertus elle acceptait les jeûnes, les pénitences et les écus."

Je vais maintenant en peu de mots donner une idée de chaque Conférence ou Instruction.

La première Conférence fut contre le crime des Athées, qui emportés et aveuglés par leurs passions, nient l'existence de Dieu, dont la gloire est proclamée en tout lieu par la grandeur de ses œuvres, et reconnue par toutes les nations de l'univers, qui l'invoquent comme leur Créateur, leur Bienfaiteur et leur Maître.

Oh! que ce crime est horrible! ils insultent le Dieu qui les a créés et qui les conservent! St-Paul nous dit qu'ils sont inexcusables: "Parce qu'ils ont connu ce qui peut se découvrir de Dieu, car Dieu le leur a fait connaître. Car ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible depuis la création du monde par la connaissance que ses créatures nous en donnent: sa puissance même et sa divinité; en sorte qu'ils sont inexcusables.' ' {nre Ep. aux Romains Ch. 1er, 19, 20.)

La seconde conférence fut écrite, afin de prouver que le Christianisme est l'œuvre de Dieu, que les Puissances et les

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persécutions ne pourraient jamais le détruire, parce que son fondateur, Jésus-Christ, l'avait établi sur la terre pour durer jusqu'à la fin du monde. Sa naissance, ses miracles, ses souffrances, sa mort, sa résurrection et son triomphe avaient été prédits par les prophètes de la nation juive. Jésus prouva aussi sa mission et sa divinité par les miracles les plus éclatants; par les œuvres de ses Apôtres et ses Disciples, qu'il envoya prêcher l'évang-ile avec le pouvoir de faire des miracles, et qui convertirent l'univers.

Vains donc ont été, sont maintenant, et seront jusqu'à la fin, tous les efforts des Infidèles et des Païens contre Jésus et sa Relig-ion! "Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?" Les Infidèles irrités et soulevés par l'enfer peuvent parler avec orgfueil contre le Christianisme; ils peuvent former des complots pour sa destruction; ils peuvent envoyer des évêques, des prêtres et des milliers de fidèles dans les prisons et à l'échafaud, mais Dieu se rira de leurs projets insensés! et s'ils meurent sans un véritable repentir, ils tomberont dans les prisons des tourments éternels!

Mon dessein en écrivant la troisième conférence fut de prouver que Jésus le fondateur du Christianisme institua une Egalise pour instruire toutes les nations jusqu'à la fin du monde, comme il le prescrivit à ses Apôtres, en leur disant: "Allez, enseig-nez toutes les nations; leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé, et voilà que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde." {Matt. XXVIII.)

A son Egflise est due l'obéissance par tous les hommes, sous peine de damnation éternelle, à moins qu'ils ne soient excusés par une ignorance invincible. Les sectes, les divisions sont défendues dans le bercail du divin Sauveur; car il nous dit: "Il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur." {St- Jean X, 16.) — Kt St-Paul dans son Epitre aux Ephésiens, (IX), commande à tous les chrétiens d'avoir soin de g-arder l'unité de l'esprit dans le lien de la paix. "Un Seig^neur, une foi, un baptême." Et dans son Epître aux Galates il déclare que les dissensions et les sectes sont des péchés qui excluent du Royaume de Dieu.

Où trouver cette Unité si essentielle dans l'Eg^lise de Jésus-Christ, si nécessaire pour le salut, selon les Saintes Ecri-

tures et la Tradition, et même si indispensable d'après les lumières de la raison? — Dans l'Egalise Catholique et non ailleurs. Oh! que cette Eg"lise est belle par l'unité de ses membres, parla foi, par le saint sacrifice et les sacrements, et sous un seul g"ouvernementî Et d'un autre côté combien déraisonnable et scandaleuse est cette prétendue Réformation par la division et la subdivision de ses membres, depuis le commencement de son existence jusqu'à nos jours.

(Voyez les Variations des Protestants par Bossuet; etj. J. Rousseau, 2ème lettre de la Montagne.)

La quatrième conférence était sur la pensée de la mort. Du tombeau sort une grande lumière pour tout homme qui désire voir la vérité et se laisser g-uider par elle, n'importe à quel prix. La pensée de la mort calme nos passions et les mortifie, nous apprend à craindre Dieu, et nous encourag-e dans l'accomplissement de tous nos devoirs. De là, cette sentence du St-Esprit par la bouche de l'Ecclésiastiqu: "Dans toutes tes œuvres rappelle-toi ta fin dernière et tu ne pécheras jamais." (VU, 40,) Et St-Paul dans son Epître aux Romains nous enseig^ne que "par un homme le péché entra dans le monde, et par le péché la mort." Quel est le chrétien qui, réfléchissant sur les milliers de millions de nos prédécesseurs, qui pendant six mille ans sont morts à cause du péché de nos premiers parents, oserait encore offenser Dieu?

La cinquième conférence est sur la crainte de Dieu, qui est inspirée dans nos âmes par la pensée de la fin du monde; de la résurrection g-énérale, du jugement dernier, suivi par une éternité de supplices pour les pécheurs et par une éternité de plaisirs et de délices pour les justes.

Conservons dans notre esprit ces paroles de l'Ecclésiastique (7. 22.) "La crainte du Seigneur est une couronne de sagesse, elle donne la paix et les fruits de salut." Méditons souvent sur ces paroles de Notre Sauveur: "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et ne peuvent tuer l'âme, mais craignez plutôt celui qui peut précipiter l'âme et le corps dans l'enfer." (Matt. X. 28.)

La sixième conférence est sur la Grandeur, la Puissance et la Bonté de Marie, mère de Jésus, le refuge des pécheurs; sur la confiance que nous devons avoir à sa puissante

intercession, et sur le respect et l'amour que nous devons lui témoig'ner, à elle la plus tendre des mères. Les Saintes Ecritures, la tradition et la pratique continuelle de l'Eglise Catholique rendent témoig"nag"e à sa gloire, à sa puissance et à sa bonté envers tous ceux qui l'invoquent. N'oublions pas les paroles de Dieu lui-même aux amis de Job, lorsqu'ils se présentèrent à lui pour implorer sa miséricorde et le pardon de leurs péchés. "Allez à mon serviteur Job, il priera pour vous, je le regarderai et je l'écouterai favorablement, et je ne vous punirai pas selon l'imprudence de vos discours." {Job XLII.) Marie, la Mère de Jésus, la Mère de Dieu est plus puissante que Job, Moïse, Pierre et Paul, etc. Pauvres pécheurs, ayons souvent recours à son intercession.

Deo Gratias !

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