‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 32 sur 57 · Chapitre XIII · texte numérisé non relu

Chapitre XIII

1844 — Au PRINTEMPS DE 1844 LE PÈRE GalTIER QUITTE LE

Minnesota et se rend à Keokuck, selon le désir DE Mgr Loras. Depuis cette époque jusqu'à 1851, le PÈRE Ravoux eut à desservir Mendota, St-Paul, etc. En 1849 ET 1850, il écrivit plusieurs fois à Mgr Henni, évêque de Milwaukee, le priant avec instance d'envoyer un prêtre à St-Paul. Mgr Henni, incapable alors d'envoyer un missionnaire, lui fit espérer que bientôt il y aurait un evêque À St-Paul. Le 2 juillet 1851, Mgr Crétin, premier

ÉVÉQUE DE St-PauL, ARRIVA PARMI SES OUAILLES — Sa CHARITÉ, SON ZÈLE, SES BONNES ŒUVRES DE TOUTES SORTES, jusqu'à SA MORT.

Depuis le départ du Père Galtier, au printemps de 1844 jusqu'à 1851, à l'exception du temps de deux excursions sur les bords du Missouri en 1845 et 1847, et de quelques jours que je passai à Dubuque, chaque année, je résidai à Mendota et à St-Paul. Pendant trois années je passai deux dimanches consécutifs à Mendota, et le troisième à St-Paul, prêchant chaque dimanche en Français et en Angolais à Mendota, et aussi à St-Paul, dès que j'eus dans mon église quelques personnes qui ne comprenaient pas le Français. Mais ce ne fut pas avant 1848 ou 1849.

En 1847 nous eûmes à construire une addition à la chapelle érig-ée par le Père Galtier en 1841. Cette addition devint plus tard la chapelle des Sœurs de St-Joseph, jusqu'à ce qu'elles eurent bâti leur Pensionnat sur la colline St-Antoine.

En 1849 la chapelle ne pouvait plus contenir les fidèles qui assistaient au service divin, et plusieurs avaient à se tenir debout, en dehors, tout autour du bâtiment. Une grande partie

des membres de l'Eg^lise Catholique qui se rendaient au service divin, les dimanches, ne se composaient pas seulement de ceux qui vivaient à St-Paul, plusieurs j venaient de St-Antoine (aujourd'hui Minneapolis), du Petit Canada, de Mendota, et d'autres qui résidaient à deux ou trois milles sur la rive g-auche du Mississipi.

En 1847, les catholiques de St-Paul et des environs devenant plus nombreux que ceux de Mendota et du Fort Snelling-, j'eus le service divin à St-Paul, tous les deuxièmes dimanches. En 1849 les catholiques continuant d'aug-menter sur la rive g-auche du Mississipi, et incapable d'avoir un prêtre du diocèse de Milwaukee, je me déterminai à passer deux dimanches à St-Paul et le troisième à Mendota. J'écrivis encore à Mgr l'évêque de Milwaukee sur la grande nécessité d'un prêtre pour les catholiques, dans cette partie de son diocèse. Dans ma lettre je le priais avec une si grande instance de pourvoir aux besoins de la population catholique de St-Paul, confiée à ses soins par la Divine Providence, et de leur envoyer un prêtre qui résidât parmi eux, qu'avant de terminer ma lettre je crus qu'il était de mon devoir de m'excuser sur la liberté de mes remarques. Dans sa réponse le bon et pieux évêque commence sa lettre par ces mots: "Je vous pardonne de bon cœur pour la bonne lecture que vous faites à un évêque; vous avez parfaitement raison; mais vous devez aussi faire attention au trouble, bien plus à l'impossibilité où je me trouve." Mgr Henni me fait alors concevoir l'espérance qu'avant longtemps un nouveau diocèse serait établi pour le Territoire du Minnesota, et que St-Paul serait la résidence de Mgr l'Evêque. Sa lettre était en date du 31 janvier 1850.

Dans l'automne de la même année les bulles furent envoyées de Rome à Mgr Joseph Crétin. Il avait été élu évêque de St-Paul. Je reçus de sa part une lettre de Dubuque, qui m'aurait causé le plus grand plaisir, s'il ne m'eût fait connaître qu'il ne savait pas encore s'il accepterait la charg-e de l'épiscopat. Dans sa lettre il me disait qu'il était sur le point de partir pour l'Europe et que pour quelque temps il ne prendrait aucune décision. Il me demanda mon avis sur ce qu'il devait faire. Je fus beaucoup étonné d'une pareille question. Dans ma réponse je le pressai d'accepter, lui démontrant par

plusieurs raisons combien cela était nécessaire pour les catholiques du nouveau Territoire du Minnesota. Je le priai instamment de venir à St-Paul avant son départ pour l'Europe, afin d'acheter un terrain pour sa Cathédrale, l'informant que déjà il y avait de la dilB&culté à se procurer des Blocks entiers dans une location convenable, et que peut-être à son retour d'Europe il lui serait bien difficile de se procurer un bon terrain à moins qu'il ne voulût payer un haut prix. Je fis tout ce qui était en mon pouvoir pour l'encourag-er à accepter le sièg-e de St-Paul. J'allai même jusqu'à dire dans ma lettre que les choses dans ce nouveau Territoire étaient telles que, selon mon opinion, il était obligé, sub gravi, de consentir aux vues de la Divine Providence, et d'accepter le fardeau. Il m'écrivit une seconde lettre dans laquelle il me laissait dans le même doute sur sa décision à accepter, ou non, le fardeau épiscopal.

Après son départ pour la France, convaincu de la nécessité de procurer quelques lots pour la Cathédrale et d'autres institutions, j'achetai ving-t et un lots de M. Vital Guérin pour $800, et pour le lot sur lequel est maintenant la Cathédrale, ou du moins une partie considérable de la Cathédrale, $100. Ce dernier lot fut acheté d'une autre personne qui avait déjà une partie de ses matériaux pour la construction de sa maison. Il l'avait acheté de M. Vital Guérin $60. Il me le céda pour $40 de profit. Je considérai l'achat des 22 lots comme un bon marché pour l'égalise, et aussi pour M. V. Guérin, car il était entendu que la Cathédrale et d'autres bâtiments seraient construits sur ce terrain et donneraient de la valeur aux propriétés de M. Guérin. L'événement prouva que je n'avais pas été trompé dans mes vues pour l'avenir. A son retour de France Mgr pava le prix des vingt-deux lots et reçut le contrat de vente et la quittance. Je n'avais auparavant qu'un contrat conditionnel qui devait durer jusqu'à l'arrivée de Mgr Crétin.

Si j'eus quelques difficultés à trouver un terrain convenable pour la Cathédrale, etc., Mgr Crétin en eut de bien plus grandes pour se décider d'accepter la charge épiscopale, et ce ne fut qu'un ou deux jours avant sa consécration qu'il se détermina; et il me dit lui-même qu'il n'aurait pas accepté si Monseigneur Dévie, évêque de Bellej, pour lequel il avait toujours

eu le plus grand respect, à cause de ses talents et de sa piété, ne l'avait eng-ag-é à le faire. Il lui exposa l'état des choses dans le nouveau diocèse de St-Paul et lui demanda s'il pouvait refuser le fardeau de l'épiscopat sans péché. L'opinion de Mgr Dévie fut qu'il était oblig-é sub ^ra ri d'accepter. Dès lors il se voua, il se donna lui-même au Diocèse de St-Paul, et il fut consacré le 26 janvier 1851. Omnia omnibus factus suw, fut la devise gravée sur son anneau; et en effet le premier évêque de St- Paul se fit tout à tous pour les gagner à Jésus-Christ. Tous ceux qui l'ont bien connu sont convaincus qu'il marcha constamment sur les traces du Grand Apôtre des Nations, par son zèle, sa piété, sa charité, son humilité, ses travaux continuels et sa patience dans les peines et les souffrances; non-seulement après sa consécration, mais aussi depuis son ordination au sacerdoce, pendant ses études au grand séminaire et au collège. Je ne fis sa connaissance qu'en 1838, il est vrai, mais mon assertion est fondée sur le témoignag-e de personnes qui avaient été beaucoup édifiées par sa conduite, même dès le commencement de ses études.

Mgr Crétin passa encore trois ou quatre mois en Europe après sa consécration afin de se procurer quelques ouvriers pour le Territoire immense, qui avait été confié à ses soins, et aussi quelques moyens pécuniaires et bien d'autres choses nécessaires pour l'établissement d'un nouveau diocèse. Le jour de la fête de la Visitation delà Sainte Vierge, le 2 juillet 1851, j'eus la visite si longtemps désirée de Mgr Crétin qui arriva à St-Paul, accompagné de deux prêtres et de trois séminaristes. Décrire la joie que je ressentis alors, serait pour moi une chose bien dif&cile. Pendant sept ans j'avais été le seul missionnaire catholique dans une région immense qui devint le diocèse de St-Paul, si j'en excepte quelques semaines pendant lesquelles un autre prêtre envoyé de Dubuque fut avec moi pour partager mes travaux.

Ma première entrevue avec Mg"r Crétin et ses compagnons fut sur le bateau à vapeur, où j'allai les rencontrer. J'eus l'honneur de les accompagner du bateau au palais épiscopal. Sa Grandeur eut bientôt visité tous les appartements du palais, et sa Cathédrale. Le palais était une maison d'un étag-e et demi et de 17 ou 18 pieds carrés; la Cathédrale qui était la

chapelle dont nous avons déjà parlé, était un édifice en bois de 45 pieds de long et de 18 pieds de large. Près du palais il T avait un autre monument remarquable de 10 ou 12 pieds carrés qui servait de cuisine; un peu plus loin était rétable que j'avais construit sur la ligne et la limite du daim, afin de prévenir et d'empêcher une seconde invasion de ce côté là, car la première invasion m'avait causé bien des difficultés. Mgr Crétin ne fut pas beaucoup étonné de la pauvreté de l'église, car il avait été très bien informé de tout. Dès le commencement il vit devant lui des travaux bien difficiles, mais plein de confiance en Dieu, il ne fut pas découragé. Il mit immédiatement la main à la charrue, sans regarder en arrière, selon l'avis de Notre Seigneur. Il savait pour qui il travaillait, et quelque difficile que fût son ouvrage, supporté par la grâce de Dieu, il paraissait toujours content et heureux. Cinq mois ne s'étaient pas encore écoulés depuis son arrivée à St-Paul, qu'il avait déjà construit sur le terrain acheté pour la Cathédrale une grande maison en brique de 84 pieds de long sur 44 pieds de large, à plusieurs étages. Cette maison devint la seconde Cathédrale de St-Paul, la résidence de Mgr Crétin, de ses prêtres, des séminaristes et des domestiques. Quelques mois plus tard, la plus grande partie du soubassement fut transformée en divers compartiments qui servirent d'écoles pour les garçons. Les j eunes filles aussi ne tardèrent pas longtemps avant d'être pourvues d'écoles catholiques. Les Sœurs de St- Joseph arrivèrent à St-Paul le deuxième jour de décembre 1851, et se dévouèrent quelques jours après à l'œuvre sainte de leur institut, elles ouvrirent leurs écoles sur le terrain de la première chapelle, où Mgr Crétin fit bâtir plus tard pour elles une maison de briques. En 1853 il construisit l'hôpital. Une portion des dépenses furent pa3-ées avec des fonds qu'il avait en propre, et qu'il donna pour cette bonne œuvre. Il bâtit aussi les deux petites maisons en briques près de l'hôpital. Grande reconnaissance est due à l'Honorable H. M. Rice pour la majeure partie du terrain de l'hôpital. La même année il acheta pour un nouveau cimetière quelques arpents de terrain où fut bâti plus tard le pensionnat et le couvent des Sœurs de St- Joseph. On ne se servit de ce cimetière que trois ans. Les limites de la ville ayant été étendues plus loin, il fallut

se procurer un nouveau terrain hors des limites de St-Paul. En 1856 il acheta un terrain de quarante arpents pour le même objet. Ce nouveau cimetière fut bénit le 2 novembre 1856.

Afin de payer le montant de ces deux achats, il vendit d'autres propriétés de l'église dans la ville de St-Paul.

En 1855 les Allemands catholiques de St-Paul obtinrent la permission de bâtir une église sur une portion du terrain de l'hôpital; ils se mirent immédiatement à l'œuvre, et en 1856 leur église était construite et on y célébra les divins mystères. Bien des louanges sont dues au zèle de leur premier pasteur le révérend Père Keller.

En 1856 Mgr Crétin réussit à avoir dans son diocèse quelques Pères Bénédictins, qui, sans délai construisirent un couvent à St-Cloud.

En juillet 1854 fut commencé l'ouvrage pour l'excavation du soubassement de la Cathédrale et en 1856 fut bénite la pierre angulaire, la première pierre, par l'évêque de Buffalo, Monseigneur Timon. A la fin d'octobre les murs du soubassement étaient bâtis. Si l'ouvrage allait si lentement, ce n'était pas faute d'énergie, ni de peine de la part de Mgr Crétin, mais du manque de moyens pécuniaires. Oh! combien de fois voyant la nécessité d'une église assez grande pour contenir les catholiques de St-Paul, il me parlait de ses difficultés. Mais où trouver l'argent? s'écriait-il. Les familles catholiques de St-Paul, à l'exception de quelques-unes, n'étaient pas capables de l'aider beaucoup, et le prix de la main d'œuvre et des matériaux était très élevé. Il aurait pu emprunter l'argent, il est vrai, mais il craignait avec bonne raison d'encourir une dette qu'il ne pourrait payer sans vendre les terrains de l'église qui lui étaient nécessaires. Quoique la population catholique attachée à la Cathédrale fût aussi nombreuse qu'elle l'est maintenant en 1864, toute la somme des collections pour la Cathédrale depuis le mois de juillet 1854 jusqu'en février 1857 ne s'élevait pas au-dessus de quatre mille piastres ($4,000) ; et il en avait déjà dépensé sept mille. On peut juger par là des difficultés où il se trouvait — mais Dieu, témoin des bonnes œuvres de son fidèle serviteur, orné de la splendeur de toutes les vertus, l'enleva de ce monde de misères, afin de lui dot:ner part à sa gloire et à son bonheur éternels!

kkminisckncp:s et mémoires.

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