‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 34 sur 57 · MGR J. CRETIN · texte numérisé non relu

MGR J. CRETIN

et en Amérique, à ceux de Dubuque, de la Prairie du Chien et de St-Paul, qui furent placés en différentes époques sous sa charg-e pastorale, si le zélé, charitable et vénéré évêque de St- Paul devrait avoir cette inscription sur sa tombe; je n'ai aucun doute que tous me répondraient ainsi: "Son zèle ardent, sa charité, son travail constant, sa douceur, son humilité, ses prières ferventes sont des preuves certaines pour nous que dans son esprit et dans son cœur il n'avait que deux choses en vue: La g-loire de Dieu et le salut des âmes, et que ce serait un acte de reconnaissance et de justice de graver ces paroles sur sa tombe: "O Dieu! le zèle de ta maison m'a consumé!" — Que son âme repose en paix!"

Les g-randes vertus et les aimables qualités de Mgr Crétin lui avaient gagné les affections de tous les habitants de la ville de St-Paul. Il fut beaucoup regretté de tous. Catholiques et non Catholiques. Mais personne ne ressentit plus profondément la privation de sa présence que moi. J'avais perdu par sa mort le plus cher de mes amis; je puis dire le meilleur des pères.

L'Eglise du Diocèse de St-Paul, si chère à mon cœur, était privée de son Premier Pasteur, et dans mon esprit sa prospérité pour l'avenir n'était pas sans nuage.

Qui sera envoyé à l'Eglise du Minnesota, maintenant dans l'affliction et dans le deuil? Qui pourra combattre aussi bien pour le salut des âmes que Mgr Crétin l'a fait pendant six ans?

Combien de temps avant que son successeur soit élu, et reçoive les Bulles de Rome? Acceptera-t-il le fardeau? Et dans l'intérim la charge de l'administration sera-t-elle sur mes épaules, parce que j'ai été déjà si longtemps dans le Minnesota?

Ces pensées étaient pour moi la cause d'une grande anxiété, ma constitution était faible et demandait du repos, et non un accroissement de travaux. Que faire dans de pareilles circonstances, sinon d'élever mon esprit vers Dieu, sursum corda^ et demander son assistance? C'était le seul moyen qui pouvait me donner quelque consolation et du courage au milieu des difficultés et de ma grande affliction.

Dans le mois de mars 1857 je reçus de Mgr l'Archevêque de

St-Louis une lettre qui commençait ainsi: "La nouvelle aflBig-eante de la mort de votre dévoué et saint Evêque a été reçue ici avec un profond reg^ret par tous ses amis, et par aucun d'eux plus que par moi-même." Dans la même lettre il me nommait Administrateur du Diocèse, sede vacante. Dès lors je me considérai comme chargé d'une grande responsabilité devant les liommes, mais bien plus encore devant Dieu, le témoin et le jug-e suprême de toutes nos actions, même de nos pensées les plus secrètes, ainsi que de notre destinée éternelle.

Parmi les travaux nombreux que m'imposait la charge d'Administrateur du Diocèse, aucun ne me parut plus urgent que la construction de la Cathédrale déjà commencée, quelque grandes que fussent les difficultés. L'appartement dont nous avions été obligé de nous servir pour église depuis 1851 n'avait pas plus de 80 pieds de long- sur 40 de large et pouvait à peine contenir le tiers de la congrégation. A la mort de Mgr Crétin les murs de la Cathédrale n'avaient été élevés qu'à la hauteur nécessaire pour le soubassement; les dimensions de la Cathédrale étaient de 173 pieds par 70; le prix d'une journée de travail pour les maçons était trois piastres, pour les charpentiers deux piastres au moins, pour une charrette et deux chevaux pour transporter les matériaux cinq piastres. C'était au temps où la crise pécuniaire de 1857 allait rendre les choses bien plus difficiles. L'argent était rare; emprunter des fonds, on aurait pu le faire, mais l'intérêt était très haut; et je ne pouvais espérer de collecter plus de cinq mille piastres dans la ville de St-Paul. Et en effet toutes les collections faites, après le décès de Mgr Crétin, jusqu'à l'arrivée de Mgr Grâce en 1859, ne s'élevèrent qu'à cinq mille trois cent soixante-douze piastres et 70 cents.

Toutes ces difficultés furent pesées avec attention, non moins que la grande nécessité d'avoir une église assez spacieuse pour contenir toute la congrégation; et je me déterminai à continuer la construction de la Cathédrale, et de ne pas arrêter l'ouvrage tant que j'aurais des moyens pour payer les dépenses, et de suspendre les travaux, dès que je serais dépourvu des fonds nécessaires pour en payer les frais. Je n'ai jamais été beaucoup en faveur de contracter de grandes dettes, depuis mon enfance je savais très bien qu'il était aisé de faire des

dettes, mais qu'il était ordinairement bien difficile de les payer, surtout lorsqu'elles étaient beaucoup augmentées par les intérêts. O combien de familles sont tombées dans la misère, parce que les chefs de ces familles infortunées firent peu d'attention à ce principe de prudence!

Le 14 juin 1857, on commença l'ouvrag-e qui fut continué jusqu'à ce que le toit fût sur la Cathédrale, et le 13 de juin 1858, elle fut ouverte pour le service divin quoiqu'elle ne fût pas encore plâtrée. Les collections, ce jour-là s'élevèrent à 428 piastres. Pendant l'été de la même année, le soubassement fut plâtré et nous nous en servîmes pour y célébrer les saints mystères pendant l'hiver. Quoique bien vaste il était quelquefois rempli par la foule. Le jour de Noël à la messe de minuit il y avait au moins deux mille âmes; et environ cinq cents reçurent la sainte communion ce jour là. Ce fut pour moi, et pour tous les fidèles un sujet de g-rande consolation d'avoir pour le service divin un lieu assez vaste où nous pouvions tous ensemble nous réunir. Nous aurions été bien ing-rats envers Dieu, si nous ne lui avions pas témoigné notre reconnaissance pour son divin secours, j'ai la douce confiance que personne n'oublia un devoir si important.

Voici un résumé des recettes, des dépenses et dettes pour la Cathédrale jusqu'au 1er janvier 1860:

Page 1