‹ Mémoires, reminiscences et conférences de Monseigneur A. Ravoux, V.G. --Chapitre 47 sur 57 · MARIE. LA MERE DE JESUS · texte numérisé non relu

MARIE. LA MERE DE JESUS

Grandeur. Puissance et Bonté de Marie — Elle est la MÈRE DE JÉSUS — Elle est la Mère de Dieu, car JÉSUS est Dieu — De là, notre vénération et notre amour pour elle, qui est appelée par l'Eglise de Dieu la Reine du Ciel, le Refuge des Pécheurs. Ayons souvent recours à sa protection.

" Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur; parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante: Car désormais, toutes les générations m'appelleront bienheureuse, parce que celui qui est Puissant a fait en moi de grandes choses." {Luc I. 46, 47, 48.)

La bienheureuse Vierge Marie ayant reçu du Tout-Puissant les faveurs les plus excellentes, loue sa bonté, et se réjouit en Dieu son Sauveur, parce qu'il a jeté ses yeux sur l'humilité de sa servante. Eclairée par le Saint-Esprit, elle annonce et prédit que toutes les générations l'appelleront bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait en elle de grandes choses.

O vo^-ez combien le Seigneur est bon. et combien ses voies sont admirables! Marie était inconnue aux grands du monde; elle passait ses jours dans la méditation et la prière, elle se considérait comme une des plus abjectes parmi les filles d'Israël, et sa profonde humilité fait que son Créateur verse dans son âme des trésors immenses de grâce et l'élève de plus en plus au-dessus de toutes ses créatures, même les plus parfaites.

Considérons avec attention quelques-unes des grâces dont Dieu Ta favorisée.

Vous le savez tous; dès le moment de la chute de nos premiers parents jusqu'au temps où Marie vint au monde, personne sur la terre n'avait été, dès sa conception dans le sein de sa mère, libre et sans tache aux yeux de Dieu. Aucun enfant d'Adam n'avait paru dans le monde sans la tache originelle; aucun dans lequel le serpent infernal n'eût répandu son poison mortel. Mais dès la conception de Marie, l'Etoile du Matin qui devait précéder le Soleil de Justice, si longtemps attendu par les nations, Dieu jeta des regards de complaisance et d'amour sur elle, car, dès le moment de sa conception, elle fut cette créature aimable et parfaite, à qui Dieu longtemps auparavant avait adressé ces douces paroles par la bouche d'un de ses prophètes: "Vous êtes toute belle, O ma bien-aimée, et en vous il n'y a aucune tache!" (Can. IV. 7.) Dieu se plût à contempler la beauté de ce vase d'élection qu'il avait annoncé au monde immédiatement après la chute d'Adam, comme celle qui devait écraser la tête du serpent infernal. Rappelez-vous ses paroles à l'ennemi du genre humain: "Parceque tu as fais cela.... je m^ettrai l'inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne, elle t'écrasera la tête." {Gen. III.) Dieu regarda toujours avec complaisance Marie le chef-d'œuvre de ses mains, la vierge pure et sainte qu'il avait promise par la bouche d'Isaïe en ces termes: "Ecoute donc, O maison d'Israël .... voilà qu'une vierge concevra, qu'elle portera un fils et son nom sera Emmanuel," (Isaie VII. 13.) ce qui signifie Dieu avec nous.

Oui Dieu mit ses délices à contempler la beauté de sa fille chérie qu'il avait préservée du péché originel et enrichie des dons les plus précieux au moment même de sa conception; laquelle, en vue de sa fidélité parfaite à accomplir sa volonté, il avait de jour en jour ornée de plus en plus de grâces extraordinaires, convenables et nécessaires à celle qui devait devenir un jour la Mère de Son Fils, la Mère de Dieu!

Tout étant prêt pour la rédemption du monde, la vierge immaculée d'Israël doit être informée du grand mystère de l'incarnation du Fils de Dieu, et de l'heureuse créature qui doit être choisie pour sa mère. Qifi sera appelé pour être le

messag-er de ce grand événement? — Un des plus grands princes de la cour céleste reçoit les ordres de Dieu; l'Archang-e Gabriel se présentera devant elle avec le plus g^rand respect pour lui annoncer le messag-e divin.

Ecoutez-le et comprenez par sa conduite et ses paroles l'aveuglement de ceux qui sont presque scandalisés de l'hommag-e que nous lui rendons — à elle que l'Arcliang^e salue avec tant de respect et de vénération — à elle sur laquelle Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le St-Esprit ont répandu toutes les richesses de leur amour; et apprenez par là combien elle doit être honorée et chérie par nous, pauvres mortels qui sommes si inférieurs aux ang-es, et de vrais néants si nous nous comparons à Dieu! Voici les paroles du messag^er céleste à Marie: "Je vous salue, pleine de g-râces; le Seig-neur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes." Elle est troublée, mais l'ang-e lui dit: "Ne craig-nez point, Marie: car vous avez trouvé g-râce devant Dieu; vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera g"rand, et il sera appelé le Fils du Très-Haut .... Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, c'est pourquoi celui qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. .. .Alors Marie lui dit: " Voici la servante du Seig-neur, qu'il me soit fait selon votre parole, et l'ang-e se retira." (Luc I.) Et le Fils de Dieu par qui tout a été créé, se ût chair, se ût homme dans le sein immaculé de la vierg-e d'Israël. Considérez avec admiration la g-randeur incompréhensible de Marie! Elle est la mère de Jésus! Elle est la mère de Dieu, parceque Jésus est Dieu!

Qui oserait maintenant me dire qu'il y a peu de différence entre la g-randeur et l'élévation de Marie, et celle de plusieurs autres saintes femmes? Je lui demanderais: Où trouver une créature ég-ale à elle; à elle que le Très-Haut couvre de sa divine essence, que Dieu le Fils choisit pour sa mère, en qui se repose le St-Esprit pour l'accomplissement du mystère de l'Incarnation. Grands devant Dieu sont les Patriarches, les Apôtres, les Martyrs, les Anachorètes, les vierg^es saintes; plus g-rands encore sont ses ang-es, mais même parmi les ang-es de la première hiérarchie, qui pourrait être comparé à

Marie, la fille bien aimée du Père Eternel, la mère de son Fils, l'épouse du Saint-Esprit? Quelle lang-ue humaine pourrait louer assez celle que la Trinité Sainte a exaltée d'une manière si admirable.

Oh! proclamons le partout: Celai qui est puissant a fait de grandes choses en elle, et toutes les g-énérations l'appelleront bienheureuse! Voyez Jean-Baptiste, encore dans le sein de sa mère, tressaillant de joie, au son de sa voix, et Ste. Elizabeth, sa mère, remplie du Saint-Esprit s'écrier: Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. D'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seig-neur vienne vers moi?" {Luc I.) O vraiment celui qui est puissant a fait de grande choses en Marie, et toutes les g-énétions l'appelleront bienheureuse!

Oui, O Marie, Mère de Dieu, Celui qui est Puissant a fait des choses admirables en vous, et nous vous appellerons bienheureuse de g-énération en g-énération, jusqu'à la fin du monde! Jean-Baptiste encore dans le sein de sa mère, tressaille de joie au son de votre voix, et nos cœurs se réjouiront lorsque nous entendrons raconter les faveurs qui vous ont été accordées par le Tout-Puissant; lorsque nous louerons votre saint nom pour les bienfaits innombrables que nous avons reçus du Seig-neur par votre intercession, et lorsqu'accablés de maux nous aurons recours à votre puissante médiation!

La Bienheureuse Vierge Marie est très puissante par ses prières dans le ciel, elle est pleine de bonté envers nous pauvres exilés dans cette vallée de larmes; nous devons donc souvent avoir recours à son intercession.

Nous serons convaincus du pouvoir de Marie au ciel si nous considérons combien g-rande est la bonté de Dieu envers ses fidèles serviteurs, ici bas sur la terre. Des faveurs sans nombre ont été accordées à leurs prières.

Moïse s'adresse à Dieu pour le peuple d'Israël coupable d'idolâtrie, et Dieu quoique très irrité par un si g-rand crime est apaisé. Job prie pour ses amis contre lesquels la colère de Dieu est enflammée, et Dieu leur pardonne. Remarquez les paroles de Dieu aux amis de Job invoquant sa miséricorde divine: •* allez à mon serviteur Job, et il offrira pour vous un holocauste, et mon serviteur Job priera pour vous, je le regarderai f avo-

rablement, et je ne vous punirai pas selon l'imprudence de vos discours." (Jcb XLII.) Elie le prophète invoque le secours du Seigneur pour une mère qui a perdu son fils bien-aimé, et il est rendu à la vie. Les prières d'Elisée eurent le même effet pour une autre mère. Bien plus, lorsqu'un h:mme mort fut déposé dans le sépulcre d'Elisée, il fut ressuscité et se tint debout sur ses pieds, dès que son corps eut touché les ossements du prophète. (Rois IV., XIII. 21.) Les malades étaient g-uéris en touchant les vêtements de St. Paul, (Actes XIX. 12), et aussi lorsqu'ils étaient couverts de l'ombre de St. Pierre. Les livres sacrés et les Vies des Saints sont pleins des faveurs innombrables accordées aux hommes par leurs prières. A leur intercession les malades étaient gfuéris, les morts rendus à la vie, les pécheurs les plus endurcis étaient convertis, les éléments eux-mêmes obéissaient à leur voix. Tels étaient les miracles qu'ils opéraient sur la terre, et la mort n'a pas diminué leur puissance et leur charité depuis qu'ils ont été reçus dans la maison de Dieu, l'une et l'autre se sont accrues dans le ciel. Rappelez-vous ces paroles de Jésus-Christ: "A celui qui sera vainqueur et qui g^ardera mes paroles jusqu'à la fin, je lui donnerai puissance sur les nations." (Apoc IL 26.)

Et ailleurs il ajoute: "Je vous le dis qu'il y aura plus de joie dans le ciel sur un pécheur qui fait pénitence que sur quatre-vingft-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence." (Luc XV. 7.) De là, ils prient pour nous dans le ciel selon ces paroles de St. Jean: "Les quatre animaux et les ving"t-quatre vieillards se prosternèrent devant l'agneau, chacun avec des harpes et des coupes d'or pleines de parfums qui sont les prières des saints." {\poc V. 8.) De là, l'Eg-lise de Jésus-Christ contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais, vous dit que les saints dans le ciel peuvent nous aider par leur intercession. Oui donc peut en douter sans détruire le fondement du Christianisme? Luther luimême cro3'ait à la doctrine de l'invocation des saints: "Je conviens, dit-il, avec l'Eglise entière, qu'on doit invoquer les saints qui sont au ciel. Car qui peut contredire les miracles qui s'opèrent tous les jours sur leurs tombeaux?" (De Purg. quoiumdam articulorum, etc.)

Dieu se plaît à répandre ses faveurs sur ceux qui le servent avec fidélité, mais il accomplit les vœux et les prières de chacun d'eux d'après leurs mérites et leur élévation dans- l'ordre de la grâce. De là, que peut-il refuser à Marie, la plus parfaite des créatures? Que peut-il refuser à celle qui par un bienfait spécial de sa bonté, a été conçue sans péché, qui a passé tous les jours de sa vie dans la pratique de toutes les vertus, qui n'a jamais commis la plus petite faute, et qui est morte ornée de toute la splendeur de ses dons les plus précieux? Que peut-il refuser à celle qui a été élevée au-dessus de tous les saints et de tous les anges, à celle qui a été établie reine du ciel, à celle qui est la mère de Jésus?

Que peut-il vous refuser, O Marie, mère de Dieu? Jésus est le fruit de vos entrailles, sa chair a été formée de votre chair, vous l'avez nourri du lait de votre sein; vous avez veillé sur son enfance avec un si grand soin; vous l'avez aimé audessus de toute conception! Que peut-on vous refuser, à vous qui avez le droit d'appeler Jésus votre fils, et d'attendre de lui tout ce que la meilleure des mères peut espérer du meilleur des fils?

Et Jésus ne se moutra-t-il pas le meilleur de tous les fils envers Marie durant tout le cours de sa vie? Ouvrez les Saintes Ecritures, et vous y trouverez qu'il lui était obéissant; et qu'à sa demande, il changea l'eau en vin aux noces de Cana, même avant que son temps fût venu d'opérer des miracles. Si les Saintes Ecritures gardaient le silence sur ce sujet, qui pourrait penser que Jésus n'eût pas pour Marie, sa mère, ce respect, cet amour qui porte un bon fils à accomplir avec empressement et avec joie les désirs de sa mère? Jésus qui, afin de racheter l'homme coupable a bien voulu être vendu comme esclave, a bien voulu être traîné de tribunal en tribunal, tourné en dérision comme un roi insensé; Jésus qui pour sauver le genre humain accablé sous le poids de ses crimes, se plût à être fouetté à la colonne, couronné d'épines, crucifié à la croix sur laquelle il expira; qui pourrait penser que ce bon Jésus, cet agneau de douceur pût refuser quelque grâce, à sa tendre mère?

Mais si Jésus accomplit avec joie les demandes de sa mère lorsqu'elle était sur la terre, est-il moins disposé en sa

faveur, maintenant qu'elle jouit dans le ciel de la récompense due à ses mérites? Loin de nous une pensée tout à la fois injurieuse à la bonté du Fils, et aux mérites de sa mère! De là, plusieurs Pères de l'Eg^lise n'ont pas craint de proclamer, que quoiqu'elle soit infiniment inférieure à son Fils par nature, elle possède, en quelque manière, par g-râce tout le pouvoir de son Fils.

Examinez maintenant et comprenez quel est le pouvoir de Marie dans le Ciel? Personne sur la terre ne peut avoir une juste idée de sa puissance. Si quelques esprits bienheureux qui entourent le trône du Très-Haut, venaient sur la terre pour nous faire connaître la g-loire et la puissance de Marie dans le ciel, ils nous diraient: — Il nous est impossible de vous faire comprendre toute la g^loire et la puissance des élus dans le royaume des cieux. La récompense qui leur est accordée, même pour un verre d'eau donné à un pauvre pour l'amour de Jésus, est plus précieuse que tous les biens de la terre. Que personne parmi vous n'essaie de comprendre l'étendue de la gloire et de la puissance de la Mère de Jésus. Dieu, selon sa promesse à Abraham, le père des vrais croyants, sera la récompense de tous les élus, mais il se communique d'une manière spéciale à Marie, la mère de Jésus, la plus pure, la plus sainte, la plus parfaite de toutes ses créatures. Jésus seul connaît toute l'étendue du pouvoir de sa mère chérie! Ces ang-es, messagers de Dieu, nous diraient aussi: Si les cieux étaient ouverts, vous verriez Marie, la Reine des Saints et des Ang-es, assise sur un trône de g-loire auprès de son Fils, revêtue du soleil, la lune sous ses pieds et une couronne d'étoiles sur sa tête. {Apoc XII. 1.) Vous entendriez Jésus encourager les désirs de sa mère par ces paroles: O Mère que j'aime et que je chéris si tendrement, réjouissez-vous, le temps de la tribulation est passé; demandez tout se qu'il vous plaira et tous vos désirs seront accomplis! Demandez, je suis le Tout-Puissant, je suis votre Fils, le Dieu de toute miséricorde! Demandez, je n'ai pas oublié que vous m'avez porté dans votre sein pendant neuf mois; que vous m'avez nourri de votre lait; que par l'ouvrage de vos mains vous m'avez procuré les choses nécessaires à la vie! Demandez, je n'ai pas oublié votre sollicitude pour moi dans l'étable de Bethléem,

ni votre fuite en Eg"ypte pour sauver ma vie des mains du cruel Hérode, ni le g-laive de douleur qui perça votre âme à la prédiction de mes souffrances par le saint vieillard Siméon, ni le calice d'amertume que vous eûtes à boire jusqu'à la dernière g"outte sur le Mont du Calvaire, à la vue de mon corps couvert de blessures, pendu sur la croix et tout ensanglanté; demandez, O ma mère, rien ne sera refusé à vos désirs!

Que tel soit le langag-e de Jésus à sa mère, cela est hors de doute. Lisez avec attention et réflexion dans les Saintes Ecritures, la promesse de Dieu à ses fidèles serviteurs et vous en serez convaincus.

De là, Marie, est toute puissante dans le ciel par ses prières à son Fils — Marie est notre mère et désire nous secourir. Ayons donc recours à elle, et elle fera pour nous ce que Job fit pour ses amis.

Je dis que Marie est notre mère, parce qu'elle donna naissance à Jésus le rédempteur de nos âmes, parce que Jésus nous la donna pour mère avant de rendre l'esprit sur la croix, lorsqu'il dit à St. Jean: ''Voici votre mère.'^ Les Docteurs de l'Eglise nous disent que St. Jean était alors le représentant des chrétiens. Marie est aussi notre Mère, et elle prouva sur le Calvaire qu'elle était pour nous la meilleure des mères, en offrant à Dieu le sacrifice de son Fils pour le salut du monde. Marie suivit son Fils à la montagne du Calvaire, elle se tint debout au pied de la croix, elle vit son Fils bienaimé cloué sur la croix; elle vit sa tête couronnée d'épines, ses pieds et ses mains percés avec de gros clous, son sang coulant à grands flots; elle vit son corps couvert de meurtrissures et de plaies; elle entendit les cris féroces de ses ennemis se moquant de son Fils, l'insultant par les blasphèmes les plus affreux; elle entendit son Fils bien-aimé, au milieu des tourments les plus atroces, crier vers son Père d'une voix plaintive: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?" Elle vit tout, elle entendit tout! O quelle tristesse, quelle douleur perça alors votre âme, O Marie, la plus tendre des mères! Quelle souffrance peut-on comparer à vos souffrances en voyant votre fils si cruellement traité par ses ennemis — Votre Fils que vous connaissiez être le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs, le Créateur de l'univers! Si à sa mort

les ang-es pleurèrent, le soleil s'obscurcit, les morts ressuscitèrent et sortirent de leurs tombeaux, et si les rochers se fendirent, que dirai-je de la mer de douleur dans laquelle votre âme fut plong-ée, O Reine des martyrs!

Grand, sans doute, était l'amour de Marie pour nous sur le mont du Calvaire! Son cœur, quoique déchiré par la douleur à la vue de son Fils tout ensanglanté, était enflammé du feu de la charité divine pour le salut de nos âmes; nous pouvons nous représenter cette mère de douleur, unissant ses prières à celles de son Fils et invoquant la miséricorde de Dieu, pour le gfenre humain, en ces termes: O Dieu plein de miséricorde, jetez .vos reg-ards sur mon Fils bien-aimé! O voyez-le tout ensang-lanté, sa face défig^urée, ses pieds et ses mains percés, recevez son sang et sa vie, comme le prix de la rédemption de l'univers! Pardonnez aux pécheurs, ils ne savent pas ce qu'ils font!— O charité inexprimable!

Tels furent les sentiments du cœur de Marie sur le Calvaire! Qui pourrait en douter, sachant bien qu'étant la plus parfaite des créatures, elle n'avait rien tant à cœur que la rédemption du g-enre humain pour la gloire de Dieu et le salut des âmes? Marie savait par les Saintes Ecritures, par la prédiction du Saint vieillard Siméon, par les discours de Jésus, que le sacrifice requis pour cette rédemption était la mort de son fils bien-aimé; et comme elle ne désirait que l'accomplissement de la volonté de Dieu en ce monde; sans doute, elle l'offrit pour l'expiation de nos péchés, nons-seulement au pied de la croix, mais bien des fois durant le cours de sa vie!

Oui, Marie est notre mère! Ayons souvent recours à sa puissante intercession, et montrons que nous sommes ses enfants en imitant ses vertus. O heureux ceux qui, désirant de marcher sur ses traces, s'efforcent de bien observer les commandements de Dieu et de l'Eglise! Dans leurs peines et tentations, qu'ils aient recours à Marie, et ils seront fortifiés et consolés! Si quelquefois nos demandes ne sont pas exaucées, nous ne devons pas perdre courage; mais pensons que Marie veut éprouver notre fidélité, et nous procurer une plus grande gloire pour le ciel!

Nous lisons dans la vie de St. François de Sales, que le démon troubla son esprit par des pensées de désespoir. La

tentation fut violente, il pensait que Dieu l'avait rejeté pour toujours. Quel tourment pour un homme qui ne soupirait que pour le ciel! Il eut recours à Marie, il invoqua la mère des afflig-és, mais il ne reçut aucune consolation. La tentation devint plus forte, et il continua à lui adresser ses ferventes prières, afin qu/elle daignât intercéder pour lui auprès de son Fils; mais aucun soulag-ement ne lui fut donné dans sa détresse. Son âme enfin tomba dans une profonde tristesse, sa vie même était en danger. Que fera-t-il? Où ira-t-il? Il continuera d'invoquer Marie, il espérera en son secours contre toute lueur d'espérance. Enfin, ayant été long-temps éprom^é, un certain jour lorsqu'il lui adressait ses prières avec une abondance de larmes, il se sentit tout-à-coup fortifié et consolé, une grande paix et une douce joie succédèrent à sa profonde tristesse.

Ayez donc confiance à la protection de Marie, et elle vous protégera contre tous vos ennemis. Invoquez son intercession, et par ses prières à son fils, elle vous délivrera de tous vos maux, ou du moins, elle vous obtiendra la grâce de les supporter avec patience et résignation — faveur bien plus précieuse devant Dieu et ses anges, que d'être délivré de tous nos maux sur la terre.

Comme les amis de Job, considérons-nous coupables devant Dieu, et ayons recours à Marie, comme ils eurent recours à Job. Sa clémence s'étend sur tous ceux qui invoquent son saint nom; même les plus grands péclieurs ne sont point rejetés quand ils s'adressent à elle avec confiance et humilité. O combien de pécheurs infortunés, qui après avoir imploré l'assistance de Marie, reçurent du ciel la lumière et la force pour briser les chaînes de leurs passions criminelles! Combien de pécheurs endurcis, après avoir invoqué son intercession pleurèrent amèrement sur les péchés d'une longue vie! Combien d'autres, accablés par des pensées de désespoir, après avoir adressé leurs prières à cette bonne mère, recouvrèrent la paix de l'esprit, et une grande espérance pour leur salut! Ce n'est pas en vain que l'Eglise de Dieu l'appelle le Refuge des Pécheur s\

La bienheureuse Vierge Marie aime tous les pécheurs, parce qu'elle est leur mère, et une mère ne cesse pas d"être

mère quoique son fils ait été coupable de bien des crimes. Quelle mère pourrait refuser de parler en faveur de son fils, pour sauver sa vie, quelque coupable qu'il eût été? Mais si nous croyons qu'une mère ne pourrait être insensible au sort infortuné de son fils, qui pourrait' penser que Marie pourrait mépriser les prières des pauvres pécheurs qui implorent son assistance? Ne sont-ils pas ses enfants? Leur sort est-il moins dig-ne de compassion que l'état de celui qui est en danger d'être condamné à mort? O que les tourments inflig-és par les hommes sont légers, lorsque nous les comparons à ceux qui ont été préparés pour les pécheurs impénitents! Non; Marie ne refusera jamais d'écouter les prières des pécheurs les plus abandonnés quand ils s'adressent à elle avec confiance et humilité! Telle est la croyance proclamée partout par les fidèles dans la récitation de la prière de St. Bernard à Marie qui commence par ces mots: "Souvenez-vous, O très pieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à vous, qui ont imploré votre assistance, sollicité votre protection, ait été abandonné!". . . .

De là, l'Eglise de Dieu invite tous les fidèles à avoir souvent recours à cette bonne mère dans leurs tribulations. De là, tant de titres donnés à Marie, tant de monuments érigés en son honneur dans toutes les parties du monde! Dans un lieu elle est invoquée d'une manière spéciale sous le titre de Notre-Dame de Bonne Espérance; dans un autre, sous celui de Refuge des Pécheurs; dans un autre encore, sous celui de Secours des Chrétiens; ici, sous celui de Mère de Notre Rédempteur, là, sous celui de Reine de tous les Saints; aileurs, vous voyez des statues et des peintures magnifiques qui représentent la vierg-e immaculée écrasant sous ses pieds la tête du serpent infernal; et partout elle est saluée comme la Mère de Dieu, qui peut nous aider en tout temps et dans toutes les circonstances.

Si nous demandons à l'Eglise de Dieu pourquoi tant de titres ont été conférés à Marie? Pourquoi tant de monuments ont été érigés à sa gloire? Elle nous répondra par la bouche de ses Saints, de ses Docteurs et de ses Conciles: Marie est la Mère de Jésus; Marie est la Mère de Dieu, car Jésus est Dieu; Marie est toute puissante par ses prières à son Fils

qui est Dieu; elle est pleine d'amour pour nous, pauvres exilés dans cette vallée de larmes; nous devons donc exalter son nom et rendre hommag^e à sa grandeur, à sa puissance et à sa <^*;

bonté.

Si vous me demandez le nom de quelques-uns des saints et des docteurs, qui ont donné de si grandes louang-es à Marie la Mère de Jésus: Je vous dirai de vous rappeler les noms immortels des Irénée, des Jérôme, des Basile, des Clirysostôme, des Aug"ustin; chacun d'eux fut une lumière qui brilla avec une g-rande splendeur dans les premiers siècles du Christianisme. Mais les expressions de louang-e envers elle, proférées dans le concile d'Ephèse (A. D. 431j par St. Cyrille d'Alexandrie, avec l'applaudissement universel de tous les pères du concile, sont encore une preuve bien plus forte de la croyance du monde Chrétien dans la première partie du cinquième siècle du Christianisme. Prêtez une oreille attentive à ces paroles qui furent insérées dans les actes du Concile: "Nous vous saluons, .... Mère et Vierg-e, .... vénérable trésor du monde entier; lumière qui ne s'éteitit jamais, . . . .Mère de Dieu, par qui la Sainte Trinité est g-lorifiée et adorée, .... par qui les ang-es et les archang-es se réjouissent, par qui les démons sont mis en fuite, .... par qui les morts sont ressuscites, par qui le Fils unique de Dieu a brillé sur ceux qui étaient assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort."

Telles étaient la foi et la confiance de l'Eg'lise, il y a déjà plus de quatorze cents ans; telles sont encore aujourd'hui notre foi et notre confiance envers Marie, notre bonne ]Mère; et pour en être convamcus, il suf&t de réfléchir sur cette invocation de St. Bernard — invocation qui lui est adressée par tous les fidèles dans le monde entier: "Salut, O Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre suavité et notre espérance, Salut! Nous soupirons vers vous, g-émissant et pleurant dans cette vallée de larmes! O vous, notre avocate, tournez donc vers nous vos reg-ards miséricordieux! Et après cet exil, montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles, O clémente, O pieuse, O douce Vierg-e Marie!" — Et encore celle ci: "Nous recourons à votre protection, sainte Mère de Dieu, ne rejetez pas nos prières dans nos besoins; mais délivrez-nous de tous les périls, O Vierg-e g-lorieuse et comblée de bénédictions." Mais

la prière que les fidèles adressent tous les jours à Marie, c'est la Salutation Ang-élique, à laquelle l'Eg^lise a ajouté ces mots: "Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il."

Depuis le commencement du Christianisme, jusqu'à nos jours, sans interruption, l'Eg^lise a toujours invoqué Marie avec la même confiance. Quiconque, donc, vous parlera contre cette pratique universelle d'adresser vos supplications à Marie, reg-ardcz le comme un pain et un publicain, parce qu'il refuse d'écouter l'Eglise de Dieu, Je fondement et la colonne de la vérité, contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais.

Réjouissons-nous dans le Seig-neur, qui dans sa bonté infinie nous a donné une mère si bonne, si puissante ! Sachons profiter des dons du Ciel. Ainsi, sommes-nous assaillis par de violentes tentations? Ayons recours à Marie, et elle rendra inutiles tous les efforts de nos ennemis. Sommes-nous attaqués par la calomnie? Sommes-nous trahis par nos amis? Sommesnous abandonnés par tous les hommes? Le monde entier estil contre nous? Levons nos yeux vers Marie, et elle versera dans nos cœurs le baume de la consolation. Sommes-nous dans la prospérité? Implorons sa protection, afin que le souffle empoisonné de l'orgueil ne pénètre point dans nos âmes. Sommes-nous dans la paix et dans la joie? Adressons nos prières à Marie, afin que cette joie ne nous conduise pas au péché, et par le péché au malheur éternel. Justes et pécheurs, qui que nous soyons, invoquons l'intercession de Marie. Si nous sommes justes, prions la — de garder nos âmes dans l'état de pureté en éloignant loin de nous les pièges de Satan, et nous obtenant la grâce d'une bonne mort. Mais si malheureusement nous sommes en état de péché, disons-lui: O Marie, Refuge des pécheurs, aidez- nous par votre puissante intercession auprès du trône de la miséricorde! Ne permettez pas que nous vivions plus longtemps sous l'esclavage du Démon! O priez pour nous maintenant et à l'heure de notre mort! Ainsi soit-il.

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