TENTATIONS ET LES METTRE EN FUITE
"Dieu a créé l'homme immortel et il l'a fait à sa ressemblance; mais par l'envie du Démonla mort est entrée dans lemonde." — Sagesse 11.23, 24.
"Soyez sobres et veillez parce que votre ennemi le Démon tourne autour de vous, comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer." —1ère Ep. St. Pierre V. S.
Il y a dans ce monde un certain g-enre d'esprits malfaisants, que nous appelons démons; outre le témoig^nag-e évident des Ecritures divines, c'est une chose qui a été reconnue par le consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Les historiens Grecs et Romains nous donnent des preuves certaines de cette croyance universelle qui se trouve encore confirmée par cette science de la magie, pratiquée dans toutes les parties de la terre. Nous apprenons aussi par les annales de l'antiquité que les Chaldéenset les sages d'Egypte, et surtout cette secte de philosophes indiens que les Grecs appellent gymnosophistes, étonnaient les peuples par diverses illusions, et par des prédictions trop précises pour venir purement de la connaissance des astres. Ajoutons-y encore certaines agitations et des esprits et des corps que les païens même attribuaient à la vertu des démons. Ces oracles trompeurs, et ces mouvements terribles des idoles, et les prodiges qui arrivaient dans les entrailles des animaux, et
tant d'autres accidents monstrueux des sacrifices des idolâtres, si célèbres dans les auteurs profanes, à quoi les attribuerons-nous, sinon à quelque cause occulte, qui se plaisant d'entretenir les hommes dans une relig-ion sacrilège, ne pouvait être que malicieuse? Si bien que les sectateurs de Platon et de Pythag-ore, qui, du consentement de tout le monde, sont ceux qui, de tous les philosophes, ont eu les connaissances les plus relevées, et qui ont recherché plus curieusement les choses surnaturelles, ont assuré comme une vérité très constante, qu'il y avait des esprits d'un naturel obscur et malicieux; à tel point qu'ils ordonnaient certains sacrifices pour les apaiser et les rendre favorables. Ignorants et aveug-les qu'ils étaient, qui pensaient éteindre par leurs victimes cette haine furieuse et implacable que les démons ont conçue contre le genre humain, et l'empereur Julien l'Apostat, lorsqu'en haine de la religion chrétienne, il voulut rendre le paganisme vénérable, voyant que nos pères en avaient trop évidemment découvert la folie, il s'avisa d'enrichir de mystères son impie et ridicule religion; il observait exactement les abstinences et les sacrifices que ces philosophes avaient enseignés; il voulait les faire passer pour de saintes et mystérieuses institutions tirées des vieux livres de l'empire, et de la secrète doctrine des Platoniciens.
Ces remarques préliminaires sont de Bossuet, l'évêque de Meaux.
Ouvrons maintenant les Saintes Ecritures, elles nous manifesteront bien clairement la malice, le pouvoir et les déceptions de ces esprits de ténèbres.
Quelle effrayante peinture de Satan nous trouvons dans la Genèse! Adam et Eve, à peine sortis des mains de leur créateur, lui sont unis par les dons de la Foi, de l'Espérance et de la Charité; entourés de créatures de toute espèce qui sont pour eux autant de preuves de sa bonté, ils vivent heureux dans le Paradis Terrestre, et ils sont dans l'attente d'une plus grande félicité, promise à leur obéissance dans l'accomplissement des ordres de celui qui les a créés. Leurs esprits et leurs cœurs, innocents et pleins de force, étaient animés des sentiments les plus purs et les plus ardents d'amour et de reconnaissance envers leur bienfaiteur, La création toute en-
tière leur prêchait obéissance et amour envers Dieu. Qui sera capable de détruire cette belle harmonie? Dévoré d'envie en vo)'ant la félicité de nos premiers parents, Satan emplo3'a toute sa puissance afin de causer leur ruine, et de précipiter avec eux dans le même abîme tous leurs descendants, toute la race humaine. Voyez le monstre! Il s'est transformé; il paraît sous la forme d'une bête, d'un serpent, et ainsi masqué, il s'avance vers Eve et lui dit: "Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de mangfer des fruits de tous les arbres du Paradis?" Eve lui répondit: "Dieu nous a ordonné de ne pas en manger, de ne pas y toucher, de peur que nous ne mourions." Non vous ne mourrez pas, répliqua le serpent infernal; "mais vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal." Eve fut séduite, prit le fruit défendu, en mang-ea et en donna à son mari qui en mangea aussi. CGc/2. III.) Et avec le fruit défendu qu'ils mangèrent, ils tombèrent sous la malédiction de Dieu; ils perdirent leur félicité et furent sujets à des maux innombrables qui devaient aussi devenir l'héritage de tous leurs descendants; et maintenant, chaque jour, environ quatre-vingt mille de la race humaine, meurent victimes de la malédiction qui fut alors prononcée par le maître de l'univers: "Tu es poussière et tu retourneras en poussière." Sentence terrible qui a déjà renversé dans le tombeau des millions et des millions de la race humaine, et qui un peu plus tôt, ou un peu plus tard, enverra chacun de nous dans le même lieu de destruction! Gardez dans votre esprit ces paroles des Saintes Ecritures: "Par l'envie du démon, la mort est venue dans ce monde." Et alors vous vous direz: Sans doute, Satan est le plus cruel ennemi de la race humaine.
Afin d'acquérir une science encore plus profonde de la malice, du pouvoir, des déceptions et des pièges des esprits de ténèbres, nous choisirons avant tout pour nos maîtres et n:;s guides Jésus-Christ, ses Apôtres, son Eglise avec ses Docteurs et les Saints. Tant que nous rendrons le respect qui est dû à leurs leçons, et que nous tâcherons de marcher sur leurs traces, nous foulerons aux pieds l'aspic et le basilic, le lion et le dragon. {Ps. XC.) Prêtons d'abord une oreille attentive aux instructions et aux avis de Jésus-Christ; et il
nous dira de veiller et de prier afin de repousser les attaques du démon; il nous dira de craindre ses déceptions, ses pièg-es et sa puissance; parce qu'il est un menteur et le père du mensong-e; parcequ'il est un meurtrier dès le commencement du monde. (Jean cb. VIII. 44.) Parce qu'il arrive souvent, que, lorsque les hommes ont entendu la parole de Dieu, il "vient et arrache cette parole de leur cœur, de peur qu'ils ne croient et ne soient sauvés. (Lvc VIII. 12.) Et ils nous avertit aussi qu'il y a une espèce de démons qu'on ne peut repousser que par la prière et le jeûne. Dans un autre passag-e, nous le voyons réveillant la vig-ilance de Pierre par ces paroles: "Simon, Simon, voilà que Satan a désiré de vous avoir, afin de vous cribler comme le blé." [Luc XXII. 31.) Ailleurs, il nous enseig-ne que lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il ne peut prendre aucun repos, mais qu'il revient pour le tenter; et s'il est repoussé, il ne perd point courag-e, mais qu'il va chercher d'autres démons pires que lui pour causer sa ruine, {hue XI.)
Aucun homme sur la terre dont la vie est si sainte, si pleine de g-randes et bonnes oeuvres, qu'elle puisse empêcher satan de l'attaquer afin de causer sa ruine, et d'en faire son esclave, quand bien même il serait le plus fidèle serviteur de Dieu. Rappelez-vous la tentation de Jésus-Christ dans le désert; voyez le démon enflammé de colère contre lui; il s'est aperçu de son jeûne de quarante jours et de quarante nuits pendant lesquels il ne prenait aucune nourriture, et était continuellement occupé à la prière et à la contemplation; il ne saurait retarder plus longtemps ses attaques contre lui; n'importe qu'il soit le Fils de Dieu lui-même, et que tous ses efforts soient sans succès. Considérez son audace envers lui: "Si tu es le Fils de Dieu," lui dit-il, "commande que ces pierres se chang-ent en pain." Vaincu dans sa première attaque, il le saisit, et l'emporte sur le pinacle du temple et il l'engage à se précipiter en bas, lui disant qu'il est écrit, que Dieu enverra ses anges pour le protéger. Vaincu de nouveau il l'emporte sur une haute montagne, où, par le moyen d'illusions trompeuses, il lui montre tous les royaumes de la terre, qu'il promet de lui donner s'il veut l'adorer. Frappé de crainte par ces paroles de Jésus-Christ: "Retire-toi Satan;" (Matt. IV.)
il prit la fuite. Mais il est à remarquer qu'il ne se retira que pour un temps, comme nous le dit un des écrivains sacrés. De là, "soyez sobres et veillez, etc."
Les Epitres de St. Paul nous fournissent de nouvelles preuves de la malice, des déceptions et de la puissance de Satan et de ses ang"es de ténèbres. Le grand Apôtre, choisi par la miséricorde de Dieu, afin de porter la bonne nouvelle de l'Evang-ile, parmi tant de nations, couchées à l'ombre de la mort, avait reçu par les lumières du Saint-Esprit, une science bien profonde, non seulement des choses célestes, mais aussi de la malice, des pièges et de la puissance des esprits de ténèbres, pour le rendre capable de détruire leur empire, et d'établir celui de Jésus-Christ. Ecoutez-le et suivez ses admonitions: " Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir vous défendre contre les artifices du démon. Car nous avons à combattre, non contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l'air." (Eph. VI. 11, 12.) Réfléchissez sur ces paroles, et invoquez le Saint-Esprit et vous comprendrez, que, si vous désirez être sauvés, il faut combattre contre les principautés et les puissances, contre les gouverneurs de ce monde de ténèbres; vous comprendrez que, faibles comme nous le sommes, nous ne devons pas mettre notre confiance dans nos propres forces, mais dans les armes de Dieu, dans la foi dans l'espérance et la charité, mais, avant tout dans la prière fréquente, selon ces paroles du même apôtre: "Afin de pouvoir éteindre tous les traits enflammés de l'esprit malin;" (Epb. VI. 16.) afin de pouvoir échapper à ses déceptions et à ses pièg'es, "car Satan se transforme lui-même en ang-e de lumière." (//. Cor. 11, 14.)
Ecoutez maintenant les paroles de St. Jean, le disciple bien-aimé du Sauveur: "Malheur à la terre et à la mer, car le démon est descendu vers vous avec uneg-rande colère, sachant qu'il n'a plus qu'un peu de temps." (^Apoc. XI L 12.) Et souvenez-vous qu'il est l'ancien serpent, .... qui séduit le monde entier." {Apoc. XII. 9.)
Non moins fortes sont les expressions du Prince des Apôtres: "Soyez sobres jCt veillez; car le démon votre ennemi
tourne autour de vous comme un lion rug"issant, chercliant quelqu'un à dévorer. Résistez-lui demeurant fermes dans la foi." (Z. St. Pierre V. <S, 9.) Comme vous seriez saisi d'effroi à la vue d'un lion furieux venant à vous pour dévorer votre corps, ainsi vous devez craindre les sugg-estions du démon qui vient pour vous séduire et pour causer votre ruine éternelle; telle est la leçon que l'apôtre désire g-raver profondément dans nos esprits nous recommandant de le repousser avec toutes les armes de la foi.
Nul espoir de résister contre un ennemi si puissant, à moins que nous ne veillions jour et nuit, et que nous ne priions avec ferveur, pleins de confiance en la promesse de Dieu de nous assister dans toutes nos épreuves, dans toutes nos tentations. N'oubliez jamais ce que nous lisons ailleurs de sa puissance dans les Saintes Ecritures: "Aucune puissance sur la terre ne peut lui être comparée. Il est le roi sur tous les enfants d'org-ueil." (Job XLI. 25.) C'est lui qui mit dans le cœur de Judas la pensée de trahir Jésus-Christ; {fean XIII. 2.) C'est lui qui poussa Ananie et Saphir à mentir au Saint Esprit, et fut la cause de leur mort terrible; (Actes V. 3.) C'est lui qui porta David à compter son peuple par vanité, et fut la cause de g-randes lamentations dans Israël. (Parali. XXI. 1.) C'est lui qui, quand il eut reçu de Dieu la permission de tenter le saint homme Job, versa sur lui un torrent d'afiiictions, le frappa d'un ulcère affreux qui couvrit son corps depuis la plante des pieds jusqu'à la tête. (Job IL) Satan est bien puissant; satan est l'ennemi de notre race! De là, je ne saurais répéter trop souvent l'admonition de St. Pierre: "Soyez sobres et veillez, etc.
Consultons maintenant l'Eg^lise de Dieu, l'épouse de Jésus-Christ, le fondement et la colonne de la vérité, établie de Dieu pour enseig-ner à toutes les nations, toutes les vérités concernant nos devoirs et notre bonheur éternel. Ses instructions et ses prières nous apprendrons que nous sommes entourés par des esprits pleins de malice, cherchant continuellement à nous séparer de Dieu par la désobéissance à ses commandements, afin de nous plonger dans l'abîme de tous les maux.
Le catéchisme du Concile de Trente qui a été approuvé
182 CONFÊRKïfC:ÉS.
et recommandé par plusieurs Souverains Pontifes, nous démontre la malice, les déceptions et les embûches de èatan par ce passagfe des livres sacrés: "Notre combat n'est pas seulement contre la chair et le sang*," etc., et il ajoute nous pouvons de là apprendre que le pouvoir de l'ennemi infernal est formidable, son courag-e indomptable, sa haine cruelle et implacable. Il nous déclare une guerre perpétuelle avec une telle fureur qu'elle ne cesse jamais, qu'avec lui il n'y a point de paix, aucune fin aux hostilités. Cat., C. T., Oraison Dominicale. Lisez aussi dans le Rituel Romain, les prières que l'Eglise addresse à Dieu par ses ministres, quand ils bénissent l'eau pour la sanctifier, ou qu'ils administrent les sacrements de Baptême et d'Extrême-Onction; ou encore lorsqu'ils recommandent à Dieu une âme juste qui sort de ce monde, et vous verrez que les esprits de ténèbres sont nombreux, puissants, brûlants d'une rage implacable contre nous. De là aussi, afin que ses ministres n'oublient jamais que nous sommes entourés de nos ennemis, l'Eg^lise leur commande de réciter chaque jour ces paroles: "Soyez sobres et veillez, parce que le démon, votre ennemi, comme un lion rugissant tourne autour de vous, cherchant quelqu'un à dévorer; résistez-lui, forts dans la vertu de la foi. " Et quand ils commencent à se révêtir des vêtements sacrés pour la célébration du Saint Sacrifice, ils ont à réciter cette prière: "O Dieu mettez sur ma tête le bouclier du salut, afin que je puisse repousser les incursions du démon."
De là, la nécessité pour tous d'offrir des prières pures et saintes à Dieu, lui demandant de ne pas souffrir que nous soyons tentés au-dessus de nos forces. Cat., C. T. O. D.
Les vies des Saints pourraient nous fournir bien d'autres preuves pour démontrer la malice, les ruses, les déceptions, et le pouvoir de Satan, si nous n'en étions pas déjà convaincus par les leçons de Jésus-Christ, de ses Apôtres et de son Eglise. Je me contenterai donc de vous donner un seul exemple: Voyez et considérez Saint Antoine dans le désert, y menant presque la vie d'un ange! Satan a ses 3'eux fixés sur lui; il voit sa piété, sa ferveur, ses prières continuelles, son amour envers Dieu et son prochain. Cela est suffisant pour enflammer sa colère contre lui; rien ne sera éparg-né, rien ne
sera oublié pour causer sa ruine. Il trouble d'abord son âme par mille pensées de décourag-ement; il remplit ensuite son esprit de pensées immodestes; enfin il lui apparaît sous une forme humaine très attrayante pour le séduire, comme nous le lisons dans sa vie écrite par St. Athanase. Un jour Antoine voyant j^ar la lumière du Saint-Esprit l'univers entier couvert des pièg-es du démon fut si terrifié qu'il s'écria: "O Seigneur qui sera capable de les éviter tous?" Dieu était avec lui, et il fut victorieux. Il disait souvent à ses desciples: "Le démon craint le jeûne, la prière, l'humilité, et les bonnes œuvres." (Vie de Saint Antoine.)
Il n'est pas hors de place ici de remarquer que les esprits frappeurs sont des esprits réprouvés, qui viennent converser avec les hommes pour les tromper, comme il est prouvé par les écrits d'hommes savants, dont plusieurs étaient entièrement incrédules; mais plus tard forcés de cbang-er leur opinion par des faits incontestables dont ils avaient été témoins, ou qu'ils avaient entendu raconter par des hommes de science, qui dans les circonstances présentes n'auraient pu se tromper. Rien de nouveau dans ces manœuvres de ces esprits de ténèbres; ce n'est rien autre que la renaissance de l'ancien pag-anisme, comme nous l'apjjrenons en lisant l'Apolog-ie de Tertullien en faveur du Christianisme, écrite dans le troisième siècle, et adressée aux premiers mag"istrats de l'Empire Romain. "Si les mag-iciens," dit-il, "font paraître des fantômes, s'ils évoquent les âmes des morts, s'ils font rendre des oracles à des enfants; si, habiles charlatans, ils imitent les miracles, s'ils savent même envoyer des songes à la faveur des ang-es et des démons qu'ils ont invoqués, qui leur confient leurs pouvoirs, et par lesquels des chaises, des tables devinent l'avenir, à plus forte raison, ces puissances séductrices feront-elles par elles-mêmes et pour elles-mêmes ce qu'elles opèrent pour des intérêts étrang-ers." — Tertul. Vol. 2, p. 297. {Paris, Louis Vives, 1852.)
Apprenez aussi de Tertullien que ces œuvres des mauvais esprits sont pour la ruine de l'homme. Pleins de rage contre Dieu, qui les a bannis du ciel, condamnés à une peine éternelle, et incapables de satisfaire leur haine contre lui qui est tout puissant, ils tournent leur fureur contre l'homme
qui a été créé à l'imag-e de Dieu. C'est, dit Bossuet, * 'cette noire envie, mère des fraudes et des tromperies, qui fait que Satan marche contre nous, par une conduite cachée et impénétrable. Il ne brille pas comme un éclair, il ne g-ronde pas comme un tonnerre; il ressemble à une vapeur pestilentielle qui se coule au milieu de l'air par une contag-ion insensible et imperceptible à nos sens; il inspire son venin dans le cœur, ou, pour me servir, chrétiens, d'une autre comparaison qui lui convient mieux il se g"lisse comme un serpent. .. .c'est ainsi que l'Ecriture l'appelle," Prenez g-arde à vous, mes frères, crie le grand Apôtre St. Paul: "Prenez garde que vous ne soyez trompés par satan; car nierons-nous ses pensées? Non, non, nous ne nierons pas ses pensées; nous savons que sa malice est ing-énieuse; que son esprit est inventif, raffiné par un long usage, excité par sa haine invétérée, il n'agit que par des artifices fins et déliés, et par des machines imprévues. Ahl mes frères, qui pourrait vous dire toutes les profondeurs de Satan, et par quels artifices ce serpent coule? S'il vous trouve agités, il vous prend par le penchant de l'inclination. Votre cœur est-il déjà excité par quelque commencement d'amour? Il souffle sur cette petite étincelle, jusqu'à ce qu'elle devienne un embrasement: il vous pousse de la haine à la rage, de l'amour au transport, et du transport à la folie. Que s'il vous trouve éloignés du crime, jouissants des saintes douceurs d'une bonne conscience, ne croyez pas qu'il vous propose d'abord l'impudicité; il n'est pas si grossier, dit St. Chrj'sostôme: "Il use avec nous d'une grande condescendance." Que veut dire cette parole? Dieu se rabaisse .... Satan se rabaisse aussi à sa mode. Il voudrait bien, mes frères, vous rendre d'abord aussi méchants que lui, s'il pouvait. .. .Ah! ce ne sera qu'un regard, dit le démon à notre âme; tout au plus une complaisance, un plaisir. Prenez garde, le serpent s'avance, vous lui donnez un libre accès, il est sur le point de mordre; un feu passe de veine en veine, se répand dans tout le corps. Il faut l'avoir .... Mais c'est un crime! N'importe. . . .Elle a un mari! Qu'il meure! Vous ne pouvez le faire tout seul; engageons en d'autres dans notre crime; employons la fraude et la perfidie. David! David, le malheureux David! Et qui ne sait pas son histoire?
— Judas; inspirons-lui le dessein de se porter à vendre son maître. Le crime est horrible! Allons par deg-ré; qu'il le vole premièrement; après, qu'il le vende. Voilà Tappât, l'avarice! Il y a donné, il est à nous. Poussons, poussons de l'avarice au larcin, du larcin à la trahison, à la corde, au désespoir. Mes frères réveillez-vous et ne vous laissez pas séduire par Satan." (Bossuet.)
Gardez-le dans votre esprit, et ne l'oubliez jamais! Nous sommes entourés d'ennemis puissants et invincibles, brûlants d'envie et de haine contre nous, désirant notre ruine et notre perte éternelle. Le Saint-Esprit, dans nos Livres Sacrés, nous les représentent comme des serpents rusés, des lions rugissants, ou des bêtes féroces, enflammées de fureur contre nous; et aussi, comme des ennemis trompeurs qui se transforment en ang-es de lumière et qui ne prennent aucun repos le jour et la nuit; sans cesse appliqués à nous précipiter dans l'abîme du péché, afin que nous ayons part à leurs tourments.
Que ferons-nous? Comment découvrir leurs pièges et éteindre leurs traits enflammés? Faibles, comme nous le sommes, aveug-lés par nos passions, entraînés par l'exemple d'un si grand nombre de personnes qui vivent comme s'il n'y avait pas de Dieu, pas d'autre vie, pas d'éternité. Est-il possible pour nous de repousser toutes les tentations de tant d'ennemis si puissants, si terribles, et souvent inapperçus? Y-a-t-il quelque espérance de résister à leurs attaques, ou devons-nous considérer notre salut éternel comme une impossibilité! Notre salut une imposibilité! Que Dieu nous en préserve! Bien mieux pour nous si nous n'étions jamais nés! Vrai, bien vrai, ces esprits de malice sont sages, puissants, cruels et nombreux. Un trop grand nombre de ces esprits ont placé leur trône dans les cœurs, non seulement des infidèles, mais aussi dans un grand nombre de ceux qui s'appellent chrétiens, et ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour les aveugler de plus en plus, et les précipiter de péché en péché, d'abîme en abîme, pendant le cours de leur vie, afin de les plonger après la mort dans l'abîme éternel. Mais nous devons nous rappeler, que, s'ils périssent, c'est par leur faute, parce qu'ils refusent de se servir des moyens de salut qui leur sont offerts par notre divin Rédempteur. Souvenez-vous que toutes leurs tentations
ne peuvent nous faire tomber dans le péché sans le consentement de notre volonté. Si nous sommes chair et bien faibles, Dieu est tout puissant, et il ne permettra jamais à nos ennemis de nous tenter au-dessus de nos forces; nous sommes même assurés que dans nos combats, nous serons couronnés de la victoire, si nous suivons les instructions et les admonitions de Jésus-Christ et de son Eglise.
Si nous désirons vaincre nos ennemis, n'oublions pas que Dieu est notre père; qu'il est partout, remplissant de sa substance toute création; que si nous l'invoquons par les mérites de Jésus-Christ, il nous protég^era; aucune puissance ne sera capable de causer notre ruine, car nous avons la promesse du Sauveur lui-même. Veillons donc et prions! Ne permettons pas aux choses de ce monde d'opprimer notre esprit, de gagner notre cœur; mais réfléchissons souvent sur la mort — sur le jugement — sur le Paradis — sur l'enfer — sur l'éternité I Recevons les sacrements de l'Eglise, après une préparation convenable; car les sacrements sont les sources de vie spirituelle pour notre âme. Invoquons l'intercession de Marie, des anges et des saints, et fuyons autant que possible l'occasion du péché. Suivons ces avis salutaires, et après un court espace de temps, toute gloire et toute félicité nous pénétreront de toutes parts dans l'âme et dans le corps pour toujours et sans fin.
Amen.