Chapitre YIÎ
Des ténèbres du tombeau s'élève une grande lumière pour tout homme raisonnable qui désire connaitre la vérité, et se laisser guider par elle, à quelque
PRIX QUE CE SOIT; s'AGIRAIT-IL DE PERDRE LA VIE!
"Rappelle-toi, O homme, que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière!"
Oh! d'où vient-il que nous oublions que nous sommes mortels? Des milliers de millions de nos semblables qui nous ont déjà précédé dans cette vie, ne sont-ils pas une attestation de cette sentence: "Tu es poussière et tu retourneras en poussière!" {Gen. III. 19.) Nos premiers parents dont la constitution corporelle était bien plus forte que la nôtre, ont vécu plusieurs siècles, mais à la fin la mort les a vaincus; ils sont tombés — ils ont disparu — ils ont été réduits en cendre — ils ne sont plus! Ouvrez les Saintes Ecritures, lisez les g*énéalog-ies des premiers Patriarches, et vous les trouverez toutes terminées par ces paroles bien dig-nes de notre méditation de chaque jour: Toute la durée de la vie d'Adam fut de neuf cent trente ans; et il mourut — La vie de Seth fut de neuf cent douze ans; et il mourut — Tous les jours d'Enos furent neuf cent cinq ans; et il mourut. Tout le temps de la vie de Caïnan fut neuf cent dix ans; et il mourut. {Genèse V.)
Nos Saints Livres parlent de plusieurs autres dont la g-énéalogie se termine par les mêmes paroles — et il mourut. Pourquoi ces paroles: et il mourut, sont-elles répétées si souvent? Ne sont-elles pas des paroles inutiles? Non; elles ne sont pas inutiles. Si elles ont été répétées si souvent par l'écrivain sacré, c'est afin d'imprimer plus profondément dans
nos esprits la pensée de la mort; car la pensée de la mort est comme une lumière céleste qui nous découvre la vaine splendeur des choses de ce monde; la pensée de la mort illumine nos âmes et détruit dans nos cœurs nos passions les plus violentes et les plus déréglées. La pensée de la mort nous rappelle la justice de Dieu, qui a condamné à mort la race humaine pour le péché d'un seul homme; la pensée de la mort nous inspire la crainte du Seigneur, qui donne la véritable sagesse; la pensée de la mort est le remède le plus efficace contre Torgueil, l'avarice, l'envie, la colère, la luxure, la sensualité dans le boire et le manger et l'indolence. La pensée de la mort est un préservatif contre toute espèce de péchés. "Dans toutes tes œuvres rappelle-toi ta fin dernière et tu ne pécheras jamais,''' dit le Saint-Esprit par la bouche de l'Ecclésiastique, VI. 40. Suivons le conseil de l'Esprit Di. vin, et pensons à la mort.
Qu'est-ce que la mort? La mort est la séparation de Tâme et du corps. Elle met fin à notre existence dans ce monde. Une personne morte est privée des honneurs, des richesses, des dignités, des titres, et de toute possession terrestre; une personne morte a perdu toutes ses qualités corporelles et intellectuelles ici-bas; ses yeux ne voient plus, ses oreilles n'entendent plus, sa langue garde un profond silence, ses pieds sont incapables de marcher, ses mains sont immobiles.
Représentez-vous l'homme le plus parfait que vous ayiez connu, ou dont vous avez entendu parler; un homme charitable envers les pauvres, aimable dans sa conversation, aimé de tous ceux qui le connaissent à cause de ses vertus; un homme favorisé par la divine Providence d'une mémoire excellente, d'un jugement solide, et dont la figure est belle et admirable. Est-il frappé par le glaive de la mort! Il n'est plus rien qu'une belle fleur coupée et desséchée en peu de temps! O quel changement la mort opère sur les enfants infortunés d'Adam! A peine un homme a-t-il été pendant quelques jours sous la puissance de la mort, que son corps commence à tomber en corruption, et devient la pâture des vers!
Pères et mères, frères et soeurs, amis, parents et voisins, hâtez-vous de verser quelques larmes sur l'ojet de votre
amour! Oui hâtez-vous de pleurer encore quelques instants près de lui! Vous ne pouvez jouir long-temps de cette dernière consolation! Quelque grande que soit votre admiration pour votre ami, la vue de son corps qui commence à se corrompre ne vous permettra pas de vous tenir près de lui, même pour une semaine. Il faut le couvrir, il faut le cacher dans la bière, il faut l'enfermer dans le tombeau et vous retirer! Vous pouvez quelquefois pendant deux ou trois jours environner le corps d'un père, d'une mère, d'un époux, ou d'une épouse chérie, mais non pas plus long-temps; vous êtes forcés pour la préservation de votre santé de vous faire violence et de déposer son corps dans la terre. Là, sa chair sera visitée par les vers et deviendra leur nourriture pendant plusieurs mois! Là, toute sa chair sera dévorée! Là, ses restes seront réduits en cendres! O rappelle-toi, rappelle-toi, O homme que tu es poussière et que ta reviendras en pou^.sïère.
Personne n'ignore ces vérités; mais malheureusement, très-malheureusement, ce qui est bien déplorable, peu pensent à la mort; bien peu en font l'objet de leurs réflexions! O insensibilité! O aveuglement! O folie! Par quelle fureur sommes-nous transportés? Où allons-nous? [Quelles sont nos pensées? Quelles sont nos occupations? Quelles sont nos prétentions? Quelles sont nos espérances? . . . Plaisirs, honneurs, richesses; voilà ce qui nous occupe jour et nuit. Nous vivons sur la terre, comme si nous ne devions jamais mourir, et nous ne faisons rien pour notre sort éternel. Nous croyons à une religion qui nous dit à tous, à chacun de nous: Fais le bien, durant le cours de cette vie, et tu seras heureux pour toujours dans le ciel! Malheur à ceux qui passent leur vie dans le péché car ils seront jetés dans les flammes éternelles! O hommes insensés, nous pouvons mourir dans une heure, dans un moment, et néanmoins nous ne songeons pas à nous préparer à paraître devant Dieu! O plût à Dieu que ma voix fût plus forte que le tonnerre, et alors je m'écrierais de toutes mes forces: O vous qui dormez àl'ombre de la mort, réveillez-vous! réveillez-vous! N'attendez pas jusqu'à demain pour votre conversion! Revenez aujourd'hui au Seigneur! La mort coupera le fil de votre vie plus tôt que vous ne le pensez. Hélas! Combien qui pensaient être en-
core sur la terre pour bien des années, ont été emportés par une mort subite!
Réfléchissez sur ces paroles de l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ: "Combien de fois avez-vous oui dire: Un tel a été tué d'un coup d'épée, un tel s'est noyé; un autre en tombant s'est rompu le cou; un autre s'est étrang-lé en mangeant, un autre en jouant est tombé mort sur la place; l'un a péri par le feu et l'autre par le fer; celui-ci est mort par la peste, celui-là a été assassiné par les voleurs! Ainsi finissent tous les hommes, et leur vie passe comme une ombre." Et ainsi s'accomplit la sentence de Jésus: "Le fils de l'homme viendra au moment que vous n'y penserez pas." Soyez toujours prêts à rendre à Dieu compte de toutes vos actions. Pensez souvent à la mort et vous ne serez jamais surpris. "Dans toutes tes œuvres; rappelle-toi ta fin dernière et tu ne pécheras jamais." Car quelle est la cause de nos péchés? Examinez votre conscience. Ne sont-ce pas vos passions déréglées souvent excitées par l'ennemi du salut? Eh bien, quelques nombreuses et violentes que soient vos passions déréglées, seraientelles semblables à un grand feu agité par le vent, vous pouvez les calmer si vous le désirez, et même détruire toutes leurs forces. Versez sur vos passions le baume salutaire de la pensée de la mort, et elles seront bientôt amorties. Oui, si vous pensez souvent à la mort, vous gouvernerez aisément toutes vos affections criminelles. Vous savez combien il est diflicile de modérer votre amour pour les richesses, les honneurs, les plaisirs; néanmoins je puis vous montrer qu'avec la pensée de la mort vous pouvez détruire dans vos cœurs ces désirs insatiables.
Amis des richesses, des honneurs et des plaisirs, venez avec moi; allons en esprit parmi les morts; ne craignez pas! Allons dans ces lieux où reposent les corps des plus grands hommes du monde, et réfléchissons: Vous voyez de belles colonnes, et de superbes inscriptions sur leurs tombeaux. N'arrêtez pas longtemps vos regards sur ces trophées de la grandeur humaine — Descendez dans leurs tombeaux — ouvrez leurs cercueils. Oh! considérez-les maintenant! Adressez-leur la parole! A ces hommes dont les noms sont immortels! — Princes et rois de la terre, où sont maintenant vos beaux palais
et vos jardins mag-nifiques? Où sont vos sceptres et vos couronnes? Où sont vos gardes, vos femmes et vos enfants? Où sont vos richesses et vos possessions? — Hélas! ils gardent le silence, ils ne peuvent me répondre. O mort cruelle tu les a privés du pouvoir de parler! tu les a privés de toutes leurs facultés, de leurs titres et de leurs possessions — Palais, jardins, sceptres, gardes, femmes et enfants! Ils ont tout perdu sous les coups de ton glaive destructeur! Sans respect pour leur grandeur, tu les as entraînés comme de vils esclaves dans ce lieu de ténèbres; tu les a enfermés dans cette prison de douleur! Cruelle mort; tu les as livrés aux vers pour devenir leur pâture! O mort tu es "sans miséricorde! O mort tu es trop cruelle! ....
Voyez, chers amis, voyez maintenant la vanité des choses humaines. Parmi ces victimes qui sont tombées sous le coup de la mort, j'en vois quelques-unes qui avaient atteint un degré plus élevé de gloire que les autres; leurs actions héroïques leur avaient procuré le plus haut point de gloire dans l'histoire du genre humain. Venez ici, voyez et réfléchissez à loisir! Ici repose un Alexandre, un César, un Napoléon! Adressons-leur la parole: Grands hommes, que sont devenues votre gloire et votre puissance? Hélas! Hélas! fussent-ils capables de répondre à ma question, ils diraient: Ah! Ne parlez pas ici de gloire et de puissance; toute notre gloire et toute notre puissance sont anéanties! Ces restes que vous voyez devant vous, vous l'attestent! Le monde entier parle encore de la splendeur de nos œuvres, mais la mort qui est sans pitié, sans miséricorde, nous a frappés; elle nous a traînés dans ce lieu de désolation, elle nous a donné aux vers pour leur pâture; ils ont pris possession de notre substance et ils ont dévoré notre chair! Pauvres mortels, personne parmi vous ne comprend la cruauté de la mort!
Réfléchissons ici quelques instants. Des hommes qui ont rempli l'univers de la gloire de leurs victoires, ainsi traités par la main terrible de la mort! Quel sujet plus digne de notre méditation? Sur la terre, un de leurs regards était suffisant pour inspirer la joie ou la tristesse dans le cœur de ceux qui les entouraient; vaincus par la mort, enfermés dans le tombeau, ils ne peuvent plus défendre leurs yeux contre les
satellites de la mort! Sur la terre, les paroles de leur bouche étaient souvent reçues comme des oracles; dans le tombeau leurs lèvres et leurs langues sont dévorées par les vers! Sur la terre, leurs oreilles étaient réjouies d'un g-rand nombre d'amis; dans le tombeau, elles sont pleines de corruption! Sur la terre, ils étaient couronnés de fleurs, d'or et de diamants; dans le tombeau, leur couronne est une couronne de poussière! Sur la terre, leurs mains pleines de richesses distribuaient les faveurs; dans le tombeau leurs mains tombent en lambeaux! Sur la terre, ils commandaient à des milliers et même quelquefois à des millions de sujets; dans le tombeau des milliers de vers font leur pâture de leurs corps, qu'ils n'abandonnent pas, que leur chair ne soit entièrement consumée!
O Grand Dieu! Que deviendrons-nous? Ayez pitié de nous! O ayez pitié de nous! O vanité des vanités, et tout n'est que vanité! O homme, qui que tu sois, serais-tu le plus puissant monarque de l'univers, aurais-tu reçu de Dieu le pouvoir de commander au soleil, à la lune, aux étoiles et à tous les êtres de la création pour mille ans; encore tu n'es rien en sa présence; tu es un esclave, tu es le sujet de la mort tu es la pâture des vers. Ne viens donc pas te glorifier en ma présence, car je te dirai: Si les vers qui doivent dévorer ton corps étaient ici présents et pussent parler, ils te diraient: O homme orgueilleux, garde le silence; ne te vante pas; bientôt Dieu nous donnera ton corps pour nourriture; nous sommes en quelque manière plus grands que toi! O homme mortel! O pécheur! Dis-moi, maintenant où est ta gloire.^ Hélas! Instruit à l'école de la mort, je ne vois plus de gloire sur la terre; tout est vanité! Oui, tout est vanité, si ce n'est de servir Dieu et de l'aimer de tout notre cœur. Lui seul est plus fort que la mort; Lui seul peut réparer tous les maux de ce monstre qui détruit toutes les générations.
Oui, chers amis, la mort est un monstre bien puissant; elle dévore tous les enfants d'Adam; elle porte partout, dans toutes les familles de l'univers entier, le deuil et la tristesse; elle est la principale cause des larmes amères des pères et des mères et de leurs enfants. Si vous les voyez revêtus des vêtements de deuil; si les traits de leur figure vous dévoilent une
grande affliction, une grande tristesse au fond de leur cœur, et si vous leur demandez quelle en est la cause, ils vous répondront: La mort est tombée sur nos familles. L'un vous, dira: j'étais l'époux d'une femme vertueuse; elle était ma consolation sur la terre; mais la mort me l'a enlevée, et je suis maintenant le plus infortuné des hommes — Un autre vous dira: Vous voyez mes cheveux blancs et par eux mon âge bien avancé; je n'avais qu'un fils pour mon support; je suis incapable de travailler; oh! il était un si bon fils pour son vieux père! Depuis que la mort m'a séparé de lui, Dieu seul sait combien j'ai à souffrir! Que Dieu daigne m'unir bientôt à mon fils! — Une mère en pleurs vous dira: Voyez mes pauvres enfants privés de leur père par la mort; ils manquent de nourriture et de vêtements. O mort, pourquoi n'as-tu pas pris la vie de leur mère et épargné celle de leur bon et tendre père! O Dieu, aidez-moi à supporter avec patience et résig^nation la croix pesante que vous m'avez envoyée! — Une autre encore vous dira, avec un cœur plein de tristesse et percé de douleur: O que ma vie est misérable! Il n'y a plus de consolation pour moi sur la terre! Je suis la plus désolée des mères! Epoux, enfants, amis, ils sont tous morts! O mère infortunée que je suis! — Demandez au jeune orphelin, qui l'a privé de la joie si naturelle à son âge; et il vous répondra, tant que j'eus mon père et ma mère avec moi, j'étais heureux et content; mais depuis que la mort m'a séparé d'eux, je suis triste et malheureux! Oh! disons-le encore une fois, la mort est trop cruelle, c'est un monstre!
Mais depuis quand la mort est-elle sur la terre, détruisant la race humaine? Depuis le commencement du monde elle n'a cessé de sacrifier des victimes humaines. Nous ne voyons plus sur la terre un homme dont l'âg-e s'élève à deux cents ans. Depuis environ six mille ans que le monde existe, la mort a détruit toutes les générations, à l'exception de celles qui vivent de nos jours. Avant longtemps, elle nous enverra tous dans la rég"ion des morts. Dans le cours de cent ans nous serons tous sous la puissance des vers ou réduits en poussière. Ils dévoreront notre chair jusqu'aux os, et nos ossements mêmes sous la puissance de la mort seront réduits en cendres. Ce n'est donc pas sans raison que j'ai appelé la mort un monstre.
Qui est-ce qui a fait paraître la mort sur la terre? Dieu créat-il l'homme sujet à la mort? Non, Dieu créa Thomme immortel. Le Démon fut-il l'auteur de la mort? Non, seul par sa propre puissance, il ne pouvait produire un tel monstre; il fut l'occasion pour la mort de paraître sur la terre, mais il n'en fut pas l'auteur. Où, donc, et par qui la mort fut-elle produite? Ecoutez-moi. et je ^rous le dirai — Elle fut produite dans le cœur de l'homme, par sa désobéissance! C'est là, que le monstre prit naissance! Adam mang-ea le fruit défendu, son cœur fut empoisonné, son sang- corrompu, et dès lors plus d'immortalité sur la terre. De lui nous sommes descendus, nous tirons notre origine de son cœur empoisonné, de son sang corrompu, et de génération en génération, nous portons la semence de corruption, la semence de la mort. Le monstre suit maintenant pas à pas tous les enfants d'Adam; il ne prendra aucun repos, avant de nous avoir entraînés tous dans le tombeau. Personne ne peut espérer d'être éparg-né par le glaive de la mort; petits enfants dans le berceau, jeunes enfants, jeunes gens, hommes à la fleur de l'âge, vieillards décrépits, tous, sans exception, nous serons placés parmi les morts et réduits en poussière. O rappelle-toi, O homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière!
Oui, ne l'oublions pas, et nous nous écrierons tous: O péché, O maudit péché, sois maudit par tous les hommes, et pour toujours! Toi seul es le cause de tous nos maux; tu nous as chassés du paradis terrestre; tu as couvert la terre de deuil, de pleurs, et de lamentations; c'est toi qui es la cause de la mort en tous lieux. ''Par un homme le péché entra dans le monde, et par le péché, la mort. {Rom. V. 2.) O détestons le péché du fond de nos cœurs! car le péché est un monstre bien plus dangereux que la mort elle-même; c'est lui qui a détruit la paix qui existait entre Dieu et l'homme; c'est lui qui nous ferme les portes du ciel; c'est lui qui fait tomber tant de millions de nos semblables dans les abîmes éternels.
Si les pécheurs me demandent que faire pour détruire en nous la malédiction du péché? Je leur répondrai: Pleurez pécheurs, pleurez sur vos péchés; jour et nuit, versez des lar-
mes sur vos péchés. Convertissez-vous sincèrement au Seigfneur. Soyez prêts à donner votre vie plutôt que de l'offenser encore. Soyez fidèles à tous ses commandements, et je vous annoncerai de bonnes nouvelles; je vous dirai en son nom: Ne craijj-nez plus la mort, ni pour vous, ni pour vo^ amis, s'ils sont dociles aux lois de l'Kvang-ile; car la mort a bien peu de pouvoir sur vous ou sur eux; et vos âmes, une fois libres de leurs corps, monteront au ciel pour jouir du bonheur des élus. Rappelez-vous le doux nom de Jésus, votre Sauveur, le vainqueur de la mort; il a dans sa main les clefs de tous les tombeaux, ne craig-nez pas; soyez toujours ses amis par votre docilité à ses préceptes, et au dernier jour vos corps ressusciteront et seront revêtus d'une g-loire immortelle!
O mort! O cruelle mort! Où sera donc alors ta puissance? Tu n'auras plus aucun pouvoir sur les justes, sur les élus du Seig-neur! Tu seras enfermée dans l'abîme éternel, pour régner sur les méchants; tu seras leur torture pour toujours; là tu seras leur seconde mort!
Pensons, chers amis, pensons souvent à la mort, et ce qui l'accompag-ne, et nous n'offenserons plus le Seig-neur notre Dieu! Qui, sachant que la mort a pénétré dans ce monde par un péché, ne serait pas terrifié à la seule pensée de toute offense envers Dieu! Que les plus g-rands pécheurs pensent à la mort, et ils sauront, au moins en partie, quelle est la malice et la conséquence du péché, et ils cesseront de le commettre. Qui oserait commettre un péché mortel, s'il était instruit par un miracle de son énormité? Supposons que Dieu va opérer ce miracle pour notre instruction, et que par sa puissance nous sommes transportés au sommet de collines entourées d'une plaine immense, et que sa voix se fait entendre à tous les morts depuis Abel jusqu'à ceux de nos jours: O morts, sortez de vos tombeaux; levez-vous; tenez-vous debout dans cette plaine; et par votre présence et vos paroles vous instruirez les vivants sur la vanité de ce monde, et sur l'énormité du péché. Supposons aussi que par la puissance de Dieu, nous voyons dans cette plaine des millions de millions de formes humaines, se mouvant çà et là selon les ordres du Maître Suprême, et nous criant de sa part avec une voix de tonnerre: c'est le péché qui nous a réduits dans cet état déplorable:
Aimez et servez le Seig-neur votre Dieu!. . . .Dieu commande de nouveau — et tous les morts sont revêtus de chair, comme ils l'étaient après avoir passé deux ou trois mois dans le tombeau — et nous les voyons couverts de vers et de corruption; et pour notre instruction, par la volonté de Dieu, avec une voix forte qui pénètre le fond de nos âmes, ils nous disent: O vous nos frères, tels que vous nous voyez, ainsi serez-vous vous-mêmes sous peu de temps!. .. .C'est le prix du péché de notre premier Père qui nous a réduits en cet état. Ne l'oubliez pas! craignez le péché, pleurez sur vos péchés! Malheur à celui qui ne craint pas le Seig-neur! Mille fois malheur à celui qui l'offense! Dix mille fois malheur à celui qui vit dans le péché mortel, et tombe en cet état entre les mains de son jug-e! Horrendum est.... A la vue d'un spectacle si terrible, qui parmi nous pourrait s'empêcher de s'écrier: O Dieu, ayez pitié de nous! Ayez pitié de nous! Nous détestons nos péchés! Plus de péché pour nous! Sauvez-nous! O daig-nez faire cesser cet horrible spectacle, cette horrible vision!. .. . Que vous dirai-je encore, mes frères? Ah! si nous étions témoins d'un tel spectacle plusieurs d'entre-nous, et peut-être tous ensemble nous tomberions morts la face contre terre, à moins d'un miracle pour nous conserver la vie. O horrible, O épouvantable effet du péché! O enfants des hommes! Réveillons-nous! Cessons de pécher!
Vous savez, chers amis, que cette supposition est bien conforme aux Saintes Ecritures. C'est un article de notre foi que tous les hommes ont été condamnés à mort pour le péché du premier homme. Ne me dites pas que ce que vous venez d'entendre est trop effrayant; car je vous répondrais au nom de Dieu. Quoi! vous êtes frappés de terreur par ces pensées et vous vivez en paix, ou du moins vous essayez de vivre en paix avec une conscience peut-être chargée de crimes! Craignez Dieu, pécheurs; craignez-le et ses châtiments! Car le même Dieu, qui a menacé notre premier père de mort, s'il mangeait le fruit défendu, nous menace d'un feu éternel, si nous avons le malheur de mourir en état de péché mortel. C'est une vérité sur laquelle il faut réfléchir: Adam mangea le fruit défendu, et la race humaine tomba sous la sentence de mort: Tu çs poussière et tu reviendras en poussière, et
chaque jour des milliers de nos semblables sortent de ce monde; et tous ceux qui meurent coupables de péché mortel tombent dans l'abîme dont on ne sortira jamais.
O enfants des hommes, n'oublions jamais que par le péché de notre premier père la semence de mort a pénétré dans nos cœurs! Cette pensée deviendra pour nous un remède salutaire contre toutes nos passions dérég-lées. Servons-nous en chaque jour de notre vie, et nous serons encouragés et fortifiés pour observer avec ferveur tous les commandements de Dieu.
De là, êtes-vous emportés par la passion de l'org-ueil; vous considérez-vous au-dessus de vos semblables parce que vous êtes riches, savants et puissants? Méprisez-vous l'ig-norant, le faible et le pauvre? Vous offensez Dieu. Allez en esprit au tombeau de l'homme org-ueilleux; ouvrez sa bière et considérez: O pourquoi s'élevait-il si haut dans son esprit, lui qui devait devenir la pâture des vers? Avant de vous retirer, ne vous direz-vous pas, chacun à vous-même: O insensé que j'ai été, ayant la lumière de la raison, je me plaisais à marcher dans les ténèbres. Ainsi votre orgueil sera humilié, abaissé. Méditez souvent sur le même sujet, et vous en serez vainqueur. Etes-vous attachés aux richesses de ce monde? Votre cœur est-il sans compassion pour le pauvre? L'or et l'arg-ent sont-ils le dieu que vous adorez? Rappelez-vous le riche de l'Evangile, il mourut: il fut enseveli dans l'enfer, oti ses tourments ne cesseront jamais; où il n'aura pas même une goutte d'eau pour étancher la soif de sa langue! Quelle gloire, quel profit pour lui d'avoir joui de tous les plaisirs de cette vie et d'avoir été sans compassion pour le pauvre Lazare étendu sur le seuil de sa porte? — Etes-vous saisis et tourmentés par l'esprit de vengeance? Vous inspire-t-il la haine contre votre semblable? Prêtez-vous l'oreille à ses suggestions? Cherchez-vous l'opportunité de rendre le mal pour le mal? Allez au tombeau de l'homme vindicatif! Considérez-le, lui qui sans respect pour le commandement de Dieu, refusa de pardonner et mourut avec le poison de la vengeance dans son cœur. Son âme tomba dans l'abîme éternel, et son corps que vous voyez couvert de corruption, ressuscitera au dernier jour pour avoir part aux tourments de son âme ! Etes-vous attaqués
par le démon de l'impureté? Votre esprit est-il quelquefois plein d'imag-inations immondes? Etes- vous plong-és dans le vice de la luxure? Etes-vous un de ceux dont les yeux sont pleins d'adultères, selon l'expression de St. Pierre, le prince des Apôtres? Vous êtes sur le bord de l'abîme éternel; l'esprit impur a déjà pris possession de votre âme. Désirez-vous briser ses chaînes, désirez-vous cesser d'être son esclave et de vous préserver des tourments de l'enfer après cette vie? Allez promptement en esprit au tombeau d'une de celles qui en ce monde captivait tant de cœurs par sa beauté 1 Voyez-la frappée par la mort! Il n'y a que quelques mois qu'elle mourut et toute sa beauté est anéantie; plus d'attraction pour elle! Que voyons-nous maintenant? Corruption, pourriture, ossements, odeur insupportable, aspect effrayant! Quelle folie pour un homme de perdre son âme immortelle, pour une beauté qui doit être bientôt la pâture des vers! — Etes-vous entraînés au péché par la passion du boire et du mang-er? Faites-vous un Dieu de votre ventre? Considérez un cadavre dévoré par les vers; et vous comprendrez pour qui vous engraissez la victime. Vous aurez honte de vous-mêmes, et vous deviendrez vainqueurs de cette vile passion qui a précipité un si g-rand nombre d'âmes dans l'abîme éternel.
Dans toutes vos tentations, pensez à la mort; dans tous vos doutes, rappelez-vous la mort! O mort, tu es une g-rande lumière pour tout homme qui sait réfléchir! Tu répands la lumière dans nos esprits, et tu donnes de la force à nos cœurs! Tu es le meilleur des maîtres; tu es le vainqueur de toutes nos passions déréglées; ta es l'ami des fidèles serviteurs de Jésus. Ils aiment à réfléchir sur ces paroles remarquables du saint homme Job: "J'ai dit à la pourriture, tu es mon père; aux vers, tu es ma mère et ma sœur." {^XVII. 14.) Ils aiment à dire avec lui: Je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai au dernier jour; et je serai revêtu de nouveau de ma peau, et je verrai mon Dieu dans ma propre chair. Je le verrai moi-même et non un autre; et je le contemplerai de mes propres yeux. C'est là l'espérance que j'ai, et qui reposera toujours dans mon sein." {XXIX. 25.)
Amen.