DISCOURS DE DANTON
C'est un beau jour pour la nation, c'est un beau jour pour la république française, que celui qui amène entre nous une explication fraternelle. S'il y a des coupables, s'il existe un homme pervers qui veuille dominer despotiquement les représentants du peuple, sa tête tombera aussitôt qu'il sera démasqué. On parle de dictateurs, de triumvirat, cette imputation ne doit pas être une im-
(i) Ces diverses pièces se rattachent à la première scène des violentes dissensions de la Montagne et du côte droit. J'ai cru devoir les rapporter, pour montrer le vague des accusations de nos adversaires, et le défaut de base de la haine prétendue vertueuse qu'ils nous portaient. On doit reconnaître mon impartialité, puisque je ne ciois pas 2)ouvoir mieux faire pour le triomphe de la cause que je défends, que de citer en entier les discours de nos plus violents ennemis: Louvet et Pétion. On verra dans ces pièces que Danton a provoque l'accusation de Louvet j on verra que Robespierre a terrassé son adversaire, en opposant des faits à de vagues inculpations. Ou verra enfin que Pétion, l'un des chefs de la Gironde, malgré toute sa malveillance contre la Montagne en général, et Robes])ierre en particulier, n'a pu que nous donner gain de cause toutes ies fois qu'il a voulu se livrer à l'examen des faits et à une discussion sérieuse.
[T\'ote lie routeur.)
putation vague et indéterminée; celui qui l'a faite doit la signer : je le ferais, moi, cette imputation dût-elle faire tomber la tête de mon meilleur ami. Ce n'est pas la députation de Paris, prise collectivement, qu'il faut inculper; je ne chercherai pas non plus à justifier chacun de ses membres; je ne suis responsable pour personne : je ne vous parlerai donc que de moi.
Je suis prêt à vous retracer le tableau de ma vie publique. Depuis trois ans j'ai fait tout ce que j'ai cru devoir faire pour la liberté. Pendant la durée de mon ministère , j'ai employé toute la vigueur de mon caractère, et j'ai apporté dans le conseil tout le zèle et toute l'activité du citoyen embrasé de l'amour de son pays. S'il y a quelqu'un qui puisse m'accuser à cet égard, qu'il se lève et qu'il parle. Il existe, il est vrai, dans la députation de Paris, un homme dont les opinions sont pour le parti républicain ce qu'étaient celles de Royou pour le parti aristocratique ; c'est Marat : assez et trop long -temps l'on m'a accusé d'être l'auteur des écrits de cet homme. J'invoque le témoignage du citoyen qui vous préside. Il lut, votre président, la lettre menaçante qui me fut adressée par ce citoyen; il a été lémoin d'une altercation qui a eu lieu entre lui et moi à la mairie. Mais j'attribue ces exagérations aux vexations que ce citoyen a éprouvées. Je crois que les souterrains dans lesquels il a été enfermé ont ulcéré son âme 11 est très -vrai que d'excellents
citoyens ont pu être républicains avec excès, il faut en convenir; mais n'accusons pas, pour quelques individus égarés, une députation tout entière (i). Quant à moi, je n'appartiens pas à Paris; je suis né dans uu département vers lequel je tourne toujours mes regards avec un sentiment de plaisir; mais aucun de nous n'appartient à tel ou tel département, il appartient à la France entière. Faisons donc tourner cette discussion au profit de l'intérêt public.
Il est incontestable qu'il faut une loi vigoureuse contre ceux qui voudraient détruire la liberté publique. Eh bien ! portons-la cette loi, portons une loi qui prononce la peine de mort contre quiconque se déclarerait en faveur de la dictature ou du triumvirat; mais après avoir posé ces bases qui garantissent le règne de l'égalité , anéantissons cet esprit de parti qui nous perdrait. On prétend qu'il est parmi nous des hommes qui ont l'opinion de morceler la France : laissons disparaître ces idées absurdes, en prononçant la peine de mort contre
(i) Il faut bien remarquer que c'étaient des opinions que l'on attaquait dans Maratj or, l'inviolabilité' des opinions des représentants du peuple a toujours été regardée comme un principe inviolable. Ce n'est pas pour leurs opinions que nous avons décrété d'accusation les chefs de la Gironde : Saint-Just, au contraire , dans son rapport sur les trente -deux, a demandé la liberté et la réintégration dans tous leurs droits de ceux dont les opinions seules étaient incriminées.
{I\fote de l'Auteur.)
leurs auteurs. La France doit être un tout indivisible : elle doit avoir unité de représentation. Les citoyens de Marseille veulent donner la main aux citoyens de Dunkerque. Je demande donc la peine de mort contre quiconque voudrait détruire l'unité en France , et je propose de décréter cj^ue la convention nationale pose pour base du gouvernement qu'elle va établir l'unité de représentation et d'exécution. Ce ne sera pas sans frémir que les Autrichiens apprendront cette sainte harmonie; alors, je vous jure, vos ennemis sont morts (i).
(^Extrait du Moniteur ^ du 26 septembre 1792, n^ 270.)
(i) On voit, par la fin de ce discours, combien Danton a fait d'efforts des les premiers jours de notre re'union , pour re'tablir parmi nous l'harmonie. On voit aussi que l'accusation de fédéralisme n'a pas, comme le dit Louvet, c'te' inventée après le 3i mai par le comité' de salut public. Elle planait sur les girondins dès nos premières séances.
(^IVote de L'Auteur.)
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 5a5