‹ MémoiresChapitre 8 sur 20 · RESTANT · texte numérisé non relu

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Cet arrêté fut approuvé parla convention. Sans doute il lésait de nombreux intérêts privés; mais il attachait à nos institutions nouvelles la plus grande partie des citoyens, et il fournissait à la patrie des bras nécessaires à sa défense. Je l'ai cru indispensable; et, en me reportant à cette époque, je le crois encore, tout en déplorant la fatalité des circonstances qui nous ont forcés d'user d'un semblable moyen de salut. Au reste , je le répète, je ne veux en rien soutenir que les mesures que nous avons prises pour sauver la république fussent les meil-

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îeures, mais elles étaient les seules qui nous fussent offertes; et les membres du côté droit, qui les ont tant blâmées depuis, ne leur ont opposé aucun plan. Bons ou mauvais, je rappelle des actes émanés de nous dans l'intérêt public; que les partisans de la brillante Gironde me montrent autre chose que des théories vagues ou des hostilités contre une fraction de la convention î

Nous cherchions à organiser la défense commune; à préserver la république des dangers qui l'entouraient : les girondins nous ont-ils secondés ? Nous pouvons nous être trompés : les girondins nous ont-ils combattus? Non, mille fois non î ils n'ont pas pris part à ces travaux, les seuls véritablement utiles de ceux dont la convention s'est occupée jusqu'au 5i mai. Nous diront-ils qu'ils ont fait des plans de constitution ? qu'ils ont soutenu les principes républicains ? Et nous aussi nous avons accepté avec avidité, soutenu avec enlhousiasme les théories qui élèvent l'homme à la hauteur de sa noble destinée ! Mais nous avons fait plus : nous avons mis la république en action, et nous avons chassé les ennemis loin de nos frontières ! Que faisaient-ils alors? comment s'associaieut-ils à notre dévouement? ils discouraient, ils récriminaient. Ils ont depuis osé dire que Danton cherchait à se frayer le chemin du trône, que Cambon s'était enrichi en prêchant l'économie. Danton, qui dans son enthousiasme patriotique a associé tant de désintéressement à un dévouement sublime; Danton

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(Hii, lorsque les arislocrales furerit vaincus et les ennemis repoussés, aima mieux se laisser traîner à l'échafaud que de combattre pour se défendre ; Danton, qui se retira dans ses foyers domestiques dégoûté du maniement des affaires, lorsque la cause lui sembla gagnée , et qui ne reparut un instant sur la scène publique que pour terrasser les royalistes de la commune masqués en démagogues et en athées! Cambonqui, après la session, retourna dans son département exercer dans l'ombre une profession honorable mais peu lucrative, et qui mourut exilé dans un état voisin de la misère; tandis que plus d'un girondin célèbre se pavanait sous le manteau de pair, et devenait membre de l'aristocratie qu'il nous contestait naguère l'honneur de haïr, et l'un des soutiens assermentés d'un trône qu'il avait juré de ne reconnaître jamais î Cambon qui, après avoir tiré des milliards de la planche aux assignats, fut obligé de vendre une partie du modeste domaine qu'il tenait de ses pères ! D'ailleurs, ce même Cambon , homme de mœurs douces, quoique doué d'une conviction énergique , avait volé avec la Gironde à l'assemblée législative, et s'était assis au milieu de ses adeptes aux premiers jours de la convention. Ce sont eux qui l'ont investi de la dictature des finances , dont ils ont voulu depuis lui faire un crime et un ridicule. S'il s'est séparé d'eux, c'est à l'époque où il devint nécessaire de créer des ressources nouvelles, de se signaler par des actions et non par des paroles, et

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lorsqu'il fut convaincu que, sur leurs bancs, il n'y avait pour tous moyens pratiques d'organisation qtie du vent et de la fumée. Il se réunit à nous, malgré ses préventions , lorsqu'il vit que nous seuls songions réellement à tirer parti de notre position pour les besoins du peuple et la défense de la patrie. La conversion d'un pareil homme est une preuve de plus en notre faveur. 11 n'y a pas de contes ridicules qui ne viennent se briser contre les vertus de cet excellent citoyen !

Au reste, si les girondins reconnaissaient, par leur inertie même, qu'ils n'étaient point aptes à conduire le torrent révolutionnaire ; s'ils reconnaissaient que les rênes de l'État échapperaient nécessairement à leurs débiles mains dans un moment aussi grave, leur jalousie ne pouvait pas se résoudre à jouir de nos succès : tous leurs efforts tendaient à les déprécier, à les entraver. Ils accusaient de démagogie l'exécution des plans qu'ils avaient accueillis à la tribune par leurs applaudissements; ils dénonçaient, comme attentatoires à la propriété, des mesures financières qui avaient reçu la sanction de leurs votes ! Aussi, je le répète, leur influence croulait de jour en jour dans la convention , et le gouvernement, délaissé par eux, se dérobait pièce à pièce à leur impuissance.

Lorsqu'une nouvelle levée d'hommes fut ordonnée par la convention; lorsque l'envoi des commissaires dans les sections échauffait partout l'enthousiasme; lorsque l'emprunt forcé aniionçait

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aux classes populaires qu'on cherchait réellement à rétablir l'égalité , et qu'on tenait compte des intérêts de tous, les déclamations du côté droit et de ses journaux , la scission qu'ils annonçaient entre les sans-culottes et les classes aisées , attirèrent des rixes dans les sections, et entravèrent des opérations auxquelles nos intérêts les plus chers étaient attachés. Les citoyens opulents et les pauvres engagèrent une lutte d'autant plus déplorable, que le recrutement, notre but à tous, en fut entravé. C'est ce que dénonça Thuriot dans un discours dont je cilerai quelques phrases remarquables par leur extrême exactitude. « Les habitants de Paris, disait-il, seraient déjà en marche si malheureusement on n'avait, sans le vouloir sans doute, favorisé les malveillants. Il existe des hommes auxquels la révolution ne plaira jamais : les nobles, les préires , et ceux qui recherchent sans cesse les moyens de s'enrichir. Ces hommes ont empêchéles patriotes de marcher, se sont portés dans les sections , et, se prétendant amis de l'ordre et des lois, ils s'en sont montrés les plus cruels ennemis. Ce sont eux qui ont dit : Pourquoi partirions-nous , quand il y a à Paris une force soldée, et que la convention a une garde ? Où est-elle donc cette force soldée ?... Dans la section de Bonconseil ; lorsque les patriotes offrirent de partir, ils prenaient, eux, des arrêtés contraires. Il y a ici des hommes assez lâches pour souffler dans les départements le feu de la contrerévolution, et ce sont eux qui, pendant six mois.

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ont été chargés de sauver la chose |)ubli((ue, et n'ont rien fait pour y parvenir. La nation n'aurait-elle pas le droit de leur dire : Qu'avez -vous fait pour moi ? »

Les troubles continuèrent et devinrent de plus en plus animés. D'abord on commença à se plaindre de ce que chaque section avait organisé séparément son mode de recrutement, quoique la convention même lui en eut donné le droit ; on réclama contre l'emprunt forcé, on déclama contre le maximum ; enfin, ces symptômes de désordres se changèrent bientôt en une véritable sédition. Des groupes de citoyens, trompés par de vaines déclamations et excités, sans s'en douter, par l'aristocratie et le royalisme, parcoururent Paris et crièrent à bas la Montagne^, à bas les jacobins l Le côté droit vit dans cette manifestation d'opinion, un signe de triomphe, et il y applaudit. Bientôt les agents cachés de ces manœuvres déplorables poussèrent l'audace jusqu'à faire entendre le cri de vive le roi! Le même jour, une pétition fut apportée à la barre parla section de Bonconseil, pour promettre d'appuyer la partie saine de la convention. C'étaient les termes mêmes dont s'était servi naguère Duniouriez, et le même esprit avait dicté l'adresse. Ce qui le prouve, c'est que le soir plusieurs membres de la députation furent arrêtés comme ayant fait partie des attroupements des Champs-Elysées; de ces attroupements dont était parti le cri de vivo le roi! Les sectionnaires accusés se plaiguireut à la

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convention et feignirent de prendre leur arrestation comme une suite de leur pétition de la veille. Les girondins oubliant qu'ils devaient sacrilier leurs vues personnelles à la nécessité de hâter le recrutement, eurent l'imprudence d'appuyer ces pétitions, quoiqu'on leur eût fait connaître le véritable motif de l'arrestation qu'on signalait comme arbitraire. Cette imprudence en amena d'autres. D'après la manière même dont ils défendirent les pétitionnaires, on put voir qu'ils approuvaient les ennemis des jacobins et de la Montagne, par un motifcachédehaineet malgré lescrisqu'ilss'étaient permis. Vergniaud et Buzot feignirent de croire que les pétitionnaires étaient poursuivis pour leur adresse à la convention. Isnard , plus franc, excusa la sédition même. Après avoir dit que le seul moyen pour que le peuple ne pût jamais être opprimé, serait de tenir d'une main ferme la balance de la justice, il proposa de mettre provisoirement les accusés en liberté, et de leur donner pour juges la représentation nationale ! Admirable moyen pour tenir d'une main ferme la balance de la justice, (|ue de faire décider sur une affaire purement judiciaire, par un pouvoir qui n'a pas le droit d'en connaître, et d'arracher des accusés à la juridiction des autorités compétentes pour prononcer sur leur son !

Mais Isnard ne recula pas même devant l'aveu de la plupart des faits et leur justification. Son récit, tel brodé qu'il fût, ne laissait pas moins

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percer la vérité au travers d'une gaze légère; et, dans les circonstances graves où nous nous trouvions, au moment où le recrutement de la capitale était notre seul moyen de lutter contre les rebelles de la Vendée, c'était réellement servir leur cause que d'amener de telles discussions au lieu des sérieux sujets dont nous avions à nous entretenii'. u Des jeunes gens, disait Isnard , se sont rassemblés sans armes aux Champs-Elysées : ils y ont crié vive la loi /... »

Nous lui dîmes, de toutes parts : « On a crié vive le roi ! »

« Je ne veux pas, continua Isnard, justifier ceux qui auraient poussé un pareil cri ,• mais qui vous a dit qu'un homme, qui voulait perdre ces jeunes gens , ne s'est pas glissé au milieu d'eux , et n'a pas poussé ce cri liberticide ? Ces jeunes gens étaient des citoyens qui , ne voyant pas de loi expresse qui établit dans Paris un mode uniforme de recrutement, se sont réunis pour demander à la convention une loi égale pour tous.... w

Nous fîmes encore remarquer à Isnard que des pétitionnaires tranquilles ne parcourent pas Paris, pendant trois jours, en poussant des cris séditieux.

Isnard. — Ils ont crié à bas les jacobins ! mais est-ce une raison pour les traduire devant le tribunal révolutionnaire ?

A gauche. — Ils ont crié vive le roU

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Quelques applaudissements partent des tribunes.

Isnard, avec un geste menaçant ; « A deux cents lieues d'ici, il est des hommes qui m'ont donné le droit de parler ici et d'y exprimer librement mon opinion. Peuple qui m'interrompez, ce n'est pas vous seuls qui êtes mes mandataires ! »

Puis, revenant à la pétition en discussion : (' Quand on se croit opprimé, dit-il, serait-ce un «rime, de pousser un cri d'oppression, de crier à bas tels et lels.^.. Je vous demanderai pourquoi les autorités de Paris, qui ont fait arrêter ces jeunes j' ens, ont é(é si négligentes à rechercher les auteurs de la conspiration du lo mars ?... Si vous avez pu jeter un voile sur ces délits énormes, est-ce à ceux-là même, qui avaient alors tant d'indulgence , à venir nous reprocher aujourd'hui d'élever la voix en faveur d'hommes qui réclament contre i oppression ! Craignez que, si l'un de ces jeunes citoyens vient à périr victime de l'esprit de parti qui nous divise; craignez, dis-je, que ce soit une étincelle de guerre civile ! L'excès de la tyrannie a loujours produit l'indépendance... Et, ne croyez pas que toutes les tyrannies s'appellent rojauté... il en est de plusieurs espèces... Je demande que vous ne vous montriez pas plus sévères envers les citoyens qui réclament contre l'oppression, qu'envers les conspirateurs du lo mars. Je propose en consé- (juence que la représentation nationale connaisse de cette affaire. »

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Buzot, qui était en quelque sorte compromis dans les troubles, puisque son domestique, auquel il témoigna porter le plus grand intérêt, avait fait partie des attroupements séditieux; Buzot, qui, par son àcreté de langage , s'était séparé même des autres girondins, et s'était habitué à appeler sans cesse les départements aux armes contre Paris; Buzot appuya la motion d'Isnard, et s'emporta jusqu'à inviter les révoltés à persévérer dans leurs attaques, et à leur promettre aide et protection. « Citoyens, bons citoyens de Paris, s'écria- t-il (or les bons citoyens étaient les hommes qui s'opposaient au recrutement contre les rebelles de la Vendée, les hommes du milieu desquels était parti le cri alors détesté de vive le i^oH), souvenezvous qu'il vaut mieux périr en défendant la liberté (contre les amis de la liberté sans doute), que de tomber sous le joug des oppresseurs (c'està-dire, que d'obéir à la convention et aux autorités parisiennes). Vous trouverez un refuge dans le sein de la convention; votre intérêt est le sien ; elle a gémi trop long-temps elle-même sous la tyrannie; il faut qu'elle rallie autour d'elle tous les bons citoyens. »

Puis revenant à ses éternelles provocations aux départements : « Quant à moi, dit-il, on a souvent menacé ma vie; mais, je le déclare, il en coûtera cher à ceux qui me l'arracheront; j'en ai le serment de mon département entier. Je reviens à la question : il ne s'agit ici que d'un seul individu,,

dont plusieurs citoyens se portent cauiion Si

vous ne lui accordez pas la protection qu'il réclame, il n'est plus de liberté. »

Ces déclamations, ces injustices, étaient faciles à réfuter. Otez en effet de ces deux discours les injures et les provocations, il ne reste qu'un grossier sophisme et une fausse assertion. On demande, au nom de la justice, que nous enlevions des prévenus à leurs juges naturels pour les couvrir de notre protection; on veut que nous quittions le caractère de législateurs pour nous couvrir de celui de magistrats , et l'on appelle une telle prétention du nom de respect pour les lois. On invoque les souvenirs du 10 mars; mais au lo mars n'avions -nous pas professé les mêmes principes? Nous avions ordonné au pouvoir exécutif de faire poursuivre les coupables par l'autorité judiciaire. C'était notre devoir et notre droit. Les girondins, au contraire, en demandant que nous nous saisissions du procès, tendaient à amener la confusion de tous les pouvoirs; c'était encore la même confusion de tous les pouvoirs qu'ils réclamaient en nous excitant à nous immiscer entre un accusé et son juge. Mais cet étrange système devenait bien plus étrange parles circonstances dans lesquelles nous nous trouvions ])lacés, et il faut que les girondins soient tombés dans un bien étrange aveuglement pour sacrifier a leur haine le salut de la république.

En effet, il était évident que les trouble* de Paris avaient une couleur contre-révolutionnaire;

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il était évident que leur premier résultat était de favoriser les rebelles de la Vendée en entravant le départ des troupes, u Des jeunes gens , disait Charlier sans être contredit, se sont présentés avec des cannes à sabre devant le corps-de-garde du pont Notre-Dame, et tentèrent d'enlever les canons de vive force. On assure que des prêtres réfractaires ont été pris parmi ces jeunes gens, et que le frère de Laporte était au milieu d'eux. Je demande que l'assemblée ne sorte jamais des principes, et qu'elle n'arrache pas aux tribunaux des citoyens arrêtés par les autorités constituées. On n'est pas coupable pour être arrêté , et je déclare que si j'étais accusé, je ne voudrais être justifié que par les tribunaux : laissons- les donc prononcer sur cette affaire. »

Robespierre disait également : « Est- il quelqu'un qui ignore les motifs des arrestations qui ont eu lieu? Est -il quelqu'un qui ignore que d'insolents aristocrates ont insulté au peuple ? Des bandes de scélérats attroupés se sont répandus dans les promenades publiques , en criant iwe le roi ! a bas la république I Plusieurs d'entre eux ont arboré la cocarde blanche. Il est vrai qu'ils ont ajouté d'autres cris qui peuvent plaire à bien des gens; ils ont crié à bas les patriotes ! a bas la Montagne ! à bas les jacobins !... La municipalité, dans un moment de cris», a rempli avec courage un devoir pénible. Il a fallu que le peuple se rassemblât ; il a fait des patrouilles nombreuses, et.

par son énergie, de grands nialhetirs ont été conjurés... L'aveu qui vient de vous être fait, par les pétitionnaires eux-mêmes, que l'homme dont il s'agit a fait partie des attroupements, ne vous suffit-i! pas?... Quoi ! vous dites que vous voulez vous armer contie les rebelles, et vous protégez leurs complices à Paris !

« Citoyens, les moments de crise exigent des mesures trés-actives : c'est autour des autorités constituées qu'il faut se rallier. Mais, au contraire, si vous protégez ouvertement la cause des ennemis extérieurs et intérieurs, et, loin d'étouffer le feu de la guerre civile, si c'est vous qui l'attisez, c'est donc à vous qu'il faudra attribuer le funeste système qui tend à organiser la guerre civile... Je demande que l'assemblée passe à l'ordre du jour sur la pétition qui lui est adressée. »

Ces conclusions furent adoptées. Les girondins eux-mêmes ne les contestèrent pas sérieusement. Satisfaits d'être arrivés à leur but, le scandale, et d'avoir déversé , autant qu'il était en eux, haine et mépris sur leurs adversaires, ils abandonnèrent facilement les pétitionnaires qui étaient seulement pour eux un prétexte et à qui ils ne portaient au fond aucun intérêt.

Il est hors de doute, pour tout homme de bonne foi, que dans cette circonstance comme djins mille autres, nous avons sofiSfenu contre la droite les véritables principes; il est hors de doute, par les aveux mêmes de Buzot et d'Isnard , que des attrou-

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pemenîs provocateurs avaient parcouru les rues de la capitale ; on pourrait donc difficilement contester les récits de Piohespierre et de Charlier. Or, comment se fait-il que nos adversaires aient accusé la commune d'avoir fait son devoir, et aient prétendu rendre justice en tentant d'enlever des accusés à la juridiction des, tribunaux ? Le recrutement s'opérait, ont-ils dit, d'une manière illégale. Il fallait alors rendie une loi qui fixât un meilleur mode, ou plutôt il fallait ne pas adopter par acclamations ce même mode et le sanctionner par l'envoi de commissaires dans les sections, lorsque Danton le développa dans toute son énergie ; mais il fallait se garder de soutenir des mouvements hostiles contre la loi, surtout contre une loi qu'on avait concouru à rendre sans la contester, ou même en y applaudissant. Mais, ont- ils dit encore, la commune était mue par un esprit anarchique et désorganisateur , ses arrestations étaient arbitraires. Il fallait la destituer et non chercher, en la maintenant, à lui enlever son autorité légitime. Ils ont dit enfin que le tribunal révolutionnaire était dominé par l'esprit de faction, et que les accusés n'avaient aucune justice à en attendre. En admettant la vérité du fait, je ne cesserai de répéter qu'il fallait sévir contre ses injustices, mais le faire respecter jusqu'à ce moment, car jusqu'à ce moment il participait de la majesté de la loi. Cette digression n'est pas inutile , comme on pourrait le croire. On a répété jusqu'à satiété que les

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girondins défendaient les principes, tandis que nous nous livrions à des querelles de parti ; j'ai dû montrer que l'on a, en accréditant cette idée, tout simplement retourné les rôles.

On a dû voir par le récit de nos luttes que nous avions long -temps tardé à user contre les girondins de tous nos moyens. Nous dûmes enfin être convaincus qu'il n'y avait pas avec eux d'accord possible, et que, loin de nous seconder, ils entravaient nos opérations les plus urgentes. Dès-lors nos escarmouches se tournèrent en hostilités déclarées. Déjà lors de l'accusation de Lasource contre Danton > ce redoutable chef s'était disposé à renverser ses implacables ennemis. Cependant, malgré sa généreuse colère, Danton fit encore plusieurs tentatives de retour vers la paix; mais son langage était entièrement changé , et il lançait à chaque occasion importante, contre le côté droit, les traits véhéments qu'il avait jusqu'alors réservés aux ennemis publics. Ainsi lorsque Pétion donna lecture d'une pétition dans laquelle la section de la halle aux blés dénonçait le côté droit de l'assemblée, notre collègue s'écria : « Je demande qu'on enlende avant tout le rapport du comité de salut public ; ensuite on discutera la mention honorable que je propose de l'adresse qui vient d'être lue. »

L'assemblée ayant manifesté l'intention de continuer immédiatement cette discussion, et Pétion ayant proposé le renvoi des rédacteurs de

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l'adresse devant le tribunal révolutionnaire, Danton s'élança à la tribune : ce C'est une vérité incontestable, dit- il, que vous n'avez pas le droit d'exiger d'un peuple ou d'une portion du peuple plus de sagesse que vous n'en avez vous-mêmes. Le peuple n'est -il pas porté à des bouillonnements de délire patriotique, lorsque cette tribune semble continuellement être une arène de gladiateurs? N'ai-je pas été moi-même, tout à l'beure, assiégé à cette tribune? ne m'a-t-on pas dit que je voulais être dictateur?...

«... Tous les jours il arrive à cette barre des pétitions plus ou moins exagérées , mais il faut les juger par le fond. J'en appelle à Pétion lui-même. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se trouve dans les orages populaires. Il sait bien que lorsqu'un peuple brise la monarchie pour arriver à la république , il dépasse son but par la force de projection qu'il s'est donnée î Que doit faire la représentation nationale ? profiter de ces excès même (i). Dans

(i) Ce discours de Danton nous paraît sufllre pour faire connaître les plans de l'énergique Montagne, et surtout de l'iiomme fort qui marchait alois à sa tête. On a pu voir dans les Mémoires de Levasseur, que , tout en nourrissant l'enthousiasme, le délire même des masses, ce chef vigoureux n'avait jamais appelé de vengeance sur la tête des individus. C'est qu'il déplorait autant que les girondins les excès résultant d'une exaltation peu commune; mais il croyait voir en même temps que cette exaltation était un mal indispensable; et loin de la calmer, il l'accueillait comme une arme de victoire. Convaincu que la république serait perdue au moment où elle serait

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la première assemblée constituante Marat n'était non moins terrible aux aristocrates, ni moins odieux aux modérés. Eh bien ! Marat y trouve des défenseurs. Il disait aussi que la majorité était mauvaise, et elle l'était.

« Ce n'est pas que je croie qu'il en soit de même de cette assemblée ; mais que devez-vous répondre au peuple, quand il dit des vérités sévères? vous devez lui répondre en sauvant la république. Eh ! depuis quand vous doit-on des éloges? êtes-vous à la fin de votre mission ? On parle de calomniateurs! la calomnie, dans un État vraiment libre ,

calme, sans avoir à force de temps conquis des niœui's démocratiques et une constitution qui les sanctionnât , il sentit que sa mission était avant tout la victoire , et il la remporta. Les girondins se trou- Taient sur son chemin ; après de vains eflbrts pour ne point les heurter, il vit qu'il ne pourrait pas les tourner, et re'solut de les abattre. Mais il pleura sur Vergniaud, condamne à mort , après avoir renverse Vergniaud puissant ! Son système , qu'avait si bien compris l'âme enthousiaste et pure de Camille-Desmoulins, est contenu tout entier dans le discours qui fait l'objet de cette note. Il consistait à profiter, pour de'barrasser la France de ses ennemis du dedans et du dehoi's, de tous les ele'nients que prc'sentaient les circonstances, et des excès populaires même. Mais on a feint de prendre pour son but ce qui n'était à ses yeux qu'un moyen, on l'a accuse' de menées de'magogiques, et l'on a pre'tendu qu'il n'avait pas de plans formes, pas de vues arrête'es j qu'il n'avait en vue qu'une grossière domination à l'aide du pillage et de la terreur! Ces faciles calomnies se re'futentpar toute la carrière de Danton 5 toujours conséquent et toujours gigantesque , il a constamment tendu à l'établissement de la liberté' , mais d'une liberté' sage et constitutionnelle en dëpit de luttes sanglantes qu'il n'a pas regardées comme ne'cessaires pour l'atteindre.

{IVote de V Éditeur.)

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n'est rien pour l'homme qui a la conscience intime de son devoir. Encore une fois , de pareils objets ne peuvent faire naître une délibération dans le sein de la convention. 11 existe des lois, des tribunaux, que ceux qui croient devoir poursuivre cette adresse l'y poursuivent Oui, je le déclare , vous seriez indignes de votre mission , si vous n'aviez pas constamment devant les yeux ces grands objets : vaincre les ennemis, rétablir l'ordre dans l'intérieur , et faire une bonne constitution ; nous la voulons tous , la France la veut; elle sera d'autant plus b*elle, qu'elle sera née au milieu des orages de la liberté ; ainsi un peuple de l'antiquité construisait ses murs en tenant d'une main la truelle et de l'autre l'épée pour repousser les ennemis. N'allons pas nous faire la guerre , animer les sections, les mettre en délibération sur des objets particuliers, tandis que nous devons concentrer leur énergie pour la diriger contre les Autrichiens... Si Paris montre une espèce d'indignation, il a bien le droit de reporter la guerre à ceux qui l'ont calomnié après les services qu'il a rendus. »

L'ordre du jour fut encore une fois le résultat de ces débats si longs et si douloureux.

Malgré l'espèce de désaveu de la pétition de la halle aux blés , les autres sections nommèrent des commissaires pour la rédaction d'une adresse contre le côté droit. Cette adresse, adoptée par les sections et par le conseil de la commune , fut pré-

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sentée à la convention par les commissaires qui avaient été chargés de la rédiger. Le maire Pache fut envoyé par la commune auprès de la convention pour accompagner les pétitionnaires. On a pu voir encore dans cette circonstance combien Danton et ses amis Phelippeaux, Lacroix, avaient de peine à engager un combat direct avec une portion de l'assemblée; on a pu voir quelle modération véritable animait la Montagne; nos applaudissements annoncèrent combien nous partagions les sentiments des pétitionnaires , et cependant c'est nous qui, en provoquant un ordre du jour motivé, témoignâmes l'intention bien prononcée de sacrifier nos ressentiments à la cause de la patrie.

Déjà depuis trois jours on savait que les sections s'occupaient de rédiger une adresse contre la Gironde ; nous l'attendions à chaque instant; aussi, lorsque le maire et les commissaires parurent à la barre, un mouvement prononcé se manifesta-t-il dans l'assemblée. Boyer-Fonfrède, qui n'était pas sur la liste des députés accusés, s'écria : « Je demande que les pétitionnaires soient entendus , afin de montrer aux départements qu'ils ont le droit d'imiter Paris, et de rappeler leurs mandataires. »

La pétition des quarante-huit sections fut lue par le jeune Piousselin , ami de Danton, qui signalait son adolescence par une grande énergie révolutionnaire et quelques talents. Elle était forte et

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modérée à la fois. Paris , si long-temps diffamé par le côté droit, récriminait contre ses ennemis, au moins avec toule l'apparence de la justice : « Les Parisiens, disaient les pétitionnaires, ne viennent point faire un acte exclu^sifde souveraineté comme on les en accuse tous les jours; iis viennent émettre un vœu auquel la majorité de leurs frères des départements donnera force de loi... Nous reconnaissons ici solennellement que la majorité de la convention est pure... Ce n'est donc point la dissolution effrayante de la représentation nationale, ce n'est point la suspension de la machine politique que nous demandons; loin de nous cette idée vraiment anarchique , nous venons armés de la portion d'opinion publique du déparlement de Paris. . . indiquer à la France les attentats et les noms de ses perfides mandataires.

« Les crimes de ces hommes sont connus

Brissot, quelques jours avant le loaoût, voulait prouver que la déchéance serait un sacrilège; Vergniaud osait annoncer au corps législatif que, malgré le vœu connu du peuple, il ne proposerait jamais aucune mesure qui pût l'amener. Guadet protégeait les trahisons de JNarbonne; la mémorable journée du lo a arraché de leurs mains les

pouvoirs qu'ils s'étaient appropriés Alors ils se

sont attachés à calomnier Paris comme usurpateur, pour qu'on oubliât leurs usurpations particulières ; ils ont voulu la guerre civile pour fédéraliser la république; ils ont, à l'aide de Roland^

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présenté les Paiisiens à l'Europe comme des hommes de sang.

(( Après avoir par ce moyen perfide aliéné le parti libre et populaire de l'Anglelerre , ils ont sollicité la giierre offensive; ils ont, sous le faux amour des lois, prêché le meurtre et l'assassinat; au moment même où Lepelletier venait d'expirer, où Léonard Bourdon était percé de coups, Salles écrivait dans le département de la Meurthe d'arrêter ses collègues les députés commissaires , comme des désorganisateurs et des factieux

« Quand Dumouriez est venu faire à Paris son voyage mystérieux, quels sont les hommes qu'il a fréquentés?... Quels sont les hommes qui, sous le prétexte de punir les provocateurs au meurtre, voulaient anéantir la liberlé de la presse ? Quels sont les hommes à qui leur conscience coupable faisait appréhender le tribunal révolutionnaire en même temps que Dumouriez répétait leurs blasphèmes ?

u Quand Brissot et ses adhérents, sous le vain nom de l'amour des lois, criaient à l'anarchie, Dumouriez répétait le même cri; quand ils voulaient déshonorer Paris , Dumouriez en faisait autant ; quand leurs efforts impuissants voulaient fermer les sociétés populaires , ces foyers de l'esprit public, Dumouriez chassait des clubs les hommes libres , comprimait de tous ses moyens l'essor des opinions et de la vérité; quand, d'après les indications perfides et si souvent répétées du

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ministre Roland, ils demandaient une force départementale et prétorienne pour les garder, Dumouriez voulait aussi venir à Paris, protéger ce qu'ils appelaient et appellent encore la partie saine de la convention y et que nous nommons, nous, les plus grands ennemis du peuple.

« Leurs vœux et les actions de ce traître se sont toujours rencontrés. Cette identité frappante n'était-elle point complicité ? Ah ! ne viens pas dire, Pétion , que le peuple change , ce sont les fonctionnaires qui changent; le peuple est toujours le même; son opinion a toujours suivi la conduite de ses mandataires; il a poursuivi les traîtres sur le trône, pourquoi les laisserait- il impunis dans la convention ?

« Nous demandons que celte adresse, qui est l'exposition formelle des sentiments unanimes, réfléchis et constants du département de Paris, soit communiquée à tous les départements par des courriers extraordinaires, et qu'il y soit annexé la liste ci-jointe de la plupart des mandataires coupables du crime de félonie envers le peuple souverain , afin qu'aussitôt que la majorité des départements aura manifesté son adhésion , ils se retirent de cette enceinte. »

Cette pétition était suivie du nom des vingt-deux députés inculpés; les principaux étaient Brissot, Vergniaud, Guadet , Gensonné, Buzot, Barbaroux, Salles, Pétion, Lanjuinais et Louvet.

Si j'oublie un instant les événements qui se sont

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passés depuis la lecture de cette adresse, pour me reporter au milieu des impressions du moment ; si je me place dans la même situation qu'alors; si je parviens à rassembler autour de moi et les causes lëgilimes de défiance, et le souvenir des luttes de chaque jour, et le dépit mêlé d'indignation que me faisaient éprouver les fautes nombreuses et les nombreuses calomnies de nos adversaires; si je retrouve jusqu'aux préjugés même dont il m'était impossible de me dépouiller entièrement, aujourd'hui, comme alors, je vois dans la pétition des sections des faits vrais, et des inductions qu'on avait le droit d'en tirer. Oui , les girondins entravaient la marche du gouvernement révolutionnaire; oui, ils compromettaient la cause de la France en refusant d'unir leurs forces aux nôtres, contre l'aristocratie et l'Europe armée; oui, ils étaient restés les amis de Dumouriez jusqu'au moment où ce chef s'était déclaré en révolte ouverte ; oui , ils avaient sans cesse provoqué la guerre civile, en appelant les vengeances des départements contre le peuple de Paris. Aujourd'hui, comme alors , je ne puis révoquer ces faits en doute. Ils résultent des discours mêmes de nos adversaires, et pour en constater la vérité il suffit d'ouvrir le Moniteur ; mais alors la plupart d'entre nous, et moi tout le premier, nous voyons dans cette imprudente conduite des preuves flagrantes d'une trahison avérée. Comme les sections de Paris, nous voyons dans la communauté de vœux avec

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Dumouriez une communauté d'action et une entière complicité,- comme la commune de Paris, nous voyons dans les entraves mises à tous nos mouvements une preuve certaine de conspiration contre la république que les ferments de guerre civile sans cesse répandus venaient corroborer de la manière la plus complète. Aujourd'hui sans doute, je suis loin déjuger de même; un assez grand nombre de nos adversaires ont souffert pour la liberté , plusieurs d'entre eux ont déployé un trop beau caractère, principalement ce Louvet qui se montrait notre ennemi le plus acharné, pour que je doive voir seulement des fautes, là où alors je croyais reconnaître des crimes. Nous étions injustes sans le savoir, et peut-être en étaitil de même de beaucoup de membres du côté droit. Dès que nos adversaires s'étaient arrêtés dans la carrière que nous voulions parcourir jusqu'au bout, ils faisaient à leur insu cause commune avec les aristocrates, et, recevant seulement l'impression des résistances que nous éprouvions, nous pouvions difficilement distinguer entre les opposants; tout ce qui s'accrochait au char de la révolution pour le tirer en arriére était égal à nos yeux : c'était l'aristocratie seule qui devait profiter de leur triomphe. Au reste, cette injustice était si naturelle, que les girondins étaient tombés dans une erreur semblable à l'égard des constitutionnels. Roland et Louvet avaient confondu La Fayette et Bailly avec Maury et Bouille; il

n'était pas étonnant, lorsque les premiers s'arrêtèrent à leur tour, que nous fussions portés à confondre Vergniaud et Pétion avec Raniond et Dumas ; c'est le cours naturel des choses; nous ne voyions que le but et l'entrave qui nous empêchait de l'atteindre; à quelque titre que nos adversaires aient concouru à l'élever, ils ne^ devaient pas nous être moins suspects, ils ne nous étaient pas moins odieux.

Cependant, je l'ai dit, si une partie de la Montagne, dont Robespierre et Saint- Just étaient les principaux membres, et avec laquelle je votais, croyaient nécessaire de terminer la guerre contre les girondins par leur prompte expulsion, Danton et les autres montagnards espéraient encore n'avoir pas besoin de recourir à ce moyen violent. Nous nous réunîmes à l'avis de Danton, et l'ordre du jour fut proposé sur la pétition de Paris. Les accusés s'y opposèrent : ils convertirent la pétition en motion, demandèrent la convocation des assemblées primaires, et le jugement parle peuple de tous les membres de la convention. Cette motion leur fournit le prétexte de nouvelles provocations à la guerre civile : u Si j'étais dans mon département, dit Fonfrède, et puisse ma voix y être entendue ! je révérerais trop les représentants du peuple , pour croire qu'ils accordassent à une portion du peuple le droit exclusif d'émettre son vœu; et, sûr au moins que mes braves compatriotes n'ont pas voulu le concéder à d'autres qu'à

la convention nationale, je les inviterais à se rassembler. Sans doute, ceux qui ont applaudi au dévouement héroïque des pétitionnaires et des citoyens du département de Paris ne sauraient blâmer, par exemple, ceux du département de la Gironde de tenir la même conduite.

(( Maintenant, citoyens, si vous ne légalisez pas une mesure que les pétitionnaires vous ont ravi la faculté d'improuvej', que va-t-il arriver? Ou les Français que les députés proscrits représentent sont des lâches, et loin de moi cette pensée, ou ce sont des hommes libres, et je ne leur fais pas l'injure d'en douter; dans ce cas, ils doivent se réunir et s'assembler pour exprimer aussi leur vœu ; ils vous demanderont aussi des rappels ; et je vous l'annonce avec assurance , les députés qu'on proscrit ici sont révérés là-bas, et ceux que les pétitionnaires ont voulu couvrir d'opprobre seront bientôt couverts du témoignage de l'estime publique , douce récompense de ceux qui ont bien servi la patrie. »

Opposons à ces provocations le langage plein de sagesse du seul montagnard qui ait pris la parole dans cette discussion, Phelippeaux, ami de Danton, qui, ainsi que cet éloquent orateur, n'avait jamais pris part à nos dissensions intestines, et s'était contenté de songer aux intérêts de la France : « Lorsque l'ennemi est à nos portes, s'écria-t-il, que la patrie consternée nous appelle à son secours, et qu'au lieu de la sauver nous la

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déchirons, il doit être permis d'élever la voix pour conjurer l'orage. Citoyens, c'est avec terreur que j'approche de cette trihune; veuillez m'écou— ter avec indulgence; je n'ai aucun motif pour être écouté avec faveur; mais ce que j'ai à dire doit fixer votre attention. Nous avons tous voulu sauver la république ; chacun a cru travailler pour le bonheur du peuple ; je vais vous indiquer les moyens d'arriver à ce but ; le premier, c'est de repousser ces accusations indirectes qui nous divisent; ayons le courage d'abandonner ces hommes que leur orgueil a portés à vouloir être chefs de parti. On a parlé d'ostracisme dans cette assemblée ; nous n'avons pas encore cette loi que nous trouvons écrite dans le Code des peuples libres de l'antiquité; mais ceux qui sont désignés, s'ils étaient sages, sauraient se l'appliquer eux-mêmes. Je ne sais si l'adresse qui vous a été présentée hier a été dictée par la ligue des tyrans; mais il est bien vrai que le jour où elle serait sanctionnée serait un jour de deuil et de tristesse. Citoyens, lorsque nous voulons imprimer l'amour de la liberté, ce ne peut être en violant nos serments, en abandonnant le gouvernail du vaisseau lorsqu'il est battu par la tempête. Comment voulez-vous que la patrie se sauve , lorsque vous la poignardez de vos propres mains? Au nom sacré de la patrie, mettez fin à ces déclamations arbitraires, qui ne sont propres qu'à attirer le mépris sur la convention. Faisons une bonne constitution; qui assure

le bonheur du peuple ; préparons l'opinion publique par des discussions paisibles ; faisons de sages lois, occupons-nous de l'instruction publique, épurons les mœurs, éclairons la classe indigente de la société ; c'est par ce moyen que nous sauverons la liberté, que nous vaincrons nos ennemis. Voici le projet de décret que je propose :

« La convention nationale déclare qu'elle veut sauver la république, qu'en conséquence elle regardera comme mauvais citoyens ceux qui voudraient sa dissolution en tout ou en partie ; en conséquence improuve l'adresse qui lui a été adressée hier. »

Les applaudissements .qui accueillirent ce discours, l'empressement avec lequel le décret de Phelippeaux fut adopté, prouvèrent qu'il y avait encore dans le sein de la convention une majorité bien intentionnée. En effet, le Marais commençait à se lasser de la domination des beaux diseurs de la droite, et à s'apercevoir que ce parti était aussi stérile en moyens de gouvernement, aussi incapable en pratique que fécond en belles phrases et en inutiles théories. Aussi, quoiqu'une improbation formelle frappât les pétitionnaires, les girondins regardèrent avec raison cette décision spontanée comme une défaite. Le bruit courut alors que la démarche de Phelippeaux lui avait été suggérée par Danton, trop au-dessus des animosités personnelles pour ne pas protéger encore ses ennemis, mais qui ne voulait plus prendre la parole

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en leur faveur, après la violente sortie à laquelle ils l'avaient poussé presque malgré lui ; quoi qu'il en soit le décret de Phelippeaux peut encore être regardé comme une trêve, mais ce fut la dernière.

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