‹ Mémoires: Révolution - Empire;Chapitre 17 sur 75 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

CAMPAG\TE d'aUSTERLITZ

Knthousiasme général. — Je fais partie du détachcmeat des marins de la Garde. — J'accompagne quatre grands bateaux sur le Danube. — Vienne. — La comtesse Hoyos. — Le baron de Bubna. — Relations avec une famille hongroise. — Victoire d'Austcrlitz. — Yapoléon signe la paix. — Sa modération envers les Viennois. — Retour à travers la Bavière et les bords du Rhin. — Quels vaillants soldats! — Paris nous préparait une réception grandiose.

Au premier bruit d'une campagne au delà du Rhin, ce furent des cris de joie! A ce sentiment très réel se joignait le plaisir de changer de place, et peut-être, sans qu'on s'en rendît compte, celui d'échapper au sabot. Les soldats se sentaient allégés de cette pensée de rembar(]uement, qui les avait toujours un peu préoccupés. Ils retrouvaient leur terrain et comptaient pour rien les dangers ordinaires de la guerre; puis ils entrevoyaient les grades, les croix, sans compter qu'ils allaient manger encore les patates des Allemands, ce qui leur souriait beaucoup. Ce fut une fête dans les trois camps, lorsqu'on apprit la nouvelle destination de l'armée. Déjà on connaissait l'entrée des Autrichiens en Bavière et le passage de l'Inn. L'armée s'ébranla et marcha vers l'Allemagne, comme on va à la noce.

Nous rongions notre frein à Boulogne pendant ce temps-là, et toujours avec un chagrin réel; car l'opération était abandonnée, ou du moins fort ajournée. Un ordre subit, auquel nous ne nous attendions guère, vint nous consoler. Un détachement de cent vingt marins de la Garde dut s'acheminer vers la

frontière que l'on venait de franchir, et j'eus la chance d'en faire partie. \ous partîmes gaiement du pied gauche et nous nous portâmes à marches forcées sur Ulm — capitulation du 17 octobre 1805, — mais les succès étaient si rapides que, malgré toute notre diligence, nous ne pûmes rallier la Garde qu'au delà du Danube.

J'avais dû quitter le détachement à Passau pour accompagner quatre grands bateaux, à bord desquels on avait placé je ne sais combien de soldats disséminés et qui tous allaient rejoindre leurs corps divers. Les raisons pour lesquelles ils en avaient été séparés étaient plausibles, et on conçoit (|u'à une marche si longue et si accélérée il y eut des retardataires obligés. Mais il se trouvait dans le nombre quelques rouleurs, que la subordination arrangeait moins bien que le vagabondage, et ce n'était pas une petite affaire que de conduire cette bande désordonnée. J'en vins à bout, néanmoins, à force de précaution et de fermeté; mais, arrivé à Braunau, mes bateliers désertèrent, el le lendemain je fus obligé de dériver vers Vienne avec quelques riverains enlevés de force, qui ne manquèrent pas plus tard de m'échouer au beau milieu du fleuve. Je débarquai comme je pus, et, après avoir pris langue avec le commandant le plus voisin qui envoya une garde au lieu de l'écbouage, tout le monde fut acheminé par terre. Je passai durant ce trajet sous l'ancienne forteresse de Diernstein, célèbre par la captivité de Richard Cœur de Lion, et sous l'abbaye de Melk. Le voisinage de Vienne s'annonçait et la campagne devenait de plus en plus riante, à mesure que nous approchions. Enfin j'arrivai et fus immédiatement logé sur le Grabon, chez M. le comte Hoyos, chambellan de Sa Hajesté apostolique, lequel était avec l'Empereur en Moravie.

Il avait laissé la Comtesse, qui se trouvait malade en ce moment, avec un vieil intendant et quelques serviteurs dévoués. Mais je trouvai la maison pleine d'officiers de toute sorte et en assez mauvais ordre par cette raison. Mou premier soin fut

Page 1