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CHAPITRE Vm

UECO.VIVAISSAIVCE E\ ITALIE

Mission en Italie. — Arrivée à Venise. — Impressions. — I, ".Arsenal. — L'ingénieur Salvini. — \\. et Mme de CliateaiibrianH. — Kxploration sur les côtes de l'Adriatique. — Beautemps-Beaupré. — Les \ énitiens d'autrelois. — La rade de Pola. — Rovigo. — Xotre vie à bord. — Haguse. — Les Monténégrins. — Le général Lauriston. — L'amiral de Villeneuve. — Cattaro. — La Ville éternelle.

D('s que je fus de fetour, je commençai à suivie un plan d'études dont je sentais la nécessité, et auxquelles ma longue navigation dans la Méditerranée ne m'avait pas permis de me livrer avec l'assiduité re(|uise. Je voulus faire un cours d'hydrographie et tâcher de me faire quelques amis au dépôt des cartes et plans, ce (|ui ne devait pas élre difficile, afin de m'initier à un genre de connaissances assez rares à cette époque dans le corps de la marine.

Mais, au moment où j'allais mettre à exécution ce louable dessein, j'en fus détourné par une circonstance fortuite, voici comment. Le colonel des marins de la Garde, M. Augier, fut chargé par le ministre de la Marine d'une reconnaissance que l'Empereur avait fort à cœur et qui concernait le golfe de Venise. 11 s'agissait de parcourir le littoral entier de l'Adriatique et d'en faire la description sous le rapport naval, afin de bien établir le parti qu'on pourrait en tirer. H fallait c|ue celte opération eût lieu dans le courant de l'été, et il étail bon de la commencer au.x premiers beaux jours. Je fus choisi par le colonel pour l'assister dans son travail avec mon camarade Teissier de Marguerittes.

Nous qui liâmes donc Pans el passâmes les Alpes au mont Cenis, emporlés dans un excellent coupé, et nous nous rendîmes à Milan où nous devions voir le jeune vice-roi, lequel n'était autre que le prince Eugène de Beauharnais, récemment marié à la fille du roi de Bavière, Augustine-Amélie. Le titre de prince que je donne ici pour la première fois au colonel des chasseurs de la Garde était, comme celui de roi donné à l'électeur de Bavière et comme le mariage qui s'ensuivit, une suite naturelle de la campagne d'Austerlitz. On allait vite en ce temps-là!

Napoléon, devenu roi d'Italie, en avait confié le gouvernement à son fils adoptif, et la sagesse avec laquelle ce jeune homme menait les affaires de ce pays justifiait parfaitement ce choix. Rien de mieux ordonné que sa petite cour de Milan, et on disait que le royaume ne l'était pas moins bien, que les finances étaient administrées avec talent et intégrité, la justice rendue impartialement et l'armée en bon ordre, comme la petite marine italienne.

Nous eûmes l'honneur d'être présentés à la belle vice-reine à Monza et nous passâmes quelques jours à Milan, pour visiter cette ville célèbre; après quoi, nous nous rendîmes à Venise où devaient commencer nos investigations.

On quittait d'ordinaire la terre ferme à Mestra, petit bourg où se trouvent toujours un grand nombre de gondoles et des doubles gondoles appelées peotes, qui vous mènent à Venise en deux ou trois heures. Après avoir remisé notre voiture et pris les arrangements nécessaires pour la trouver en état au retour, nous nous embarquâmes gaiement et ne tardâmes pas à arriver à une osteria fort belle, située sur le canal Grande.

Nous nous y établîmes assez confortablement pour quelques jours et fûmes traités comme des personnes dont on attendait une certaine dépense. Nous nous pourvûmes d'une gondole, ce qui était indispensable, attendu qu'on ne saurait faire un pas à V^enise sans ce moyen de locomotion, et le soir même lui

RECONNAISSANCE E\ ITALIE in«>

donnâmes de rexercice. Après les visites officielles (|iii eurent lieu le lendemain, nous allâmes au tliéàtre de la Féuice et enfin au café Florian sur la Piazzetta, comme cela se pratique.

Venise étant tout entière dans l'eau, on comprend qu'il n'y ait point de promenades proprement dites, et que les seuls grands espaces qu'on y rencontre soient tous bâtis. .\ part les Procuraties et la Piazzetta, devant laquelle on voit l'église de Saint-AIarc, nous ne remorquâmes aucun lieu de rassemblement. Il y en a dans les différentes îles dont la ville se compose, et aussi de riants jardins, mais tout cela est circonscrit et enterré de telle sorte qu'on ne peut apercevoir que l'extrémité des arbres qui les parent. On se lasse bientôt de parcourir ces canaux et ces lagunes où il est difficile de mettre pied à terre et de ne jamais voir que des murailles devant soi. Le& bords du canal Grande sont couverts de beaux édifices sans doute, et leur architecture, ainsi que le marbre d'Istrie dont la plupart sont bâtis, attire d'abord les regards. Il en est de même du pont du Rialto, qui est un chef-d'œuvre, de l'église Saint-Marc, du palais des Doges, etc.. .Mais on est bientôt rassasié de ces merveilles de pierre. Il ne faut pas être injuste cependant et certes l'amateur de peinture ou de musique trouvera là de quoi s'occuper des mois entiers, s'il veut visiter les nombreuses galeries qu'on expose libéralement aux regards des étrangers. II entendra chaque soir des concerts délicieux et assistera à fort bon marché aux opéras en vogue. Puis il ira dans un casino, où il ne manquera jamais de compagnie pour jouer avec lui; tant que les écus dureront, il sera un véritable cavalière bien venu de tout le monde.

On comprend que nous, qui venions pour un objet tout spécial fort éloigné d'une vie de paresseux, nous eussions autre chose à penser. Nous avions l'ordre de faire une reconnaissance nautique et militaire du golfe de l'Adriatique, et nous eûmes d'abord à nous occuper des moyens. Après les premières courses indispensables et la visite sommaire que nous fîmes de

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l'arsenal, nous loutimes un |)etit baleau ponté d'une trentaine de tonneaux et avec lui (|ualre matelots de Rovi,']o, parmi lesquels lin patron. Ce dernier connaissait ou était censé connaître la navigation de ses eûtes natales, et il n'avait pas à cela un grand mérite, attendu qu'elles sont les plus belles et les plus commodes qu'un marin puisse parcourir. Je m'attachai à installer notre domicile nouveau à hord de cette l)ar(|ue de mou mieux, car nous devions l'habiter un certain temps. Cela ne m'empêcha pas de me livrer à une exploration méthodique que nous fîmes de l'arsenal vénitien et de ses dépendances. Il ne renfermait plus de vaisseaux de guerre pour le moment, et une frégate de quarante canons était le seul bâtiment en chantier; mais les matières abondaient et les ouvriers également. On voyait (]u'au premier ordre on pourrait bâtir là des escadres. Ca grande difficulté était de les en faire sortir, la mer ne moutaut pas assez haut dans les lagunes pour qu'uu bâtiment audessus de 17 pieds pût y flotter, même en l'allégeant. La sortie de l'arsenal devait être changée entre autres choses, si on voulait dégager convenablement la voie. Plusieurs séances d'une commission mixte eurent lieu à ce sujet. Dans une de ces séances, je me souviens (ju'on agita la question des chameaux, dont on se servait en Hollande pour faire flotter les grands vaisseaux sur les eaux basses, et qu'à ce sujet le savant hydrographe Beautemps-Beaupré s'écria que ce moyen ne convenait pas à Venise. On lui demanda la raison. .. La raison, dit-il, c'est que les Hollandais sont des Hollandais et les Vénitiens des Vénitiens. ■>■> Ou rit beaucoup de cette boutade, et la discussion finit là.

Il y avait à cette époque dans l'arsenal un brave ingénieur italien du nom de Salvini, qui nous amusait beaucoup par sa manière originale de saisir toutes les questions et de les élucider, (^omme il était doué d'une grande faculté d'analyse, il réduisait immédiatement tout bavardage à l'expression la plus simple et tirait des conclusions fort plaisantes, (|uoique fort

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