PREFACE
Les Mémoires de l'amiral Grivel constituent une lecture singulièrement attachante. L'intérêt qui s'en dégage est dû à la manière même dont ils ont été conçus. Ils ne sont point, en effet, l'œuvre d'un écrivain de profession qui compose un récit d'après les règles; ils ne sont pas davantage l'œuvre d'un homme politique qui prétend établir une thèse. Avec cet homme intelligent, qui sait regarder et faire regarder les spectacles de tout genre dont une carrière accidentée l'a rendu témoin, le Scrihitur ad narrandum e&i la vérité mêiiip. L'amiral Grivel raconte pour le plaisir de raconter.
« Qu'on me pardonne ces digressions involontaires, dit-il à propos d'épisodes du siège de Cadix; j'écris bien plus pour communiquer mes impressions que pour rapporter les événements et m'attache davantage à faire connaître, à chaque moment de ma carrière, le cours des choses sous le rapport moral que sous le rapport matériel. Ainsi, qu^on en prenne son parti. » Il le dit encore : mon plaisir est de ^' retracer mes impressions
dans ce récit, à bâtons rompus, des événements contemporains " . Ou, suivant un autre mot de lui : « C'est bien plus l'histoire de mes sensations que des événements que j'écris. »
Ainsi compris, les Mémoires de l'amiral Grivel sont comme un cinéma pittoresque et sans cesse renouvelé de la période comprise entre 1780 environ et 1815. Les historiens de la fin de l'ancien régime, les historiens de la Révolution et de l'Empire auront plus d'un épisode curieux, plus d'une opinion judicieuse à glaner dans ces pages; elles ont le mérite de la sincérité, de la loyauté parfaite : car ceci est un livre de bonne foi.
Les ^/mo/;rs s'ouvrent par une peinture très curieuse de la vie de famille dans le Limousin à la veille même de la Révolution; il y a là des pages que l'on peut rapprocher des récits classiques de Alarmontel. C'est ensuiie la vie à l'arméfi des Pyrénées, puis à Paris à l'époque du 13 Vendémiaire. La carrière de marin exerçait sur le futur amiral une séduction irrésistible. Il commença à naviguer comme simple ;c grimpereau » , à cette époque de misère maritime qu'était le Directoire; ses croisières abondent en détails typiques. Mais voici que de grandes choses se préparaient pour la marine : le camp de Boulogne s'organisait Grivel est versé dans les marins de la Garde et reçoit les galons de lieutenant. La descente en Angleterre tant espérée