‹ Mémoires: Révolution - Empire;Chapitre 3 sur 75 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

n'eut pas lieu. L'amiral est assez disposé à rendre Villeneuve responsable de cet avortement. « Il manquait, dit-il, totalement d'initiative, et son caractère n'était pas à la hauteur de sa mission... II parlait trop souvent de ses oliviers et du bonheur de mener une vie tranquille en Provence. "

Les marins de la Garde furent incorporés dans la Grande Armée, et Grivel fut désormais mêlé aux campagnes de Xapoléon dans l'Europe continentale. « Quel temps et quelle jubilation éternelle! >' dit-il à propos de la campagne d'Austerlitz. Les hasards de sa carrière le conduisirent en Espagne; c'est la partie la plus développée des Mémoires. Il se rendit bien compte de la fragilité de notre situation dans la péninsule. « Nous étions, dit-il, maîtres de la terre que nous avions sous la semelle de nos souliers. » Pris à Baylen avec les soldats de Dupont, il fut conduit sur les pontons de (ladix. Son évasion fut un chef-d'œuvre de sang-froid et d'audace. Il reprit du service actif en Espagne, puis en Allemagne, puis en France; il était promu capitaine de vaisseau quelques jours après la bataille de Laon. Les Cent Jours et la seconde Restauration lui permirent de jouer, en I8I5, un rôle personnel dans les événements de Alarseille et de Toulon. Il reçut alors le commandement de \ Espérance ei il partit pour les mers du Levant. Là s'arrête brusquement, et d'une manière très fâcheuse, ce récit plein d'intérêt.

Le lecteur goûtera ces Mémoires, comme il a goûté les Mémoires de Marbot, qui est un peu un compatriote de Grivel; on a le tempérament narratif dans cette parlie de la France. Il remarquera aussi des jugements qui sont tout à l'honneur de l'amiral.

On sera frappé en particulier de la largeur de vue et de l'intelligence patriotique avec lesquelles il décrit l'état des esprits dans ces années critiques de 1814 et de 1815, où la foi des plus robustes fut soumise à de si cruelles épreuves. Pour Grivel, l'honneur de la France est la règle suprême; c'est à ce titre que « l'héroïque Vendéen comme le non moins héroïque soldat de la République arriveront à droits égaux à la postérité " .

Qu'y avait-il à faire en 1815, lors du « fatal retour de l'île d'Elbe » ? Quelle ligne de conduite à suivre? Voici ce que disaient Grivel et ses amis : « Tant que le roi aura un pied de terre en France sous la semelle de ses souliers, nous serons ses soldats; mais, s'il va se placer au milieu des baïonnettes étrangères, pour venir avec elles sous prétexte de reconquérir son royaume, à l'instant même nous prenons les armes contre lui; car nous sommes Français avant tout, et notre premier désir est d'empêcher notre pays d'être envahi. ■>^ \\ a encore écrit cette forte parole : « Il y aura toujours, de quelijue façon qu'on raisonne, cette grande figure de la France qu'il fallait défendre d'abord contre l'étran-

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