‹ Mémoires: Révolution - Empire;Chapitre 31 sur 75 · I.A CAPTIVITE · texte numérisé non relu

I.A CAPTIVITE

et qu'il y avait là bon nombre de prisonniers, j'y restai plusieurs mois d'une seule bordée. FI est vrai que j'étais soigné par un cbirurgien français, très brave bomme et qu'on avait logé dans l'bôpital même, en considération de sa femme, car je dois rendre cette justice aux Espagnols qu'ils se montrèrent constamment bumains et même courtois envers les femmes, autant que les circonstances le permettaient.

Les jours se succédaient depuis déjà près d'un an sans amener aucune solution. Néanmoins de temps à autre quelque officier parvenait à s'écbapper de Tbôpital de l'Aguada au moyen de contrebandiers qui le portaient à la côte d'Afrique. Les marins avaient ouvert cette marcbe et plusieurs la suivirent à leur exemple, mais il fallait beaucoup d'argent pour l'entreprendre, et, comme je ne possédais rien, il ne dépendait pas de moi de faire comme eux. Je rongeais donc mon frein avec impatience, mais en silence et sans me décourager. Je savais la force de la persistance et m'y confiais. Marbot, tout aussi résolu que moi de saisir la première occasion de recouvrer sa liberté, n'était pas aussi discret, revenait souvent sur le cbapitre de notre évasion, et, nos desseins ne pouvant être un mystère pour les babitants du ponton, nous ne tardâmes pas à passer pour de mauvaises têtes, des burluberlus qui voulaient tenter des impossibilités, et, ce qui était pis, pour des garçons qui faisaient blanc de leur épée, mais qui bouderaient quand le moment serait venu. Il serait fastidieux de rapporter toutes les suppositions qu'on faisait autour de nous et tous les quolibets auxquels elles donnaient lieu. Pas de conception déraisonnable qu'on ne nous prêtât et qu'on ne fit circuler pour notre compte. Nous nous amusions de ces coups d'épingles donnés en arrière et en riant dans notre barbe de la malice de nos détracteurs, en attendant que nous puissions démontrer combien elle était mal fondée. Malbeureusement le moment ne dépendait pas de nous, et il était subordonné à l'arrivée de nos troupes, qui ne se montraient pas encore, et force était d'endurer jusque-là.

Sur ces entrefaites, Maihot reçut de sa mère, par rinterventiou bienveillante d'un bancpiier de Cadix, une somme assez ronde, et il m'offrit sur-le-champ de la partager avec moi. Je ne voulus point, par la raison qu'avec cet argent il pouvait se sauver et que la somme n'eût pas suffi pour deux. Ce n'est pas sans peine qu'il se décida alors à s'en servir pour se procurer la liberté, en passant, comme l'avaient déjà fait beaucoup d'autres, à Tanger, au moyen des contrebandiers. Il partit donc, mais, avant de me quitter, il me força à accepter 400 francs pour mes besoins et ne conserva que la somme qui lui était indispensable. Il réussit, et je me trouvai de nouveau absolument seul et plus déterminé que jamais à me sauver à la première apparition des Français dans la baie.

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