‹ Mémoires: Révolution - Empire;Chapitre 39 sur 75 · I \E HALTE AU PAYS XATAL · texte numérisé non relu

I \E HALTE AU PAYS XATAL

ne voyaient dans le nouveau Monarque que la personnification de l'étranger.

C'était là le sentiment général, je puis l'attester, car il va sans dire que je compte pour rien les flatteurs à gage, ni ceux qui, se posant en enfants perdus du parti royaliste, cherchaient à entraîner la foule par des cris de: Vivat! Il y en avait bon nombre, il est vrai, et on leur répondait volontiers des fenêtres par une exhibition de mouchoirs blancs; mais le vrai peuple n'était pas là, et, en aucun cas, il n'eût voulu partager une joie que ce qui s'était passé récemment rendait insultante pour le pays.

Je voudrais, par pudeur, passer sous silence, à l'entrée des Alliés, les excès commis par quelques femmes du grand monde, qui frappèrent douloureusement ceux qui en furent les témoins; mais il faut, malgré moi, que je les rappelle ici, car ils entrèrent pour beaucoup dans la froide réception <|ue l'on fit au Roi. Il est difficile de comprendre comment des personnes élevées dans un cercle d'idées qui semble, au moins, exclure les bassesses, purent descendre à des excentricités qui touchaient à la folie. On est réduit à supposer que ces dames étaient réellement hors d'elles-mêmes, qu'elles avaient perdu la tète. Il faut avoir été témoin de cet ignoble délire, pour y croire, et je doute ((u'à aucune époque de nos annales on ait jamais rien vu de pareil. Où était, je ne dirai point l'amour de la patrie, ni les sentiments généreux, mais le simple respect pour soi-même, dont on ne conçoit pas qu'il soit possible de s'écarter dans les hautes positions?

Dieu me préserve d'imputer aux royalistes sincères ces démonstrations insensées, qu'ils désapprouvaient sans doute, au fond de leur cœur, mais qu'ils n'osaient blâmer de peur de discréditer leurs adhérents. Quelle différence, néanmoins, si, au lieu d'accueillir ces coupables folies, la tête du parti eût donné l'exemple contraire à l'entrée des troupes étrangères et que loutes les femmes eussent paru aux fenêtres, vêtues de deuil.

comme il convenait à de véritables Françaises, dans un tel moment! Alors elles eussent pu, plus tard, agiter leurs écharpes blanches et se parer de lis de la tète aux pieds, à l'entrée du Roi, sans que personne y trouvât à redire, et elles eussent gagné tous les cœurs par cette conduite qui eût été d'une sage politique, en même temps que pleine de dignité. Malheureusement il n'en fut pas ainsi, et le parti royaliste perdit on ne peut davantage au scandale qu'il souffrit dans cette occasion mémorable, en supposant qu'il ne l'approuva pas, ce que j'admets de tout mon coeur. C'est (|u'on s'attend aux lâchetés d'une populace féroce, qui, enivrée d'un triomphe inespéré, se livre d'ordinaire à ses grossières passions et finit par baiser la main du tyran qui l'a matée; mais on ne supporte pas l'avilissement volontaire de ceux (|ui, à tort ou à raison, se posent comme les représentants de leur pays et comme l'expression de ce qu'il renferme de plus noble et de plus grand. On se sent humilié du pitoyable rôle qu'ils remplissent vis-à-vis de l'étranger, on les maudit dans la colère patriotique qu'inspire tant d'abaissement.

Les honteuses manifestations dont il s'agit et qui avaient précédé la rentrée du Roi ne furent pas les seules. Les pamphlétaires de toute taille s'étaient escrimés, à l'envi, dès que la fortune coxumença à nous tourner le dos. Tous avaient leurs armes chargées et prêtes à faire feu, dès qu'il n'y aurait plus aucun danger à courir. Ils n'y manquèrent pas, et il ne tint pas à eux que les envahisseurs de la France ne fussent considérés comme des libérateurs, \apoléon comme un monstre et l'armée comme un ramassis de rebelles incorrigibles. Ils furent secondés par les poètes de circonstance, qui pullulent d'ordinaire autour du pouvoir, quel qu'il soit, et tous ces adhérents de la monarchie nouvelle, si dignes les uns des autres, lui formèrent une sorte d'avant-garde qui ne pouvait que la discréditer d'avance aux yeux de la nation. On dit que Louis XVIII comprit, de bonne heure, les inconvénients du concours de pareils auxiliaires, et

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