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mais, comme elle était au pays, on l'eût facilement gagnée, en raccueillant avec des ménagements convenables, et surtout, eu n'interposant point entre elle et le Roi des corps privilégiés, dont le règne était passé sans refour. lia manière dont il fallait se conduire envers elle était si simple, qu'il semble impossible qu'un homme comme Louis WIII ne l'ait pas immédiatement comprise. Les changements qu'il apporta dans la Coustilulion et ceux plus grands encore qui devaient résulter de sa Charte prouvèrent assez qu'il n'était ni aveugle, ni entêté. En conséquence, on est donc réduit à cioire qu'il ne fut pas libre d'agir, comme il le voulait dans le principe, et que son entourage lui fit la loi. Malheureusement, les fautes n'eu étaient pas moins faites, et ces fautes, minimes à toute autre époque, devenaient graves, à cause des circonstances.
Il faut se représenter ce que devaient immanquablement éprouver des soldats, malgré leur désastre récent, encore pleins de l'orgueil de mille victoires, et qui, le premier moment de stupéfaction passé, se sentaient capables d'en appeler à leur épée de ce qu'ils croyaient un caprice de l;i fortune. En voyant qu'on leur déniait jusqu'à l'honneur de la résistance qu'ils avaient si noblement opposée à l'invasion de TEurope, et que le souverain nouveau les écartait de sa personne, au lieu de les en approcher, ils devinrent hostiles au régime établi. I^es meneurs des divers partis e.\j)loitèrent ces sentiments qu'ils voyaient poindre, et entourèrent tous ces vieux braves avec empressement, les uns dans l'espoir de démontrer au Roi le peu de fonds (|u'il devait faire sur l'armée, et les autres avec l'intention de courir les chances d'une reprise de la guerre, plutôt que d'abdiquer leur importance politique. Ainsi furent séparés l'un de l'autre, par l'influence pernicieuse de quelques intrigants ambitieux, les deux éléments de la puissance française (|ui pouvaient le mieux se combiner et qui avaient le plus grand intérêt à se réuuir, le Roi et Varmée. Séparation funeste, qui amena par la suite tant de malheurs. Que Dieu pardonne à ceux (|ui la eau-
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si'ieut! Mais les vrais amis de la France ne peuvent leur pardonner.
Il faut se faire une idée de notre état réel à cette époque et du véritable esprit des soldats, pour comprendre à quel point l'alliance dont nous parlions était facile, comhien elle eût été féconde en heureux résultats. L'armée l'eût senti pour peu qu'on ait laissé le Roi rayonner sur elle quelques instants, sans s'interposer entre elle et lui, ni élever des nuages fâcheux, au moyen de cette interposition. Alors on eût eu une Restauration tout autrement solide que celle que rêvaient les partisans des Bourbons, et incomparablement plus utile, en ce qu'on n'eut pas seulement restauré une race, mais un principe. Dieu ne permit pas que cette alliance s'opérât, et il avait décidé, dans sa sagesse, que nous courrions encore les aventures.
En elfel, plus on a\ancait dans la marche nouvelle, et moins on s'y accoutumait. J'ignore si, au fond de leur palais, les Bourbons voyaient le véritable état des choses et suivaient d'un œil attentif leur progrès dans le pays, mais j'ai lieu de croire que leurs agents les trompaient à cet égard, soit parce qu'ils se trompaient eux-mêmes, soit pour d'autres motifs moins innocents. Il n'y avait point d'ailleurs unité de vues parmi eux; et le Roi, à chaque instant contrarié par sou entourage, était obligé de subordonner sa politique intérieure à des exigences dont sa sagesse lui eût révélé le danger, s'il eût pu eu juger par luimême. Son vœu principal était de renouer la chaîne du temps, selon son expression favorite; il importait qu'on sacrifiât, de droite et de gauche, à cette nécessité de premier ordre, qu'il fallait toujours avoir présente dans les transactions journalières, comme dans les actes publics, et non qu'on rendit vaine la seule pensée qui pouvait sauver le pays, par des façons de faire que la génération actuelle ne pouvait plus supporter.
L'aristocratie française se montra peu éclairée sur ses véritables intérêts, dans celte circonstance décisive, et très au-des sous de la tâche qu'elle avait à remplir. C'est alors qu'elle donna
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lieu par sa conduite peu sensée à ce jugement de Napoléon sur ses anciens maîtres : « ils n'ont rien oublié, ni rien appris « ; jugement célèbre, parce qu'il était juste, et qui devait par la suite être si fatalement confirmé.
Mais revenons à mon récit.
Pendant que j'étais ainsi embobiné dans les joies de la famille, je me rendis avec mon frère aux eaux de Miers, près d'Alviguac. Je me trouvai là en plein Limousin et pus me faire une idée assez juste de mes compatriotes de tout rang, qui venaient à la fonlaine pour rétablir leur santé ou pour leur plaisir.
J'avoue que je les fréquentai peu néanmoins, et ce n'est qu'à mon corps défendant que je me laissai introduire près de quelques-uns d'entre eux, car l'esprit de parti, qui était en ce moment fort exalté, dominait dans tous les cercles et les rendait peu agréables. Ce n'est qu'auprès des paysans proprement dits que les militaires dans ma position trouvaient un accueil bienveillant et qu'on leur comptait le prix de leurs services. C'est aussi parmi eux que je me sauvais des questions indiscrètes ou ridicules de ces bavards de petite ville, qui surabondent aux eaux et qui font subir un véritable interrogatoire à ceux qui ont le malheur de les écouter.
Je remarquai quelques personnes fort aimables et distinguées, comme on en voit, de temps à autre, dans tous les rassemblements; et je me souviens d'une famille qui, sous le rapport de l'agrément, ne laissait rien à désirer. Comme elle appartenait à la vieille noblesse du pays, je Pavais évitée d'abord, la croyant infatuée de son origine; mais, le hasard nous ayant rapprochés, je vis que je l'avais mal jugée et qu'elle était parfaitement raisonnable. Elle avait, d'ailleurs, dans sa parenté plusieurs officiers de mérite qui avaient, comme moi, servi le tyran, et c'est d'elle-même que j'appris cette particularité. Rien de piquant comme les conversations que nous avions le soir, et d'original comme les remarques que faisait librement une charmante jeune fille, pleine d'esprit et de viva-
cilé, lorsqu'elle parlait de son frère et de son cousin. Elle ne pouvait s'empêcher de les aimer, disait-elle, bien qu'elle aimât le Roi de tout son petit cœur et qu'elle eût donné sa vie pour lui, sans balancer. Elle se souvenait d'avoir joué avec leurs beaux plumets et leurs grands sabres, et même, ajoutait-elle en rougissant beaucoup, d'avoir crié avec eux : i Vive l'Empereur! " Dans beaucoup de familles, c'était la même histoire dans ce temps-là, et on peut bien croire que ce singulier amalgame donnait lieu à des colloques fort plaisants. On n'en était point encore aux scènes odieuses qui eurent lieu plus lard, car nul ne sentait le terrain assez solide sous ses pieds pour avoir le verbe haut, après la commotion qui avait tout bouleversé dans le pays, et bien qu'on entrevît d'inévitables changements dans les positions individuelles, aucun parti ne se croyait encore en mesure de faire la loi sans contradiction. On en était à se regarder, à se mesurer, mais cela n'allait pas plus loin.
En attendant, le Gouvernement marchait comme il pouvait, au milieu des écueils multiples qui obstruaient sa route, et il cherchait lui-même à s'attacher les militaires.
J'en eus une preuve personnelle, au moment où je m'y attendais le moins, par le Moniteur, qui annonçait ma nomination de chevalier de Saint-Louis. Mon père allait passer cet article, lorsque mon nom frappa ses yeux. C'était bien moi, l'on n'en pouvait douter; et c'était en ma qualité de capitaine de vaisseau que j'étais promu, ce qui prouvait qu'on me conservait au service.
La nouvelle de cette bonne fortune, (|ui ni'arrivait ainsi inopinément, fit quelque sensation dans le département, à cause de la réserve dans laquelle je m'étais tenu. Comme j'étais à peu près sans espérance et que je n'avais fait aucune démarche pour me rattacher au régime nouveau, je me croyais sincèrement sous la remise, et chacun en jugeait de même autour de moi. Très peu de gens d'ailleurs, dans mon cher pays, savaient ce que c'est qu'un capitaine de vaisseau, et si, à cause de ma
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croix d'officier et de la couronne de fer que je portais, on me mettait un peu au-dessus des capitaines d'infanterie ou de cavalerie, c'était par courtoisie plutôt que par conviction. Je ne cherchai point à dissiper cette erreur de mes compatriotes, et je leur dis adieu sans m'inquiéter de leurs jugements à l'endroit de mon grade. Le peu d'intérêt que je témoignais à ce sujet étonnait mon père. Il ne comprenait pas trop lui-même, si j'avais le rang de colonel, que je ne fusse pas venu en uniforme, et je m'en suis voulu souvent depuis de ne pas lui avoir donné cette satisfaction; mais j'ignorais alors le prix qu'il attachait à de grosses épaulettes, et je ne me doutais nullement du plaisir que je lui aurais fait, en étalant aux yeux de nos compatriotes mes insignes militaires. Que Dieu me pardonne cet oubli î