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CHAPITRE III

DÉBITS DAXS LA MAflîXE

J'entre dans la marine et suis embarqué sur Y Alceste. — En route pour Constantinople. — La marine de l'époque. — Officiers anciens et nouveaux. — La misère était générale. — Je deviens un grimpereau. — Aies amis les Osmanlis. — Retour à Toulon.

Je passe sur les événements du jour pour en venir à l'installation du Directoire. Mon amiFain, appelé dans les bureaux de cette nouvelle administration, y prit place immédiatement. Quant à moi, qui avais heureusement fini les affaires de mon père et qui ne tenais à rien, je pris un parti tout différent. Séduit par une envie démesurée de voir le monde et par la lecture des voyages, je résolus de senir dans la marine. Je fus de suite agréé, après une espèce d'examen oral qu'on me fit subir au ministère, et expédié pour Toulon en compagnie d'une demi-douzaine d'officiers de marine qui venaient de Brest et qui allaient rejoindre l'escadre de la Aléditerranée.

J'arrivai avec un brevet d'aspirant de S" classe et fus immédiatement embarqué comme tel sur VAlceste de 36 (1). Je servis sur ce bâtiment pendant une \dngtaine de mois, durant lesquels nous nous rendimes à Constantinople avec la suite de l'Ambassadeur. \ous portions en outre une compagnie d'artillerie volante, et la Danaé, frégate de 44, qui était notre commandante, en avait une autre. Toutes deux étaient destinées à ins-

(I) C'est-à-dire de 36 canons.

truire les troupes turques. Mous les débarquâmes à notre arrivée, et je les vis depuis fort hieu montées à Top Hané (1). Chemin faisant, nous fîmes deux prises. Une d'elles était chargée de soieries et nous valut quelque argent, le premier que j'eusse vu depuis des années. Nous les expédiâmes pour Marseille, où elles arrivèrent à bon port.

Je ne sais si je pourrai faire comprendre, aujourd'hui où les choses ont tant changé dans notre marine, ce qu'elle était à cette époque et comment les bâtiments de guerre étaient installés, comment surtout le service s'y faisait. Sans doute on n'était plus au temps où les capitaines étaient conduits par les pilotes et où ils laissaient manœuvrer leurs navires par les officiers bleus. Une révolution s'était faite en ce genre, à cause des capitaines marchands, admis en grand nombre dans la flotte. Ceux-là arrivaient précisément avec le genre de connaissances qui manquait aux anciens officiers, et dont ces derniers ne se souciaient guère. Tacticieus en général et comprenant les manœuvres d'ensemble, peu d'entre eux s'entendaient au gréement ou à la manœuvre d'un vaisseau. Ils étaient principalement des hommes de guerre et ne s'occupaient que du combat. Leurs successeurs, au contraire, élaient des hommes spéciaux, capables de construire un vaisseau, de l'outiller pour la mer et de le bien conduire; mais ils manquaient sous d'autres rapports des principales qualités militaires, bien qu'ils aient souvent déployé une grande bravoure. C'est que l'élévation des sentiments, la noblesse d'âme et la générosité, qui sont d'obligation pour ceux qui commandent, ne suffisent pas. Ce n'est pas assez pour l'officier de se battre aussi vaillamment qu'un simple matelot, il faut encore que celui-ci reconnaisse dans son chef une supériorité d'éducation incontestable. Je ne dis pas que par la suite, et lorsque l'effet de la dissémination aura mis tout le monde au même niveau, le besoin de cette éduca-

(1) Top Hané, sur la rive gauche du Bosphore, où se trouve la grande maîtrise de l'artillerie, devant laquelle sont amarrés les stationnaires étrangers.

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