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œu&olatioD en, ce moment terrible est de n'être pas coupable des crimes que Ton m'a imputa et diivoîr arraché des larmes de mes juges loême. Depuis Tes^î^l^enoe des lois^ jamais arrêt aussi cruel n'a été l'endu contre qui que ce soit. En effet » si j'avais été coupable des crimes dont un Anglais nommé Stuart m'aaccûsié, à quelsup* plice les juges m'èussent-ils donc condamné? Je suis le plus infortuné de tous les hommes^ Les deux personos^es que j'avais cru mes amis m'ont trompé; ils m'ont toujours flatté de pouvoir obtenir ma grâce ^ ils m'ont empêàbé d'intéresser en ma faveur la noblesse d'Angleterre, d'E-^ cosse et d'Irlande. J'ai été condamné , non pour avqir eu le projet d'incendier tous les ports de France , parce que mes juges n'ont pu prouver un ci horrible crime, mais pour avoii' pris des mesures, avec deux hommes ici apostés pour me séduire (i), pour avoir plusieurs détails de ce port lorsque je serais en Angleterre. Le moment fatal approche, cher frère! j'entends dans les escaliers les gardes qui viennent me chercher. Je te demande en grâce, eher Charles, de consoler ma tendre mère: il m'est impossible de finip ma lettre pour elle : mes pleurs effacent chaque mot que je trace : embrasse tous mes paréos et dis-leur que je meurs innocent. Remercie Vnon oncle Pi^re Gordon pour tous les soîps qu'il a pris. J'ai heureusement obtenu d'être exécuté avec toutes les marques militaires. M. de Clugny,mon juge, m'a promis
(x) Ceci a trait i deux mfiufns , en tûMDEvet 4y métier, c'est-à-dire a deux hommes , que M, de Clugny avait excités à paraître entrer dans les projets de Gprdon, pour miçux les coomitre, et à ^mm saco^fiAwce» p<>9r le trahir ensuite plus sûrement. Cet intendant a^ijt écrit i la cour dès les premiers soupçons qu'il eut sur le compte de l* Anglais, et le ministre lui répondit de le foire veiller, de ne «émoigBer auonne inquiétude et de s*y premdre de façon i ac* qwrir des prevpospliMeûres de «es ^Êtn^m*
DliCEMBRE 1769. 91
de t'eovojer mon ëcfaarpe : elle te sera eilvoyée teinte de mon sang innocent. Quel motif ^ cher frère , pour Texcit^ à une ju^te vengeance. Je laisse la plume pour aller à Téchafaud. O mes adorables et tendres sœurs ! je ne vous verrai doûc jamais ^ je ne vous reverrai plus— Cet arrêt est mille fois plus terrible que«la mort. Adieu ^ cher frère , mon frère , mon ami ^ dans une demi-heure je ne suis plus. » *
— • On a fait les vera suivant, où Ton apostrophe le sieur Palissot, à l'occasion de la satire adressée à Nicolet (i), dont il parait aujourd'hui l'auteur incontestablement.
Je conyîens , Palissot , que le public s'abuse S'il applaudît au goût que censure ta muse; Fardonne-lui s'il sait en jouir sans l^aimer, . De chaque nouveauté trouve bon qu'il s'amuse ; Il est frivole , oisif, et c'est là son excuse ; Il serait vil , mëchant ^ s'il pouvait t'estimer.
6 Janvier. -~ On débite des quolibets sur M» l'abbë Terray. On dit que le roi va payer toutes ses dettes, parce qu'il a trouvé un trésor enterré ( en Terray. )
9.' — On a parlé plusieurs fois des Éphéméiides au Citoyen^ espèce de journal patrïotique , où la secte connue sous le nom d'écôiàomistés, dép6se tous les ouvrages qu'elle continue à répandre depuis quelques années sur différentes brandies dé l'administration , et sitf l'udniînistration «même. Ces enthousiastes, comme tous les sec* taires, y délitent leurs assertipaâ avec autfàit de «léprîs
(x) V. s5 octobre 1769. — R.
pour leurs adversaires que de confiance en eux-mêmes ^ et l'on ne peut disconvenir que le ton général de ce livre ne soit un ton de morgue et de pédantisme qui ne peut que faire grand tort aux vues, d'ailleurs très-utiles, de ces citoyens estimables. Dans un de leurs volumes , enhardis par le succès de quelques parties de leur système , ils ont eu l'audace d'attaquer enfin de front et à découvert le règne de Louis XIY, comme le règne de cet esprit réglementaire qui leur déplaît , et qu'ils prétendent n'être bon qu'à introduire un odieux despotisme. M. de Voltaire n'a point va sans indignation flétrir un règne dont il a écrit les fastes mémorables, et qu'il a représenté comme un des plus beaux siècles de l'univers ; il s'est cru obligé d'en prendre la défense. On se doute bien avec quelle éloquence victorieuse il soutient une pareille cause; mais ce dont on ne se doute pas, c'est la modération avec laquelle il épargne ces journalistes, pour lesquels il montre tous les égards dus à de pareils philosophes. Il donne dans ce petit ouvrage (i) de trente pages un modèle d'une critique saine, juste et sage, que ces écrivains polémiques observent trop rarement, et dont M. de Voltaire s'est aussi malheureusement trop souvent écarté. Une simple brochure de cette espèce suffirait pour faii*e la réputation d'un auteur qui n'aurait pas d'autres titres littéraires.
lo. — Outre la justification éloquente du siècle de Louis XIV par le philosophe de Femey , il parait de lui d'autres pamphlets, qui ne lui mériteront pas les mêmes éloges de la part des dévots et même des gens attachés aux anciennes routines. Ces petits ouvrages clandestins ont pour titre : Les- Adorateurs , ou les Louanges de
( i) Défuue du Siècle de Louis XI r. — - R.
Dieu , ouvrage unique de M. Imh6ff{^ \ ) ; une Requête à tous les Magistrats du royaume (2) sur l'abus des fêtes, etc. ; une Instruction du gardien des Capucins de Raguse à frère PedicuJoso partant pour la Terre-Sainte (3) ; Tout en Dieu, commentaire sur Malbranche ^ par Tabbé de Tilladet (4). On présume facilement que M. de Voltaire n'avoue pas ces écrits ténébreux, mais ses principes soutenus qu'on y retrouve, et surtout le malheureux charme de son style, n'en décèlent que trop l'auteur, et ils sont recherchés avec l'avidité ordinaire du public pour tout ce qui sort de sa plume.
14. — La chute du Saint-Père, le jour de son entrée à Rome, a été célébrée par Marforio. On a gravé une estampe, où sa Sainteté est représentée tombant de cheval comme saint Paul; et saint Ignace, qui en est le témoin, lui rappelle ce trait de l'Apôtre et lui crie : « Clément ! Clément! pourquoi me persécutes-tu?»
i5. — Les Comédiens Français ont donné samedi la première représentation des Deux amis y drame bour* geois de M« Caron de 'Beaumarchais, annoncé depuis long-temps sous différeûs titres, tels que le Bienfait rendu , le Marclmndde Londres , la 'Tournée du fermier^ général^ etc. Cette pièce, prônée d'avance avec beaucoup d'emphase , a attiré une affluence prodigieuse , et madame la duchesse de Chartres l'a honorée de sa présence. L'auteur y a fait entrer des scènes si analogues aux circon-* stances du jour , qu'il avait excité une curiosité générale. C'est une double banqueroute qui fait l'intrigue du dramef
(i) V. ao janvier 1770. — R.
(2) V. 19 janvier 1770. — R.
(3) V. 6 fétrier 1 770. — R.
(4) V. 5 février 1770. — R.
94 « MISMOIRES SBGRETS.
mais le suj^t, dëfeictueux en luirm^e, a encore plus révolté par la manière doort il a été présenté. On y a poai*tant trouvé tjes scènes ibeureuses et prodaîsant le plus tendre intérêt. Quoique les spectateurs , en généml, paitaissent avoir proscrit cette .pièce, eUe a encore des défenseurs. Elle a eu «n succès tpkis ^larqué hier, mais qu'on attribue à un redoublement de <^bale. S'il se sou^ tient, on en parlera plus amplement.
16. -^ M, labbé Ghauvelin , ancien conseiller de grande chambre et conseiller d'honneur du Parlement , est mort avant-hier âgé de cinquante<|uatre ans. Né 9tyee •une complexion faible^ et disgracié de la nature, il était épuisé parles plaisirs et par le travail. Coryphée^ tour à .tour, du théâtrevet^du jansénisme, il s'était fait une|;;rande célébrité par l'audace av%c lamelle il avait attaqué le colosse des enfans d'Ignace. Le isuocès de son en^lreprise l'avait rendu très-reoonimandc^ble dans son parti. On a\'ait frappé des médailles, des estampes, toutes plus emphalîques les tmes que les aulves, tpour célébrer son triomphe ( 1 ). Depuis «quelque temps «cependant , U était dans une sorte.d'odbll, «ccasioné peut^tt« par^a mau- •avaise santé : il >était Titt^ué d'une hydropisie Se poitrine. Dimanche matin il s'est levé {Comme à son ordinaire, à six heures. A bnit henjres il a donné audience à ses médecins'; iliplai^antait a veC'OUK, lorsqu'il lui a pris une faiblesse,» tbnsiiaxpieHe il a-passé ,'sans qu'ilait pu recevoir les saopemeDs. Il était ancien chanoine de 'Notre-^Bame , ;et doit en conséquence âtt^e enterré dans la cathédrale.
19. — La Requête à tous les magistrats du royaume , composée par trois at^ocats d'un Parlement y est un ouvrage grave, purgé de toutes les mauvaises plaisanteries
(i) V. xoaoât ijSa. — R.
«que M. «âe Voltaire a trop prodigaées depuis xpelquè temps dans les agréables >pi^duÈ%ioiïs qu'il ne cesse d'enfanter dans sa retraite. Cette brochure^i, écrite avec autant de chaleur <qtte d'onction , est tme espèce de sermon morai, ou de plaidoyer en faveur du peuple. Après une peinture aussi ^ii^aie que touchante des calamitës accuinidées sur cette nombreuse portion de Thunnanité ^ il attaque là Quadttagésime et les fêtes , division naturelle de ceipetit discours. Quant ati carême, il fait sentir l'absurdité <de l'arbiVraire/dails les Cotiimaadedfiens de J'Église, de laisser un honvihe ^maître à -son gré de prescrire les alîmens qu'on mangera , et de forcer à jeûner et à fa^e maigre des malhetfrëuK ne mangeant presque jamais de viande et toujouns tnourant de faim. 11 exhorte les ima gistrats à décider si la différence du sol n'exige pas ane différence dans les lois, et Isi cet objet n'est pas e^en* tiellemeiit lie à la police générale, rdotft ils sontJes-admi* nistrateurs. Dans cette 'pretnière partie donc, Je peuple demande la permissidti de vi^Vfe. Dans la seconde, il demande la permission de travailler, par 'la suppression de ces^fêtés, dont M. de Voltaiire prouve l'inutilité, l'indécenc'e et le danger. Il prouve encore que la puissance législative, ayant seiile institué le dimanche , c'est à elle seule à connaître de la ^police de séjour, comme de tous les autres; qu'en un mot, l'agriculture doit dépendre des magistrats , et nontiu sacerdotse ; <qae ^c'est «ux juges qui sont sur les iieirxà examiner 'quand la culture eët 'en péril, et non à^n évêqueirenfermé indolemment idans son palais.
ao. *^ M. de Voltaire n'a pu se contenir avec la même réserve dans la petite'broehure intitûltée'Jles j4domtBurSy ou les Louanges de Dieu lowfruge unique deM.Imhx30^
traduit du latin. Il ne l'a pas soigne avec autant de sagesse que la Requête aux magistrats , et l'esprit satirique de. l'auteur y perce à chaque page. Cependant il y a d'excellentes choses. Des deux adorateurs dialoguant ensemble 9 l'un est un profond raisonneur, qui disserte en philosophe sur l'existence. de Dieu, son essence , la création du monde, et toutçs les autres questions abstraites qui divisent depuis si long-temps les écoles, sans qu'on ait acquis de plus profondes connaissances en mé* taphysique. L'autre, guidé par uneame vive et activé, admire moins et sent davantage. Il s'embarrasse peu de connaître, il demande à jouir : il parait pénétré de reconnaissance d'être un être végétant, sentant et ayant quelquefois du plaisir. Mais cette même faculté, qui le rend si péiiétrable à la joie, le rend susceptible aussi de douleur; et comme il y a plus de mal que de bien dans cet univers, il gémit, il se plaint, et voudrait trouver le remède à tant de choses qui l'affligent. C'est alors qu'il se sent obligé d'avoir recours aux réflexions , aux raisonnemens de l'autre, qui lui donne beaucoup d'argumens et aucune consolation réelle : il l'exhorte a se résigner et à espérer ; il croit que tout est nécessaire comme cela , et finit par le prier, s'il connaît quelque chose de plus positif, de le lui apprendre. Il résulte pour morale de ce traité, d'après le développement de la façon d'être de chacun des acteurs , que la sensibilité est, sans doute, le don du ciel le plus funeste, et qu'on doit préférer d'ergoter en aveugle comme le premier adorateur, avec une ame froide et sèche, à sentir et à se contrister, ainsi que le second , avec un cœur trop ouvert à toutes les impressions. M. de Voltaire, dans un ouvrage aussi court et aussi frivole en apparence , a concentré les con-
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naissances profondes d'une infinité de traités de métaphysique et de physique, enrichies de toutes les grâces d'une imagination brillante.
ao. — Les représentations successives des Deux Amis ont encore essuyé beaucoup de contradiction. Dans Tune, à l'occasion de \ imbroglio fort mal développé du drame, un plaisant s'est écrié du fond du parterre : « le mot de l'énigme au prochain Mercure. » L'auteur a cependant été obligé de faire beaucoup de changemens , qui répugnaient à son amour-propre, mais que les Comédiens ont exigés.
«22. — Il parait une chanson, de plusieurs couplets , contre les beaux esprits, ou plutôt contre quelques beaux esprits qu'on passe en revue. Us n'ont pas lieu d'être contens de la manière dont on fixe sur leur compte les regards du public; mais cette méchanceté est dénuée du sel qui donne du piquant et de la vogue à de pareils ouvrages.
23. — Il paraît un écrit, intitulé : Réflexions sur les divers écrits qui ont paru sur la Compagnie des Indes. On l'attribue à M. de Godeheu, ancien directeur de la Compagnie des Indes. 11 a, sans doute, été destiné à éclairer les actionnaires avant l'assemblée , et à les disposer à voter favorablement pour la continuation de leur commerce. L'auteur établit sommairement : i*" qu'on doit continuer le commerce de l'Inde, puisque cette suppression procurerait à nos rivaux tous les ans une supériorité de vingt millions : 'x^ que ce commerce ne pouvant se faire que par une compagnie , l'État doit la dédommager politiquement de ses pertes , tant qu'elle ne lui sera pas à charge d'une somme plus considérable que celle calculée ci-dessus. Il détruit ensuite radicalement la brochure inlutilée : Balance des services de la Corn-
ToM. m. 7
98 ^ MÉMOIRES sicRKTS.
pagnie des Indes envers V État y et de ÏÉiat envers la Compagnie des Indes ^ en affirmant que Fauteur est coupable d'une grande ignorance des faits, puisqu'il cite comme réels des dons imaginaires de la part du roi, et qui n'ont jamais existé que dans les arrêts du Conseil^ par une convention de forme, essentielle aux circonstances. a3. — • Le sieur d'Auberval, un des coryphées de la danse du théâtre lyrique , vient de faire construire dans sa maison un salon qui lui coûte environ quarante-cinq mille livres, et que tout Paris va voir. Il est admirable par le goût, l'élégance et la richesse de la décoration et des ameublemens. Il y a en outre un jeu de mécanisme , au moyen duquel ou peut, quand on veut, en faire une salle de théâtre. On n'admire pas moins le travail d'une espèce de vestibule, qui se monte et se démonte en dix minutes, et qui s'établit dans la cour pour mettre à couvert toute la livrée des gens qui assisteront aux bals, objet principal auquel ce salon est destiné. Il paraît que plusieurs femmes de la cour et des seigneurs voulant s'exercer de loin à briller aux divertissemens qui doivent avoir lieu lors du mariage de M. le Dauphin, ont imaginé de faire des répétitions chez le danseur en question ; que de là est venue l'idée de la construction de ce salon , et que , pour se dédommager des frais d'un tel établissement, le sieur d'Auberval a eu la permission de donner des bals. Il répand dans le public un prospectus de la souscription , dont on y peut voir les détails. Les princes se proposent aussi de se servir de ce lieu pour répéter également les fêtes qu'ils voudront donner. Plusieurs se sont fait ménager des loges en cet emplacement, et l'on attend avec empressement l'ouverture de la aouvelle école chorégraphique.
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— Au commencemeut de 1674^ Louis XIV fit demander au corps de la mercerie un secours d'argent. On proposa à ce corps , en récompense^ le premier rang parmi les six corps, le droit de donne^ tous les ans plu* sieurs sujets au consulat ^ et Taffranchissement d'une espèce de servitude à laquelle son commerce était assujetti depuis quelques années. Le corps chargea les gardes en charge d'offrir au roi cinquante raille livres, et d'accepter l'affranchissement de la servitude du commerce; mais de déclarer que, content de son rang entre les six corps et de l'usage établi pQur le consulat, il priait qu'il n'y fût rien changé. Peu de temps après, M. de Colbert annonça au>c gardes en charge que le roi, content du zèle que le corps avait témoigné pour son service, leur rendait les cinquante mille livres , et leur donnait deux mille écus pour faire prier Dieu pour Sa Majesté, décorer leur chapelle et boire à sa santé. En conséquence lès gardes firent célébrer dans l'église du Sépulcre les prières de quarante heures pour Sa Majesté et pour la prospéri|:é de ses armes. Cela se fit avec la plus grande solennité. Tous les jours il y eut au bureau une table de vingt couverts, à laquelle dînèrent les prélats qui avaient officié et les prêtres de leur suite. On manda toutes les pauvres familles des marchands auxquelles on distribua des aumônes. Enfin , pour remplir entièrement les vues du roi , ils firent décorer la chapelle des marchands merciers par un tableau du célèbre Le Brun , qui se voit au retable du maître-autel du Sépulcre. Le dernier JQur des quarante heures on apprit que la citadelle de Besançon s'était rendue le 2a mai. Dans les réjouissances publiques pour cet événement , on fit un grand feu de joie devant la porte du bureau et de chacun des gardes en charge, chez les-
lOO MEMOIRES SECRETS.
quels il y eut jusqu'à deux heures après minuit table ouverte pour les honnêtes gens. Au dehors on distribua des bouteilles de viu à tous ceux qui en voulurent ; on ne laissait passer personne sans le faire boire à la santé du roi. Ces fêtes furent mpétëes pour la prise de Dote , rendue le 6 juin. Il y eut de plus au bureau une grande collation, à laquelle M. le lieutenant*général de police, M. le procureur du roi et les anciens gardes furent in* vités.
Voulant transmettre les témoignages publics de leurs sentimens pour Sa Majesté , les marchands merciers prièrent M. de Santeuil de faire un poëme sur ce sujet , et M. Corneille voulut hien le traduire. C'est ce poème et cette traduction qu'on vient de remettre au jour, sous le titre de Poëme à la louange de Louis XlVy présenté par les gardes des marcluinds merciers de la ville de Paris ^ avec une magnificence typographique digne du sujet; On a plaeé en tête l'historique de l'anecdote cidessus, amplement détaillée dans un registre d'anciennes délibérations du bureau de la mercerie , et très-curieuse par le fond et par plusieurs circonstances que le lecteur remarquera facilement. Quant au poëme, il est en aussi beau latin qu'on en pouvait faire dans le dix-septième siècle. La traduction est de Corneille , comme on l'a observé , c'est-à-dire qu'il y a de très-beaux vers, mais en général beaucoup d^incorreclion, d'emphase et peu de sentiînent.
24* — Les Comédiens Italiens donnent depuis quelque temps r Arbre enchanté^ comédie italienne en cinq actes, avec grand spectacle et divertissement (i). Cette pièce attii'e beaucoup de monde, et achève de leur donner
(i) Représeatée pour la première fois le 9 janvier 1770. — R.
chambrée coniplète ^ même à leurs plus mauvais jours. Arlequin y joue un grand rôle, non par ses lazzis , mais avec sa baguette. Les yeux sont le seul sens qui s'y satisfasse. Il y a une multitude de magnifiques décorations; le jeu s'en exécute avec beaucoup de rapidité et de précision , et le machiniste est l'auteur qui retire le plus de gloire de cette comédie , qui n'est proprement qu'un& optique.
a6. -r- Enfin la fameuse nouvelle salle de l'Opéra s'est ouverte aujourd'hui , et au moyen des précautions multipliées qu'on avait prises , le concours prodigieux des spectateurs et des voitures s'est exécuté avec beaucoup d'ordre. Une grande partie du régiment des gardes était sur pied extraordinairement. Les postes s'étendaient depuis le Pont-Royal jusqu'au Pont-Neuf, c'est-à-dire environ jusqu'à un quart de lieue de l'Opéra ; ce qui ne pouvait manquer d'opérer une circulation très-libre dans les entours du spectacle si couru ; mais ce qui a gêné désagréablement tout le reste de Paris. La police n'a pas été si bien exécutée pour la distribution des billets. Outre le tumulte effroyable que l'avidité des curieux occasionait , il a redoublé par la petite quantité qu'on en a distribué , soit de parterre , soit d'amphithéâtre. Messieurs les officiers aux gardes , les gens de la Ville et les directeurs avaient accaparé la plus grande partie des billets. Cette interversion de la règle ordinaire a courroucé M. le comte de Saint-Florentin , qui , comme chargé du département de Paris , avait donn^ les ordres les plus justes à cet ég^rd. Une autre supercherie n'a pas moins indisposé le public ; c'est aussi la transgression de l'arrangement pour la quantité de billets. La cupidité en ayant fait lâcher beaucoup plus que le nombre fixé , le
lOa MEMOIRES SECRETS.
parterre s'est trouvé dans une gêne effroyable , et le premier acte y ainsi que partie du second, ont été absolu* nient interrompus par les cris des malheureux oppressés. Indépendamment de ces raisons de mécontentement des spectateurs , la salle a essuyé beaucoup de critique ; on a trouvé l'orchestre sourd, les voix affaiblies, les décorations mesquines , mal coloriées et peu proportionnées au théâtre; les premières loges trop élevées, peu avantageuses pour les femmes , le vestibule indigne de la majesté du lieu , les escaliers raides et étroits : en un mot, un déchaînement généra] s'est élevé contre l'architecte (i), le machiniste, le peintre, les directeurs et les acteurs; car l'opéra (12), très-beau en lui-même, a paru tout-à-fait mal remis. Il n'y a que les habillemens et les danses qui aient trouvé grâce et reçu beaucoup d'applaudissemens.
27. — Les Comédiens Italiens ont donné, lundi ai de ce mois , la première représentation de la Nouvelle École des Femmes, comédie en trois actes du sieur de Moissy, qui a toujours eu beaucoup de succès , et que l'auteur a bien voulu mettre en ariettes pour lui en procurer davantage. Le sieur Philidor a fait la musique. Les gens de goût trouvent absolument la pièce dégradée, affaiblie par cette nouvelle métamorphose ; mais les partisans de l'opéra comique prétendent , au contraire, qu'il lui manquait un degré de perfection , et qu'elle est admirable avec ces embellissemens.
28. — Ijcs Comédiens Français ont donné avant-hier la première représentation du Marchand de Smjrrne , petite pièce en un acte et en prose, avec ses agrémens.
(i) Moreaii , de V Académie d'Architecture. — R.
(a) Zoroastre, paroles de Oahuzac , musiqu^ deKameau. — R.
Ces histrions avaient annoncé le drame en question avec les plus grands éloges , et l'un d'eux avait osé assurer l'avant-veille, en plein foyer, qu'il aurait un succès prodigieux. Quoique le public soit partagé à l'égard de la pièce , on pai^ait convenir généralement que c'est trèspeu de chose, et qu'elle ne mérite pas l'annonce emphatique qu'en faisaient les acteurs. Elle est du sieur de Ghampfort, jeune homme qui mérite quelque encouragement.
3o. — Les carrosses de madame la Oauphine font la curiosité du jour. Les amateurs vont les voir chez le sieur Francien, sellier, où l'on doit les emballer incessamment pour les envoyer à Vienne. Ce sont deux berlines , beaucoup plus grandes que les carrosses ordinaires , mais plus petites que ceux du roi. Elles ne sont qu'à quatre places. L'une est revêtue d'un velours ras cramoisi en dehors, où les quatre Saisons sont brodées en or sur les principaux panneaux, avec tous les attributs relatifs à la fête. L'autre est en velours bleu de la même espèce , et représente les quatre Élémens en or aussi. li n'y a aucune peinture dans tout cela, mais l'ouvrage de l'artiste est d'un fini^ d'un recherché qui équivaut presque à ce bel art. Les couronnemens sont très -riches : l'un des deux mêmes parait trop lourd. L'impériale est surmontée de bouquets de fleurs en or de diverses couleurs, dont le travail n'est pas moins précieux. Ils sont d'une souplesse qui les fait agiter au moindre mouvement, et les rend flexibles au gré du plus léger souffle. Le sieur Trumeau est l'auteur de toute la broderie^ aussi élégante que magnifique, et M. le duc de Choiseul,^ comme ministre des. affaires étrangères, a ordonné ces
superbes équipages , qui font infiniment d'honneur au goût de ce ministre.
3i. — Le carrpsse de M. l'évéque deTarbes ayant, dans un embarras, accroché et maltraité un fiacre, au point dejie pouvoir conduire une dame qui était dedans, le prélat , jeune et galant , après s'être confondu en excuses, a descendu de sa voiture, a déclaré à la dame qu'il ne souffrirait pas qu'elle restât à pied , lui a donné la main pour monter dans son carrosse, et lui a demandé oîi elle voulait être conduite. Il s'est trouvé que cette personne allait à l'hôtel de Praslin, chez le sieur Beudet, secrétaire de la marine. Ce dernier est de la connaissance de l'évéque , qui a offert ses services à la dame auprès de ce commis , et a dit qu'il profiterait de l'occasion pour le voir et la ramener chez elle. Arrivés à l'hôtel , Monseigneur a donné la main à la dame, ce qui a beaucoup fait rire tous les domestiques ; inais les éclats ont encore plus rédoublé de la part des spectateurs, quand on a introduit ce couple chez le sieur Beudet, qui, lui-même, aurait bien voulu éviter la publicité de cette visite. Quoi qu'il en soit, l'évéque, intrigué des ricanemens,des chu* chotemens qu'il voyait, a insisté pour en avoir l'expli"» cation, et l'on n'a pu lui dissimuler que la femme dont il s'était si charitablement chargé était une certaine Gour^ dan, très-renpmmée par sa qualité de surintendante des plaisirs de la cour et de la ville. On sent bien que le prélat n'en a point demandé davantage , qu'il n'a point insisté pour la ramener, et que s'il l'est allé voir depuis, c'a été dans le plus parfait incognito. Cette anecdote, qui parait sûre^ fait infiniment d'honneur à M. de Tarbes , dont les confrères n'auraient pas tous également méconnu cette célèbre entremetteuse.
1* FÉ▼RI£H^. — Il parait un Mémoire à consulter pour les libraires associés à V Encyclopédie y dans lequel ils demandent au G>nseil : i^ Si les libraires associes à l'Encyclopédie ont rempli avec fidélité leurs engagemens envers les souscripteurs ? Si leur conduite est pure et exempte de tout reproche , soit de la part des souscripteurs, soit de la part du public? a* Si le contenu dans les pages ^7 , a8 et 3o d'un mémoire imprimé (i ) , ayant pour titre : Dernière réponse signifiée et consultation pour le sieur Luneau de Boisjermain contre les syndics et avocats des libraires de Paris ^ forme une diffamation caractérisée et répréhensible ? 3° Quelle, est la vpie que doivent prendre les libraires associés à l'Encyclopédie pour obtenir la réparation que le Conseil estimera leur être due?
2. r— M. Baculard d'Arnaud , accoutumé à traiter les sujets les plus lugubres , vient de faire paraître un drame (2) qui , sous des noms différens, n'est autre chose que la Gabrielle de Vergy de M. de Belloy, et par une adresse singulière il l'a gagné de vitesse , et en inonde le public avant que son confrère se soit montré en lumière. On prétend qu'il a assisté à la lecture de la tragédie de M. de Beiloy; que^ s'étant bien rempli du canevas, des incidens et de la catastrophe de la pièce ^ il n'a pas eu de peine à composer la sienne. Quoi qu'il en soit , outre le mérite de l'invention que M. d'Arnaud a par le fait^ sans discuter dans quel cerveau le drame est né le premier, il a celui de la versification, qui, malgré
(i) V. ag décembre 1769. — R.
(a) Payely ou Gabrielle de Vergy, tragédie en cinq actes et en vers , précédée A^vm^ Préface sur T ancienne chevalerie, et suivie d'un Précis de f histoire du diàtelain de FajjsL Pari», 1770, in-8*. -i- R.
Io6 MEMOIRES SECRETS.
la langueur et la monotonie qui y régnent, n'est point barbare, comme celle de l'autre.
3. — On vient de rendre publiques par la voie de l'impression les très-humbles et très-respectueuses représenta* tions du Conseil souverain du Port-au-Prince^ concernant les milices. Ce sont ces représentations que les magistrats étaient occupés à lire et à airêter, lorsque M. le chevalier de Rohan fit investir le palais et enlever douze de ces messieurs. Cette publicité ne peut que faire infiniment d'honneur aux magistrats intrépides qui défendent avec autant d'éloquence que de raison les intérêts d'une colonie gémissante sous le poids du despotisme de deux gouverneurs successifs. On y peint des couleurs vives et énergiques leur administration effroyable et monstrueuse ; on fait voir partout les droits des citoyens violés, la justice avilie et méprisée, les militaires substitués à la magistrature, et la force à la loi. Comme une pareille i*éclamation inculpe nécessairement de la façon la plus grave M. le comte d'Ëstaing et M. le chevalier prince de Rohan ; comme, en rendant compte des faits, il n'a pas été possible de ne pas jeter beaucoup d'odieux sur leurs personnes , cet écrit est prohibé très-sévèrement par la police ; et la famille des Rohan surtout voit avec douleur le gouvernement d'un seigneur de sa maison voué à l'exécration générale des habitans de Saint-Domingue^ exécration qui s'étendra jusqu'à la postérité la plus reculée.
— C'est aujourd'hui la dixième et dernière représentation du drame des Deux Amis ^ qui va s'éteindre enfin , après une agonie plus longue que de coutume. Heureusement l'amour-propre inépuisable de l'auteur le défend contre la désertion générale du public, et lui fait mettre sur le compte du mauvais goût, du défaut de
mœurs , de la frivolité , ce qui n'est que l'effet du dégoût, de l'ennui et de l'indignation. La critique la meilleure, la plus vraie et la plus fine de cette pièce, est la pasquinade d'un plaisant , qui a écrit au bas d'une affiche où l'on annonçait les Deux Amis : <c Ici l'on joue au noble jeu de Billard [j). » En effet, ce drame n'est autre chose qu'une apologie des banqueroutiers , où l'on cherche à intéresser en faveur d'un homme de cette espèce, et à donner coinme louable, comme vertueuse, comme l'effort de l'amitié la plus héroïque, une infidélité véritable, vicieuse dans son essence, et qui, sous quelque belle couleur qu'on la présente, quelque motif épuré qu'on lui donne, est digne de toute l'animadversion de la justice.
4. — A mesure que les opéra tions(a) de M. l'abbé Terray se développent , les malédictions publiques s'accumulent sur sa tête. Plusieurs malheureux d'entre le peuple Ovsent, dans leur désespoir, se livrer contre lui, tout haut, aux plaintes les plus énergiques et aux résolutions les plus sinistres. Les magistrats patriotes, à portée de voir ce ministre, ne lui déguisent pas toute l'horreur que leur inspirent la violence et l'arbitraire de ses dispositions. M. le président Hocquart se trouvant à dîner avec lui chez M. le premier président, sur ce que cet abbé, en parlant de ses opérations forcées, prétendait qu'il fallait saigner la France , lui répondit vivement : « Gela se peut , mais malheur à celui qui se résout à en être le bourreau ! »
(i) Le sieur Billard , caissier-général de la Poste, aidé de Tabbé Grizel , son confesseur, venait de faire une banqueroute frauduleuse de{ilusieurs millions. — R.
(2) Différens Édits bursaux venaient de paraître, qui réduisaient de plusieurs dixièmes les arrérages des effets royaux. — R.
Io8 MÉMOIRES SECRETS.
Du reste on en rit, on en plaisante à la manière française. Le jour de l'ouverture de l'Opéra, où les premiers arrêts du Conseil venaient de paraître, comme on étouffait dans le parterre , qu'on y était dans une gêne effroyable, quelqu'un s'écria : a Ah ! oit est notre cher abbé Terray ? que n'est -il ici pour nous réduire de moitié ! » Sarcasme qui , sous l'apparence d'un mauvais quolibet , devrait être bien douloureux pour ce ministre , auquel il annonce que son image nous tourmente jusqu'aux lieux' les plus agréables , et empoisonne même nos plaisirs.
5. — M. Petit n'a pas voulu rompre le serment qu'il avait fait de ne pas répondre au docteur Bouvard , quoique celui-ci l'en eût relevé; mais il a adroitement mis sa cause entre les mains de M. Le Preux, un de ses élèves. Par ce moyen il n'y court aucun risque. Si la réponse est faible , on saura toujours gré au jeune médecin d'avoir défendu son maître, et cela fera du moins honneur à son cœur. Si cet écrit est victorieux , tout l'honneur en reviendra à M. Petit , qu'on se doute bien avoir inspiré son apologiste. Cet écrit va paraître incessamment.
— On est toujours curieux de tout ce qui sort de la bouche de mademoiselle Arnould , le Piron femelle pour les ripostes et les saillies. M. Caron de Beaumarchais , l'auteur des Deux Amis^ dénigrait l'Opéra actuel devant elle : <c Voilà, disait-il, une très -belle salle ^ mais vous n'aurez personne à votre Zoroastre. — Pardonnez-moi , reprit-elle , vos Deux Amis nous en enverront. »
— On voit une caricature qui représente le roi jouant au billard, et l'abbé Terray ramassant les billes. Outre cette facétie, il y a des vers effroyables contre Sa Majesté, le chancelier et M. l'abbé Terray.
On a trouve à la statue de Louis XV une inscription
/ FEYRIEU 1770. 109
très-injurieuse pour le monarque , et que le respect ne permet pas de rapporter.
— On parle d'une nouvelle comédie de M. de Voltaire, intitulée le Dépositaire. Elle roule sur un trait fort connu de la vie de Ninon de L'Enclos. On doute qu'elle passe à la police y quoiqu'il ait substitué uu marguillier au grandpënitcncier.
6. — Instructions du gardien des Capucins de Ragusê à frère Pedicidoso , partant pour la Terre^Sainte. Tel est le titre d'un pamphlet de M. de Voltaire , qui n'a riea de nouveau que le nom et la tournure vive et piquante sous laquelle il résume en vingt paragraphes, d'une manière énergique et serrée, les absurdités, les horreurs et les infamies sans nombre dont il prétend que fourmillent les deux Testamens.
Dans un autre , qu'il appelle Tout en Dieu , et qu'il donne pour un Commentaire sur Malebranche , après avoir développé les lois de la nature , le mécanisme des sens, celui de nos idées, il prouve que Dieu fait tout; que toute action est de Dieu; qu'il est inséparable de toute la nature; et son résultat est que le système du Père de l'Oratoire n'est autre chose que le matérialisme, si conforme au bon sens et à la plus saine métaphysique. Il y a \ine érudition singulière dans ce petit ouvrage , qu'il plaît à l'auteur d'attribuer à M. l'abbé de Tilladet.
7. — Le Dépositaire^ la nouvelle comédie en cinq actes, de M. de Voltaire, a été lue , il y a quelque temps , par le sieur Mole, à l'assemblée des Comédiens, sans qu'ils sussent quel en était l'auteur. Elle leur a paru si bassement intriguée, si platement écrite , qu'elle a été refusée généralement, et que plusieurs se sont permis des réflexions plaisantes. L'un voulait la faire jouer chez
IIO MEMOIRES SECRETS. ^
Micolet, l'autre aux Capucius, etc. L'aréopage a été confondu 9 quand le lecteur leur a appris quel en était l'auteur : par respect pour ce grand homme , ils ont déclaré qu'ils la joueraient s'il l'ei^igeail ; mais ils ont persisté à la trouver détestable, et les amis de M. de Voltaire l'ont retirée.
9. — Dialogues sur le commerce des blés. Londres .(Paris, Merlin) 1770, in-S*'. On voit que la Pluralité des Mondes a servi de modèle à cet ouvrage ; mais celui-ci surpasse l'autre de bien loin. L'auteur y discute avec une finesse, une sagacité merveilleuse les questions les plus absti^aites de l'économie politique. Il répand sur ces matières des vues lumineuses et profondes , qu'il sait concilier avec toute la gaieté vive et brillante de l'homme du monde le plus frivole. Ses transitions sont heureuses , ses tournures vives et piquantes : il se joue de la matière , et prouve très^bien qu'en fait d'administration , comme dans tout le reste, on peut, avec de Fesprit, soutenir également le pour et le contre : que ce n'est point par les principes d'une philosophie pédantesque et exclusive qu'on gouverne les Etats, et que le meilleur législateur est celui qui s'accommode aux temps, aux lieux, aux circonstances, et dont la sagesse versatile au gré des événemens sait se soumettre aux choses, et non vou^bir soumettre les choses à elle-même. Il paraît que ce traité est spécialement dirigé contre les économistes, dont l'écrivain adopte quelques idées, mais rejette l'esprit systématique. Il applaudit à la bonté de leur cœur, à l'honnêteté de leurs motifs; mais il couvre d'un ridicule indélébile cettç complaisance pour eux-mêmes, ce mépris injurieux pour leurs adversaires, qui régnent dans tous leurs ouvrages. Ces messieurs sont vivement affectés de