Extrait cTune Lettré de Rome du ao noi^embre
« Le Saint-Père continue à s'occuper de l'administration intérieure de ses États , de la réforme des mœurs et des
yS MÉMOIRES SECRETS.
abus« Vous avez su qu'il avait proscrit l'usage ridicule sur les théâtres de cette ville de ftire jouer les rôles de femmes par de jeunes garçons ^ et qu'il avait remis le so«e en possession de toutes ses fonctions» à cet ëgard* 11 vient d'abolir une coutume plus horrible et plus abominable : par une baii>arie qui fait la honte de tous ses prédécesseurs^ on outrageait la nature dans de jeunes enfansy et on les dressait , dans ce malheureux étal^ à remplir les fonctions de musicien à la chapelle des papes. On se procurait ainsi des voix claires et argentines « qui flattaient les oreilles de ces souverains ^ et pour leur plaisir on avait consacré une horreur qu'on ne devrait lire que dans l'histoire des tyrans de Rome. Sa Sainteté aime beaucoup la musique , mais encore plus l'humanité ; et, pour suppléer à cette espèce de chanteurs appelés castnUiy elle a permis de prendre des femmes dans les musiques d'église. Un pareil trait fera bénir à jamais le pontificat de Clément XIY . Il est adoré de ses sujets et surtout du sexe, qu'il faXi sortir de la nullité à laquelle l'avaient réduit ses prédécesseurs. »
9. — On a parlé des tracasseries suscitées à M. de Bel* loy par les Comédiens à l'occasion de la reprise du Siège de Calais; de la lettre forte et vive que cet auteur leur écrivit dans le temps , et de Fespèce de trêve que le gentilhomme de la (Cambre mit à cette petite guerre en ordonnant provisoirement que Ton jouât la tragédie en question. Cette satisfaction n'a pas oonleaté M. de Bel-* loy ; et les Comédiens , de leur coté, ont conservé leur rancune, 3urtout le sieui* Le Kain, chargé du rôle de Bayard (i), mais qui en partant pour sa tournée déclara qu'il ne jouerait point que l'auteur n'eût réparé les outrages
(i) Dans Gaston et Bayard. — Et
de son épitre par un désaveu/ M* de Belloy, excédé de ces procédés indignes , a , dit-on j retiré sans retour ses deux, tragédies de Gabrielle de Fergy et de Gaston et Bayard \ on assure qu'il va les faire imprimer avec un privilège dans lequel il sera expressément défendu aux Comédiens de Paris de les jouer sans sa permission ; permis au contraire à tous les comédiens, histrions^ bateleurs généraux ou particuliers , français ou étrangers/ de la jouer soit à Paris, soit en France, soit en Europe, ou dans telle partie du monde que oe soit. Il serait d autant plus fâcheux que l'auteur fût obligé d'en venir à cette 'extrémité, que le style n'i^t pas l'endroit par où brille M. de Belloy, et qu'à la lecture^ il perdra tout le mérite des situations, 4es coupa de théâtre, des tableaux qu'il prodigue dans ses pièces avec autant de merveilleux que de fertilité*
lo.— -On a rapporté (i) les tracasseries qui ont été suscitées à M. l'abbé Le Cousturier par ses ennemis auprès de M. l'archevêque : il a eu le bonheur de faire revenir de sa prévention ce prélat très -entêté ordinairement. L'interdiction a été levée bientôt , e| l'orateur en question a prêché le premier diaiancbe de l'A vent dans l'église de la Charité, pour laquelle il était désigné. Sa disgrâce passagère est un véhicule de pli» à sa réputaticMn , e| l'on s'empresse d'aller entendre ce prédicateur censuré ,• avec la même avidité qu'cMo^ recherche un livre défendu et qui se vend sous le manteau.
> I a« *— - Un homme ^u monde ayant composé un opéra comique très-joli et du meilleur ton^ intitulé la Bai^ gnoù*e , avant de. le iaire présenter à l'assemblée générale des Comédiens Italiens, 1^ communiqué à quelques-
(i)T. 8 novembre 1769. — R.
8o MÉMOIRES SECRETS.
uns d'entre eux^ tels que les sieurs Dehesse et Clairval: ces messieurs ont cru y reconnaître le fonds d'une aventure arriv^ée au sieur Poinsinet , qui fait nombre parmi ses mystifications. Leur délicatesse s'est offensée de cette ressemblance /et ils ont déclaré que l'ouvrage était charmant, mais que l'honnêteté de leurs mœurs ne leur perr mettait pas de traduire sur la scène quelque citoyen que ce fût , à plus forte raison un poète distingué par ses talens, qu'ils reconnaissaient pour leur maître , pour leur bienfaiteur , et dont ils honoreraient éternellement la cendre. En vain leur a-t-on représenté que cette pièce ne roulait que sur une intrigue vague dont le spectateur instruit pouvait faire l'application , mais qui se démentait par les différences du caractère du héros principal de la pièce, bien autrement théâtral que celui du sieur Poinsinet , et monté sur un ton qui ne pouvait appartenir qu'à un homme de cour, à un fat. du premier ordre, et non à un polisson subalterne tel que ce petit -maître manqué* Rien n'a pu rassurer les scrupules de ces âmes nobles et sensibles ; on n'a osé risquer de s'exposer à la réclamation générale de la troupe, et l'on a eu recours à M. le duc de Richelieu, gentilhomme de la chambre en exercice , qui n'a pas paru aussi effarouché que les Comédiens, et qui, se connaissant en procédés aussi bien qu eux , rassurera sans doute leur délicatesse.
i3. — On a parlé depuis long-temps des mouvemens que M. de Voltaire s'était donnés pour faire rendre justice à la famille des Sirven , ces malheureux père et mère, accusés d'être auteurs du meurtre* de leur fille et condamnés comme tels, par contumace, au Parlement de. Toulouse. Us ont eu le courage de se rendre en cette ville, de faire juger la contumace, et ils ont été décla-
rés gënëralement înnocens : ou les a remis en liberté et en possession de tous leurs biens, qui avaient été confisqués au profit du roi par le domaine.
Cet événement, qu'on doit principalement aux soins et aux réclamations de M. de Voltaire, assure de plus en plus à ce poète philosophe une place parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Ou ne doute pas que M. Elie de Beaumont, avocat célèbre au Parlement de Paris, et qui a passé plusieurs mois de l'été et de l'automne à Ferney, n'ait beaucoup contribué à éclairer et à faire juger l'affaire : on ne doute pas non plus que M. de Vaudeuil , le nouveau premier président du Parlement de Languedoc, n'ait versé dans ce tribunal l'esprit de tolérance dont il est animé , et qu'il n'éteigne tout-à-fait le feu du fanatisme, qui n'avait que trop éclaté dans la malheureuse affaire des Calas.
i^, — C'est avec douleur que les amateurs du théâtre italien, qui avaient conçu les plus grandes espérances sur le compte du sieur Grétry, ce Pergolèse de la France, voient que ce musicien est sur le point d'être moissonné à la fleur de son âge. Il est attaqué de la poitrine, et son genre de vie (i) ne contribue pas peu à aggraver son état. On convient assez généralement qu'il était fait pour opérer une révolution dans la musique de ce théâtre , dont les coryphées ne paraissent que des gens médiocres auprès de cet auteur.
i5. — . Vendredi dernier, à l'Opéra, un spectateur* du
(x) Dans uoe espèce de sermon, prononcé en la Sainte Égalise PhUosophique^ Grimm {Correspondance littéraire^ i«' janvier 1770) dit en parlant du frère Grétry : « Nous le conjurons, par les entrailles de notre mère la Sainte Église, de ménager sa santé, de considérer que sa poitrine est mauvaise, et de se livrer moins ardemment aux plaisirs de Tamour, afin de. &*y livrer plus long-temps. » — R.
. ToM. Uï. 6
8a I^fiMOIRES SECRETS.
parterre s'enthousiasmait sur îa danse vigoureUàe et hardie de mademoiselle Asiselin , une des €(^ypbéés du théâtre lyrique. Son Voisin la déprimait , au cowfriri're , et la trouvait détestable. Chacun soutenait son avis avec opiniâtreté'et y resta Suivent Tusage. A la deriiièl'è reprise, le détracteur de la danseuse s'écrili qu'il fallait être 'bien bête pour l'adtairtel*. Son advérisaire lui dit : « Jusqu^Ùi , Moilsîcttr, j'm <*rti que c'était à mademoiselle Asàelin qiiè vous en Voulieij : je voils très -bien à plrésent que c'est a liioi, et vous allez m'en faire raison, y) Us sortent, 'ils se batteint, sans s!être jattiais connus ni vus qu'en de moment , et l'agresseur teste mort sûr ta place. Il se trou Ve, par lés informaftious , que c'est un M. Hoôke, officier, parent d'trn Hooke connu par une aVentîire à peu près semblable , qui lui arriva au conéert spirituel, qui fit beaucoup de bruit dans le temps, et-qui ne s'est tëririînée qu'après plusieurs combats arrivés en divers endroits entre les deux contendans. Au surplus , cette catastrophe relève tïiéi'veîHëu$eméÈlt là réputation de mademoiselle Asselin. Toutes ses camarades la regardent îavfec envie et voudraient bien compter dans les fastcis de leur histoire quelques combats singuliers de cette espèce.
— Les' Coméâiéns Italiens ont donné hier la première représerifation de la Rosière ou la Tête' de Salency-y pièce en trois actes et en prose, mêlée d'ariettes et de vaudevilles sur des airs connus. Cette domécli'e, qui a paru de beaucoup trop longue , n'a pas fait plus de fortune à Paris qu'à la cour (i). Le premier acte a été mieux reçu que les deux autres. L'intrigue est minutieuse et embarrassée; les caractères ne sont ni assez développés,
(i) V. «9 octobre 1769. — R.
p£Ci:]fBRE 1769. 83
ni 9$sez saillis ; ^Ijui d'fîé)^ne , la Rosière , est le seul ({ui fasse plaisir , et ^it nmn^cé de toutes, sea ^puleurs. Il y a le rôle d'un ^iégiisSfeur qui .veut éprouver les aspi« rantes au prix, e.t qui^cootrastaut par une gaieté peu honnête , a déplu géx^épaAemeJit. he jugement ^ ce quHl y a de mieu^K : dfis trois coQCurreates y ji'uc^e est déclarée ' sage par bêiisfi , IVutre par cpjoitrainte , et jiVutre paf goût et par réftçi^ion. C^eat celle qui «remporte la cousonoe.
16. : — M. Tabbé EibalUer, docteur de Sorbpnne, sy^«die de la Faculté de Théologie, si connu par ses démêlés avec messieurs Marmontdl et Voltaire , est surtout célèbre par les sarcasmes dont ce dernier l'a criblé. Il a la vue très-mauvaise.: un plaisant a supposé qu'il l'avait entièrement perdue en travaillant à la Censure de BéUmire y et.que,riréduità.)piiçndre un chien pour guide, il avait choisi celui ^de ce (héros 4av^ son malheur. £p conséquence, on a,gim.vé l'abbé lUballier ccmduit par ^a^i* mal , ayant au cou un collier , sur lequel on lit ces vers :
Passant, L'sez sur mon collier Ma décadence et ma misère :
J'étais le chien de.Bélîsaire , Je suis le ohien de Riballier.(i).
;i,i . -i-r M. r^b^bé Vatry, pensionnaire de l'Académie des Inscriptiqns et Beyes-Jjettres,est mort le 16 de ce moi^. Il était inQrme depuis long-temps et la têfe ne faisait plus ses fonctions. .C'était un des plus sa vans hommes :de J'Eurppe dîjns le grec, qu'il av^it professé au Collège {loy^l.
(i) Cette épi6ra«ip€^.oMaUri)w<^e,à Marmontel. — R.
22. — On a envoyé de Brest les vers suivans, faits sur la mort de Gordon. Ils paraissent récapituler en bref toute la trame de ce fatal événement. Il faut savoir qu'il s'est plaint d'avoir été excité par le comte d'Harcourt, ambassadeur de la cour de Londres à la cour de France , non à incendier le port de Brest, comme on a dit, mais à en reconnaître la situation , à en examiner tous les détails, pour en profiter au besoin. Quant au sage magistrat, on connaît aisément qu'il veut parler de M. de Clugny, intendant de Brest et président de la Commission.
Un perfide vieillard abusa ma jeunesse , Un sa^e magistrat confondit mes projets , Une mort héroïque expia ma faiblesse , Un peuple généreux me donna des regrets.
27. -— On a déjà parlé du procès pendant par-devant le chef de la librairie entre les libraires et M. Luneau de Boisjermain. On a résumé les diverses prétentions des deux parties et surtout les deux mémoires de M"" Linguet, ce Démosthène de nos jours, qui réfute ceux des libraires avec autant de solidité que d'éloquence et de feu. Ces derniers viennent de fournir une réplique, et c'est à cette occasion qu'un anonyme (i) a répandu une brochure intitulée : ^^^is aux gens de lettres. Après une exposition nette et précise du sujet, l'auteur fait rapidement quelques notes sur la défense nouvelle des libraires et prouve qu'ils rie sont pas heureux en reparties. Non content de cela , il les suit pas à pas, il montre que conduits par l'avidité, ils marchent toujours entre l'injustice et l'extravagance. Il examine et discute séparément chacune de leurs prétentions et en fait voir palpablement l'indécence.
(i) Fenouillotde Falbaire, auteur de t Honnête criminei, — R.
Il termine son écrit par des réflexions générales^ qui naissent naturellement de son sujet. Il se plaint que la France, étant le pays du monde ou les lettres sont le plus florissantes, soit en même temps le pays où ceux qui les cultivent sont traités le plus défavorablement. Il les peint, avec non moins de vérité que d'énergie, gémissant sous le joug des libraires, travaillant en vils esclaves au champ fécond de la littérature, tandis que ces maîtres durs recueillent tout le fruit de leurs sueurs, et vivent à leurs dépens dans l'abondance et dans le luxe. Il compare les procédés des libraires de France et de ceux de Londres envers les auteurs , et il en fait voir l'énorme ' différence à la honte des premiers. Il cite l'exemple d'une Histoire de Charles V^ en cinq volumes, dont le manuscrit a été vendu par M. Robertson quatre mille guinées; tandis que \ Encyclopédie y ce vaste dépôt de toutes les connaissances humaines, ce monument qui, seul, forme une bibliothèque entière, qui a rapporté plus de deux millions de gain aux libraires, n'a valu à M. Diderot, entrepreneur, directeur, et surtout seul architecte de cet iinmortel édifice, que cent pistoles de rentes viagères. Il finit par une péroraison vigoureuse, oîi il exhorte les gens de lettres à secouer un joug aussi honteux que tyrannique, pour s'aider mutuellement dans l'impression et le débit de leurs ouvrages, et pour donnes des secours aux jeunes gens qui entrent avec du talent dans la même carrière. Il sonne le tocsin même à l'égard des seuls amateurs, fait craindre le dépérissement du goût et des lettres, si l'on ne met un prompt remède à la rapacité dévorante des libraires , sangsues des auteurs et qui se gorgcnt impitoyablement de leur sang.
86 MEHÔlRES 3£GRfitS.
— Discours de Gordon à ses juges.
Monsieur et Messieurs ,
« Vous êtes pères 9 vous tous, pères heureux; vos enfans ne vous sont pas erilevës , tous leur êtes conservés. Le mien 9 père de treize, nous fut enlevé dans sa trentehuitième année. Je n'en avais alors que douze : quelle perte pout* moi ! Ma mère me reâta encore : veuve à trente-deux-ans, elle se retira dans une maison de campagne, déterminée à y passer le reste de ses jours avec ses cinq filles. Lé soin de Téâucatiôn de nous autres fut confié à nos plus proches parens. Ma faute^ ou^ si vous voulez, mon crime, n'est pas l'effet d'un tempérament vicieux, suite, souvent, d'une éducation négligée, mais d'un iHalheut* (i) qui m'avait obligé de venir en France. Milord Harcourt promit à ma sollicitation de me remplacer dans mon ancien régiment : il se prévalut de cette conjoncture, en me proposant ce fatal voyage, Moîi peu d'expérience me laissa séduire, hia reconnaissance me le fit entreprendre. Figurez -vous en milord Harcourt un homme de Soixante ans, décoré de toutes les bleeutés de la vieillesse : en lui je voyais un homme de naissante , lieutenant -général de nos armées,, ambassadeur en France et mon protecteur. Que de J)révoyance n'aurait-ii pas fifillu pour apercevoir la chaîne de malheurs t^ui d<evaiént s^ensûivre ?Et sous quelles couleurs ne meprésent»t-il pas sa proposition? Il me fiit impossible tl'évi<ter son pièg^.
ce Je n'ai, hélas ! que peu à espérer ^u coté des lois^ elles ne regardent que 4es fautes. J'ai toujonirs ^espoir en vous, vu que l'Etat ne peut sociffrir aucun |>réjudîce de
(i) Pour avoir tué uo homme daus ujie rixe#
DÉGEHBUE I769. 87
tout ce que ] ai fait. De plus : je (^çcjare n'avoir jamais eu iuteation de fornier fluc^^^ liaisons ici : c'est le cruel hasard qui me Içs a fait trouver.
<i JVfitigez donc, s'il sç peut,, la sévérité des lois : pero^çttez quç je vous rappelle c^pcore M(\e fois qqe j'ai une mère, et que je vous représente la douleur d'^ne famille nojQAhreqse ; elle $ist |ioble: et s'il fj^ut mourir, ne me faites pas soqffrii* d'ignominie; laissez-moi agif* ^ liberté, et je saurai éyiter la hoi^te. £nfia, pour deroiçrc grâce, que je meure avec mon écharpe militaire et qu'on la fasse^ teuii* eusviite à mon frère. »
29.— ^Outir^ r^m aux gens de lettres, dont on vient de parler, il avait paru dan^ l's^ffaire de M. I^uneau de Boisjeroiaiu ^vçç les libraires, pn t;roiçième Mémoire, ^ sous le titre de jpernière ftéponse signifiée et Consulta" tion pour le iOçur Luneau de Boisjermain çorUice les sjndiçs et adjoints des Libraires de Paris. Dans ce Mémoire, encore plus vigoureuse que les précédeqsi| l'fiuleur a su répandra )Sin in^r^t dopt on ne crqifait p^is la matière susceptible , et qui d'une caq^e particulière , en a fhit une générale avec tou^ les gen^ de lettres, par le c)étail.()es vexatipns que qes derniers len éproi|vent continuellement çt qui dçviendr^ijEiQt d^ pips en pli|s pdi^pses, si oi| les 1.9issàit ef?ipiéter sur eu3^ comme ils le prétendeiit. On sait que depuis )opg-temps ils af&ctent envers et|x une dureté et un desp5tisme intolérable, et que M. Qfesset les a déj^ couverts A\x ric^icule qu'ils méritent, 4ai9s la Chartreuse, où il dit en di^çrivapt les entours du collège des Jésuites et de ]f^ rue Saii^t-jT^icqiiiçs :
Où trente faquins d'irapriraeurs Donnent froidement audience A cent faméliques auteurs, etc.
88 MJÉMOIRES SECRETS.
M. Luneau, dans son nouveau Mémoire^ plus approfondi que les premiers , remonte à l'origine des Libraires, qui avant la découverte de l'imprimerie étaient dans la plus humilante, la plus servile dépendance des gens de lettres, entièrement aux ordres et aux gages de l'Université. On les appelait alors Stationarii y c'est-à-dire entreposeurs , comme servant précisément et uniquement au courtage des livres peu communs alors. Elle avait sur eux le droit d'inspection y de correction , et elle en usait. Il réfute victorieusement leur assertion , par laquelle ils prétendent n'être pas confondus avec les autres espèces de négoces, et distinguer dans la librairie une partie purement matérielle, qu'ils dédaignent, et une partie purement spirituelle, qu'ils s'approprient. Il fait voir, au contraire , qu'ils n'occupent qu'un rang très-peu distingué dans l'ordre des vanités sociales , qu'ils sont exclus de l'échevinage de Paris, espèce d'apothéose bourgeoise, à laquelle peuvent être admises des communautés de marchands, au-dessus desquels ils voudraient s'élever, et qu'enfin le souverain lui-même les a assimilés quelquefois aux états mécaniques les plus vils.
3o.-^M. le président Le Monnier rentre de nouveau en lice contre M. de Valdahon (i), à l'occasion de mademoiselle Le Monnier , qui depuis qu'elle est majeure lui a fait des sommations respectueuses pour épouser son amant, dont la constance a été mise à de si rudes épreuves. Tous les papiers publics ont parlé si souvent et d'une façon si intéressante du procès célèbre qui dure depuis sept ans entre ce premier président de la chambre des Comptes de Dole, et le Mousquetaire gris, qu'on s'en souvient sûrement et que les cœurs
(i)V. 4 avril 1765. — R.
DIÊCEMBRE 1769. 89
tendres sont encore affectés de cette histoire romanesque. On blâme généralement l'opiniâtreté de M. Le Monnier^ qui par des mémoires infâmes a cherché à rendre odieux et méprisable un homme estimé publiquement.
La fille vient de répandre un Mémoire en réponse aux horreurs débitées par M. Le Monnier^ oii elle est obligée par sa position cruelle de défendre un amant contre un père. On y retrouve l'avocat disert qui a déjà fait d'autres mémoires dans ta même cause : il a traité cette matière plus en romancier qu'en j urisconsulte : plus de mots que de choses, plus de phrases que de raisons constituent le fond de cet ouvrage , qu'on trouve sur toutes les loilettes et qui y aura plus de succès que sur le bureau des juges.
M. Loyseau de Mauléon termine cette apologie par une lettre à mademoiselle Le Monnier, en date du 5 décembre, oïl après avoir donné à entendre avec autant de vanité que d'indéc<ence, qu'il lui a prêté sa plume gratuitement, il déclare que devenant maître de la chambre des Comptes de Nancy, les usages de l'ordre des avocats et ceux de la Compagnie ne lui permettent pas de signer ce Mémoire; qu'en conséquence il le remet entre les mains d'un ancien confrère. Ce dernier , après un bout de consultation fort plate, datée du to décembre, adopte l'ouvrage du sieur Loyseau et signe le Mémoire.
3i. — Lettre d Alexandre Gordon à sir Charks
Gordon , son frère.
«C'est avant mon dernier moment , cher Charles « que je prends la plume pour te faire part de mon sort. Je suis condamné à perdre la tête sur un échafaud entre quatre et cinq heures ^ ce 29 novembre, après midi. Ma seule