‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 11 sur 58 · Jl M. Fabbé Delille · texte numérisé non relu

Jl M. Fabbé Delille

Auteur de la Traduction des GioRGiQUES.

Jusqu'ici j'ai peu su la cause

Qui reproduit cet univers ;

Mais depuis que j'ai la tes vers

Je crois à la métempsycose :

Delille est un nom supposé;

Je reconnais dans ton langage

Virgile même francisé

Qui nous traduit son propre ouvrage.

Par upf ÉcoLiEa.

Telle est la manière dont M. de La Harpe , petit compagnon travaillant au Mercure , sous le sieur Lacombe, a présenté cette pièce dans le volume de ce mois , quoiqu'il sût très-bien qu'elle était de M. Dorât, Cette pelito niche a vivement piqué ce dernier, et cela forme entre ces deux messieurs une guerre poétique qui amuse les spectateurs.

10. — M. Coqueley de Chaussepierre , avocat plus renommé par ses bouffonneries que par son éloquence y vient de lancer dans le public un persiflage contre ces drames monstrueux si à la mode aujourd'hui ^ péchant également contre le bon sens et contre la nature. Il a fait un poëme en quatre chants, intitulé le Roué Verlueiix , dans lequel , après avoir conduit son héros à travers les aventures les plus merveilleuses ^ les plus compliquées

et les plus noires , il le fait arriver à une calastrophe proportionnée aux horreurs qui la préparent. Tout cela est indiqué dans quelques argumens, et le dialogue n'est autre chose que des exclamations vagues, et sans ordre , el sans aucun sens , entremêlés d'une immensité de points et d'énormes lacunes indiquant les réticences. Chaque chant, ou acte, est précédé d'une magnifique estampe qui représente la principale scène du moment. Le tout est accompagné des ornemens typographiques sous lesquels nos auteurs modernes cachent leurs haillons et leur

misère.

11. — Entre tous les quolibets qua ait enfanter M. l'abbé Terray , le meilleur sans contredit est celui qu^on attribue à M. le duc de Noailles , depuis long-temps en possession d'en dire d'exccUens sons le nom du ducd'Âyen , et qui n'a pas dégénéré. On criait à Versailles les nouveaux arrêts du Conseil , quoique ce ne fût pas l'usage autrefois; mais cela se pratique aujourd'hui. Le roi, peu accoutumé à ces clameurs, demanda ce que c'était: a C'est , lui dit le duc de Noailles , la grâce de Billard qu'on crie. »

12. — Les Comédiens Français se disposent à remettre au théâtre Athalie , avec les chœurs et toute la pompe du spectacle (i). L'abbé Gauzergue, musicien estimé pour la musique d'église , est chargé de refaire celle de cette tragédie. On doit commencer les répétitions dès ce carême , et l'exécution doit s'en faire à Versailles dans la nouvelle salle , pour le mariage de M. le Dauphin.

i3. — Une jeune personne ayant écrit en vers à M. de Voltaire, ce patriarche du Parnasse, reprenant sa lyre, a répondu par ceux-ci :

U) V. a3 mai 1770. — R.

FÉVRIER 1770, ll3

Ancien disciple d'Apollon, J'étais sur le bord du Cocytc, Lorsque le dieu de rHeiicon Dit à sa muse favorite :

Ecrivez à ce vieux barbon.

Elle écrivit ï je ressuscite (1).

1 4. -— M. Luneau de Boisjermain , dont on a rapporté la première contestation avecleslibraires, vient de gagner contre eux en la chambre de police du Châtelet. Là saisie faite sur lui a été déclarée irrégulière et nulle. Eu con^ séquence ses adversaires sont condamnés envers lui à cent écusde dommages et intérêts, mais on a ordonné en même temps la suppression des expressions injurieuses du Mémoire de M^Linguet. Reste à juger Tincident , plus grave que le fonds , puisqu'il ne s'agit de rien moins que d'une action criminelle intentée par les libraires associés à Y Encyclopédie contre M. Luneau de Boisjermain, comme auteur d'imputations qui réunissent tous les cafactères de la diffamation la plus répréhensible , à l'opcasion d'exactions dont il les accuse, relativement au^ sou-* scriptcui*s de ce dictionnaire. Ce second procès est pen** dant par^-devant M. le lieutenant criminel du ChâtQlet.

Au surplus, les libraires , quelque chose qui arrive, ne tendent à rien moins qu'à ruiner ce malheureux auteur, par une manœuvre à laquelle il lui est presque impossible de se soustraire sans les secours les plus pressans ; ils achètent toutes les créances qui se trouvent contre lui à Paris, (gtprofitent de ces titres pour le traiter de Turc à Maure, et renverser de fond en comble l'édifice trèschancelant de sa fortune.

(i) On trouve dans les Œuvres de Voltaire one version un peu différente de ces vers adressés à mademoiselle de Vaudeuil. --^ R.

ToM. m. 8

1 l4 MÉMOIRES SECRETS.

i5. — M. l'abbé Galiani, auteur des Dialogues sur le commerce des blés, dont on a parlé (i), n'est plus secrétaire d'ambassade de Naples. On prétend que le ministre , fatigué des lazzis continuels de cet abbé , d'une politique très-plaisante, sur le gouvernement, l'a obligé de retourner en Italie, en lui déclarant qu'il n'avait rien à craindre du ressentimeiit de là France, et même en le pensionnant.

i6> -— *• Ou assure que IVL de Belloy , qui se brouille et se raccomnMi)de avec les Comédiens , avec uile facilité merveilleuse, leur a permis de jouer ses pièces nouvellemtot imprimées, dont la barbarie du style a éloigné la plupart des lecteurs, et qu'on assure pouvoir mieux réussir à la représentation.

17. — • Le sieur Paulin , acteur de la Comédie Françaises > est mort il y a quelque temps. C'était un médiocre acteur pour le tragique. Dans le comique il faisait assez bien les rôles de paysan. On a su à sa mort qu'il avait élé bas^olEcier des Invalides. En conséquence il a joui d'uo honneur singulier pour un comédien , et a eu l'épetî croisée sur son ôercueil.

18.-*-^ Les Comédiens Italiens ont afBcfaé pour démain la première représentation de Sylpain^ coméd*iè éfa un acto et en vers, ttiêlée d'ariettes. On annonce depuis long-temps, avec les plus grands éloges, ce drame, dont \à musique est du sieur Grétry. L'auteur des paroles e^t M Marmontel. II est assez plaisant Ae voir le grave auteur de Bélisaire , après s'être cotisàcré dans Isa jeunesse à faire hurler Melpomèùe sur le Théâtre Français ^ se livrer sur ses vieux jours à l'opéra comique. Il est* vrai qu'on prétend qu'il n'est que le prête -nom de ce nouvel

(1) V. 9 février 1770. — R.

ouvrage y ainsi que de Lucile ^ dont les paroles passent pour appartenir constamment à M. le duc de Nivernois.

19 — Il se répand un nouveau livre en deux volumea in-8*, petit caractère, qui a pour titre : le Système de la Nature ) par M. de Mirabaud^ secrétaire perpétuel de V Académie Française. Ce traité , exirénaement proscrit , est Tathéisnie pi^étendu démonti^. Ceux qui l'ont lu le trouvent fort inférieur à la Lettre de Tlara^ibule à Leucippej qu'on sait avoir le même objet pour but. Le& gens religieux gémissent de voir avec quelle audace et av€c quelle profusion on répand aujourd'hui ces abominables systèittes qui du moins, autrefois, nestaient côii-> signés dans dest manuscrits poudreux et n'étaient connus que des sa vans.

ai. — Il y a quelque temps qu'une novice du oouvent de l'Assomption ^ à la veille àt pmnoticer ses derniers vœux, se pendit en présence de ses père et mère, obstinés à forcer sa vocation ; du moins le &:it a passé pour constaût. M. de La Harpe ^ voyapt que la nation se fami*^ liarisait insensiblement avec toutes les horreurs, a &tt de celle-ci un drame en trois actes, intitulé Mélameou la Religieuse. Comme une pareille pièce ne pouvait étare jouée sur le théâtre de Paris , l'aateur a eu recours à la protection de M. le duc de ChoiseUl pour la faire imprimer. Ce ministre lui a répondu par une lettre obli^ géante et ingénieuse : il s'y défend de lui accorder la gi*ace demandée , qui dépend de M. le chauj:)e)ier ; mais il itii marqtie en in^me temps qu'il se retient pour son libraire^ et lui env^ne eu conséquence mille écus à compte smr l'édition. < ,

12 a. — * La tragédie de Gaston et Bcujrard^ de M. de Belloy^ a été jouée deux fi»ts la semaine dérflièreà Ver»

sailles sur le théâtre de la ville; elle n'a pas reçu l'accueîl que l'auteur s'en promettait. Il attribue la froideur du public au mauvais jeu des acteurs , et ceux-ci prétendent qu'on lie peut pas déclamer ses vers tudesques. On sera à même d'en juger à Paris : les Comédiens Français ont reçu ordre d'exécuter cette pièce, et c'est la dernière semaine avant Pâques qu'ils doivent la donner au public. Il paraît qu'en général on préfère de beaucoup la Gahrielle de Vergy du même auteur qu'on trouve mieux écrite, mais que les connaisseurs regardent pourtant comme beaucoup moins tragique que le Fajrel du sieur D'Arnaud. Le caractère de ce dernier est infiniment plus théâtral, et produit une jalousie plus prononcée pendant toute la pièce.

aS. — On continue les quolibets : on dit que M. l'abbé Terray est sans Foi^ qu'il nous ôte V Espérance et nous réduit à la Charité.

M.J'abbé Terray, malgré les soins du ministère, a aussi des ssiilHes. On raconte qu'un coryphée de l'Opéra pour le chant , pensionnaire du roi , ayant été solliciter le contrôleur-général pour son paiement, il lui avait ré^ pondu qu'il fallait attendre; qu^il était juste de payer ceux qui pleuraient avant ceux qui chantaient.

24. — C'est une fureur pour entendre la lecture de la tragédie de M. de La Harpe , intitulée la Religieuse. On s'arrache cet auteur; il ne peut sufHrc aux dîners ou soupers auxquels on l'invite, et dont ce drame fait toujours le meilleur plat. On assure qu'il est très -.bien fait, et qu'on ne peut se refuser à s'attendrir jusqu'aux larmes à cette lecture intéressante. Les acteurs sont le père , la mère, la religieuse, l'amant et le curé. Quoi qu'il en soit , ces éloges de coterie sont toujours suspects , et

d ailleurs M. de Fontanelle a devancé cet auteur pour Tinvention , dans sa tragédie de la Vestale (i), même sujetqueceluinlày traité d'une façon plus décente et plus susceptible d'être adapté au théâtre.

a5. -^ — La Comédie Française doit donner sur le théâtre de la cour, aux fêtes du mariage de M. le Dauphin, outre Athalie^ dont on a parlé (a), i#; comédie de t Inconnu <f de Thomas Corneille , pièce en cinq actes , avec spectacle et divertissemens. C'est encore labbé Gauzergue qui doit en refaire la musique. L'Opéra exécutera Castor et Pollux etPersée. Ce dernier a été réduit en quatre actes, et c'est M. Joliveau, ci-devant secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Musique, aujourd'hui l'un de ses directeurs , qui s'est chargé du soin de réformer le poëme de l'immortel Quinault. On se doute bien que la musique de Lulli ne sera point épargnée, et qu'il faudra renforcer de toutes parts cet ouvrage tombé en vétusté (3). On a déjà fait sur le théâtre des Menus-Plaisirs quelques répétitions de ce dernier opéra.

26. — Si l'on est mécontent de la nouvelle salle de l'Opéra , les curieux vont s'en dédommager en foule à Versailles et y admirer la magnifique salle qu'on vient d*y construire. Indépendamment du beau coup d'œil qu'elle présente, de sa coupe avantageuse et de la magnificence de son ensemble, le mécanisme de son intérieur offre des détails immenses et admirables à ceux qui s'y connaissent. On peut eu faire également et promptement une salle de spectacle, une salle de banquet royal et une salie de bal.

(i) V. a6 mars 1768. — R.

(a) V. I» février 17^0. — R.

(3) La musique fut refaite en partie par Rebel, Francœur, de Biiry et Dauvergne. Y. 19 mai 1770. — Rr.

Il8 MÉMOIRES SECRETS.

Le roi veut que cela ait lieu dès le premier jour« Toute cette partie du travail appartient au sieur Amould, cidevant machiniste de l'Opéra, mais qui malheureusement trop occupé de la salle de Versailles n'a pu donner ses lumières pour celle de Paris, qui ne se ressent que trop de son absence.

' ^7. -^^ Il y a quelqui» jours que le sieur Dalainville, frère du sieur Mole , faisait le rôle de Gustave à la Comédie Française ; dès le commencement de la pièce le parterre témoigna son indisposition si fortement, et eette rumeur généi^le s'accrut à tel point, que l'acteur ne put continuer son rôle ; en vain l'on arrêta quelques mutins , le déchaînement ne fit qu'augmenter, et l'on fut obligé d'interrompre la pièce* On a découvert depuis que ces mouvemens tumultueux étaient la suite d'une cabale excitée par le nommé Chevalier^ acteur du même théâtre, qui, jaloux des médiocres talens de Dalainville et du crédit qu'il pourrait acquérir dans la troupe à la faveur de Mole, son frère, avait redoublé d'efforts pour en dégoûter le public. Ce fait bien constaté dans l'assemblée des Comédiens , il en a été rendu compte aux gentilshommes de la chambre, et Chevalier a été expulsé ignominieusement. Quanta Dalainville, fortement touché de l'humiliation qu'il avait reçue 9 il est parti sur-le-champ en poste pour retourner ^ Lyon dont il faisait les délices. Il est certain que la perte n'est pas grande , et que ce n'aurait jamais élé qu'un acteur médiocre. Avant de partir, et dans le moment même du tumulte, on assure qu'instruit qu'il y avait au corps-de-garde quatre séditieux arrêtés, sur le point d'être conduits en prison, il a eu recours au sergent-major, et a supplié qu'on les élargit , ce qu'il a obtenu.

fiyniEit 1770, 1 19

a8. — Messieurs \e$ chanoines de l'église de Paris , en reconnaissant dans M. ï'abbé Bergier , leur npu veau confrère^ toiites les qualités d'w bon prêtre, se plaignent qu'il ne soit pas un homme de ce monde, et qu'il n'ait rien de ce liant, de cette aménité qui constituent les agrémens de la société. Sans discuter ce que peuvent valoir ces reproches, on se contentera de dire que M. Tar^ chevêque de Paris ne tardera pas à mettre en oeuvre ce savant laborieux. On présume que le projet du prélat est de s'en servir pour proscrire successivement et en détail cette multitude 'le livres impies dont les presses étrangères nous inondent, sans interruption, et par des mandémens, forts de preuves et de raison nemens, repousser les attaques des incrédules et défendre la foi des fidèles , malheureusement trop ébranlée. M. Bergier a déjà i^ontré ses talens pour ce genre de combat contre M. de Voltaire(i)9 et les secours qu'il trouvera dans la capitale ne serviront qu'à le rendre plus propre à soutenir la belle cause qu'il défend.

j^^Ma.rs. -^ Les écrits pour et contre la Compagnie des Indes ne sont pas encore taris. Il paraît une brochure io*4*9 de dix pages, intitulée Lettre dun cultiiHiteur.à son ami sur la Ckjunpagnie des Indes. Le résultat de ces réflexions sensées, mais peu neuves, est que l'auteur a'étpnne qu'il y ait dea êtres pensans et raisonuans qui puissent proposer à l'État de sacrifier soixante millions pour une Compagnie qui , loin d'avoir apporté jusqu'ici un sou dp bénéfice au royaume, lui a souvent occasioné des guerres ruineuses ; qui ne profite en rien , diminue successivement , et par la situation actuelle de l'Inde est menacée d'un épuisement plus sensible que jamais. On

(i) V. i5 juillet 1768. — R.

TaO m^MOlRES SECRETS. ^

voit par cet exposé, que rëciivain est un partisan de l'abbé Morellet y qui , cette fois , s'est déguisé sous le nom d'un cultivateur ; il neraisonne pas mieux que lui , et le simple habitant de la campagne substitue au bon sens qu'il devrait avoir , tout le sophisme d'un rhéteur.

a, — M. de Voltaire, pour préliminaire de la farce spirituelle qu'il se propose de jouer vraisemblablement pour la troisième fois à Pâques prochain , vient de se fiiire nommer Père temporel des Capucins de la province deGex. Ces bons Pères, qu'il a tant bafoués et sous le nom desquels il a fait paraître tant de brochures impies et scandaleuses , sont aujourd'hui sous sa protection. On sait que le devoir de cette place est de soutenir l'Ordre^ de le défendre. En conséquence, il sollicite ordinairement les plus grands seigneurs de vouloir bien l'accepter. M. le comte d'Argenson était Père temporel des Gipucins de la province de France, et M. le marquis de Yoyer, son fils, a bien voulu le remplacer. Le patriarche de la littérature vient d'apprendre la nouvelle en question- à plusieurs de ses amis, et il en rit dans différentes lettres, où il en parle avec cette grâce et cette légèreté qui lui sont propres.

3. — ^ TjC vauxhall des Champs-Elysées, ce vaste monument qui a essuyé tant de contradictions , repris et interrompu plusieurs fois, vient de reprendre enfiil une nouvelle activité, au moyen d'autres souscripteurs, que les entrepreneurs ont persuadés de la majesté, de l'utilité et de la sûreté de leur projet. On espère toujours que ce Colysée sera fini pour le mariage de M. le Dauphin , et que la Ville y donnera des fêtes à cette occasion.

Le peu de succès de celui de la Foire Saint-Germain expose les entrepreneurs à perdre la plus grande partie (le leurs fonds ; mais le Gouvernement , qui sent les avan-

MARS 1770. lîil

tages et la douceur, pour le public, de ces voluptueux établissetnens 9 pour encourager les auteurs, accorde à ceux-ci toutes les facultés possibles , afin de ramener les amateurs refroidis. Ils ont imaginé une loterie , qui a commencé avant-hier. Au billet que Ton donne à la porte pour y entrer, et qui ne coûte qu'un écu, comme à l'ordinaire , on joint un numéro, jusqu'à la quantité de douze cents. Ces numéros auront part à un tirage, et concourront à la distribution de douze lots en bijoux , de la valeur totale de six cents livres, qu'on paiera en argent à ceux qui l'exigeront. Cette loterie doit se tirer h une heure fixe, quelque nombre qu'il y en ait en diminution et sans qu'il puisse jamais excéder celui de douze cents. Deux enfans feront le tirage en présence des spectateurs, et cette amusette sera un nouveau véhicule pour attirer les assistans , qu'elle occupera.

5. -— M. l'archevêque de Reims, président de l'assemblée du clergé , poussé par les prélats ses confrères , n'a pu s'empêcher de témoigner au roi la douleur du corps épiscopal , de voir, au moment où il allait s'assembler, élever sous ses yeux, dans la capitale de la France, un monument à l'erreur et à l'irréligion, par la nouvelle édition qui s'y faisait du Dictionnaire Encyclopédique ,^ ouvrage contre lequel il avait toujours réclamé et anathématisé de tant de censures canoniques. La religion de Sa Majesté ne lui a pas permis de refuser au clergé la justice qu'il demandait. £n conséquence, la nouvelle édition de ce Dictionnaire est arrêtée , et M. le comte de Saint-Florentin a fait déposer à la Bastille tous les exemplaires des trois premiers volumes de ce livre déjà imprimés. On se flatte qu'après la dissolution de l'assemblée l'édition se reprendra, et l'on le présume par l'alTention

122 MÉMOIRES SECAETS.

avec laquelle on con8er¥e ce qui ea est fait:, et qu'on aurait dû brûler avec aiitlienticité , si l'on eût voulu donner aérieusemeot fiatis&ction aux ëvêques.

7. — M. de Pompignan, évéque du Puy^ répand depuis quelque temps un gros livre (i), servant d'apologie aux dcs'niers actes du cleirgé^ qu'il qe pourra- défendre contre la poussière et les vers , les seuls ennemis que cet ouvoage ait à- combattre aujourd'hui^ Quoi qu'il en soit, ce (M*élat veut leur rendre uqe nouvelle existence^ et dans ce livre il établit coiitradiploirement à ce qui fut dit dans le temps ^ tors de leurs dénonciation çt proscription par te Parlement : 1 ^ que les assemblées du clergé de France nie sont pas seulement des assemblées temporelles et destinées à satisfaire aux demandes d'argent du souverain , à l'assiette et à la répartit iou du doq gratuit; qu'elles ont encore, et ont toujours eu pour objet, de traiter toutes les matières de doctrine pu de discipline, que les évêques jugent à pnopos d'y agiter ; a* que les magistrats ne sont nullement dans le cas de se mêler des refus de saeremens; qu'ils ne pouvaient en connaître qu'à raison du déshonneur dans Tordre civil , qui en résulterait pour la réputation de l'excommunié ', mais que cette tache est une tache invisible et purement spirituelle, qui ne s'imprime que sur l'ame du péeiteur et ne flétrit en rien l'état et l'existence légale du citoyep; 3* que ce passage de saixt Paul : pmnis potestas à Deo ordinata est, a été catégoriquement interprété auxdits actes ; que c'est le sens véntable de l'Apôtre et de l'Église ; et, par une rencontre assez bixarre, il se trouve que le prélat est d'^^^cord avec les eqcyclopédistes(a). Cet ouvrage, très-susceptible de la

(i) Défense des actes du clergé , concernant la religion, 1 769. — R.

(«} Voyez dans Y Encyclopédie l'article Autorité politique ^ i^t Diderot. — K.

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flétrissure du Parlement, lui sera vraisemblablement dénoncé et pourrait faire quelque peine à son auteur, s'il n'avait eu la prudence de n'y pas mettre son nom. On croit que pour donner plus d'éclat à cette proscription , la cour n'en connaîtra qu'en présence de l'assemblée de nosseigneurs du clergé.

8. — Il y a dans Paris une petite rue , près la place des Victoires, qu'on appelle la rue Vide^Gousset ; ua de ces jours on a trouvé ce nom efFacé, et l'on y avait substitué: rue Terrajr.

On voit des pasquinades de différentes espèces , entre autres une caricature représentant un lièvre avec un cordon bleu, après lequel court un lévrier traînant une canne à bec-de-CQrbin* Sur le plan de derrière est un homme en simarre, avec un fusil à deux coups, qui parait viser le premier et attendre successivement le second.

On a frappé aussi une estampe , oii l'on remarque les fermiers-généraux à genoux , et M. l'abbé Terray qui leur donne des cendres , avec cette inscription au |>as : Mémento homo , quia pubis es y et in puhereai rei^erteris.

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