‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 16 sur 58 · II. — Vers de M. de Voltaire à madame la duchesse · texte numérisé non relu

II. — Vers de M. de Voltaire à madame la duchesse

de Choiseul (i),

.Sur la suspension des travaux d« Y«rsoy , nouvelle ville que M. le duc de Cboiseul faisait coiHStruirc près de Geaève, «t qui devait se nommer Çhoiseul-la-'Ville.

Madame, un héros destructeur /

N'est à mes yeux qu'un grand coupable:

J'aime bien mieux un fondateur :

L'un est un dieu , l'autre est un djable.

Dites bien à votre mari ,

Que des neuf filles de Mémoire

il sera le vrai favori

Si de fonder il a la gloire*

Didon, que j'ai nie tçpdrement, Dont le nom vivra d'âge en âge , La belle qui fonda Gartbage, Avait alors beaucoup d'argent.

)i\ le Viainqi|eup7 de l'Assyrie Avait eii pour surintendant Un conseiller du Parlement, Nous n'aurions pas Alei^andrie.

ËnvoyezMious des Amphions, Ou no^ peines seront perdues:

A Versoy uous avons des rueç , Et nous n'avons pas de maisons.

(i) Ces stances se trouvent dans les Œuvres de Voltaire avec quelques différences. — R.

Sur la vertu , sur la justice, Sur les groces , sur la douceur , Je fonde aujourd'hui mon bonheur, Et vous êtes ma fondatrice.

12. —r On a déjà composé Tinscription pour la statue projetée de M. de Voltaire. Elle portera : « A Voltaire, pendant sa vie : par les gens de lettres , ses compatriotes et ses contemporains. »

x3. — La Ville fait redoubler les travaux des préparatifs pour les fêtes qu elle se propose de donner à l'occasion du mariage de M. le Dauphin. On déblaie la place de Louis XV, où Ton met les deux gros pavillons en étal de figiirer par les ornemens, avec Tilluminationqu'ils doivent recevoir. Quant à celle des boulevards , il paraît qu'on a changé la forme dont elle devait être, et qu'on y a substitué trois cent soixante lanternes à réverbère, qui donneront une clarté très-brillante. Cela s'accordera mieux avec la foire franche qui doit y durer neuf jours, et garnir absolument le boulevard depuis la porte Saint- Honoré jusqu'à la porte Saintr Antoine; ce qui donne lieu à un de ces quolibets dont le Français assaisonne ses plaisirs et se console de ses disgrâces. On sait que M. de Bernage, aux deux mariages de feu M. le Dauphin, avait fourni beaucoup de mangeailles au peuple, et entre autres, au second , avait fait promener des chars avec des cornes d'abondance , d'où se jetaient les cervelas , les saucissons, et autres , rocambolles pour les gourmands. On dit que celui^à avait donné des indigestions, et que celui-ci donne la foire.

î4. — tl'est dans une société particulière ( i ) qu'a été enfanté le projet d'ériger à M. de Voltaire la statue dont

(i) chez madame Necker. — R.

on a parlé, entre M. d'Alembert , l'abbé Raynal, et autres enthousiastes de ce grand homme. La clause , de n'admettre à la souscription quc.des gens de lettres français est si expresse, que les particuliers même à la table desquels ces messieurs ont conçu cette heureuse idée, ont l'humiliation de ne pouvoir en être^ faute d'avoir quelque ouvrage, bon ou mauvais, à produire; car on n'est pas difficile sur la qualité ni sur la quantité. Il a été arrêté que tous les membres de l'Académie Française seraient tenus pour bons y quoique plusieurs n'eussent fait que d'assez mauvais discours de réception. Pigalle, de son côté, s'anime et s'évertue pour produire un chef-d'œuvre digne du héros littéraire qu'il est chargé de transmettre à la postérité, et dont il espère à son tour être célébré dans quelque épître. Il assure que si l'exécution répond à ses désirs , il se regardera comme le plus heureux des artistes; mais que si l'ouvrage ne répond pas au chefd'œuvre qu'il imagine , il en mourra de douleur.

I 5. — Une cérémonie merveilleuse, qui s'exécute de tenips immémorial , à la Sainte-Chapelle, la.nuit du vendi*edi au samedi saint, a eu lieu à l'ordinaire, avec une affluence prodigieuse de spectateurs. C'est à minuit que se rendent en cette église tous les possédés qui veulent être guéris du diable qui les tourmente. M. l'abbé de Sailly , grand-chantre de cette collégiale, les touche avec du bois de la vraie croix. Aussitôt leurs hurlemens cessent, leur rage se calme, leurs contorsions s'arrêtent , et ils rentrent dans leur état naturel. Les incrédules prétendent que ces énergumènes sont des mendians qu'on paie pour jouer un pareil rôle et qu'on y exerce de longue main; mais on ne peut croire que des ministres de la religion se prélassent à une comédie si indécente. Tout au

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plus peut^tre, à dëfeut de vrais possédés, aurait^on rc-* cours à ce pieuK stratagème j pour ne pas laisser inter-* rompre la croyance des fidèles à un piiraole subsistant depuis tant de siècles et si propre ii les raffermir dans leur foi. Heureusement, les possédés sont si communs que, sans doute, il n'est pas besoin d'en préparer de factices.

i6. — Il paraît un Mémoire du sieur Billard, écrit avec ce même esprit de fanatisme qui semble être depuis longf-temps le principe de toutes ses actions. En avouant ses malversations, il veut les justifier et rendra en quelque sorte le ciel son complice, par le bandeau épais que la Providence, suivant lui, avait jeté sur le^ yeux de ses supérieurs. Il assure que ses erreurs étaient si claires , que sans un miracle d'aveuglement de leur part, il n'es.t pas de jour où ils n'eussent dû s'en apercevoir ; que de^puis plusieurs années il ne rendait pas uq compte y il ne présentait pits un bordereau qui ne déposât <?ontre lui et n'administrât des preuves évidentes de ses iafidélités. Il en conclut qu'il avait droit de se regarder sous la garde de Dieu même , d'autant plus que sa distraction de depiers n'était pas pour favoriser le libertinage , pour fomenter des passions criminelles , pour afficher un lux^ insolent , mais pour faire des charités , des bonnes œuvres , pour soutenir enfin les défenseurs et les martyrs de la religion. Qe Mémoire manuscrit, dénué de toute citation des lois, ou d'avis de jurisconsultes , mais fort de textes de l'Écriture Sainte et de décisions des casuistes, est dans un genre si singulier, qu'on serait tenté de le regarder comme )e fruit du loisir de quelque plaisant, s'il n'était soutenu d'un détail de faits et dé particularités très-prppre^ à lui donner le caractère de l'authenticité.

^•7. — On prétend aujourd'hui qu'un grand ouvrage

auquel travaille M. de Voltaire, et qui lui fait désirer de vivre encore quelque temps , est une Encyclopédie entière qu'il a entrepris de rédiger. On ne conçoit pas qu'a son â^e le phili^ophe de Femey ait enfanté un pareil projet. Quelque talent qu'il ait pour extraire , pour réduire et pour amalgamer les œuvres d'autrui , on doute qu'il y suffise; on n'en parle encore que vaguement, mais cependant comme d'une chose sure.

r 8. -—La secte des économistes a depuis plusieurs aniiées son journal , intitulé Éphémérides du citoyen 9 ou Bibliothèque raisonnée des sciences morales et poli-^ tiques. Il est tenu par un de leurs apôtres, et chacun y dépose les élémens et les résultats de la doctrine commune. Cet ouvrage peu répandu , roulant; sur des ma* tières métaphysiques et arides, n'a pas paru d'abord mériter l'attention du Gouvernement. La fermentation excitée en France à ^occasion de la cherté des grains depuis deux ans, a fait sortir ce livre de son obscurité. La hardiesse de quelques membres d'attaquer les Compagnies entières, de s'élever contre les Parlemens de Paris et de Rouen, a rendu fameux ces philosophes isolés ; de grands hommes ont daigné critiquer plusieurs ouvrages consignés dan$ le journal en question ; on l'a lu; on est entré dans la discussion des dogmes de la secte. On a trouvé que, sous prétexte de prêcher les principes du droit naturel , elle frondait Tiadministration des plus illustres ministres, déprimait les plus beaux règnes, s'attribuait le droit exclusif de connaître la manière de régir les États, et s'érigeait en réformatrice de la législation même. Le journal a essuyé des retards , des contradictions, et peut-être l'aurait -on supprimé, si la secte n'avait de grands appuis dans le ministère; mais on

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a nommé un censeur spécial ; il doit examiner ce lirvre avec la plus scrupulettse attention , en peser . toutes les expressions 9 apprécier le langage entortillé de ces messieurs, qui, à la faveur de nouvelles expressions, pourraient faire passer des idées dangereuses. C'est le sieur Moreau , ci-devant avocat des finances, que M. le chancelier a cru propre à cette besogne. Celui-ci a senti combien sa mission était critique ; en conséquence , il a dé* posé un corps de doctrine à la fin du premier volume des Épkémérides de cette année , qui ne fait que de paraître. Il fait sa profession de foi sur la doctrine des économistes, et déclare dans quel sens il l'entend et veut l'entendre, pour se mettre à l'abri des chicanes et peut-être des persécutions que sa qualité d'examinateur lui pourrait attirer.

19. •— * M. de La Harpe est un des principaux petits compagnons travaillant au. Mercure sous le sieur Lacombe. Cet auteur, d'un génie naturellement malfaisant, paraît. se plaire à profiter de cette espèce de dictature pour rendre des jugemens qu'il croit souverains, et traiter de Turc à Maure les différens écrivains qui out le malheur de lui déplaire. De ce nombre est et doit être M. de Belloy : il a saisi assez ingénieusement quelques vers de Gaston et Boyard^ de ce poète, fort obscurs comme le sont beaucoup de ceux qu'il fait, et les a insérés au Mercure comme uàe énigme proposée par une société de gens de lettres (i).

Un plaisant, non moins mordant que M. de La Harpe,

(i) Voici les vers de De Belloy qui ont en effet toute la clarté d'une énigme:

Je règle les ressorts de mon art iofaillible ; Je concerte si bien leur jeu sur el trrrible. Que l'un , nn se rompant, par un effort j:ecret , De l'autre tout à coup précipite l'effet :

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propose, pour pendant, l'énigme suivante qui pout servir aussi d'acrostiche.

Cz^e IDCÂ heureux talens le nombre est innombrable y C=flt vous devez , lecteur, m'en croire sur ma foi : t^'orgueil, vice en «lutruî, devient vertu dans moi; l^ tous les beaux esprits je suis inexorable ; EZjaïr est un besoin pour mon cœur inhumain. >'niilié , ton nom seul me glace et m'épouvante ; Rarement Ton me plaît : jamais rien ne m'enchante. »-orétendre n mon suffrage est inutile et vain, rtt je flatté aujourd'hui ^)Our mieux mordre demain.

ai, — M. Boutiii voulait intéresser les intendans des finances, ses confrères, à demander justice en corps de la manière outrageante dont il est traité dans le Mémoire de M. le comte de Lauraguais^ dont on a parlé (1). On ne sait si les autres se sont joints à l'offensé , mais sur les sollicitations faites auprès de M. le contrôleur-général , celui-ci a remis le livre entre les mains du roi , afin que Sa Majesté pût en juger en connaissance de cause. II paraît qu'elle a traité tout cela de bagatelle, puisque M. le comte de Lauraguais n'a point été à la Bastille, comme l'exigeait M. Boutin, et que par les propos qu'on rapporle du roi à cette occasion , le plaignant n'est pas sans beaucoup de torts dans l'affaire qui a donné lieu à la sortie en question. Bien des gens même le regardent comme perdu sans ressource. Ce qu'il y a sûrement de fâcheux pour lui , c'est que l'éclat que fait à la cour cette que-

Et ce dédale , offranl des de'tours innombrables , Partout entre-coupés , partout impénétrables , Est plein de fil» trompeur» , dont le sombre embarra» Égare san» retour et conduit au trépas.

Ud (Kdipe de province trouva que ces vers caractérisaient parfaitement \^ Araignée. — R.

(x) V. 7 «▼ni Ï770' — ^'

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relie, doune au Mémoire une publicité qu'il n'aurait pas eue. Depuis que le roi en a eu communication , tous les ministres, tous les princes, tous les grands seigneurs veulent lire cet ouvrage, qui jusqu'ici n'était intéressant que pour les actionnaires, et était très^peu répandu. On écrit de Châlons qu'on avait saisi un ballot de douze cents exemplaires de ce Mémoire ^ ce qui va le rendre fort cher dans ce pays-ci. Au surplus, ce qui justifie M. le comte de Lauraguais, même sur le procédé, c'est que le manuscrit paraît lui avoir été dérobé, avoir été imprimé sans son aveu , et qu'il ne se serait certainement pas permis la licence sans exemple de laisser le nom de Boutin en toutes lettres, s'il eût présidé à l'impression.

â4- — Les Comédiens Français ont ouvert hier leur théâtre dans la salle des Tuileries , que quitte TAcadémie royale de Musique. Cette translation , qu^on croyait devoir être fort tumultueuse dans ce pays-ci , ou tout fait époque et excite la curiosité , n'a eu rien d'extraordinaire, que beaucoup de critiques auxquelles elle â donné lieu. La différence du genre des spectacles exigeait nécessairement du changement, et l'on a jugé digne de la magniBcônce royale de faire sup][)orter ces frais par Sa Majesté. La précipitation qu'on a mise à ce bouleversement, peut seule excuser les restaurateurs de la salle. On leur reproche des bévues énormes de toute espèce , mais surtout d'avoir rompu Pharmonie qui régnait danà la distribution des loges, pour en augmenter le nombre; d'avoir reculé le théâtre , ce qui produit l'effet le plus révoltant, prolonge trop la salle, et la rend très -sourde pour le fond de l'amphithéâtre. Ce sont les Menus-Plaisirs qui ont présidé à ces changemens, dé concert avec les Comédiens, que l'intérêt seul a guidés. La fureur des pe-

tites loges fait dénaturer les formes les plus convenables, pour y substituer des commodités particulières qui dégradent la noblesse du spectacle. On ne peut que plaindre les artistes , forcés de ^^asservir à tant de petites prétentions f qui enchaînent les talens et les énervent.

ft6. -— On croit que VEncychpédie qu'on annonce comme roccupation actuelle du philosophé de Ferney ( i ) , n'est qu'un titre vague sous lequel il videra sotl portefeuille, et rassemblera une infinité de broutilles disparates qui avaient besoin d'un poitit de ralliement pour se produire au grand jour.

a7. — • Mw Tabbé NoUet , mémbi*e de l'Académie des Sciences , trè^renommépour ses elpériencës de ph3fsique expérimentale 9 est mort avant-hier matin presque subitement.

5ig..i^Il y a eu ces jours derniers 5 sur Tàncien théâtre de la Comédie Française, une répétition HiAthixlie^ telle qu^elle doit être exécutée à Versailles , c'est-à-dire avec les chœurs. Le bruit qui courait depuis quelque temps sur mademoiselle Clairon s ^^'^ réalisé. Madame la du-^ chesse de Villeroi a réinstallé elle-même dans ses fonctions cette actrice, qu'elle avait amenée avec elle, et les spectateurs ont avec la plus grande satisfaction vu reparaître cette diviàité de la sdène. Oii assure que dans cet e&sAi, trèsinformé s elle a paru plus héroïque que jamais , et a dé^ veloppé une majesté théâtrale qui en a imposé à toute l'assemblée.

Les chœurs qu'on y a exécutés en musique , ne sont pas de l'abbé Gauzergue^ comme on le comptait. On croit qu'il n'a pas voulu y travailler , par quelques tracasseries assez ot^inaires dans ce tripot. Quoi qu'il ett

(i)V. 17 avril i77o, — R.

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soit 9 on y a adapté divers morceaux de musique, tirés d'opéras connus , et l'on se loue surtout d'un moix^au d'invocation SErnelinde , qui a fait le plus grand effet.

Malgré le succès de mademoiselle Clairon, les partisans de mademoiselle Dumesnil ne sont pas moins vivement affectés du triomphe de la première. Ils se consolent par l'espoir que l'autre ne sera pas tout-à-fait exclue. Le bruit court que madame Du Barry veut être sa protectrice, et a demandé ^Athxilie fût jouée alternativement par les deux actrices. D'un autre côté , on sait que si mademoiselle Clairon rentre au théâtre, ce ne sera que pour faire les rôles de mademoiselle Dumesnil ; qu'elle ne se sent plus assez jeune pour ceux d'amoureuse, et qu'elle a profité de sa retraite pour étudier et raisonner tous ceux dont elle veut se mettre en possession*

3o. — Mademoiselle Beauvoisin, courtisane d'une jolie figure, mais sans taille, courte et ramassée, avait été obligée par cette raison de quitter l'Opéra dont elle avait été danseuse. Elle s'était livrée depuis quelques années à tenir une maison de jeu : ses chaimes, son luxe, et l'afiluence de joueurs opulens qui s'y réunissaient, avaient rendu sa maison célèbre : mais il s'y était glissé beaucoup d'escrocs , suivant l'usage. Il s'y était passé des scènes qui avaient attiré l'attention de la police, et elle avait été mandée chez M, de Sartioe , et avait reçu de ce magistrat une forte réprimande , avec injonction de fermer son tripot^ ou du moins d'éviter le moindre éclat , à peine de punition exemplaire. Elle avait cru se soustraire à la vigilance de la police, se faisant inscrire comme danseuse surnuméraire à Versailles pour les fêtes qu'on y prépare. Par un préjugé de ces demoiselles, elle croyait avoi r plus de consistance; mais sur de nouvelles plaintes

que la maison de celle fille était un coupe-gorge effroyable^ où s€ réunissaient des jeunes gens de distinction , elle a été enlevée aujourd'hui et conduite à Sainte - Pélagie , retraite destinée aux nymphes d'un certain ton qu'on ne veut pas mettre à l'hôpital. Cet enlèvement a jeté l'épouvante parmi les joueurs affiliés à sa maison , obligés de chercher asile ailleurs.

I*' Mai. — La querelle de M. Boutin avec M. le comte de Lauraguais continue à amuser la cour et la ville; mais ce n'est certainement pas aux dépens du dernier. Les actionnaires goûtent la faible vengeance de voir au grand jour toutes les petites manœuvres employées par cet intendant des finances pour dissoudre la Compagnie; ses ruses, ses caresses , ses promesses envers l'abbé Morellet, son suppôt y son agent et son organe. Celui-ci n'est pas moins furieux et a envoyé à l'auteur du Mercure la lettre suivante à insérer dans le volume de ce mois.

a 11 se répand dans Paris et dans les provinces un ouvrage en trois parties, imprimé furtivement, et qui se vend de même , intitulé : Mémoire sur la Compagnie des Indes y en réponse aux compilations de M. Vabbé Morellet^par M, le comte de***. J'y suis insulté avec la plus grande violence par un homme que je n'ai jamais offensé. J'aurais peut-être répondu à un ouvrage anonyme qui eût pu faire quelque impression sur l'esprit du public; mais, heureusement pour moi, l'auteur de celuici s*est nommé , et je ne me crois obligé de répondre ni aux injures , ni aux raisonnemens qui s'y trouvent.

J'ai l'honneur d'être, etc. »

On sent tout le fiel que distille cette lettre sous les apparences de la modération , et combien elle est piquante ToM. m. lo

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pour l'adversaire qui a bec et ongles ^ et certainement ne sera pas en reste.

4- — M. le comte de Lauraguais, pour mieux constater envers M. Boutin son désaveu de la hardiesse criminelle avec laquelle l'imprimeur du nouveau Mémoire sur la Compagnie des Indes a couché en toutes lettres le nom de cet intendant des finances , a écrit des lettres à difFérens ministres où il exprime sa façon de penser à cet égard. Dans celle à M. le comte de Saint-Florentin , ce seigneur trouve la conduite de Timprimeur d'autant plus répréhensible , et d'autant plus contraire à la sienne, qu'il déclare n'avoir jamais d'autre usage, en parlant de M. Boutin, que de l'appeler par B. Du xeste, on attend avec impatience la réplique de ce seigneur à l'abbé Morellet dont la lettre excite l'indignation générale, comme écrite avec une insolence singulière. On est surpris que l'auteur du Mercure ait osé l'insérer, et plus encore que le censeur l'ait laisser passer.

5. •— M. le duc de Villars , gouverneur de Provence , vient de mourir dans son gouvernement. Ce seigneur , fils du maréchal de ce nom , n'avait pas couru la même carrière et avait bien dégénéré de la vertu de ses ancêtres. Il était taxé d'un vice qu'il avait mis à la mode à la cour, et qui lui avait valu une renommée très-étendue, comn^e on peut le voir dans la PuceUe.Du reste, il avait beaucoup d'esprit; il était homme de lettres, et membre de l'Académie Française depuis 1 734* H était aimé dans son gouvernement, oii il s'était fort bien comporté à certains égards.

6. — La nouvelle église de Sainte-Geneviève n'avance point, faute d'argent. Dans cet intervalle, les critiques s'exercent à y chercher des défauts. Le sieur Patte, ar-

chitecte du prince des Deux*Ponts, vient de publier un Mémoire {i)j où il prétend que les piliers de ce nouvel édifice n'en pourront jamais supporter la coupole. Il fait, à cette occasion , uoe description de ceux de Sàint-Pierre de Rome et de l'église des Invalides, qui, quoique de la même proportion , ne soutiennent que des d6mes beaucoup inférieurs. Cette assertion est étayée de l'appareil scientifique d'une infinité de calculs algébriques. M. Souflot annonce que toute sa réponse sera d'élever sa coupole et de prouver la possibilité du fait par le fait même. L'audace du sieur Patte paraît d'autant plus grande, qu'il n'a jamais rien fait , et que son adversaire est déjà connu par plusieurs ouvrages , surtout par un dôme construit à Lyon.

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