MÉMOIRES SE€RETS
sur ses pas , s'est enveloppé dans sa modestie ; il est rentré dans son obscurité^ satisfait de cet éclat momentané, jusqu'à ce qu'une autre circonstance lui donne une célébrité plus longue. On parle beaucoup de son opéra de PygmaUon^ ouvrage d'un genre unique, en un acte, en une scène, et n'ayant qu'un acteur. Il est en proise, sans musique vocale. C'est une déclamation forte et prononcée, dans le goût des drames anciens, soutenue d'un accompagnement de symphonie. Il a fait essayer sur le' théâtre de Lyon cette nouveauté , qui a eu du succès. On désirerait fort la voir dans ce pays , mais on croit qu'elle sera d'abord réservée pour les fêtes du mariage de M. le comte de Provence.
8. — Outre le Dialogue des Morts dont on a parlé , concernant le désastre de la nuit du 3o au 3i mai , il y a une Vision sur le même sujet. La critique en paraît plus fine et plus juste. £llc peint le peu d'ordonnance , de goût et d'esprit qui ont régné dans les fêtes de Paris, données par la Ville, tant à l'occasion des boutiques sur le Boulevard et de l'illumination , que de la décoration du feu de la place, où il n'y avait, dit l'auteur facétieux, d'autre ordre que l'ordre corinthien de l'édifice de feu représentant le Temple de l'Hymen.
11. — Le sieur Pigalle, ce fameux sculpteur, qui s'est chargé de faire la statue de M. de Voltaire , est revenu de Ferney, où il était allé prendre les traits du philosophe de ce lieu. Il paraît qu'on est fort embarrassé sur l'attitude qu'on lui donnera; que d'ailleurs la ferveur des gens de lettres se ralentit beaucoup , et que la souscription n'avance point.
12. — Le sieur Linguet, auteur du Mémoire pour le duc d* Aiguillon y a été aussi frappé de sarcasmes à
JOILLET 1770. 177
cette occasion. On a rapproché les déloges qu'il a insé^ rés dans ses ouvrages des empereurs romains le plus en horreur, et la critique de ceux ^ue l'Histoire a toù-^ jours loués ; et il en résulte l'épigrammé suivante trèssanglante :
Lînguet loua jadis et Tibère et Néroo , Calomnia Trajan , Titus et Marc-Aurèle : Cet infâme, aujourd'hui, dans un àfiPreux libelle , Noircit La Chalotais et blanchit d'Aiguillon (i);
1 3. — Le sieur Bonamy, de l'Académie royale des Insmptioiis çt Belles -Lettres, historiographe et bibliothécaire de la Ville de Paris /est mort^ le 8 juillet, âgé de plus de soixante-dix ans. C'était un savant obscur et modeste, dont les ouvrages , s'il en a fait, restent consignés dans les Mémoires de l'Académie. Il était, depuis 1 749, autfeur d'un ouvrage périodique, intitulé : le Jour* nal de Verdun^ qu'on qualifie de Mercure des Curés de campagne, parce qu'il est spécialement répandu dans les provinces.
— Le sieur Palissot a parodié le Mémoire du sieur De Rosoy, présenté contre lui au chancelier (2), par une Épître intitulée Requête de plusieurs grands hommes à
(i) Voici une aub*c épigramme sur le même sujet, et qu'on attribue à Ruihières :
Lotsqu'aux abois le pacba d'Aiguillon
£at dé LiagUe t déterré le repaire^ ,
' U le trouva composant an factum
Qu'il a produit en faveur d« Tibère.
« Or sus, ami, dit le tyran breton , Tu sais mon cas; fais mon apologie. »
w Voù^ àtrives, l&i dit l'autre , à propos; ' Vous me trouves en baleine et dispos : Je pelotais en atteodant partie. » — R.
(2) T. II juin r^70. — R.
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