J 78 MEMOIRES SECRETS
M. le lieutefiarU'général de police contre la Dunciade du sieur Palissot. Cette requête plaisante , facile , et d'un bon ton , n'a point la dureté et l'amertume des autres satires de l'auteur ; elle est très - propre à lui concilier les rieurs, et à feire sentir le ridicule de la démarche du sieur De Rosoy et de ses confrères.
16. — Vendredi 6 de ce mois, M. l'abbé de Beaumont, neveu de IVf . l'archevêque de Paris et prieur de Sorboilne, fit Fouverture de ce qu'on appelle les Sorboniques par un très-beau discours lalin, dont le sujet était que le clergé de France avait répaçidu sur le royaume autant d'utilité que de splendeur. L'assemblée était très-brillante, et celle du clergé s'y était rendue en corps. IjCS prélats "ont paru recevoir avec modestie l'encens que leur a pro^ digue le jeune orateur.
L'origine des Sorboniques vient d'un certain Cordelier qui, ayant été refusé à une thèse, demanda à entrer en lice et à soutenir la discussion contre tout venant et sur toutes sortes de sujets depuis huit heures du matin jusqu'à huit heures du soir. Depuis ce temps, tout candidat est obligé de subir cet exercice, très-convenable à une poitrine de Cordelier, mais qu'on a adouci par ce qu'on appelle le bouillon. Ce sont'deux heures d'intervalle qu'on accorde au soutenant pour dîner ; mais alors quelqu'un , monte en chaire et dispute pour tenir en haleine l'assemblée. Cette espèce de gymnastique théologique se renouvelle, tous les deux ans, par un discours d'apparat.
10. ^ Les nouvelles publiques ont fait mention de la catastrophe singulière ,des deux amans (i) de Lyon
(x) Le jeune homme s'appelait Faldoni et la feuse penonne Thérèse Monier. — R.
JUILLET 1770. lyg
qui se sont tués à Saint -Etienne en Forez au mois de juin. On débite leur épitaphe, qu'on prétend avoir été faite par J.-J. Rousseau^ qui se trouvait alors dans cette ville:
Cî-gîssent deux amans : Tun pour Tautre ils vécurent : L'un pour l'autre ils sont morts , et les lois en murmurent ; La simple piété n'y trouve qu'un forfait; Le sentiment admire, et la raison se tait.
!iï.— Les représentations du Parlement, arrêtées aux chambres assemblées le 2 du mois dernier, sont efFectivement très-fortes, et sans déclamation. Elles inculpent le duc d'Aiguillon de la façon la plus grave ; elles présentent un tableau resserré de certaines dispositions qui entacheront à jamais son honneur, s'il n'est sauvé juridiquement ; elles réfutent d'une façon victorieuse les divers motifs sur lesquels sont appuyées lesdites Lettres Patentes. On est frappé en les lisant de la logique lumineuse qui en fait la base d'un bout à l'autre, et tout lecteur impartial les juge sans réplique. On continue les recherches les plus sévères, et le sieur D'Hémeri , exempt de police concernant la librairie, fait de temps en temps ses rondes et menace les imprimeurs, libraires, colporteurs, des châtimens les plus formidables s'ils se prêtent en aucune façon à les répandre.
22. — Quelques gens, sans doute ennemis du sieur J.-J. Rouleau , prétendent qu'il est extrêmement baissé. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il est beaucoup plus liant qu'il n'était ; qu'il a dépouillé cette morgue cynique qui révoltait ceux qui le voyaient; qu'il se prêle à la société; qu'il va manger fréquemmenMn ville, en s'écriant que. les dîners le tueront. On ne sait trop à quoi il s'occupe.
I do MEMOIR ES SECRETS.
Oasait seulement qu'il va plusieurs fois par semaine au Jardin du Roi, où est la collection de toutes les plantes rares, et qu'il a été herborider dans la campagne avec le sieur de Jussieu , démonstrateur de botanique.
Il passe pour constant qu'il a envoyé ses deux Ibuis pour la statue de M. de Voltaire ; acte de générosité bien hurâiliaift pour ce dernier ; façon bien noble de se venger de la sortie indécente et cruelle que l'autre a faite contre ce grand homme , dans le chiffon en vers qu'il a adressé à madame Necker (i), et de s'élever infiniment au-dessus de lui auprès de tous ceux qui connaissent la vraie grandeur.
23. — Des partisans de mademoiselle Dumesnil , enchantés que la cour lui ait enfin rendu justice et îi'ait pas secondé la basse jalousie de mademoiselle Clairon y ont faitcontre cette dernière les vers suivans^ qui^ quoique vrais, paraîtront un peu durs :
De la cour tu voulais eu raia Expulser , ô Clairon , ton illustre rivale. Dumesnil paraît, et soudain , D'elle à toi Ton voit Tintervalle. Renonce, croiis-noùs, au dessein De surpasser cette héroïne ; Ton triomphe le plus certain Est d'avoir en débauche égalé Messaline (2).