Le chevalier d'Arcq, qui par soa intimité avec
(i)"V. 19 juin X770. — R,
(2) Yoîci une atltre version de cette épigramme :
Indécemment tu qnittâs Melpomène , El tu veuxj FrétiUon^ rei^onter sur la scène ; Par la brigua ëcarler les talens de la cour^ E<t seule avoir Thonneur ^ paraître au grand jour? C'était assez de gloire , impudente he'roïne> Que d'avoir cfu dëbaache égalé Mfesialine. — R.
madame la comtesse de Langeac y et par le goût et i'intelligeoce qu'il a pour les plaisirs, préside à toutes les fêtes qu'elle donne à M. le comte de Saint Florentin, n'a pas laissé passer l'occasion de la faveur ( i ) que ce ministre a reçue tout récemment de Si M. , sans la célébrer d'une manière toujours galante et nouvelle. U a fait accepter à ce ministre un concert et un souper à l'hôtel quUl a en face de celui de madame de Langeac, sans qu'il ps|rût être question d'autre chose. Après souper on a engagé M. le due de La Yrillière à faire un tour dans le jardin. Il s'y est trouvé une communication avec un jardin voisin, où la curiosité l'a invité d'entrer. Quelle surprise agréable! quel spectacle enchanteur s'est oi^ert à ses yeux ! un village entier a paru construit en ce lieu; une joie naïve semblait animer tous ses habitans, et sur le champ il s'est établi un^ espèce de drame entre ces bonnes gen^ , qui a facilement indiqué le sujet de leurs diver» lissemens : c'étaient les vassaux du nouveau duc qui se félicitaient de l'élévation de leur seigneur à cette dignité. Ils sont venus tour à tour lui présenter leur hommage et leurs présens, en chantant des couplets analogues, et ufi bal général a terminé la fête. Elle s'est exécutée le 3 juillet, c'est-à-dire le jour même où à paru le fameux arrêt du Par* lement contre le duc d'Aiguillon* Cet événement, qui a bouleversé tout Paris^ n'a §emblé troubler en rien la gaieté de l'oncle ministre et celle du neveu , qui y assistait, et qui , en sa double qualité d'homme d'espritet d'homme de cour, n'a laissé percer aucune altération. Au surplus, ce joli divertissement ne s'est passé qu'en petit comité, et en présence seulement des initiés auxmystères de ces ingénieuses farces .
(1) V. 7 octobre 1770. — R.
iSot MÉMOIRES SECRETS.
C'est le sieur de Ija Dixmerie, poète consacré à ces sortes de fêtes j qui avait fait les paroles du drame et des couplets, et qu^ a reçu tous les applaudissemens que méritait sa complaisance.
^5. -^ Il paraît constaté que la prophétie dont on a parlé sur la catastrophe de la nuit du 3o au 3i mai , est du sieur G)cqueley de Chaussepierre^ avocat, auteur de plusieurs facéties du même genre , dont celle-ci est la plus médiocre.
26. — T Le sieur J.-*rJ. Rousseau de Genève a herborisé dans la campagne, jeudi dernier, avec le sieur de Jussieu, démonstrateur de botanique. La présence de cet élève célèbre a rendu le concours très-nombreux. On a été fort content de l'aisance qu'il a mise dans cette société. Il a été très-parlant,. très-communicâtif 9 très->honnête ; il a développé des connaissances profondes dans cet art. Il a fait beaucoup de questions au démonstrateur, qui les a résolues avec la sagacité digne de lui ; et à son tour le sieur Rousseau a étonné le sieur de Jussieu , par la finesse et la précision de ses réponses. . ^
27. — On parle d'une diatribe diabolique (a) que le , sieur de Voltaire vient de vomir contre plusieurs petits
auteurs, entre autres les sieurs Lemîère et Dorât. Ce dernier lui a déjà répondu par une épigramme, bien digne de faii'e le pendant de l'autre pièce ;
Un jeune homme bouillant invectivait Voltaire :
Quoi , disait-il, emporte par son f^u , « Quoi, cet esprit immonde a Tencens delà terre ! Cet infâme Archiloqufe est l'ouvrage à'xxn, Dieu ! De vice et de tal^nf^.quel monstruepix mélange ! Son ame est un rayon qui s'éteint dans la fange :
(i) V. 8 juillet 1770. — R.
(2) V. 8 août 1770. — R.
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Il est tout à la fois et tyran et bourreau : Sa dent d*un même coup empoisonne et déchire: Il inonde de fiel les bords de son tombeau , Et sa chaleur n'est plus qu'un féroce délire. Un vieillard l'écoutait, sans paraître ëtonné : Tout est bien, lui dit-il. Ce mortel qui te blesse , Jeune homme , du ciel mêine atteste la sagesse ; S'il n'avait pas écrit , il eût assassiné.
ag. — Le sieur Du Theil , sous-lieutenant aux gardes françaises 9 vient d'être élu par l'Académie des Belles- Lettres à la place vacante par la mort du sieur Bonamy. L'abbé Bergier , ce nouveau chanoine de Notre-Dame , défenseur ardent de la religion chrétienne, a eu les secondes voix ; ce qui fait présumer qu'il aura la première place vacante.
3f. -^ Le mausolée du maréchal de Saxe est sans contredit un des plus beaux morceaux de génie qu'on puisse voir en fait de sculpture. Le sujet en est simple et grand, l'ordontiance belle, nette et riche: tout y est plein de vie, de mouvement et 'de chaleur. La 6gure principale, celle du maréchal, s'offre la première au spectateur, suivant les principes du bon sens et de l'art. Il est dans ses habits militaires , et semble s'avancer v^^ le Sarcophage ouvert à ses yeux. Il descend déjà le^s marches qui y conduisent : il a cette fermeté tranquille des héros, que les ignorans ont prise pour de la froideur. La Mort est debout devant lui , sur sa gauche ; elle lui présente le sable, et lui indique qu'il est temps d'entrer au tombeau. L'artiste l'a couverte d'un voib , pour dérober aux yeux le hideux de cette figure, et cependant le squelette perce à travers la draperie. Du même côté, et sur le plan en avant, c'est à dire aux pieds du nuiréchal ,
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est la France alarmée , qui parait retenir d'une main son défenseur, et de Tautre suppHer la Mort de, retarder le fatal moment. A la droite du héros , et en face de celleci , est un Hercule courbé 9 dans l'attitude de la plus profonde douleur , mais d'une douleur mâle et réfléchie. Cette figure est d'une grande beauté, et peut lutter avec tout ce que l'antique nous offre de plus parfait. A la droite 9 en remontant et un peu derrière le maréchal^ on voit le léopard terrassé 9 Taigle éperdu , le lion qui s'enfuit en rugissant; tous emblèmes caractéristiques des puissances liguées dans la guerre où M. de Saxe se couvrit de gloire ainsi que la France. A sa droite sont des trophées militaires, sur lesquels pleure le Génie de la guerre^ qui tient soir flambeau renversé. On voit par cette exposition , quel effet peut produire un sujet aussi bien conçu et développé avec autant d'ordre et d'intelligence; mais ce qu'on ne peut rendre, ce sont les airs de tête, et l'expression caractéristique de chaque figure : tout y est d'un sublime proportionné à une aussi belle idée.
Au surplus, comme il n'est point d'ouvrage sans défaut, celui-ci a essuyé plusieurs critiques, dont quelquesunes sont difficiles à résoudre. D'abord on demande pourquoi le tombeau s'ouvre en sens contraire , c'est-à- 4ire pourquoi la pierre qui le ferme, au lieu de se renverser du côté opposé au maréchal, revient sur lui, et semble faire obstacle à son entrée, bien loin delà faciliter? Il faut convenir , malgré tout ce que l'on dit pour excuser l'artiste, que c'est une faute de bon sens, telle qu'il s'en trouve souvent dans les productions du ^énie. On prétend , en second lieu , que l'Hercule pleurant d'une part, et le Génie de la guerre pleurant de l'autre.
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sont un pléonasme dans la composition, et n'expriment que la même allégorie d'une façon différente; ce qui rend le travail de l'artiste plus riche, mais trahit la stérilité de l'inventeur. On reproche au sculpteur d'avoir affaibli l'allégorie, en travestissant en Génie de la guerre cet enfant , qui n'était que l'Amour autrefois, et ajoutait réellement à l'idée du poète. D'autre^ cep$eurs disent que le sable est un attribut du Temp^, et quç c'est un (}éfa^t de costume de le donner. à la Mort, ainsi que de la voiler. Cette dernière critique paraît ^mber sur une hardisse trop ingénieuse de l'auteur pour ne pas 1^ rejeter, Enfin on veut que l'invention du poëme ^Qit de l'ahbé Gougenot , amateur écl^^ré ^des arts , mort depuis quelqi^e temps (i); et l'on assure ^ que, par une çjodestie aussi sublime que l'ouvrage même, le sieur Pigalle n'en disconvient pas, et publie lui-mên^e l'anecdote.
2 Août. «-* Madame, Senac, dont on a tant parlé;,, et dont le mari , dans sa jalousie cpntre M. le comte de La Marche, a donné des /scènes si ridicules et si plaisantes au public, «'est soustrAÎte depuis quelque tiemps aux bontés de ce prjinpe du sang, et 3'est laissée aller à quelque faiblesse envers M» le duc de Fitzr James. Le comte de La Marche, indigné de cette préférence, paraît avoir porté ses vues isur une autre bourgeoise très-aimable , qu'on appelle madame Prévôt de Cbantemerle. Un jour qu'elle SQupait chez le sieur ^^audouin, capitaine ^ux gardes, cq prince fit dire à cet of]ficier qi^'il lui lisraijt l'honneur de s'y rendre. Cette présence a beaucoup alarmé le mari. Quant à madame Prévôt , il garait qu'elle a toute la reconnaissance qu'elle doit 9mx bontés d'^n
(x) Louis Gougenot, né à Paris le i5 mars 1719, mourjut en cette vHle le 24 septembre 1767. — R.
' l86 , MÉMOIRES SECRETS.
Çrand priocé, et qu'elle trouve, ainsi que faisait madame SenaCy et que beaucoup^ d'autres feraient, la jalousie de son mari très-déplacéè.
4' — Le sieur De Rosoy entré à la Bastille le samedi 1 2 mai , en est sorti le samedi 2, 1 juillet , après avoir expié son double crime littéraire d'avoir fait imprimer sans permission les deux ouvrages dont on a parlé , savoir ks Jours (TAriste et le Nouvel Ami des hommes^ et d'avoir inséré dans l'un et dans l'autre des maximes nouvelles et hardies que le Gouvernement désapprouve , et qu'il a voulu réprinier. Le premier traité roulait sur la morale , et le second sur la politique. Il prétend que madame la duchesse de Grammont et M. le duc de Choiseul ont beaucoup contribué à son élargissement.
Quant à sa requête au chancelier contre le sieur Palissot, voici ce qu'il raconte. Une vingtaine de petits auteurs, à la tête desquels était le sieur Baculard d'Arnaud, sont venus le trouver pour l'engager à se joindre à eux, ' et à solliciter auprès du chef de la librairie une défense au sieur Palissot de faire paraître la suite de sa Don-' ciade, dont ils redoutaient la publicité. Pour mieux l'exciter, ils lui ont rapporté ce que lé poète satirique y gisait de lui, et les anecdotes scandaleuses qu'il y mettait sur son compte. Alors, sans vouloir faire aucune ligue, après avoir vérifié ce qui le concernait , il avait effectivement porté plainte au chef de la magistrature , par le lieutenant-général de police, contre le sieur Palissot, pour son propre compte, et sur ce qui le concernait seulement , en prévenant M. de Sartine de la réclamation générale qui devait suivre ; mais il se plaint que ses lâches compagnons Paient abandonné, et n'aient osé se joindre à lui dans un projet qu'ils lui avaient suggéré.
Du reste 9 il disculpe le sie^r Palissot, et ne le croit pas coupable de Tinfame récrimination par laquelle on a prétendu qu'il avait dénoncé le sieur De Rosoy à la police.