L'avocat-général Séguier, extrêmement morti
(i) Il a*a point été impriioé. — R.
{2) V. 17 août 1770. — R.
(3) Paris , Desprez, 177O, m-4o et in-ia. — R.
198 MÉMOIUES SECRETS.
fié de la suppression de son Réquisitoire , déjà tout imprimé d'avance, et dont il ^vait promis d'envoyer dès le jour même des exemplaires à la Cour^ a eu recours à la voie de l'autorité pour faire paraître son ouvrage. Il s'imprime actuellement au Louvre, par ordre du roi. On assure qu'il a supprimé ou absolument changé la phrase> page a6, du Réquisitoire imprimé chez l'imprimeur du Parlement , dont ses ennemis s'étaient prévalus pour lui donner cette humiliation, sous prétexte qu'elle était in^ jurieuse aux Anglais. La voici telle qu'elle est dans le texte original, page 26, ligne 3 :
cr N'est-ce pas ce fatal abus de la liberté de penser qui a enfanté chez les insulaires nos voisins cette multitude de secteis, d'opinions et de partis, cet esprit d'indépendance^ qui finira par détruire cette Constitution même dont ils se glorifient ?»
1" SEPT£MB£i£. t^U Éloge de MarC'u^urèle (aLii un bruit du diable. On trouva bien es^traordinaire qjue dans le sanctuaire de l'Académie, protégée par le roi^ dans son palais, un meipbre de cette compagnie ait osé (avancer les propositions les plus hardies ^ fronder 1^ gouvernement actuel avec tant de dureté, et inculper, ce semble, tous des ministres, par des. apostrophe^ et des allusions dont on ne peut méconuaitre le sens et les rapports.
2. — X^iûdis que le Parlement proscrit les ouvifages dangereux dont il a été rendu compte par M. Séguier^, l'incrédulité ne cesse d'en répandre de nouveaux, toujours tendant au même but, et remplissant le système réfléchi des ennemis conjurés de la religion, pour, après l'avoir attaquée dans son tout, la détruire successivement dans ses parties. Il nous est arrivé de Hollande depuis peu un
SEPTEMBRE t770. I99
Examen critique de la vie et des ouifrages de saint Paul y avec une Dissertation sur saint Pierre (i). Ces deux écrits, qu'on attribue dans le titre à feu M. Boulanger, n'ont pas les grâces et l'enjouement des productions de M. de Voltaire en ce genre^là, mais sont nourris d'une érudition profonde, et soutenus ^'une logique contre laquelle il est difficile de résister, sans la grâce spéciale d!ùne foi vive «t laYcugle. • » •
3. — Anecdotes sur Fréron^ écrites par un homme de lettres à un magistrat qui voulait être instruit des mœurs d^ cet homme. Tel est le titre de ce misérable pamphlet, imprimé^ en 1769, dans le second volume des Choses utiles et agréables. C'est une atrocité effroyable* contre la famille, les mœurs, et la réputation de cet auteur. On y dévoile ses divers croupiers , savoir : MM. l'abbé de La Ptorte, l'abbé Du Tertre, ex-Jésuite , de Caux , de Ressér guier, Palissot, Bret, Berlan, de Bruix, Dorât, Louis, Bergier, d'Arnaud, Coste, Blondel, Patte , Pôinsinet, Yandermonde, de Sivry, Leroy, Sédaine, Castilhon, Colardeau, d'Éon de Beaumont, Gossard, etc. Il y a quelques coups de patte pour plusieurs de ces messieurs , mais, légers; M. Dorât surtout n'est que nommé, et il n'y a pas d'apparence que sa bile se soit allumée au point de produire l'épigramme qu'on lui attribue (a). Du reste, on reconnaît parfaitement M. de Voltaire (3),
{i)V Examen t&i traduit de TaDglaû de Pierre Anet par le baron d'Holbach ; la Dissertation paraît être de Boulanger. — R.
(2) V. 27 juillet 1770. — R.
(3) Ces Anecdotes surFréron ûe sont absolument point de M. de Voltaire, elles lui avaient été envoyées de Paris , depuis plusieurs années , par M. Thieriot. — W. — On les a attribuées à La Harpe, mais nous les croirions plutôt de Voltaire , malgré le désaveu de Wagnière. — R.
200 SIÉMOIRES SECRETS.
au Style et à ce talent particulier qu'il a pour dire des injures.
4. — On commence à voir dans l'atelier du sieur Pi* galle une esquisse de la figure entière de M. de Voltaire. Il est représenté nu, assis, tenant un rouleau d une main, et une plume de l'autre. Il parait que cette manière de le poser n'agrée pas au public , et ce n'est pas le dernier effort de l'artiste, qui essaie les différentes attitudes pour faipe valoir davantage ce squelette, sujet ingrat pour le statuaire»
5. — Le àieur d'Alembert , ce philosophe si célèbre dans l'Europe, frappé de vapeurs et d'étourdissemens , doit faire incessamment un voyage en Italie avec M. de Condorcet. On espère que la beauté du climat, la diversité des lieux et la multitude de chefs-d'œuvre en tout genre que va voir ce grand homme , dissiperont la mé^ lancolie dont il est atteint.
6. —^ Il y a une grande fermentation dans le corps des encyclopédistes et des partisans de M. de Voltaire contre M. Séguier, avocat-général. Le Réquisitoire de ce magistrat leur déplaît beaucoup : d'abord, en ce que dans les seuls livres, au nombre de sept, qu'il a dénoncés à la cour, il ait affecté d'en choisir un (1) du dieu de la littérature, auquel on travaille actuellement à dresser une statue ; en second lieu , en ce qu'il n'a pas traité plus doucement les gens de lettres , les Académiciens ses confrères , et qu'il s'est permis contre eux des déclamations, vagues il est vrai , qui ne caractérisaient personne en particulier, mais que les moins instruits sentent cependant tomber indirectement sur les encyclopédistes.