MÉMOIRES S£GA£TS
Mémoire sur le rétablissement de la Compagnie des Indes ^ et sur les ai^antages qui en doivent résulter pour l'État en général, et pour la proi^ince de Bretagne en particulier. Les raisons qu'il met eu avant sont des plus claires, pour prouver cette importante vérité, que Ton a étrangement . perdue de vue quand on s'est prêté au projet extravagant du détracteur de la Compagnie.
a 5. — Le Gentil Bernard n'est pas mort de la cruelle attaque qu'il a eue, mais il est dans un état plus cruel que la mort même , étant tombé en enfance.
27. -^— Le Parlement de Rouen se signale par des écrits d'une éloquence rapide , vigoureuse et pleine de choses. Outre sa première Lettre au Roi^ qu'on a dit être imprimée déjà (i), on en annonce une seconde (a), plus étendue, où les grands principes de la monarchie sont rappelés et posés d'une manière inébranlable.
28. — On parle beaucoup d'un Mémoire signé des princes du sang, excepté M. le comte de La Marche, au sujet dçs événemens qui viennent de se passer ; il n'est pas encore assez connu pour qu'on puisse en déduire les principaux moyens , ni en parler pertinemment. Il suffit de dire qu'il est en faveur de messieurs du Parlement.
-^On n'a pu découvrir l'auteur du Cantique (3) infamé contre mademoiselle Rosalie. Il ne peut partir que d'un ennemi très-ulcéré ; mais elle-même y a donné lieu par^ sa langue envenimée, eu sorte qu'on ne peut la plaindre^ Dans cet assaut d'injures entre les chevaliers de ce^
(i) V. 19 février 197 1. — R.
(2) Lettte du Parlement de Normandie au roi , sur Vétat actuel du Parle" ment de Paris; du 26 fe'vrier 1771. in-8° de i5 pages* — R.
(3) V. 25 janvier 1771. — R.
FÉVRIER i77r. ik6t
demoiselles, on ne peut assigner lequel est l'agresseur : il s'ensuit toujours une grande fermentation dans le tripot lyrique, et les amateurs cherchent à garnir leur portefeuille de ces nouveautés.
a Mars. — Le prince royal de Suède ( i ) a été proclamé roi à Stockholm le lendemain de la mort de son père. Jamais prince n'a reçu une plus belle éducation et n'en a mieux profité. Ses connaissances s'étendent sur tout, et la justesse de son esprit égale la bonté de son cœur. Il n'y a qu'une voix sur ce jeune monarque, qui ne peut manquer d'être adoré de ses sujets. Il a capté le suffrage de tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître ici. Il a presque toujours été entouré des Philosophes encyclopédistes ; mais M. d'Alembert est celui qu'il a distingué le plus, et qu'il a particulièrement admis à son intimité • tous s'accordent à le regarder comme un sectateur zélé de leur doctrine, et se flattent de trouver aujourd'hui un protecteur puissant dans ce nouveau roi
3. -^ Il court dans le monde un Mémoire qu'on attribue à la noblesse, mais qui n'est signé de personne , dans lequel on fait parler ce corps respectable comme devant connaître de tous les faits du point d'honneur^ et qui , discutant les inculpations faites aux magistrats dans le préambule de l'Edit de décembre dernier, en infère qu'ils n'ont pu continuer leurs fonctions jusqu'à ce qu'ils en aient été justifiés , leur honneur y étant compromis. Ce Mémoire n'est que manuscrit et anonyme (a), et on le regarde comme apocryphe.
4. — M. l'évêque de Senlis (3) a prononcé aujourd'hui son discours de réception à l'Académie Française,
(t) Gustave III. — - R.
(a) V. a6 mars 1771. — R. (3) Armand de Roquelaure. — R.
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pii il a succédé à feu M. de Moncrif. La tâche n'était pa« facile à remplir pour louer son prédécesseur, et la sèche* resse du sujet s'est répandue sur tout l'ouvrage* M. l'abbé de Voisenon , en sa qualité de directeur, avait un plus beau champ, puisqu'il avait à faire l'éloge du mort et du récipiendaire. Aussi y a*t^il employé toute l'artillerie de son esprit. Il a ^u l'art d'égayer la matière et de réveiller les auditeurs par des saillies qui ont été fort applaudies. Jamais séance académique ne s'est terminée plus agréablement.
6« — * Plusieurs seigneurs et dames de la cour ont obtenu la permission d'aller à Chanteloup : de ce nombre sont M. le prince de Tingri , le marquis de Beauvau, leurs femmes et autres, etc. , ce qui intrigue fort le chancelier et ranime le parti adverse.
8. -— Les €k)médiens Français ont donné hier, pour la première fois, une petite pièce, qui a pour titre : /'i/ei/reuse Rencontre ^ en un acte et en vers. Ce petit drame n'offre rien de piquant, et est médiocre, pour ne pas dire plus. C'est l'puvrage d'un bel esprit femelle (i), qui veut garder l'anonyme et fera bien.
9. — Il paraît, à ce qu'on assure, un libelle sanglant contre M, le chancelier, en forme d'Ode, et l'on dit qu'il est intitulé les Chancelières (2). On se doute bien qu'il est très-rare , et que l'auteur n'a pu l'enfanter que dans les plus profondes ténèbres.
10. —-Le Parlement de Grenoble n'a pas manqué de se signaler^ et de déployer, dans la présente occasion , l'éloquence noble et touchante qu'on remarque dans toutes ses productions. Il a adressé au roi des remon-
(i) Mesdames Chaumond et Rosel. — R.
(a) V. 17 mars 1771. — R.
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trances^ soutenues surtout par une logique lumineuse ^ pressante et irrésistible. Il attaque l'Edit de décembre 17 70 9 et met l'auteur en contradiction avec lui-même. Il combat M. le chancelier par ses propres paroles, lorsqu'à la tête du Parlement de Paris il avait eu occasion de porter au pied du trône les représentations de son corps.
II. •— Il paraît une Épître manuscrite du sieur de Voltaire au rm de Danemctrkj à l'occasion de la liberté de la presse que ce prince vient d'accorder dans ses États. Elle est écrite dans ce style familier que ce poète s'est attribué depuis long-temps envers les rois, et qui dégénère en licence indécente et punissable ; il sent moins le génie fier et indépendant que le bas flatteur qui , à la faveur des éloges outrés qu'il prodigue à ce monarque , espère faire passer les injures qu'il dit aux autres. Quoi qu'il en soit, l'auteur approuve d'autant plus Sa Majesté Danoise, que, suivant lui, jamais un mauvais livre ne survit à l'oubli qu'il mérite, et qu'on le peut laisser mourir impunément de sa belle mort; qu'au contraira, les proscriptions n'empêchent pas les bous de pénétrer , et donnent plus de consistance et de relief aux auttes; qu'enfin ce ne sont pas les philosophes qui ont troublé la terre et excité les discordes et les guerres. Ces idées , vraies on général et saines , mais répétées en plusieurs ouvrages, et surtout en mille endroits de cet auteur , sont noyées dans un fatras de plaisanteries boufRonnes et satiriques qui déparent infiniment le reste.
14. — Le Parlement de Bordeaux a arrêté des 7?^montrances au roi (j) sur l'étal présent du Parlement de
(i) Très'humbles et très-respectueuses Remontrances qu^ adressent au rol^ Notre très'honoré et souverain seigneur, les gens tenant sa Cour de Parlement à Bordeaux, 1771, in-ia de 56 pages. — R.
264 MÉMOIRES SBCRETS.
Paria 9 dans le même esprit que celles des autres Cours qui en ont arrêté. Elles sont du a 5 du mois dernier , et sont déjà imprimées. On les annonce comme volumineuses et comme développant la matière d'une manière plus historique que les autres.
16. — Le Parlement de Provence a adressé au roi des Remontrances très-pathétiques sur la situation présente du Parlement de Paris , et rappelé la trop douloureuse histoire de Bretagne , qu'il regarde comme la source de ce qui se passe aujourd'hui. Elles sont rédigées de main de maître et très-longues.
17. î — Les Chancelières (i) font la plus grande sensation dans le public , et sont recherchées avec un empressement sans égal , plus sans doute à raison du personnage qu'elles concernent et de l'objet qu'elles traitent, que« de leur mérite intrinsèque. Elles ne valent pas, à beaucoup près , les Philippiques , qui parurent dans le temps de la Régence , et attribuées au sieur Là Grange- Chancel. Le pamphlet en question est plein d'injures atroces, dites presque toujours en termes impropres, sa<ns chaleur^ sans élévation, sans enthousiasme. Le style en est dur et grossier autant que les choses. C'est plutôt de la prose riYnée qu'une ode. Il y a cependant quelques strophes , ou parties de strophes tout-à-fait différentes ; ce qui annoncerait l'ouvrage de deux mains, ou celui d'un écolier corrigé en des endroits par main de maître. En un mot, c'est plutôt une pièce historique qu'une pièce de poésie (2).
(i) Claude-Antoine Guyot Desherbiers, né à Join ville, le lo mai 1745, mort au Mans le 5 mars x8a8, est auteur des Chancelières. Voyez la Biblio' graphie de la France , 1 83o, p. m. — R.
(a) Cet article est emprunté au Journal historique de la révolution opérée
19. — *On a des Remontrances du Parlement dAiXy singulières par leur.tournure^.et qui font remonter les évënemens du jour jusqu'à l'affaire de Bretagne, où ce Parlement en trouve l'origine. Cette filiation , très-développëe , forme un tableau historique et étendu , extrêmement curieux.
20. — *Le Parlement de Douay a fait, le i3 de ce mois^ un arrêté eu faveur du Parlement de Paris.Cette démarche est remarquable, en ce que c'est la première fois que cette compagnie prend fait et cause pour une autre, et que jusqu'à présent elle n'avait paru prendre aucune part aux affaires publiques. D'ailleurs on y voit avec plaisir qu'elle traite l'objet d'uue manière neuve, en demandant que le procès soit fait légalement aux membres de ce corps , s'ils sont coupables : point capital , pas ou trop peu discuté par les autres Parlemens. Quant au style , il, est très-sain, très-pur et très-noble; il ne se sent en rien du terroir étranger.
21. — L'Académie Française a tenu aujourd'hui sa séance publique pour la réception de M. le prince de Beauvau et de M. Gaillard. Jamais on n'aVait vu à pareille assemblée un concours si prodigieux de femmes. On en comptait plus de quatre-vingts, dont une grande partie de dames de la cour, beaucoup de seigneurs ^ et une multitude immense d'auditeurs de toute espèce. Le discours de M. de Beauvau y qui a ouvert la séance , était court et simple, en un mot, a paru un discours de grand seigneur. On y a cependant remarqué l'adresse
dans la constitution de la Mona/v/iiê Française par M. de Maupeou, chancelier de France; Londres, 1774-75» 8 volumes in-za. Les emprunts faits à ce Journal par le rédacteur des Mémoires secrets sont tellement fréquens que pour éviter la répétition des mêmes notes nous nous contenterons de faire précéder d'un aslériqueles articles qui en seront extraits. — R.
a66 MÉMOIRES SECRETS.
avec laquelle, en faisant Tëloge du roi et de son règne, ice récipiendaire y a amené indirectement celui de M. le diic de Choiseuly en pesant davantage sur ]es temps de l'administration de ce ministre , qu'il a indiqués comme une époque mémorable de la monarchie. On a applaudi au zèle de l'amitié, sans discuter s'il était juste, ou excessif, ou indiscret. M. Gaillard a mieux rempli son rôle. Il a fait , après les complimens d'usage , une dissertation historique sur les sociétés savantes en France, dont il fait remonter l'origine jusqu'à Charlemagne. Il a présenté un tableau rapide et serré des progrès de ces in* stitutions, et il y a joint des anecdotes précieuses et honorables pour les gens de lettres; mais il y a trop mêlé ce ton d'emphase, mis à la mode par le sieur Thomas, cette bouffissure philosophique, par où il s'est annoncé comme un digne sectateur de la cabale encyclopédique qui l'a porté à sa nouvelle dignité. M. l'abbé deVoisenon, encore directeur pour cette cérémonie, a répondu alternativement aux deux récipiendaires par deux discours. Même style, mêmes sarcasmes, même persiflage que la première fois. Sa figure de singe semblait donner encore plus de malice à ses saillies , et il a soutenu à merveille le rôk d'Arlequin qu'il s'était imposé, suivant ses propres expressions en réponse à ses confrères qui lui reprochaient le peu de gravité de ses discours.
Ensuite le sieur Duclos a lu une continuation de VHiS' toire de V Académie^ commencée successivement par Pellisson et par l'abbé d'Olivet , depuis son origine jusqu'en 1700. En sa qualité de secrétaire de l'Académie, il a cru devoir avancer cet ouvrage jusqu'à nos jours. Ce n'est qu'une ^chronologie sans suite et sans liaison des
variâtioQS légères qu'a éprouvées cette compagnie depuis ce temps. Il y a r0cueilli toutes les anecdotes relatives à son objet : quoique puériles et minutieuses, elles ne devaient pas moins entrer dans ce travail, qui, au fond y est très-peu de chose. L'historien a joint aux faits des réflexions bourrues en style dur, comme lui, qui ont fait rire, et ne contrastaient pas mal avec les gentillesses, les gaietés du directeur. Il a fini par une apologie prétendue de l'Académie , sur le reproche qu'on lui fait d'admettre dans un corps oii it ne doit point y avoir d^honoraires , tant de gens qui ne peuvent qu^y jouer ce rôle ; et le public a trouvé qu'il avait fort mal justifié sa compagnie , ou plutôt qu'il avait; élevé une question qu'il n'avait niiUement réspli^e. On ne doit pas omettre que dans l'historique du sieur Duclos , cet Académicien ayant &it mention d'une anecdote concernant le président de Lamoignon, grand-père de M. de Malesherbes d'aujourd'hui , et ayant ajouté , en nommant cet ancien magistrat, ce ce nom si cher aux lettres, » tous les spectateurs ont envisagé, conime de concert, M. de Lamoignon de Malesherbes, et l'on a battu des mains pendant plusieurs minutes et à plusieurs reprises : éloge bien flatteur pour ce magistrat , qui se distingue aujourd'hui par sa qualité encore plus rare de patriote, et que la France entière envisage comme un de ses plus chers défenseurs.
Le public, et les femmes surtout, auraient été biei^ aises d'entendre quelques-unes des fables dont M. le duc de Nivernois a amusé si délicieusement les auditeurs dans plusieurs séances ; mais ce seigneur s'est refusé aux instances qu'on lui a faites , déclarant que , par un règlement nouveau, aucun Académicien ne pouvait rien
lire sans avoir communiqué son ouvrage à un comité de ses confrères; qu'il n'avait pas pris cette précaution , et qu'il ne pouvait répondre aux désirs de l'assemblée. On présume que ce règlement a été fait à l'occasion du discours de M. Thomas, dont on a parlé l'an passé , et qui fit un si grand scandale à la cour et à la ville.
22. — *Tous les jours on reçoit des nouvelles de difFérens bailliages qui ne veulent pas reconnaître les Con* seils Supérieurs ; on parle entre autres de celui de Langres, qui a écrit à ce sujet une lettre très-forte à M. le chancelier : même éloquence , même patriotisme dans tous ces ouvrages.
23. —-^On fera simplement mention ici, pour mémoire, d'un écrit intitulé : Lettre d'un Bourgeois de Paris à un Proi^incial au sujet de VÉdit du mois de décembre 1770, en date du 5 février 177 1. Cet écrit ne porte aucun caractère d'authenticité; il entre dans un détail déjà fait des maux qui peuvent résulter de la funeste loi; il est instructif, simple, et paraît l'ouvrage d'un bon patriote ; mais np contenant rien de neuf, on n'en parlera pas plus au long.
— Le sieur Guérin, chirurgien du prince de Conti, a eu , il y a quelque temps , une rixe à l'Opéra avec M. le marquis de Langeac, colonel à la suite des grenadiers de France. Ce dernier ayant trouvé mauvais que l'autre eût regardé indécemment sa maîtresse, l'a traité comme un gredin , le menaçant de lui faire donner des coups de bâton par ses gens. Le sieur Guérin a pris au collet M. de Langeac, a fait semblant de ne pas le connaître^ et l'a forcé à venir chez le commissaire. Là, il s'est réclamé du prince son maître , et lui a été renvoyé. Cependant son adversaires jetait feu et flammes... On répand
la copie d'une lettre écrite à cette occasion, dit -on, à M. de Langeac, par le prince de Conti.
«On dit, Monsieur, que vous voulez faire périr le sieur Guérin sous le bâton. Je vous prie de songer qu'il est mon chirurgien ; qu'il m'est fort attaché; que j'en ai besoin, car j^ai beaucoup vu de filles ; j'en vois encore... j'ai eu dés bâtards, mais j'ai toujours eu soin qu'ils ne fussent pas insolens... »
24.'— '^ Les pasquinades continuent. On a fait le quatrain suivant, à l'occasion des six Conseils Supérieurs.
La Cour royale est accouchée De six petits Parlementaux.
Tous composés de m ;
Le diable emporte la nichée!
— ^ Il paraît une lettre des officiers du bailliage de Villefranche en Beaujolois, ville de l'apanage de M. le duc d'Orléans, adressée à ce prince, du 6 mars 1771 , par laquelle ils remettent leurs démissions entre les mains de S. A., plutôt que de reconnaître le Conseil souverain dont on veut les faire ressortir. Cette pièce historique de magistrats subalternes est digne de figurer avec avantage parmi toutes celles de ce genre qui ont paru ou qui paraîtront.
a5. — L'impératrice des Bussies a fait enlever tout le cabinet de tableaux de M» le comte de Thiers, amateur distingué, qui avait une très-belle collection en ce genre. M. de Marigny a eu la douleur de voir passer ces richesses chez l'étranger , faute de fonds pour les acquérir pour le compte du roi. On distinguait parmi ces tableaux un portrait en pied de Charles P', roi d'Angleterre , original de Vandyk. C'est le seul qui soit resté en France.
Madame la comtesse Du Barry , qui déploie de plus en plus son goût pour les arts 9 a ordonné de l'acheter : elle Ta payé vingt-quatre mille livres; et sur le reproche qu'on lui faisait de choisir un pareil morceau entre tant d'autres qui auraient pu lui convenir , elle a répondu que c'était un portrait de famille qu'elle retirait. En effet les Du Barry se prétendent parens de la maison des Stuarts.
a6.-^^^ Il passé pour constant que mardi dernier M. le duc de Duras y gentilhomme de la chambre en exercice, a remis au roi j de la pai*t des princes du sang , un Mémoire de vingt pages^ où ils reprennent toute l'affaire actuelle dès son origine , attaquent directement M. le chancelier, dont ils suivent les opérations, en font voir le vice et les contradictions , et finissent par des protestations entre les mains de Sa Majesté contre tout ce qui a été fait et contre tout ce qui se fera. Il est à observer que M. le comte de La Marche réfuse constamment de se joindre aux autres , et n'a rien signé.
27. -^ ^Â l'occasion du bruit qui court de l'exil de la Cour des Aides , on a fait le placet suivant au roi , au nom des femmes des conseillers au Parlement.
Nos époux, 6 Louis, sout en captivité;
Nous gémissons loin d'eux , dans la viduilé»
Jusqu'à ce jour pourtant une erreur secourable
A nos cœurs désolés apportait quelque espoir;
Mais enfin, de Maupeou la vengeance implacable,
Nous condamne, dit-on , à ne les jamais voir.
 leur comble montés , nos maux sont sans remèdes r
Laissez-nous pour soutien au moins la Cour des Aides.
^8.-^^11 paraît deux nouvelles brochures sur les ma-
tières présentes. L'une en date du 1 1 février 1771^ a pour titre : Lettre de M*** , conseiller au Parlement, à M. le comte de***. Le but de Tauteur est de prouver, I* que le Parlement a dû s'opposer à tout enregistrement de rÉdit; !2* qu'il n'a fait en cette occasion que ce qu'il avait fait dans d'autres , avec succès et avec l'approbation de nos rois, mieux instruits; 3^ qu'il a employé, pour manifester son opposition , le seul moyei^ légal et honnête qui pût convenir à des magistrats.
L'autre est intitulée : Obsen^ations sur Fincompétence de MM. du Conseil pour la vérification des /oij. Cette seconde brochure , bien supérieure à la première , dé* montre, par huit considérations, la nullité de tout ce que feraient MM. du Conseil en pareil genre, et même celle de tout jugement civil ou criminel qu'ils peuvent prononcer. Outre l'avantage d'une logique claire et pressante, elle a celui d'être très-courte, et de résumer en peu de pa^es les plus puissans argumens sur cette matière. Le style est d'une énergie propre à la chose, et ajoute encore à la force du raisonnement.
29. — - Mademoiselle Sainval , une des coryphées de la Comédie Française , destinée à doubler mademoiselle Dumesnil , et qui , avec autant de laideur et un organe très - désagréable , annonçait d'heureuses dispositions pour la remplacer , vient de devenir folle par un accès de sensibilité qui lui fait honneur. On raconte qu'ayant eu un frère soldat pendu , l'aréopage comique avait décidé que sa délicatesse ne lui permettait pas de garder sa sœur parmi ses membres , et qu'il fallait la remercier. Cette nouvelle a jeté mademoiselle Sainval dans un désespoir auquel on attribue le dérangement de sa tête. Cette actrice passait pour avoir les passions très- vives.
•ja'2 MEMOIRES^ SECRETS.
et en a déjà donné des preuves : il faut espérer que cet accident n'aura pas de suites.
3o. — Chanson à l'occasion de la commission de conseiller au Conseil Supérieur de Châloné , sollicitée et . obtenue par Vahbé Hocquart , chanoine de Chdlons.
Siir l'air : RéveiUes^'uous , belle endormie.
Lorsqu'on France on battait la caisse Pour y trouver des magistrats , Certain abbé, fendant la presse , Fut un des premiers candidats.
C'était suppôt de cathédrale, Plus fait pour la table et le jeu , Que pour occuper un' froid' stalle , Bon seulement à prier Dieu.
Il faut bien faire un sacrifice, , Pour accroître de deux mill' francs , Le revenu du bénéfice , Et du piquet et des brelans.
Plein d'une si belle espérance , Au son- de l'or, notre abbé part; Arrive au chancelier de France :
On annonce l'abbé Hocquart.
u Ton nom , dit Maupeou , m'extasie , C'est celui du fameux Hocquart !
A sa place , malgré l'envie , Tu seras , fusses-tu bâtard*
uDes dispenses recommandées, On t'expédiera dans le jour , Bien et dûment enregistrées Par gens de ma nouvelle cour.