‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 39 sur 58 · MARS Î77I · texte numérisé non relu

MARS Î77I

Un préambuU est ûécessftire :

As-tu bien été baptisé?.»

u — Oui , raonseigneur, la chose est claire;

Claude, est le nom qu'on m'a donné.»

H -£- Notre qber , féal ei bien Claude (i) , Puisqu'il appert à tout voyant Que tu l'es vraiment et sans fraude , Reçoîs-^n notre compliment.

Pour de notre gent moutonuière - Juger procès mus , à mouvoir , Te dispensons de la prière , Et par-dessus, de tout savoir. »

PROVISIONS, * Â.ir des FoUes tt Espagne,

Savoir faisons aux bétcs Champenoises, iQue par dessein , et non pas par mégard , N0U9 nommons, pour juger toutes leurs noises. Notre féal Claude et bien Claude Hocquart.

3i. — I-iC fameux procès de M. de'Valdahon a été jugé au Parlement de Metz^le 22, à huit heures du soir. M. Le Monnier a été débouté de son opposition ; permis aux parties de s^épouser ; trois commissaires nommés par la Cour pour faire le contrat de mariage; mademoiselle Le Monnier prise sous la sauve-garde du Parlement; M. Le Monnier condamné à soixante mille litres de dommages et intérêts , et à tous les dépens ; les Mémoires supprimés respectivement de part et d'autre.

(i) Les provisions de cttancellerift portent toujours Notre féal et hienFomé, Par dessein , et noa^r mégarde , on a mb dans celles de l'abbé Hocquart, an lieu de hiên-amé Claud^t simplement bien Claude, Elles sont ainsi enregistrées. On peut les voir au greffe.

ToM. m. " 18

2274 MÉiaÇililS» SJXRETS.

M. l'âvocat général a déolaré ne demander ia suppression de ceux de M. de VaMahon et de mademoiselle Le Monnier, que pour effacer jusqu'à la trace des horreurs, des imputations , des calomnies avancées dans ceux de M. Le Monnier. Toute la ville a été enofaHhtée de cet arrêt. On a fait des feux de joie : on a cassé les vitres de M. Le Monnier , et l'on a crîé : « Vive le Parlement et M. de Yaldahon ! » Âiasi , apràs huit ans de douleur et de traverses , ta se terminer heureusement l'histoire de ces deux modèles d'amour, dignes de figurer à côté de tous les héros de ce genre, dont on lit les aventures et les combats dans les romans.

i" Avril. — M. Bergier est nommé confesseur de Mesdames, à la place de l'abbé Clément qui vient de mourir. Cet abbé paraît d'autant plus digne de la confiance de ces augustes personnes, que c'e^t un champion infatigable de la foi , un défenseur éclairé de notre sainte religion, que ses adversaires trouvent toujoui^ prêt à combattre. Il vient de faire paraître tout récemment une réfutation du livre du Système de la Nature.

3. — Le bruit général de Paris est qu'on a trouvé à la statue de Louis XV, un placard exécraUe ^i a fait frémir les premiers bons citoyens qui ont eu j^ malheur de le lire. Il portait : « Arrêt de la cour des Monnaies, qui ordonne qu'un loi|is mal frappé soit refrappé.»

4. — Il paraît des Trhs-humhles et très^respecti^uses Remontrances au Parlement séant à Rouen (i)-, en dftte du 19 mars. Elles ont pour objet l'établissement dQ$ Conseils Supérieurs, et relèvent toutes les irrégularités, ou, pour mieux dire, l'illégaUté entière de ces nouveaux tribunaux. C'est le même fonds, déjà trattp dans divers

fi) In-8® de 37 pages. — ft.

AVBIL I77I. 276

écrits |)artii:uli<3r3 y et; surtout dans la Lettre adressée aux mcigistrats de province , mais avec la modestie convenable à un citoyen anonyme qu'un zèle sage porte à éclairer ses concitoyens. Ici ^ au contraire , c'est une Gour souveraine armée du glaive de la justice, et qui toiiiifi avec cette éloquence mâle dont eUe doit faire entendre la vérité au ^prince , et épouvanter les perfides adulateurs qui l'entourent.

5. — Madame de Gomez est morte âgée de quatrevingt-cinq ans. C'était une femme auteur, qui avait composé une bibliothèque 4^ romans, tous gothiques, dans le genre de l'^nciunne galanterie et que personne ne lit plus. Elle avait d« beaucoup survécu à ses livres.

6.. — M. de Voltaire a adressé une Épître à M. d^ Aient" bert à l'occasion de celle au roi de Danemark dont on a parlé (i). C'est uz^ ;»prte de supplément à la première , où il dépose toutes le$ injures qu'il n'avait osé y vomir par respect pour le monarque, malgré la familiarité qu'il s'y est permise. Il a jugé son confrère moins délicat , et il s^y etprime de la fai^on la plus obscène et la plus atroc§ sur sejs ennemis ordinaires , les Larcber , les La Beaumelle, les Rousseau , les Fréron , etc.

8. — * M. le chancelier, pour coqtre-balancer l'efïet que pourraient produhre dans Le public les divers écrits qu'on a répandus sur sop projet: de destruction ou de réfqrmation des Par^emens , a fait composer d'autres ou* ' vrages en sa faveur, tels que des Considérations sur^ VÉdit de décembre 1770 (a), Réflexions dun citoyen ^r tÉditde décembre 1 77b (3). Les gens impartiaux n'y

(i) V. II mars 1771. — R.

(î<) In-8» de gtî pagies. -^ R. *

(3) In-S* de a* pages. — R.

278 ^ MiMOlR£& SECRETS.

de ceux qu'on ne saurait trop ttiultipfier , afin de faire * pénétrer l'instruction et la vérité che£ les gens l^s moins instruits, et dans les provinces du royau\pe fes plus neculées. Au moyen de cette fécondité de lumiàties^ la nation connaîtra «tofln ses vraid intérêts, et pousâeva jrers le Souverain un cli Hnànimér, si n^cesàaire pour éveiller re]igour(fissenient dans lequel le plongent lesL ttiinistn» > qui l'obsèdent.

ri. — * Parmi les différens Édits bursaux , il y eti a deux qui concernent le papier : une Déclaration contenant augmentation de près du doiible Sur les 'droits d'entrée de cette marchandise, et tin Édit ordonnant un impôt nouveau au moyen d*uii timbré il imprimer sur toute espèce de papier quelôonque , dépuis le papier à sucre jusques aU papier à poulet, à" raison de «inq deniers par feuille, de quatre et de trôîs, suîvatil . les diverses espèces. Les imprimeurs et librsrires, alai^fnés de cette inquisition, qui devait avoir un effet irétroâctif sur tous les effets en marchandise de leurs magasins , Ont dressé un Mémoire, où ils représentent lés idconvéniens d'un impôt qui , en paraissant fait pour augmenter les revenus du roi, doit, aU contraire, les diminuer, par le découragement qti'il jettera dans éette branche de commerce, dans les manufactures et parmi les^ artistes, que ces vexations obligeront (Témigrér chez l'étranger et d'y porter leur industrie, ils ont atissi cherché à s'étayer des réclamationé des agens généraux du clergé et des secrétairéis des divéràés Académies et autres corps littéraires , ainsi que cela s'est pratiqué^ il y a nombre d'années, qu'il avait étéquesûon d^un. sembkble projet que ses incOnvéniens firent abandonner alorsbi M. le

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chancelier et M. le contvélettr-géiiâra)' n'ont donné aucune «olutîon à ce Mémoire.

j SI. «tr^ ^ Le sieur Lîngunt , avocat <te M. le duc d'Ai^ guilloD^ n'ayant pas osé répôiidire pour ce pair, en sa qualité 9 dans ia cessation générale de son Ordre , a pris la tournure d'écrire cooime auteur /et i( a r^>sndu depuis qiiel({ii^ jours un mémoire pour son client , âous le titre à^ Observations surl%mprimé intitulé: Biéponse des États

DS CaXTAGHK' au MlÊMOIRX BU BUC d'AiOVILLON (i),

gar Sinlon«llenri«-Nicolas Linguet. Cet ouvrage est pré* cédé d'un avertissement , où il dit que ce n'^t plus l'àn« cien commandant de Bretagne, que c'est lui-même qu'il défend*; que le roi , pour cette fois , a révoqué la défense de parler désormais d^s affaires de Bretagne , et lui a pirmis de justifier ia justification de M. le duc d'Aiguillon. Ensuite, il l'ombre de l'Arrêt du Conseil du 2 janvier, qui a {MH)scrit la Réponse des Étais ^ dont il se couvre con^ple d'une égide qui le rend invulnérable, il ose f)rQiro(}uer à la fois, et les Ét«ts et le Parlement de Bennes , qui , d'après un compile rendu , a brâlé son Mémoire par Arrêt du i4 août 1770. Le ton impudent dont toute cette espèce de pré&ce est écrite ne peut que révolter les lecteurs honnêtes et les indisposer d'avance contre l'auteur.

i^. .^«1. * ija Gazêite de BruweHeSj ainsi que celle de

Berne ^ viennent d'être proscvitjssdansoe pays-ci. L'intro-

^duction en France m est défendue au bureau des gazettes

étrangères. On prétend qu'elles ont déplu pour s'exprimer

trop librement surios affaires du gouvernement.

1 5. — * Ces jours derniers , un cercle de femmes était chez M. le /îhanfetier , et ce chef de la magistrature plein de sel et* d'enjouement en société ,^ malgré ses im-

(1) V. 10 janvier 1771. — B.

2 8o M ^MOIRES SECRBTS. ,

portantes occupations, plaisantait les dam«s sup Tacfaarnement avec lequel elles déclamaient contre son neuvean système. Il leur reprochait d'embarrasser ses opéiations , de les retarder par leurs criailleries ^ par l'ascendant qu'elles prenaient sur leurs maris, etc.; il ajoutait qu'il trouvait cela d'autant plus étraaige qu'elles n'étaient point au fait de la politique, que cette^matière leur était interdite par leur sexe, leur éducation et leurs organes; qu'en un mol elles ne s'y entendaient pas plti»que des^i^s : «Eh! ne savez-vous pas, monsieur le chancelier, iui rep)5irtit avec vivacité madame Pelletiev de Beaupré, que ce sont lesi oies qui ont sauvé le Capitole ? ,»

i6. — ^ Deux nouveaux écrits se répandent en faveur des opérations de M. le chancelier, ou pour décrier ceux composés par le parti adverse. L'un a potir tilre ; La tête leur tourne (i), l'autre : Remontrances du grenier à sel (2).

-r- M. Fabbé Arnaud, espèce de charlatsyfi littéraivc, plus connu par ses intrigues que par ses ouvrages, avait entrepris de substituer au Journal étranger y ouvrage essentiel et qui pouvait être excellent , une Gazette lit^ téraire, et il a si bien fait, qu'en un an il a enterré l'un et l'autre; tels sont ses titres à la place qu'il vient d'obtenir à l'Académie Française. L'abus de laisser passer des membres d'une Académie dans l'autre va devenir d'autant plus dangereux, qu'actuellement ceux des Belles- Lettres forment près d'un quart des Quarante, en sorte que, pour peu qu'ils réunissent d'autres voix, ils seront incessamment maîtres des suffrages. **

(i)In-ia de 48 pages. — R.

(a) In-8° de j 4 pages. Cet opusctsle est de Yoltaifls. Il n*a pas encore été compris dans ses Œuvres, — K.

4V1IIL 177' • • ^^'

1 7 . — • * Lêç oijvrages «Il faveur du système de M. le chancelier pullulent de toutes parts. Il en paraît encore un tout récemment, intitulé: jRéponse à la\lettre d'un ancien magistrat à un. due et pair, sur le Discours de M. le chancelier au Litdejusticedwj décembre 1770(1). On ne peut qu'annoncer If titre de tant de brochures qui, en général, HQ font que plaisantera ou s'écartent abso* lixnent des vrais principes , lorsque la matière y est discuta sérieusement.

19. — * Il paraît une Complainte sur l'air: des pendus, ,On imagine aisémenf que c'est une satire en forme de cantit)ue contre lil. le chancelier^ où l'on retrace en bref 9a naissaiM^e , sa vie , et où l'on présiature sa fin sinistre. Il faut joindre cet ouvrage aux affreuses Odes déjà répandues s»ur cette matière, et que la police recherche avec la plus grande vigilance; ce qui donne à ces pièces beaucoup plus de vogue qu'elles n'en auraient par leur mérite intrinsèque., très-médiocre.

ao. — *Les Représemt€ttions des honnêtes gens sont un petit écrit très-impartial, où, en conséquence des torts du Parlement, on s'élève avec la même liberté contre l'illégalité de sa destitution, et la fausseté des prétextes qu'on met en avanj: ppur autoriser un semblable despotisme. On^fait voir qu» cette Compagnie a toujours, ou presque toujours, été l'esclave des ministres ; que, outre plusieurs actes d'injustice particuliers,comme l'expulsion des Jésuitj^s, la condan^nation de M. de Lally, commis p0ur leur plaire, elle a, avec eux, consommé la ruine de l'État, en ne sévissant pas contre les déprédateurs des finances , ou en se prêtant aux impôts énormes dont les

ministres tirés de son sein ont surchargé le peuple.

(i) In-ia de ii3 piges. — R.

283 MÉMOIRES SECBBTS.

--~ ^ Le vendredi y j6ur où messieufs dft Gnmd G>nseil 9oupèrent chez M. le chancelier ^ et le lendemain où ils y dùièrent^ étaient des jours maigres. Quelques-uns des membres de eette Compagnie exaltaient ces repas y et disaient qu'il y avait des monstres, a Oui , Messieurs , leur répliqua madame de Beaupré, autour de la table. »

-^ * Nouvelle épitaphe de M. le chancelier :

Cî-gtt Maupeou l'abominable ; Gi^it avec lui son espHt.

Passant^ ne crains point son aeiablable: Jamais monstre ne reproduit.

-r- Les G)médiens Italiens ordinaires du roi ont donnée jeudi dernier, la première représentation de tAm&wreux de quinze ans ^ ou la Double Fête^ comédie en troi^ actes et en prose, mêlée (fariettes, et suivie d'un divertissement. Les paroles sont du sieur Laujon, secrétaire des commandemens de S.' A. S. monseigneur le comte de Clérmont , déjà connu par plusieurs ouvrages galans dans le même genre; et la musique est d'un amateur, le sieur Martini , officier dans le régiment de Chamborand. Cette pièce est une allégorie composée à l'occasion du mariage de M. le duc de Bourbon avec Mademoiselle, et devait s'exécuter à Chantilly, lorsque ces deux époux seraient réunis ensemble. Le prince de Condé voyant que les cir* constances actuelles ne se prêtaient pas à donner des spectacles chez lui , a permis aux- auteurs de faire part au public de celui-ci.

ai. — On rappelle , à l'occasion de la demièpe épitaphe de M. le chancelier, celle répandue il y a quelque temps relativement à son père, à la veille de mourir; elle, était conçue ainsi :

AVRIL I77I. î83

Ci-gît uo vieux coquin qui moumt d« colère , D'avoir fait un eoquio , plus coquin que son père.

— * Il paraît une Réponse au citofen qui a pubUé des RsFLExioirs (i). Cet écrit , plein <fe nerf et de raison, détruit tout ce qui est ait dans l'autre pamphlet, et soutient ses argumens de Fautorité des plus grands écrivains sur l'administration et le gouvernement des Etats, et dbmbat souvent son adversaire par ses propres paroles.

23. — * Il court un quatrain sur les circonstances présentes :

• France , tel est Aotic ton destin , D'éli-ê soumise à la femelle!

Ton saint vint d« lai ^yu celle , Tu përiras par la catin (2).

— * On rapporte que madame la comtesse Du Barry ayant rencontré M. le duc de Nivernois, un des protestans au Lit de justice, l'avait arrêté, et lui avait dit : a Monsieur le duc, il faut espérer que vous vous départirez de votre opposition ; car, voys l'avez entendu, le rpi a dit qu'il ne changerait jamais. ««—Oui, madame, mais il vous regardait, s»

2 5. — Les Comédiens Français ont donné, hier, la première représentation de Gaston et Bayard^ tragédie du sieur de Belloy,. imprimée depuis long-temps, et même jouée en quelques endroits. Malgré la magie de la représentation et du jeu du sieur Le ,Kain , les connaisséui*s

(i) V. 8 avril- 1771, — R.

(a) «Outre ce rapprochement entre les déclinées de la cmiia et de \9ipuoeilef o|^ en peut faire un autre assez sin|;u]ier ; c'est que toutes deux sont nées au viHage de Vaucouleurs. -^ R.

n'ont pu s'y faire illusion sur l'intrigue absurde^ sans ensemble, sans intérêt, et sur le galimatias du style, tantôt dur et boursouflé, tantôt fade et prosaïque. Quelques situations, mal amenées, ont pourtant fait effet, et sans doute en auraient produit davantage si le specta* teur, détrompé par la lecture de la pièce^ ^'eût été déjà mal prévenu en sa faveur.

a6. — Le sieur de La Borde , l'auteur de la Cinquantaine dont on a parlé , ayani indisposé beaucoup de sujets de l'Opéra par une défense indiscrète qu'il a voulu prendre du sieur Vestris contre ma4emoiselle Heinel^ en se mêlant mal à propos dans les querelles de ce tripot, a été obligé de retirer son ouvrage, par la difficulté de trouver des gens de bonne volonté, soit dans le cbant , soit dans la danse: il parait qu'en général le public n'y perd pas beaucoup.

l'j. — * Les plaisans continuent à rire et à faire des épigrammes. En Voici une qu'on a débitée sur le soidisant Parlement:

ft Quand je vois ce tas de vermine Que Ton érige en Parlement , Je les pendrais tous sur la mine , Disait le bourreau graven/ent; Mais en vertu d'une sentence De ce Conseil îrrégulier Je ne pourrais, en conscience , Pendre même le chancelier. »

28. — Madame la duchease de Durfort, belle*611e de M. le duc de ])uras, que tout le monde sait ne point vivre avec son mari , e^t devenue grosse et est actouchée. M. le chevalier de Boufflers a (ait la chanson sut-

vante à cette occasion. Il faut savoir qu'elle a pour nom de baptême Marie.

Votre patrone Fit un enfant sans son mari :

Bel exemple qu'elle vous donne !

N'imitez donc pas à demi

Votre patrone.

Pour cette affaire , ^yez-v»us como>c elle s'y prit ?

Gomme vous, n'en pouvant pas faire , Ell^ eut recours au Saint-Esprit

Pour cette affaire.

La renommée - Vanta partout ce trait galant:

. « Elle^i'en est que mieux famée. \

Ne craignez pas , en l'imitant , La renommée.

Beau comme un ange . Sans doute Gabriel était.

Vous jie d«vez pas perdre au change, L'objet qui plaît est , en effet,

B^au comme un ange.

Belle Marie, f Si j'étais l'arcbange amoureux Destiné pour cette œuvre pie , Que je vous offrirais jde vœux , Belle Marie I

ag. — - * Les Protestations des Princes du semg{i ), eu

(1) Elfes ont été réimprimées, awc uae pagination séparée, en tète du Mmupeêuana ou Recueil complet des écrits patriotiques publiés pendant le règne du chancMer Maupeou. Paris, 1775,5 vol. in-8«. — R.

date du 4 avrU? commencent à se répjjiadfe manuscrites et occasionent le plus grand effet. Il n'est pas possible de croire qu'un seul homme ait pu oser persister à vouloir changer la face de tout un royaume , contre la réclamation aussi forte , aussi raisonnée des princes réunis. Ils. y exposent, de la façon la plus énergique, l'obsession constante du trône, et inculpent le chancelier spécialement , ainsi qu'on le voit dans le petit extrait qui court de cette pièce précieuse à la nation, et le gage cl^rtain de l'intérêt vif et tendre qu*y ^rtan^nt ^s chefs respectables et adorés.

^o.-^* Itératives Remontrances du grenitr à sel^ présentées par les juges du grenier eux-mêmes (i); Lettre d'un jeune abbé (a) ; Lettre mux ci-depant Conseillers au Parlement de Paris; Lettre à Nosseigneurs du Parlement de Paris (3); Lettre d'un Ai^ocat de Pari9 aux magistrats du Parlement de Rouen, au sujet de l'Arrêt de cette Cour du \^ açril 1771 (4). Telles sont plusieurs nouvelles brochures qui vi^Duent 4'éclore en fa- ^ veur de la révolution du jour. Oo en compte en ce mo- . ment déjà vingt-et-une. •

2 Mai, — Le a8 du mois dernier est mort M. de Bachaumont (5) , âgé de quatre-vingt-un ans. C'était un de ces paresseux aimables ,, tels qu'en a fourni beaucoup le dernier siècle. Il a écrit sur les arts avec le goût d'un homme du monde instruit. Il vivait chez madame Doublet, cette virtuose si connue, dont la maison a été

(i) In-80 de 4 pages. — R.

(a) ln'^ de 3 pages. — R,

(3) In- 1 a de I a pages. — R.

(4) In- X a de lo pa^ges. — ï^.

(5) Celui sous le nom duquel ont été publiés 1^9 Mémmresnecrets, — R.

longoteiDips célèbre par la réuaion de tout ce qu'il y avait de plus .illustres personoag^ dan» tous let genres..Cette dame, qui vit encore, a eu la douleur de survivre à tous ses anciens amis. Elle est âgéç aujourd'hui de quatrevingt-quatorze ans»

(y --^* Lettre dun Bourgeois de Paris à un proi^inciai, à t occasion de VÉ^dit de décembre X'j'jo^^tK date du 5 février 1771. Cet ouvrage lumineux, à la portée de tout le mdnde, peut s'appeler le catéchisme des honnêtes gens, de$ boos^itoyen^* U paraît une seconde Lettre de la même pUime, en date d» i3 mara 1771,. qui discute les faits qui ont suivi rÉdit,'avec non moins de bon aens et de simplicité.' Un seul écrit de cette espèce suffît pour renverser tous les sophi^pea iretournés en cent façons différentes dans les pamphlets graves , sublimes , plaisans pu burlesques dont on farall journellement la ca** pitale et les provinces, et qui, par la iave^r que leur accorde évidemmrat le ministère, doivent beaucoup ao* créditer une eause qu'on Ui» peut soutenir que par de si petits moyens , des ressorts aussi puérils , et un manège aussi indécent.

7. — * Lettre à M. D. 2\, Maître des Requêtes y par un homme d'honneur et de conscience à qui Con proppse une place dans le nouveau Parlement des intrus^ en date du efc4 iXMLrs 1771* C'est un écr^t dans le goût du précé* dçot , ûii l'on déiflotttre , avec autant de simplicité que de bon sens , qu'aucun h<Mnme d'hopn«ur ne peut ac'^ cepter en conscieoee, ^ suivant les lois seules de la probité mondaine, une place dans le tribunal en ques*tion.

8. — Les lettres de Lyon annoncent que madame la comtesse de Provence , qu'on avait dépeinte comme très">

laide, n'est point aussi mal qu'on Tavait faite. On assure qu'elle est brune et non pas aoire; qu'elle a de tràs-beaux yeux ; que sa physionomie porte un caractère de noblesse qui en impose; que sa taille est agréable.

— On avait commencé un Journal du Palais sous le titre de Récit de ce qui s'est passé au sujet de FÉdi^envoyé au Parlement le 27 novembre 1770 (i), et on y avait successivement ajouté des suites contenant , jour par j.our, ce qui était arrivé jusqu'au i*' février (a). Cet écrit peu éloquent, mai» qui est réputé très-véridique, et rempli d'anecdotes très-piquantes, était fort couru dans Paris; mais la difficulté de le faire imprimer, sans doute, en avait retardé la publicité. Enfin, on en voit aujourd'hui la continoation jusqu'aux vacances de Pâques (3) , et cette suite n'est pas moius intéressante que le reste ; la clandltetinité de la brochure lui donne un nouveau mérite; elle est recherchée avec la plus grande avidité, dans un temps où toutes les conversations ne cessent de rouler sur la même matière depuis

six mois.

9. — La Comédie Italienne, c'est-à-dire l'Opéra -Comique, est à la veille de faire une très-grande perte en la personne du sieur Caillot, qui se retire. Cet acteur, extrêmement goûté du public, et le premier coryphée du spçctacle en question, à une voix mixte, tenant de la haute-contre, de la taille et de la basselaiiie, se modulant sur tous les tous, joignait une intelligence singulière «t uae facilité merveilleuse. Sa figure secondait à merveille

(x) OQle trouve dans l^Jounud historique dont nous afons parlé, tome V* p. S-Sg. — &.

(ft) Dans le même recueil, tome I*' p. 59-84. — R. (3) Même recueil, tome l*' p. 84-177. — %.

son jeu très-naturel 9 et Ton désespère de remplacer de long-temps un semblable sujet.

II. — L'ouvrage de M. de Voltaire annoncé dépuis un an, en forme de dictionnaire , paraît en partie. On en voit déjà trois volunjes, sous le titre de Questions sur r Encyclopédie^ par des amateurs. On parlera plus amplement de cet ouvrage quand il aura été discuté. £n général^ on peut dire que c'est une rapsodie, où l'auteur met indistinctement tout ce qui lui passe par la tête, et vide les restes impurs de son porte-feuille.

14. — M. l'abbé Arnaud, élu membre de l'Académie Française, il y a quelque temps, a été reçu hier dans cette Compagnie, avec l'appareil ordinaire et cette affluence de curieux qui augmente chaque année. Son discours , plus analogue au lieu et aux circonstances que la plupart de ceux k\vl\ se prononcent en pareille occasion, a roulé principalement sur la langue. Il a établi un parallèle entre la langue grecque et la langue française, ou plutôt, dissertant sur les deux , il a prouvé qu'elles ne se ressemblaient en rien. Il s'est étendu avec complais sance sur la première, pour laquelle on connaît son enthousiasme ; mai;s , sentant l'indécence qu'il y aurait à dépriser la seconde devant les grands maîtres établis pou i; l'épurer, la perfectionner et la conserver, il lui a trouvé des beautés particulières, analogues à la nation, au gouvernement et au siècle : en un mot, il a démontré que Tune était la langue des passions £t de l'imagination , l'autre celle de l'esprit et de la raison ; que cellelà était plus propre à des républicains, celle-ci à un état monarchique ; qu'un rhythme harmonieux, une prosodie marquée, une mélodie continue, convenaient mieux à Athènes, oii il fallait subjuguer les oreilles superbes d'un

ToM. in. 1^

2gO MEAlOIliCS SECRETS.

peuple délicat, qu'à Paris, où, au contraire, Tordre, la netteté, la précision du discours étaient plus essentiels aux détails déserts, au sang-froid de la philosophie, au commerce de la société, les objets principaux auxquels on puisse y appliquer le langage. L'orateur a enrichi cette digression de beaucoup d'images et de figures, qui annoncent qu'il sait à merveille lier les deux langues , et transporter dans la seconde les beautés de la première, malgré l'antipathie qu'il leur suppose.

M. de Châteaubrun, élu directeur par le sort pour répondre à M. l'abbé Arnaud, s'étant trouvé incommodé, n'a pu se rendre à l'assemblée. C'est M. le maréchal de Richelieu qui a présidé à sa place ^ et M. d'Alembert a lu le discours de l'Académicien absent. L'orateur octogénaire ( e) y ^ ^^^^9 d'une façon légère et délicate, l'éloge de M. de Mairan,t{u'a remplacé M. l'abbé Arnaud. Il a saisi tous les traits propres à particulariser le héros académique dont il parlait, et les touches de son pinceau ne se sont ressenties en rie^i de la main octogénaire qui le maniait.

On ne savait, vu les défenses qu'avaient messieurs les Académiciens de parler (î), depuis l'incartade de M. Thomas, s*il y aurait quelque autre lecture. On a été surpris agréablement quand M. Saurin a fait lire une Épître en ¥ers sur les inconuéniens de la vieillesse. On y a trouvé de la force, de l'onction et de très-belles images. M. Thomas a fermé ^a séance par une longue et ennuyeuse dissertation , où il a résumé tout ce qui a été écrit sur la question si frivole et si agitée dans le seizième siècle ,

([) châteaubrun, né à Angouléme en 1686, avait alors quatre-vingt-cinq ans. — R.

(^) V. 21 mars 1771. — R.

MAI 1771. agi

de savoir lequel des deux sexes Temporte sur l'autre. I! a fait à cette occasion un parallèle si plein de divisions et de sous-divisions; il est entré dans un détail si immense et si minutieux de la plus fine métaphysique, que la plupart des auditeurs n'ont pu le suivre. Cet ouvrage , spécialement fait pour plaire aux femmes , n'atteindra point le but de l'auteur. Les avantages qu'il leur accorde sont tellement tirés à l'alambic , qu'ils pourraient aisément se réduire à rien. M. Thomas , après avoir bien établi sa balance, finit par dire que, pour prononcer sur une semblable question, il faudrait être assez malheureux pour n'être d'aucun sexe.

1 5. — * Il paraît constant que M. de Voltaire a adressé une lettre à M. le ehaucelier, où il félicite ce chef de la magistrature de l'heureux succès de ses projets; il en exalte l'étendue, l'importance et la vaste combinaison; il loue l'éloquence de ses discours et préambules d'Édits, oii il trouve, dit-il, l'élégance de Racine et la sublimité de Corneille ; il finit par observer que le cardinal de Fleury a, pai: un traité, ajouté la Lorraine à la France; que M. le duc de Choiseul nous a conquis la Corse; mais que M. de Maupeou, supérieur à ces deux grands ministres, rend au roi la France entière.

16. — ^Madame Doublet est morte, ces jours-ci, âgée de quatre-vingt-quatorze ans. C'était une virtuose dont madame Geoffrin n'est qu'une faible copie. Depuis soixante ans elle rassemblait dans sa maison la meilleure compagnie de la cour et de la ville , et passait sa vie à former un journal bien supérieur à celui de L'Étoile et autres ouvrages du même genre. La politique , les belles-lettres, les arts, les détails de société, tout était de son ressort. Elle s'abaissait du cèdre jusqu'à l'hysope. Tous les jours

aQ2 MEMOIRES SECRETS.

on élaborait chez elle les nouvelles courantes , on en rassemblait les circonstances , on en pesait les probabilitésy on les passait, autant qu'on pouvait, à la filière du sens et de la raison ; on les rédigeait ensuite, et elles acquéraient un caractère de vérité si connu, que, lorsqu'on voulait s'assurer de la certitude d'une narration ^ on se demandait : « Cela sort - il de chez madame Doublet? » Au reste, sa réputation avait un peu dégénéré de ce côté : en vieillissant , elle avait perdu beaucoup de ses amis du premier mérite , et avait survécu à toute sa société habituelle. M. de Bachaumont est le dernier philosophe qu'elle ait vu mourir (i).

Il est difficile qu'au milieu de ce savant tourbillon qui l'entourait , madame Doublet ne passât pas pour être un peu entichée de déisme, de matérialisme et même d'athéisme. Elle avait bravé jusque-là l'opinion publique et les clameurs des dévots. Depuis le carême dernier, la tête de cette dame s'affaiblissant, M. le curé de Saint-Eustache avait cru qu'il était temps de convertir sa paroissienne. Celle-ci n'était plus en état d'argumenter contre lui, et, avec le secours de la grâce ^ le pasteur s'était flatté d'avoir réussi. En efïet , elle avait reçu le bon dieu la semaine sainte : pratique de religion que personne de sa connaissance ne se rappelait lui avoir vu faire. On conçoit aisément qu'avec de pareils préparatifs, elle n'a pu qu'éprouver une mort très -édifiante et s'endormir dans le Seigneur.

17. — * Entre cette multitude de brochures qui se succèdent sans interruption, et auxquelles travaillent infatigablement les écrivains que M. le chancelier a daigné s'associer pour coopérateurs de son sublime système, il faut

(i) V. 1 mai 1771. — R.

distinguer un petit pamphlet , intitulé : Observations sur V écrit intitulé Protestation des Princes (i). On les catéchise de la façon la plus insolente , et l'on ne doute pas que les princes ne soient indignés et de l'audace avec laquelle l'anonyme ose leur donner des leçons, et de la publicité avec laquelle on vend uu pareil écrit jusque dans leurs propres palais. Au surplus , l'ouvrage semble sortir de la même plume qui a fait les discours de M. le chancelier, et à tout l'appareil d'une diction majestueuse réunit les sophismes du raisonneur le plus subtil et le plus délié.

18. — * On ne peut détailler les écrits, presque innombrables déjà , que M. le chancelier fait éclore sans interruption des différentes presses qui gémissent en faveur de son système. Quand ce torrent sera arrêté, on en fixera le catalogue avec des notes qui en caractériseront le mérite cl l'espèce , article par article.

Entre les diverses brochures de M. le chancelier, il ne faut pas omettre, quant à présent, T^m aux Dames (2). Elle leur fait trop d'honneur pour ne pas s'empresser d'en faire mention. On a déjà rendu compte (3) du zèle et de la chaleur qu'elles mettent dans l'afTaire du jour. On les voit disserter sur cette matière publique avec un intérêt, un goût qu'on ne leur connaissait pas. M. le chancelier ne les regarde pas sans raison comme un des plus puissans obstacles que rencontre l'exécution de son projet. En vain l'écrivain du pamphlet cité veut jeter du ridicule sur elles ; on sait que ce sont elles qui le distribuent. Elles persistent à exclure de leur société les traître8>

(1) In-8« de a 4 pages. — R.

(a) In-S» de 1 5 pages. — R.

(3)V. iSavril 177 1. — R.

OU les lâches qui, par intérêt ou par faiblesse, abandonnent une cause qu'elles regardent comme celle de la patrie.

19. — M. le comte de Provence paraît enchanté de sa nouvelle conquête. Elle n'est pourtant pas jolie; Tannonce favorable qui en était venue de Lyon (i), n'est •point exacte. Cette princesse est très-brune 4 elle a d'assez beaux yeux^ mais ombragés de sourcils très -épais; un front petit, un nez long et retroussé, un duvet déjà très-marqué aux lèvres, et une tournure de visage qui ne présente rien d'auguste ni d'imposant. Quoi qu'il en soit, elle plaît fort au prince, et le lendemain il annonça au roi qu'il avait été quatre fois heureux.

Madame la comtesse de Provence répond de son côté à merveille aux caresses du prince , et Tune et l'autre promettent de vivre dans la meilleure intelligence. On raconte quelques anecdotes qui font beaucoup d'honneur au dernier. Le lendemain du mariage, on prétend que M. le comte d'Artois dit à son frère : <c Monsieur le comte de Provence, vous aviez la voix bien forte hier, vous avez crié bien haut votre oui! — C'est que j'aurais voulu qu'il eût été entendu jusqu'à Turin , » repartit soudain l'époux enflammé. On ajoute que ce même jour M. le comte de Provence demanda à M. le Dauphin comment il avait trouvé sa belle-sœur. Ce prince très-naïf lui répondit : « Pas trop bien. Je ne me serais pas soucié de l'avoir pour ma femme. — Je suis fort aise que vous soyez tombé plus à votre goût. Nous sommes contens tous deux , car la mienne me plaît infiniment. »

Au surplus, madame la comtesse de Provence, quoique plus âgée que son mari , a encore toute la candeur ai-

(i) V. 8 mai 177 1. — R.

mable du jeune âg€^ et les petites gentillesses qui lui sont naturelles. Elle est encore toute neuve pour l'étiquette , et a lair assez gauche en tout ce qui tient au cérémonial. Le lendemain de son mariage, quand madame de Yalentinois, sa dame d'atour, voulut lui mettre du rouge, la princesse a fait beaucoup de façons et avait une grande répugnance à se faire peindre ainsi le visage. Il a fallu ' que M. le comte de Provence lui demandât de se confor* mer à l'usage de la cour, lui assurant qu'elle lui ferait grand plaisir, et qu'elle en serait infiniment mieux à ses yeux, ce Allons, madame de Valentinois, mettez-moi du rouge, et beaucoup, puisque j'en plairai davantage à mon mari. »

ao. — M. de Belloy vient d'avoir quinze cents livres de pension, pour récompense de sa dure et boursouflée tragédie de Gaston et Bajard, mais où il prêche le dévouement passif et absolu au monarque, d'une façon très-édifiante pour le ministère.

ai. — On cite une gentillesse de madame la Dauphine vis-à-vis M. le comte de Provence, qui mérite d'être rapportée. Ce prince disait qu'il aimait beaucoup mieux l'hiver qu'une autre saison, parce qu'on était à son aise au coin du feu avec sa moitié, les pieds sur les chenets , etc. La princesse a fait faire un dessin qui représente M. le comte de Provence et sa femme, dans l'attitude qu'il regarde comme une des plus délicieuses, et elle l'a envoyé dans cet état à ce couple fortuné.

aa. — "^ La Chambre des Comptes de Rouen, qui est en même temps Cour des Aides , n'a point vu sans frémir la destruction de la Cour des Aides de Paris ; elle en a porté ses doléances au roi dans des Remontrances également fortes et pathétiques. On en parle comme d'un

morceau digne de figurer à côté de celles de la Gourdes Aides de Paris.

a 3. — ^ Parmi les candidats qui aspirent à siéger dans le nouveau tribunal, s'est présenté un nommé Carbonel ', avocat qui n'a jamais été sur le tableau. Pour mieux capter le suffrage de M. le chancelier, il a jugé à propos de faire graver le portrait du chef de la magistrature el d'y mettre au bas les soi-disant vers suivans :

Ministre, vrai présent de la Divinité , Méprise les clameurs d'un insensé vulgaire. Poursuis le bien public que tu cherches à faire; Par Minerve «t Thémis ton projet fut dicté, Et ton noqi passera a fa postérité.

On voit, par cet échantillon, que le sieur Carbonel n'est pas beaucoup habitué à faire des vers , et que c'est la force de l'enthousiasme qui lui a arraché ceux-ci. Malgré cet effort de génie, le bruit court qu'il ne sera pas reçu, comme ayant des mœurs scandaleuses, comme séparé d'une femme qu'il laisse mourir de faim , et à la veille de faire entrer sa fille à l'Opéra, tandis que le mari vit avec une gueuse.

24. — Hier le fameux Colysée s'est ouvert. Il y avait eu , la nuit, ce qu'on appelle la répétition des ministres, c'est-à-dire une exécution de l'illumination la plus complète, qui n'a commencé qu'à minuit. On n'y entrait qu'avec des billets. Nosseigneurs du Conseil ont trouvé cela très-beau. C'est M. le duc de La Vrillière, comme ayant le département de Paris et comme s'intéressant infiniment aux plaisirs de la capitale , qui a fait parcourir les beautés du lieu à ses collègues. Madame la marquise de Langeac , non moins intéressée aux progrès des arts j

MAI 177 1. î^97

a reçu les dames de la cour, et a fait les honneurs du lieu.

Le public ne s'y est pas rendu hier avec l'afflueuce qu'espéraient les entrepreneurs. Il faudrait quarante mille spectateurs pour garnir cet immense labyrinthe , dont les portiques et les péristyles annoncent plus un temple qu'un lieu de fêtes et de volupté. Au surplus, tout n'est pas fini , et il n'y a encore que le grand salon en rotonde d'achevé dans les édifices. On ne peut qu'admirer la folie des auteurs d'un pareil projet, et la folie plus grande de ceux qui ont fourni des fonds pour l'exécution. Il n'en coûte que trente sous pour y entrer.

a8. — * On vient d'imprimer les Remontrances du Parlement de Toulouse^ en date du 6 avril dernier, à l'occasion de l'Édit enregistré au Lit de justice, le 7 décembre 1 770. Elles sont écrites avec ce feu qui caractérise les têtes de nos provinces méridionales.

29. -^ M. Tabbé De Laville, premier commis des affaires étrangères, et celui qui est à latêtedecedépartement depuis qu'il n'y a point de ministre en chef, est ndmmé secrétaire des commandemens de M. le Dauphin. Il est chargé en outre de l'instruire des intérêts des princes , et de l'initier aux mystères de la politique de l'Europe. On ne pouvait faire choix d'un meilleur instituteur de cette matière. On sait qu'il est membre de l'Académie Française.

30. — Oii a donné, hier, à la cour, la première représentation d'un spectacle nouveau, ayant pour titre : Les Projets de F Amour, ballet héroïque en trois actes. L'annonce semble indiquer que les paroles sont du sieur de MondoRvillc , ainsi que la musique ; mais personne n'ignore que ce musicien , qui a la manie de passer aussi

agB MÉMOIRES secrets.

pour poète, est incapable deicette tâche, et n'est que le préte-nom de l'abbë de Voisenoo. Ce n'est pas que le poème soit merveilleux , il est généralement assez plat , et, dan» les endroits où l'auieur a voulu mettre de la délicatesse, on n'}f trouve que de rafféterie^ du faux esprit, du forcé, en un mot, du maniéré, dans le vrai genre de l'Académicien en question.

3 ï . — * Le sieur Ovius, imprimeur à Saint-Malo, déjà arrêté pour soupçon d'avoir travaillé à l'impression des mémoires et {procédures des accusés, a été enlevé de nouveau par des exempts de police venus de Paris, et conduit à la Bastille, à ce qu'on présume. On prétend qu'il était occupé à imprimer un quatrième volume du Procès de messieurs de La Chalotais, et qu'il tenait les manuscrits de M. Du Bossay, qu'on sait être fort attaché à la famille en question, et avoir été spécialement, à Paris, le conseil de mademoiselle de Ija Chalotais. On assure qu'on n'a rien trouvé dans ses papiers qui donnât aucun éclaircissement sur ce qu'on recherchait.

2 Juiir. — 11 vient d'arriver deux nouveaux volumes des Questions sur V Encyclopédie de M. de Voltaire. Les trois premiers ne vont qu'au mot Ciel. Ce titre est un point de ralliement commode pris par cet auteur, pour r*éunir un fatras d'articles rebattus dans ses divers ouvrages. C'est une sorte de Dictionnaire philosophique , sous une autre dénomination. On y reconnaît la même manie de vouloir faire un étalage d'érudition capable d'en imposer à ceux qai sont hors d'état d'approfondir ces matières, et l'affectation de M. de Voltaire de choisir certains articles, les plus propres à lui fournir sujet à ses blasphèmes effroyables contre la religion ou à ses sarcasmes habituels. Ceux mêmes qui-paraissent le moins

susceptibles de pareils écarts s'y trouvent ramenés par les transitions plus ou moins adroites- qu'il se ménage. En un mot, très-peu de rapport de ces articles avec ceux de V Encyclopédie^ presque aucune discussion ; c'est une superfétation de cet énorme dictionnaire, que ses compilateurs n'adopteront vraisemblablement pas. Du reste, c'est encore un répertoire d'injures de tout genre, sur lesquelles M. de Voltaire est intarissable, contre la multitude de ses ennemis, qui grossit journellement , par la raison que tout homme qui prend la liberté de critiquer ses ouvrages est à l'instant réputé infâme, abominable, exécrable.

3. — *On parle d'une espèce d'épigramme faite sur le mot Royalement^ qui est un abrégé rapide des vices qui infectent le trône, et un tableau frappanl de la corruption de la cour, ce qui rend cette petite pièce fort rare et difficile à avoir ; la voici :

Le root rojalemeiït jadis était louange ;

Tout ce qu'on faisait bien était fait comme un roi.

On disait comme un Dieu , comme un roi , comme un ange ;

Mais aujourd'hui ce mot est d'un tout autre aloi.

Juger royalement, c'est dire rCy voir goutte.

Et n'écouter jamais qu'un gueux de chancelier:

Payer royalement, c'est faire banqueroute ^

Vivre royalement, c'est être put (i).

7. — *11 paraît un nouvel ouvrage clandestin, ayant pour titre le Maire du Palais (2)1 Cette brochure , re-»

(i) On sait que la comtesse Du Barry, aux pieds de laquelle , suivant rénergique expression de M. de Salaberry {Biographie Universelle, III ^ 43a )^ Louis XP^ vivait dans la dernier degré ti^ abjection , avait fait ses débuts, soue$> le nom de mademoiselle L'Ange, dans un lieu de prostitution tenu par la fameuse Gourdan. — R.

(a) Réimprimé dans le tome I*% p. i-83, du Maupeouana. — R.

3oO MIÊMOJRES SECRETS.

cherchée sur cette étiquette, ne tienl pas ce quelle promet ; on y trouve. une répétition fastidieuse des citations ressassées mille fois dans les remontrances des Parle^ mens, et dans divers écrivains qui ont traité du gouver^nement, et l'on y cherche en vain des faits et des anecdotes qui pourraient rendre le pamphlet piquant. On sent aisément que le chancelier est désigné sous cette qualité ; mais il n'est nullement peint.

9. — C'est lundi, 3o juin, que le feu de la Ville, en réjouissance du mariage de M. le comte de Provence, doit avoir lieu. On avait d'abord décidé de n'en pas faire; mais, comme il est d'usage d'en construire un pour la SaintJean , on est convenu d'anticiper et de réunir le double objet dans un seul. C'est *à la Grève qu'il est établi; mais, comme cet emplacement est infiniment plus petit et plus gênant que celui de la place de Louis XY, le bureau a pris diverses délibérations pour prévenir les inconvéniens, et outre les réglemens établis pour la circulation des voitures , on a aussi défendu aux particuliers de construire des échafauds, et on leur a prescrit, d'ailleurs, ce qu'ils avaient à faire pour éviter aucune suite funeste de cette réjouissance publique. Du reste férié entière : boutiques fermées, illumination générale, fontaines de vin, pains et cervelas qu'on jettera à la tête des malheureux qui voudront s'en repaître.

II. — Le sieur Le Kain , sensible aux reproches que lui font les admirateurs de Corneille, de ne pas aimer à jouer les pièces de ce grand homme , soit parce qu'il se sent insuffisant à en rendre les rôles, soit par complaisance pour M. de Voltaire, qui voudrait faire disparaître du théâtre ce modèle inimitable, s'est piqué d'honneur« Il doit jouer incessamment dans Nicomèdej et y déployer

MM 1771. 3oi

toutes les ressources de son art. Les amateurs attendent cette représentation avec grande impatience.

12. — *Malgré Finquisition établie contre les ouvrages qui pourraient paraître en faveur du parti des Parlemens^ appelé aujourd'hui en France le parti de Topposition , et les persécutions exercées contre leurs au* teurs, il -en perce de temps en temps quelques-uns dans le public. Telle est la brochure intitulée Principes de la Législation française, proui^és par les monumens de r histoire de cette nation , relatifs aux affaires du temps.

1/^. .» On a parlé ^ il y ^ plus d'un an, des difficultés que le sieur Palissot avait éprouvées à Paris, pour faire imprimer la suite de sa Dunciade^ et de l'orage qui s'était élevé contre lui(i). Cet auteur ne pouvant résister à sa rage de mordre, a mieux aimé s'expatrier. Il est allé en pays étranger , et là il a mis au jour son élucubration , qui vient d'arriver à Paris, ainsi que V Homme dangereux , comédie du même poète, que les Français devaient jouer, et qui a été arrêtée aussi à la veille de la représentation. On. parlera plus amplement de ces ouvrages , fameux par le scandale qu'ils doivent occasioner, s'ils en valent la peine, et s'ils font réellement le bruit que s'en promet le sieur Palissot.

16. — M. de Voltaire, qui rumine en cent façons la même idée, vient de reproduire ses belles maximes sur la tolérance dans une facétie ayant pour titre : Sermon du papas Nicolas Charisteski^ prononcé dans F église de Sainte- Toléranski y village de Lithuanie, le jour de Sainte-Épiphanie.

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