Dans le cinquième volume de YE^angile du
jour y imprimé, soi-disant , à Londres, en 1 769, on trouve
une correspondance entre M. l'évêque d'Annecy et M. de
3o MÉMOIRES . SECRETS.
Voltaire, qui cjopne la clef de la conduite de ce dernier depuis deux ans et jette un grand jour sur les deux farce» qu'il a successivement' jouées à Pâques. Il paraît que M. de Voltaire craignant d'être inquiété par le prélat en question, par le Parlement de Bourgogne et par la <;oiir enfin, à raison du scandale énorme qu'il causait p^r ses écrits , également impies et licencieux , et dont les désaveux qu'il en faisait n'excitaient que davantage la curiosité de^ lecteurs , a pris le parti , en 1 768 , de faire un acte de religion authentique. C'est l^-dessus que Mr d'Annecy lui écrit , le j 1 avril 1 768 , une lettre qui commepce «ainsi : « On dit que vous avez fait vos pâques ; bien des personnes n'en sont rien moins qu'édifiées. »Le prélat aj[)nonce ensuite qu'il pense plus charitablement ; qu'il croit M. de Voltaire trop aui-dessus des respects humains^ des préjugés et des faiblesses de rhgjnanité , pour trahir et dissimuler ses sentim^ns par un acte d'hypocrisie qui suffirait seul pour ternir toute sa gloire. Il félicite la religion d'avoir acquis un pareil prosélyte; il ajoute : « Si le jour de votre communion on vous avait vu , non pas vous ingérer à prêcher le peuple dags l'église sur le vol et les larcins (ce qui a fort scandalisé tous les assistans), mais lui annoncer, comme un autre Théodose, par vos soupirs , vos gémissemens et vos larmes , la pureté de votre foi , alors personne n'aurait plus été dans le cas de regarder comme équivoques vos démonstrations apparentes de religion. » L'épître finit par une exhortation à ce vieux pécheur de faire juger de l'arbre par les fruits, de profiter du temps qui lui reste , etc.
M. de Voltaire , dans sa réponse, du 1 5 du inême mois, fait semblant de prendre à la lettre les complimens de Tcvêque et lui rend morale pour morale : au lieu des
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Pères de l'Église , il lui cite Cicéron et finit de la sorte : (c Vous êtes trop instruit pour ignorer qu'en France un seigneur de paroisse doit, en rendant le pain bénit, instruire ses vassaux d'un vol commis dans ce temps4à mê«ie avec effraction et y pourvoir incoutinept; de même qu'il doit avertir si le feu prend à quelque maison du village , et faire venir de l'eau : ce sont des af&îres de police qui sont de son ressort. »>
Le a 5 avril , M' l'évéque d'Annecy réplique à M« de Voltaire, et après les premiers complimens d'usage, entre ainsi en matière :
a Je n'ai pu qu'être surpris qu'en affectant de ne pas entendre ce qui était fort intelligible dans ma lettre , vous ayez supposé que je vous savais bon gré d'une communion de politique, dont les protestans mêmes n'ont pas été moins scandalisés que les catholiques. » Il lui déclare après, que le scandale donné au public, soit par ses écrits, soit par la cessation de presque tout acte de religion pendant plusieurs années , exigeait des réparations édatantes, et que jusque-là aucun ministre instruit de son devoir n'a pu et ne pourra l'absoudre. Relativement au sermon prêché sur le vol, il lui dit que « la conduite d'un seigneur de paroisse qui se fait accompagner par des gardes armés jusque dans l'église, et qui s'y ingère à donner des avis au public pendant la célébration de la sainte messe , bien loin d'être autorisée par les usages et les sages ordonnances des rois très-chrétiens , a toujours été regardée comme étant du ministère des pasteurs,et non de l'exercice de la police extérieure , qu'il veut attribuer aux seigneurs. » Le prélat conjure de nouveau M. de Voltaire de songer à l'éternité, à laquelle il touche de si près : il ajoute^ que tout ce qu'il écrit est pour remplir
3a MÉMOIRES SECRETS.
son minisière d'ëvêque et de pasteur; que du reste il ne craint pas les satires.
Suit une riposte de M. de Voltaire, du ag avril , où il attribue à des calomnies Taigreur qu'il croit remarquer dans la lettre du prélat ; il désigne différentes personnes auxquelles on pourrait les imputer; il énumère par occasion tout le bien qu'il a fait dans sa paroisse, et produit eu témoignage un certificat signé de MM. les syndics des iÉtats du pays, des curés de ses terres^ d'un juge civil, d'un supérieur d'une maison religieuse , etc. : il déclare qu'il en envoie des copies à M. le premier président du Parlement de Bourgogne et à M^ le procureur-général; il continue par persifler à son ordinaire, et termine par une tirade très-religieuse et très-pathétique.
Le a mai, troisième lettre de monseigneur l'évêque d'Annecy à M. de Voltaire , où ce prélat cherche à écarter les soupçons que le pénitent prétendu voudrait faire tomber sur différentes personnes.
(( Vous connaissez, écrit-il, les ouvrages qu'on vous attribue, vous savez ce que l'on pense de vous dans toutes les parties de l'Europe ; vous n'ignorez pas que presque tous les incrédules de notre siècle se glorifient de vous avoir pour leur chef et d'avoir puisé dans vos écrits les principes de leur irréligion : c'est donc au monde entier et à vous-même , et non pas à quelques particuliers , que -vous devez vous en prendre de ce qu'on vous impute. » Le prélat compare ensuite la conduite d'un vrai chrétien à celle de M. de Voltaire, et conclut que sa conversion ne porte aucun des caractères d'une conversion véritable.
M. de Voltaire, sans doute, atterré par cette dernière épitre , a pris le parti de garder le silence ; mais le zèle
lie Fëvéque a'a pas cru devoir s'en tenir à une simple correction pastorale : ce prélat en a écrit au roi , et voici en entier la lettre de M. de Saint-Florentin , qui instruit de l'anecdote.
Du i3 juin 1768.
u J'ai , Monsieur , remis sous les yeux du roi la lettre que vous m'avez adressée pour Sa Majesté, et la copie de celles que vous avez écrites à M. de Voltaire , et des réponses qu'il vous a faites. Sa Majesté n'a pu qu'applaudir aux sages conseils que vous avez donnés à M. de Voltaire et aux solides exhortations que vous lui avez faites. Sa Majesté lui fera mander de ne plus faire dans l'église d'éclat aussi déplacé que celui dont vous lui avez , avec raison, fait reproche. Ce n est point à un seigneur particulier de paroisse à donner des instructions publiques aux babitans; il peut les exhorter en particulier, et cela serait même très - louable , à se conduire d'une manière conforme aux principes de la religion et de la justice. Je suis persuadé que M. de Voltaire aura fait des réflexions sur vos sages avis. On ne peqt être plus parfaitement que je le suis, etc. »
C'est apparemment pour se moquer encore mieux du prélat , que M. de Voltaire a procédé cette année d'une façon plus extraordinaire encore au grand œuvre de sa communion pascale.
£u conséquence , le 3o mars 1 769 , après avoir fait avertir M. le curé de Ferney , selon les lois du royaume , d'une fièvre violente qui le i*eticnt chez lui malade , Réquisition de M. de Voltaire audit curé de faire en cette occasion tout ce que les ordonnances du roi et les arrêts du Parlement commandent , conjointement avec les canons de la sainte Église, mère de la religion catholique , ToM. III. 3
34 MEMOIHJES &£GRËTS.
professée dans. le royaume, religion dans laquelle lui malade est né, a vécu et veut mourir^ etc. De là une Déclaration^ le 3i mar$, où il dit qu'il n'a jamais cessé de respecter et de pratiquer la religion catholique professée dans le royaume; qu'il pardonne à ses calomniateurs; que si jamais il Iqi était échappé quelque indiscrétion préjudiciable à la religion de l'État , îl en demanderait pardon à Dieu et à l'État , etc.
Le 1" avril 1769, immédiatement après avoir reçu dans son lit la sainte communion de M. le curé de Ferney, par-devant notaire , M de Voltaire prononça ces. propres paroles : « Ayant mon Dieu dans ma bouche , je déclare que je pardonne sincèrement à ceux qui ont écrit au roi des calomnies contre moi , et qui n'ont pas réussi dans leurs mauvais desseins. »
Le 1 5 avril suivant , il fit encore , par-devant notaire , la Profession de foi la plus ample , la plus caractérisée et la plus orthodoxe.
On ne sait point comment M. l'évêque d'Annecy a pris cette nouvelle comédie , mais apparemment n'ayant pas été content de l'effet de ses plaintes à la cour contre un pécheur aussi invétéré , et dont les actes de religion n'étaient que des scandales nouveaux, il aura pris le parti de gémir sur le sort de cette brebis égarée, et d'adi^esser ses vœux au ciel pour son retour sincère au bercail.
Les lettres du prélat sont, en général, bien écrites: il y règne une morgue qui est annexée ^ux catécbisans et à ceux qui parlent au nom de l'Église : il est difficile que cet honneur ne donne pas une certaine enflure qui rejaillit presque sur leur humanité. Rien de plus plaisant que la correspondance en question , et que. l!asjsaut de persiflage que. se livrent tour à tour l'ouaille et le pa&-.
teur. Le public attend le temps de Pâques de Tatinëe pro« chaiiie, pour voir quelje nouyell^ tournure prendra la religion dç M. de Voltaire, 1
On e^l fâché que l'éditeur n'ait pas conservé dans ce volume une gravure qu'on voyait à la tête d'une édition particulière des lettres et profession de foi en question. Cette caricature représente M. de Voltaire en buste , la figure enflammée comme un séraphin , les yeux tournés vers un Christ en l'air, qui regarde amoureusement ce pécheur converti et semble le pénétrer de tous les rayons émanés de la gloire qui l'environne.
s 1 • — M. de Voltaire y doué d'un cœur aussi actif que son esprit, a favorisé de sa recommandation auprès du ministre de la guerre, un jeune médecin chargé de deux petits hôpitaux dans le pays de Gex , et venu à Paris pour demander une augmentation. Voici la recommandation dpnt il était, porteur.
Requête de V Ermite de Fernejr à Monseigneur le duc
de ChoiseuL
« Riep n'est plus en place que la supplication d'un vieux malade pour un jeune médecin : rien n'est plus juste qu'une augmentation de petits appointemens, quand le travail augmente. Monseigneur sait très-parfailement que nous n'avions autrefois que des écrouelles dans les déserts de Gex , et que depuis qu'il y. a des troupes , nous avons quelque chose de plus fort. Le vieil ermite, qui , à la vérité , n'a reçu aucun de ces deux bienfaits de la Providence , mais qui s'intérfesse sincèrement à tous ceux qui en sont honorés, prend la liberté de représenter douloureusement et respectueusement à Monseignejur que le sieur Coste, notre médecin très-aimable, qui
compte nous empêcher de mourir, n'a pas de quoi vivre, et qu'il est en ce point tout le contraire des grands médecins de Paris. Il supplie Monseigneur de vouloir bien avoir pitié d'un petit pays dont il fait l'unique espérance. »
M. Coste , muni d'un pareil passe-port , a été très-bien accueilli de M. le duc de Choiseul ; il a eu l'honneur de manger avec madame la duchesse , et ses appointemens , qui n'étaient que de cinquante écus , ont été portés à douze cents livres; il a obtenu, en outre, une gratification de six cents livres pour son voyage.
a4. -^ On a consacré la petite plaisanterie faite à M. l'évêque d'Orléans (i) par un divertissement allégorique, intitulé le Ballet des abbés. On sent qu'il ne peut avoir lieu que sur des théâtres particuliers : il a déjà été exécuté en plusieurs endroits.
a 5. ^-L'Académie Française a tenu aujourd'hui, suivant l'usage, sa séance publique pour la distribution du prix.. L'affluence augmente de jour en jour à ces assemblées, et dès deux heures la salle était garnie. Les dames paraissent s'y plaire; elles y étaient venues en grande quantité. Quand Messieurs sont entrés pour se mettre en place, on a été surpris de voir siéger parmi eux un abbé qu'on ne connaissait pas; M. Duclos, le secrétaire de la compagnie,, a éclairci l'embarras général, en annonçant que M. l'abbé était unPocquelin(2), petit-neveu deMoUère. Tout le monde a applaudi à cette distinction par des battemens de mains multipliés. Ensuite M. l'abbé de Bois* mont, directeur, après avoir fait une espèce d'amende honorable à Molière au nom de l'Académie, qui, le comp-
(i) V. i5 août 1769. — R.
(a) Cet abbé se nommait La Fosse et non Pocquelin. Voyez VHîstoîre de la vie et des ouvrages de MoUère^ par J. Taschereau, p. 4 1 x de la 1* édition. — R.
tant au rang de ses maîtres, lë voyait toujours avec une douleur amère omis entre ses membres, a déclaré que pour réparer cet outrage autant qu'il était en elle ^ elle avait proposé son Eloge au concours des jeunes candidats; que M. deChampfort avait mérité le prix; que trois autres pièces avaient fait regretter aux juges de n'avoir qu'un prix à donner, et qu'une quatrième avait approché de très-près celle<;i. M. Dpclos a cru devoir ajouter son mot , en disant qu'on ignorait les auteurs des Accessit , mais qu'on les invitait à faire imprimer leurs pièces pour que les connaisseurs pussent juger, approuver l'arrêt de rAcadémie ou le casser ; il a ajouté modestement : «Nous nous croyons plus forts qu'un particulier, mais le public est plus fort que nous. »
Après tout ce préambule , M. d'Alembert a lu la pièce couronnée. Elle a fait une grande sensation . dans l'assemblée , et a excité de vifs applaudissemens. Il y a infiniment d'esprit, de goût, de philosophie dans cet ouvrage; mais il se sent encore de la jeunesse du candidat. Il manque de o^ bel ordre ^ de cette unité, le premier mérite d^ tout discours : il n'est pas fondu comme il conviendrait : d'ailleurs il y a trop peu défaits. M. de Champfort s'est beaucoup appesanti sur l'auteur et n'a pas assez développé Thomme; il a montré le génie de Molière sous toutes ses faces, et a glissé sur son ame, non moins digne d'être approfondie. La partie même du jugement des pièces est plus traitée en métaphysicien qu'en homme de l'art; trop de dissection, de finesse, de subtilité. Les réflexions du panégyriste sont si atténuées , qu'elles échappent quelquefois à l'auditeur. Quelquefois on trouve du faux, du louche, du galimatias , des comparaisons recherchées pour la plupart. I^e sujet est manié tantôt avec
trop d'importance et tantôt d'une façon trop burlesque ; le style est plus souvent précieux que naturel : tels sont les défauts qui compensent les beautés de cet Éloge : c'est un portrait de Molière plein de détails, d'une touche légère et délicate^ et non frappé de ces grands coups de pinceau qu'employait lui-même ce peintre inestimable. Quoi qu'il en soit, l'auteur a paru digi^e de la médaille qu'il a reçue; il a été obligé de franchir la foule pour venir la prendre, et le fauteuil près du secrétaire se trouvant vacant, il l'a invité de s'asseoir : grâce prématurée , pronostic heureux de l'honneur qu'il aura sans doute un jour. La coutume est de lire successivement le programme pour les prix de poésie de l'année suivante. Depuis quelque temps l'Académie avait laissé carrièt*eau génie des auteurs, et ne les assujettissait à aucun sujet; elle vient de reprendre, on ne sait pourquoi, ses anciens erremens, et a donné pour sujet du prix de poésie de 1 770, les Inconuéniens du luxe^ titre bien faible pour caractériser un vice, fléau des États et le principe de leur destruction. M. Duclos a, par le même programme, annoncé l'Éloge à faire pour 1 771 y afin de donner aux concurrens le temps de rassembler les mémoires; c'est celui de M. de FénélQn , archevêque de Cambrai.
M. Watelet , pour remplir le vide de la séance, a continué de faire part au public de quelques morceaux de sa traduction de la Jérusalem délivrée. Celui qu'il a lu est tiré du septième chant. Ce poète peint la fuite d'Herminie, et son entrevue avec un vieillard retiré des cours et vivant dans la solitude. On a déjà dit et l'on ne pont que répéter , combien le pinceau sec et froid de l'acaclémicien est impropre \x rendre les touches tendres et moelleuses de l'italien. Cette Iraduction, quoique en vers,
n'aura jamais réiégance et la force de celle de M. de Mirabaud en prose.
^9. — On vient de rendre public par la voie de l'impression le Procès ' verbal de renlèi^ement du Conseil Som^erain de Saint-Domingue j exécuté le 7 mars 1769. ^ Ce procès-verbal rédigé par ces Messieurs à bord du senaut le Fidèle Jean-Baptiste j le aa avril suivant , c'està-dire aussitôt qu'ils l'ont pu ,^ est un monument qui consacrera à la postérité un des effets les plus dangereux du despotisme militaire. On est fâché, en lisant cette pièce, que les RemorUrances Ae cette même compagnie, imprimées à la suite, en date du 24 dudit mois, ne répondent pas à sa situation et n'en peignent pas les horreurs avec cette éloquence mâle , dont plusieurs Partemens ont en pareil cas soulevé l'indignation générale contre les auteurs de ces vexations révoltantes.
Suit une LeUt^ du Parlement de Bordeaux au roi, pour supplier Sa Majesté de faire juger ces magistrats par un Parlement , et non par une commission , tribunal toujours suspect et désavoué par nos lois. Cet écrit est &ible aussi , et n'est pas digne du. sujet qui intéresse l'honneur de toute la magistrature.
3i. — Le discours que M. l'abbé Le Cousturiei*^ chanoine de Saint-Quentin, a prononcé le jour de Saint* Louis dans la chapelle du Louvre devant messieurs de l'Académie Française , excite de grandes rumeurs dans la cabale des dévots, et renouvelle la fermentation qu'occasiona, il y a deux ana, cehii de M. l'abbé Bassinet (1). On reproche encore à l'orateur de cette année d'avoir fait un discours trop profane, d'avoir envisagé en Louis IX le monarque seul , sans parler du saint , d'avoir fronde
(i) V. a8 septembre 1767. — R.
4o MEMOIRES SECRETS.
les croisades, de s'être élevé avec force contre le tribunal de l'Inquisition, d'avoir donné des leçons de politique dans une chaire où il ne devait donner que des leçons de vertu. On va jusqu'à supposer que cet abbé est un suppôt du parti encyclopédique , parti qui ne cesse d'élever sa philosophie fausse et dangereuse sur les ruines de la vraie religion. On tourne même contre l'orateur les éloges qu'il a reçus des spectateurs, et ces battemens de mains réitérés , qui ne sont d'usage que dans les assemblées profanes, au théâtre, ou au barreau. Le zèle des fanatiques a été porté au point de dénoncer ce panégyrique à M. l'archevêque pour en suspendre l'impression, et lui attirer les censures de ce prélat. Heureusement le discours est déjà imprimé par ordre de l'Académie Française, et dans une délibération subséquente ces messieurs ont arrêté de députer trois de leurs membres au premier gentilhomme de la chambre en exercice , pour le supplier de présenter l'orateur à Sa Majesté, et de lui offrir son discours , faveur nouvelle et signalée de la pari de l'Académie. La cérémonie doit avoir lieu dimanche à Versailles , et c'est M. le duc de Fronsac qui s'en est chargé.
i*' Septembre. — Il paraît une huitième Lettre (Tun actionnaire de la Compagnie des Indes ^ servant de suite à celles dont on a parlé ( i ) , qui ne fait pas moins de bruit que les précédentes par les détails dans lesquels l'auteur entre sur l'intérieur des assemblées. Heureusement pour ceux qui y sont dépeints, elle n'est encore que manuscrite ainsi que les précédentes.
2. — ^ On assure que le sieur Baculard d'Arnaud , auteur de plusieurs ouvrages larmoyans, tels que jéré^
(i) V. a8 mars 1769. — R.
SEPTEMBRE ^7^9* * à^
miades (i), élégies, drames funéraires, a obtenu la pension que le sieur Poinsinet avait sur le Mercure, et que c'est à la sollicitation de l'abbé de Langeac auprès de M. le comte de Saint-Florentin. Ce jeune abbé est déjà un Mécène très-ardent pour les gens de lettres , et fait refluer sur eux la passion excessive dont il est dévoré pour les Muses.
3. — - Quoique la feuille répandue par M. Godeheu (ii) regardât spécialement l'abbé Morellet, puisque M. le comte de Lauraguais n'avait avancé le fait en question que sur le dire de M. l'abbé ; cependant ce seigneur a bien voulu répondre au réclamant. Il lui a écrit une lettre (3) très-adroite , dans laquelle il prouve que M. Godeheu n'a pas traité la question, et que,xbien loin de décharger l'ancienne administration , il l'inculpe lui-même par la nullité de son observation ; qu'en un mot, il ne s'agissait pas de prouver contre l'abbé Morellet pour quel motif messieurs de l'administration s'étaient partagé entre eux une somme quelconque , prétendu bénéfice du commerce; mais si cette somme partagée était réellement un bénéfice , et c'est ce que l'auteur de la feuille ne prouve en rien.
4* — M. l'abbé Morellet a fait une seconde édition de son Mémoire f dans laquelle il annonce une réplique à M. Necker. On assure que cet abbé a quatre mille livres de pension du Gouvernetnent pour avoir fait le Mémoire en question.