‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 5 sur 58 · Les Comédiens Italiens ont donné, le samedi · texte numérisé non relu

Les Comédiens Italiens ont donné, le samedi

(i) V. a6 décembre 176a. — R.

(a) V. i5 août 1769. — R.

(3) On la trouve daas le Mercwe de France y septembre 17^9, p. i5'»,

l\% . MiMOtRÉS SECRETS.

^ 2 de ce mois, la première représentation d'un petit drame en un acte, intitulé t Amant déguisé ^ ou le Jardinier supposé. Les paroles sont de Favart , la musique de Philidor, et quelques triviaux et usés que soient et le titre et l'intrigue , cela ne peut manquer d^He^ fort loin , à la faveur de ces noms, illustres sur la scène bouffonne.

6. — Une compagnie vient de former un établisse* ment digne de la ville de Sibaris; elle ai obtenu uti privilège exclusif pour avoir des 'parasols, et en fournir à ceux qui craindraient d'être incommodés du soleil pendant la traversée du Pont-Neuf. Il y aurades bureaux à chaque extrémité de ce pont, où les voluptueux petitsmaîtres qui ne voudront pas gâter leur teint se pourvoiront de cette utile machine ; ils la rendront au bureau de l'autre côté, ainsi alternativement, moyennant deux liards par personne. Ge projet a commencé à s'exécuter lundi dernier. On annbnceque si cette invention réussit, on est autorisé à former de pareils bureaux dans les autrc'S endroits de Paris où les crânes pourraient s'affecter, tels que le Pont-Royal , la place de Louis XV, etc. Il y a apparence que ces profonds spéculateurs obtiendront aussi le privilège exclusif des parapluies.

On rappelle à cette occasion un projet beaucoup plus utile, dont on fournit lé plan à M. de L'Averdy, lorsqu'il était encore contrôleur-général ; c^était celui d''éla'blir dès brouettes* à demeure à difPérens coins de rues^ où il y aurait des lunettes, qui se trouveraient prêtes à recevoir ceux que des besoins urgens presseraient tout à coup. On prétendait que celui-ci n'était qu'une dérision ; qu'un plaisant anonyme voulut persifler par là le ministère vil et minutieux de M. de L'Averdy. Les entrepreneurs promettaient de rendre une somme au trésor royal ; ce

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qui tournait l'affaire^ en un impôt digne d'être assimilé ^ à celui que Vespasien avait mis sur les urines des Romains. Tant 'd'industrie prouve à quel point l'argent est devenu un besoin indispensable, et comment on se tour*mente en tout sens pour en acquérir.

7. — On commence à croire que le Wauxhall des Champs-Elysées, qui portera le nom célèbre de Colysée, parce qu'il sera dressé sur le plan du Colysée de Vespasien, aura lieu certainement parla grande quantité d'ouvriers qu'on vient de distribuer depuis peu pour les fondemens de ce vaste édifice. Plusieurs dés actionnaires ont cependant retiré leur parole; mais où se flatte qu'il s'en présentera d^autres, et que la Ville, d'ailleurs, suppléera aux fonds d'un établissement dont elle doit avoir les prémices.

8. — L'on assure que le Parlement, vivement touclié des impressions fâcheuses que peut répandre contre ce tribunal X Histoire que vient de publier M. de Voltaire, a chargé des avocats d'y répondre , non pair le désaveu des faits, qu'on assure être vrais, mais en rétablissant ceux que Tauleur a omts exprès, et en mettant à découvert toute. la tnalignité d'un pareil ouvrage. Il paraît en effet qu'on a voulu dégrader ce tribunal de toutes le^ manières, sauf un point, sur lequel on le loue constamment, et l'on ne cesse de lui rendre justice à chaque page; c'est sa constance inébranlable à s'opposer aux entreprises de la cour de Bome, et à repousser les usurpations.

10. — Un nouvel adversaire s'élève contre M. l'abbé Morellet , et ce ne sera vraisemblablement pas le dernier. Celui-ci répand un imprimé de dix-huit pages in-4% ayant pour titre : Éclaircissemens sur le mémoire de

Vabbé Morellety concernant la partie historique de la Compagnie des Indes et Vorigine du bien des actionnaires. On assure que l'auteur relève plusieurs réticences du détracteur ; qu'il attaque et démontre son ignorance et sa mauvaise foi. Il entrç dans des détails intéressans sur l'origine et la nature des droits des actionnaires ; il appuie et développe ce qu'avait déjà dit à cet égard M. Necker ; il y ajoute et prouve combien leur propriété est respectable et sacrée.

i3. —Les Comédiens Français ont pris l'alarme de-^ puis qu'il est sérieusement question du nouveau Wauxhall, sous le nom de Colysée. Ils ont fait des représentations au ministre ayant le département de la police de Paris ; ils ont déposé dans son sein leurs inquiétudes sur le sort que pouirait leur faire un spectacle qui semblait vouloir envahir tous les autres , et s'appeler exclusivement le Temple des arts et des plaisirs. Ils ont fait va-* loir les droits qu'ils avaient à la protection du Gouvernement ; ils ont intéressé à leur sort l'honneur de la nation même à ne point laisser déserter un théâtre , le premier de tous les théâtres , le modèle et l'école de toute l'Europe policée. M. le comte de Saint-Florentin a paru vivement affecté de leurs plaintes; il a eu la bonté de leur faire écrire, de les rassurer, d'entrer dans des détails concernant le nouvel établissement, et de leur promettre que tout autre Wauxhall serait interdit, excepté celui de la Foire Saint-Germain qui n'aura lieu que dans la saison même de cette Foire. I-.es amateurs des Fêtes de Tempe (i) sont de nouveau alarmés de cette lettre, et jugent que ces Fêtes ^ malgré leur privilège antérieur , seront supprimées l'année prochaine.

(i)V. i5 juillet 1769. ^R.

1 4. — On débite un pamphlet de sept pages in-8% ayant pour titre : Dialogue qui sera compris par ceux qui sont instruits de la position actuelle de la Compagnie des Indes , et par les intéressés aux nouvelles et anciennes actions. C'est un sommaire des difïerens Mémoires de la Compagnie des Indes et leurs conclusions sur le parti à prendre. Cette misère ne serait pas lue, si le nom de cette Compagnie infortunée ne réveillait aujourd'hui l'attention du public, et n'excitait son intérêt.

16. — On voit dans le public une brochure in-folio, portant le Projet d'un Lombard ^ ou Mont-de-Piété ^ dont on demande l'établissement à Paris, avec les régiemens qui doivent y être observés. Les Lettres patentes de Louis XIII pour un semblable établissement y sont rapportées comme le modèle de celui qu'on propose aujourd'hui.

17. — De la paix perpétuelle y par le docteur Goodheart, brochure in-8® déplus de cinquante pages. Ce projet, traité politiquement par l'abbé de Saint-Pierre et par M. Rousseau de Grenève , ne sert \t\ que de cadre au développement du système de tolérance que ne cesse de prêcher depuis si long- temps le fameux philosophe de Ferney. Il voudrait qu'on détruisît tous les dogmes , sources intarissables de troubles et de divisions ; il trace en conséquence un tableau des horreurs du fanatisme, et ce sujet , remanié cent fois par le même auteur, reprend sous son pinceau enclore plus de chaleur et d'énergie. Le fiel qu'il broie avec ses couleurs donne à sa touche tout le terrible des peintures de Michel-Ange. M. de Voltaire est toujours sublime quand il parle d'après son cœur.

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