‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 41 sur 58 · MÉMOIRES S£CR£TS · texte numérisé non relu

MÉMOIRES S£CR£TS

Cette comédie, assez bien écrite, est un tissu de dialo^ gués et de tracasseries , où l'on a enchâssé quelques portraits et quelques détails faits avec esprit. Il y a parfois des saillies et de la finesse y mais le total de l'ouvrage est extrêmement faible , quant à la partie de l'intrigue et la con texture du fonds. I^a galanterie du public pour l'auteur femelle a empêché que la nouveauté en question ne fût plus mal reçue. Le sieur Désormeaux y historien connu, l'a présentée aux Comédiens, en déclarant pourtant qu'elle ne lui appartenait pas. On est parfaitement instrdiit que c'est une composition de madame la marquise de Saint-Chamond , ci-devant mademoiselle Mazarelli , fille non moins connue par ses aventures romanesques que par son goût pour la littérature. On sait qu'elle a concouru plusieurs fois pour les prix de l'Académie Française; mais il y a loin de ce genre au genre comique. *

II. — - On a élevé depuis peu , à Saint-Eustache , paroisse où M. de Chevert est enterré , un monument à son honneur, mais dans une simplicité convenable à ce grand homme. Il consiste en son médaillon, sans aucun ornement. Au bas est une pierre noire , sur laquelle est inscrite Tépitaphe suivante (i):

« Ci-rgît François Chevert, cominandeur « grand*croix de l'Ordre de Saint-Louis , chevalier de l'Aigle-BIanc de Pologne , gouverneur de.Givel et de Gharlemont, lieulenant-tgénérjil des armées du roi.

u Sans aïeux , sans fortune , sans appui , orphelin dès l'enfance, il entra au service à l'âge de onze ans; il s'éleva, malgré l'envie, à force de mérite ; et chaque grade fut le prix d'une action d'e'clal. Le seul titre de maréchal de France a manqué ,

(i) Composée par d^AIembert. — R.

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non pas a sa gloire , mais à l'exemple de ceux qai le prendront pour modèle.

« Il était né à Verdun sur Meuse, le 2 fe'vrier 1699. ^^ mourut à Paris, le a4 janvier 1769.

« Priez Dieu pour le repos de son ame. »

Oa voit avec plaisir que cette ëpitaphe ait été composée en français , pour que tout le monde puisse la lire et accorder à cet illustre guerrier la reconnaissance que lui doit tout bon citoyen (i).

14. — M. le duc de La Vrillière et madame la marquise de Langeac continuent à couvrir de la protection la plus éclatante les entrepreneurs du Colysée , ou à retarder leur ruine absolue autant qu'il sera possible. Ils viennent d'employer toute leur autorité pour procurer à ces entrepreneurs une ressource, qui sera trèsgrande pour le moment, mais ne peut durer long-temps. Ils ont engagé la fameuse Lemaure à chanter au concert du 1 5 de ce mois. On se rappelle que cette actrice a eu la plus belle voix de l'Europe, et a fait autrefois les délices de toute la France; mais elle a aujourd'hui près de soixante-dix ans; elle est retirée du théâtre depuis vingt-huit ans ; elle n'est point au courant de la musique moderne ; le vaisseau énorme où elle doit chanter , affaiblira nécessairement sa voix , eût-elle le volume qu'elle a toujours eu. Toutes ces considérations font douter que la virtuose en question soutienne son antique réputation. Malgré cette défiance générale^ les amateurs et les curieux se disposent à se rendre en foule au Colysée pour voir une pareille rareté. On assure que mademoiselle Lemaure, dont on connaît, ou dont on ne peut connaître

(i) V. 27 juillet 177 1. — R.

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les caprices étonoans , a mis à son marché les conditions les plus plaisantes. Du reste, on veut qu'elle se soit essayée dans le lieu où elle doit chanter, et que sa voix y ait eu un jeu merveilleux.

— Le sieur Boutin, receveur général des finances, frère de l'intendant des finances , si fameux dans l'histoire de la Compagnie des Indes , fait beaucoup parier de lui aujourd'^hui , mais d'une façon plus glorieuse que le dernier. C'est un virtuose renommé par son goût pour les arts. Il a entrepris de créer dans un faubourg de Paris un jardin singulier, où il rassemblera tout ce que la nature agreste et cultivée peut fournir de productions et dç spectacles, eu quelque genre que ce soit. Il à nommé le lieu Tivoli , et quoique l'entreprise de ce chef-d'œuvre ne soit pas à son point de perfection , on en parle avec emphase : la curiosité l'exalte; on se presse de l'aller voir, mais on n'y peut entrer que par billet. On veut que M. Boutin ait déjà répandu un million dans cet établissement.

i5. — * Les partisans de M. de Voltaire annoncent ^ comme certain, son retour en cette capitale. Ils prétendent que c'est M. le chancelier qui a engagé madame la comtesse Du Barry à obtenir du roi une faveur désirée depuis long-temps par ce poète. Ils ajoutent que le chef de la magistrature n'a pu se refuser au zèle que l'illustre proscrit a montré pour la bonne cause , qu'il a jugé, par les ptetits échantillons que l'on connatt de lui (i) sur cette matière, de quelle utilité il lui pourrait être pour subjuguer les esprits; et que, de son côté, le philosophe de Ferney a promis de renoncer à écrii^e contre la religion, et de s'attacher uniquement aux ob-

(i) V. 9 avril 177 1. — R.

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jets politiques j sur lesquels on veut qu'il s'exerce. Toute la littérature est dans l'attente d'un tel événement. Ses amis s'en réjouissent, et ses ennemis en tremblent. Le sieur Fréron craint fort l'interruption de ses feuilles.

16. — La Dunciàde^ qui n'avait d'abord paru, en 1 764 9 qu'en trois chants ( r) , est aujourd'hui en dix. On ne peut nier que l'auteur n'ait beaucoup de facilité^ que son poëme ne soit rempli d^images , et que ses critiques ne soient justes à bien des égards; malgré cela, la lecture en devient nécessairement fastidieuse, par le retour continuel de quelques noms , dévoués par l'auteur au ridicule et au mépris. Les sieurs Diderot , Marmontel et Fréron sont les principaux héros de son poème. Au surplus, il y a très-peu de mérite à avoir fait un pareil pamphlet , et il y a une audace el une présomption impardonnable à s'afficher ainsi pour le vengeur du goût. L'ouvrage, toujours censé publié par des éditeurs, est accompagné de préfaces , de lettres , d'à vert issemens , de vers, de notes relatifs au poème : on conçoit aisément que le plus grand nombre a été dicté par l'auteur. On y voit avec plaisir plusieurs lettrés de M. de Voltaire, qui, par son inconséquence ordinaire , en réprimandant le sieur Palissot de ridiculiser quelques personnages , amis du philosophe de Ferney, se déchaîne avec uiie fureur sans égale contre les écrivains , plastrons habituels de ses épigrammes , qui blâme la satire , et se permet en même temps les injures les plus atroces.

Le sieur Palissot est aujourd'hui à Argenteuil , et n'est point expatrié comme on l'avait dit (2). On ne remarque pas que son libelle contre les gens de lettres, ses con-

(1) V, n mars 1764. — R.

(a) V. 14 mai 1771. — R.

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frères , excite le grand scandale qu'il s'en promettait ; celte noavelle édition tombera bientôt daiis l'oubli , comme la première , et grossira la foule des écrits obscurs qu'il reproduit en lumière pour l'instant.

A la suite de la Dunciade, le sieur Palissot a fait imprimer un volume ayant pour titre : Mémoires pour sentir à F histoire de notre littérature, depuis François 1*^ jusqu'à nos jours. Ils embrassent cent quatrevingt-sept notices. Il parait que l'auteur a pris pour modèle le petit catalogue mis par M. de Voltaire à la fin de son Siècle de Louis Xiy(^i) , mais il n'a pu imiter le goût y la légèreté et la concision de ce grand maître. Il y règne, d'ailleurs, une partialité bien sensible^ et parcourant ce panthéon littéraire, où parmi les auteurs vivans, les sieurs de La Harpe, Le Brun et Poinsinet de Sivry sont désignés comme autant de grands hommes du jour, l'auteur ne s'est pas oublié non plus; il s'y place avec une impudence suffisante pour démentir tout le bien qu'il dit de lui-même, et dont il a rempli les trois volumes nouveaux de ses œuvres. Ils ne tarderont pas à aller rejoindre les autres dans la poussière où elles sont ensevelies.

17. — Mademoiselle Lemaure a effectivement paru au Colysée. La foule des spectateurs était immense, et cette actrice convient avoir été intimidée à la vue d'une pareille assemblée. Elle a chanté le monologue du Sjrlphe^ et a joué la scène avec le sieur Legros. Son début en a singulièrement imposé, et le silence universel qui s'est formé , annonçait la sensation qu'elle a faite par la sublimité de son chant. Malheureusement il

(i) Cette liste d'auteurs se trouve , dans les éditions modernes, eu tète du Siècle de Louis XIV. — R.

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ne s'est pas soutenu , et dans le dialogue avec l'acteur , le sieur Legros a absolument couvert sa voix et l'a écrasée; en sorte que ceux qui ont autrefois entendu mademoiselle Lemaure , n'ont plus trouvé que les restes du plus bel organe, et ceux qui n'ont jamais eu ce plaisir , n'ont pu juger qu'imparfaitement, et n'ont point été émerveillés. Au surplus , on lui a prodigué les applau** dissemens les plus longs et les plus soutenus. On comptait qu'elle chanterait un second morceau, mais elle s'est trouvée trop fatiguée.

18. — * Un certain abbé Dubault (1) , curé d'Épiais, a fait aux Théatins , le dimanche de l'octave de la Fête- Dieu, un discours sur le respect que le chrétien doit à Dieu dans la sainte eucharistie en l'assimilant à celui d'un sujet envers son roi , et , par ce parallèle continu , il a trouvé moyen de faire une satire sanglante de l'ancien Parlement, une apologie du nouveau^ un éloge pompeux de M. le chancelier, et d'avancer les maximes les plus contraires à la liberté des Français, en les réduisant à la qualité de simples esclaves , et en annonçant clairenient que le roi était maître des biens, de la personne et de jia vie de ses sujets. Heureusement que l'auditoire n'était composé que de gens du peuple , de laquais, de femmes de chambre. Cependant quelques abbés s'étant trouvés là par hasard , en ont été fort scandalisés : cela a fait bruit insensiblement , et est parvenu aux oreilles de M. de Sartine qui a maùdé le supérieur des Théatins. Celui-ci n'avait point été spectateur, mais, sur les informations prises dans sa communauté , n'est pas disconvenu qu'il n'y eût quelque chose de trop zélé dans ce prédicateur de campagne : l'abbé Dubault^

(i)V. 18 juillet 1766. — R.

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instruit de l'orage qui se formait, a pris le parti d'écrire à M. le chancelier , de lui enYoyer son discours , en lut marquant qu'il voyait avec douleur qu'on lui fît un crime d'être trop royaliste. M. le chancelier, flatté sans doute de l'éloge non suspect d'un prêtre obscur^ a donné les ordres nécessaires pour qu'il ne soit pas inquiété , et il continue à prêcher de la même manière. Heureusement, cet orateur 9 digne du seizième siècle , est plus propre à faire rire par son style burlesque , son ton baladin, et ses convulsions d'énergumène , qu'à exciter une fermentation dangereuse. C'est vraisemblablement ce qui fait que M. le chancelier ne l'a pas traité plus favorablement, et s'est contenté de conserver un tel apologiste parmi le peuple^ tandis que des bouches plus disertes le prônent dans le grand monde.

ig. — Les Italiens donnent depuis peu une pièce en deux actes et en vers , mêlée d'ariettes, intitulée les Jardiniers (^i). Cette comédie, jouée pour la première fois le jour où mademoiselle Lemaure chantait au Coiysée , parut presque incognito ^ et , par cette raison, elle n'éprouva aucune contradiction. Depuis elle a été représentée avec plus d'afduence.

24* — Mademoiselle Lemaure n'ayant point voulu chanter lundi dernier, il n'y a pas eu de concert, ni de Colyaée. Il faut connaître jusqu'où vont les caprices de cette fille-là , pour croire les conditions plaisantes qu'elle a imposées,' à leur bizarrerie. Au reste, elle n'a pas voulu qu'il fût question d'honoraires : elle a refusé tout marché à cet égard. Elle est si mécontente du sieur Legros, qu'elle a exigé qu'il ne chanterait plus avec elle et qp'elle paraîtrait seule. Madame la marquise de

(() Paroles de D'Avesne, musique de Prndeut. — R.

Langeac et M. le duc de La Vrillière sont depuis lors aux petits soins auprès d'elle , et lui font une cour trèsservile. Au surplus , les entrepreneurs du Colysiéc sentant bien que cette ressource ne peut être que mouientanée^ et que le public^ après avoir satisfait sa curiosité, ne suivra pas cette chanteuse long-temps ^ ont itnagiiié un nouveau genre de spectacle. Ils sont décidés, dit-on , à faire venir des coqs d'Angleterre (i) , et à donner des combats de ces animaux , si courus dans le pays ; tiiàis on doute qu'un pareil genre de plaisii^ en fasse beaucoup à Paris : les femmes y sont d'un caractèi^e plus susceptible d'émotions vives ; Teffuision du sang leur répugne trop : elles se refuseront à coup sûr à ce spectacle , et l'on sait qu'ici les hommes ne vont point où il n'y a pas de femmes.

27. — C'est une madame de Vaudoncourt qui a fait élj^yer à ses frais le monument dont on a parlé, en Thonnctfr de M. de Chevert (2). Cette femme vivait depuis Ibàg-temps avec lui dans l'union la plus intime et la plus respectable; elle faisait la consolation de sa vieillesse, et il l'avait instituée sa légataire universelle , d'où il résultait un bien-être d'environ vingt-cinq mille livres de rentes; mais elle n'a pu voir achever ce monument, et n'a pas survécu long-temps à la perte de son bienfaiteur. L'épitaphe a été composée par M; l'abbé Tricot (3), l'homme de confiance et l'ami de cœur de M. de Chevert. C'est lui qui a suivi l'entreprise et a eu le bonheur de la

(i) Cet essai ne réiiâsit point : une tentative récente ( i8a6.) n'a pas eu plus de succès. — R.

(a) V. II juillet 1771. — R.

(3) Nous l'avons attribuée à d'Aiembert d'après l'autorité de M. Dulaare.

vair terminer. En sorte qu'on peut dire que Tamour et l'amitié y ont également concouru. Le médaillon est de la composition du sieur Vassé, un de nos plus fameux sculpteurs. Il est rendu dans toute la simplicité dont ou Ta annoncé , et a la qualité la plus essentielle , c'est-àdire une grande vérité et une parfaite ressemblance.

ag. -— On pe parle qu'avec la plus grande admiration des soins que M. le duc de Chartres prend de son auguste épouse depuis qu'elle est grosse, et qu'elle avance vers son terme. Il ne la quitte point; il redouble de tendres caresses , et bien loin de se livrer aux écarts de sa première jeunesse et qui paraîtraient plus excusables dans les circonstances présentes, ou les passions devraient le dominer davantage , il est avec la princesse sur le ton le plus bourgeois et le plus respectable; ce qui cause une joie extrême à M. le duc d'Orléans , et surtout à M. le duc de Penthièvre. '>.

3o. — Le sieur Doyen est un des peintres d'histoire les plus estimés aujourd'hui; il travaille actuellement*^ *réparer les peintures du dôme des Invalides très-endommagées. Depuis quelque temps madame la comtesse Du Barry a envT>yé chercher cet artiste et lui a témoigné son envie d'avoir un tableau de sa composition ; mais elle a déclaré qu'elle ne le voulait pas dans le geni*e de dévotion. Le sieur Doyen lui a répondu qu'il était à ses ordres / et qu'il ne faisait pas toujours des corps de saints : elle l'a laissé maître du choix , et il lui a proposé pour sujet le trait^ qu'il prétend historique, de cette Thessalienne que les ignorans accusaient de magie, et qui ayant paru devant l'empereur pour répondre sur l'imputation de ce crime, n'eut qu'à se montrer pour décider la question : c'était la plus belle créature qu'œil

humain pût envisager. Madame la comtesse a senti toute la finesse de ce madrigal pittoresque ; elle a adopté avec joi^un sujet aussi galant, et le sieur Doyen est trèsbien venu de cette dame. Elle l'a accueilli avec une bonté extrême, et sur ce que ce peintre a représenté à Sa Majesté qu'il sentait combien le bonheur d'approcher de sa personne royale, lui élevait les idées, et lui donnait du sublime dans l'imagination , qu'il lui serait infiniment avantageux de jouir souvent de cette inspi* ration , le roi lui a permis de se présenter à lui , quand il voudrait ; et il a ses entrées dans les petits appartemeus , où il est admis dès qu'il se montre,

3i. — r Lundi dernier, mademoiselle Lemaure a reparu au concert du Colysée. Elle y a chante plusieurs morceaux, nt&ais seule. Elle a été reçue avec des transports bien capables d'encourager son amour-propre. Sa voix a fait beaucoup plus d'impression que la première fois. Cependant, par un de ces caprices qui lui sont ordinaires , au moment où une partie de Torchestre avait déjà défilé, où les spectateurs se retiraient ^ elle a voulu régaler encore le public d'un au Ire morceau: on s'est aperçu qu'elle fajblissait sensiblement , et que pour son honneur elle aurait dû se refuser à cet excès de zèle. On ne lui en a pas moins su gré, et l'on a tâché, par des applaudissemens réitérés y de lui dérober l'humiliation d'une disgrâce.

Au surplus, on décore son triomphe de tout l'appareil extérieur qu'on accorde aux gens de la première distinction , ou aux orateurs les plus éminens. Un suisse va la chercher à son appartement , tandis que d'autres fout faire le passage et bordent la haie ; le premier la précède jusqu'à l'orchestre; un écuyer lui donne la main; ToM. III. 21

3ati MÉMOIRES SECRETS.

elle a deux ou trois femmes de suite : ou la recoiïdutt de même.

I** Aoirr. — Le sieur Propaud, ministre de Tévê^ue de Spire à la cour de France^ vient de mourir. li est question de faire conférer cette place à Tabbé de Yoisenon. Celui-ci avait deux mille écus* de pension sur les affaires étrangères que lui avaient ménagés .les ducs de Choiseul et de Prasiin. Il les a perdus à k disgrâce de ces deux ministres ; mais comme cet abbé y uniquement voué à l'amusement des grands seigneurs, n'épouse aucun partiy ne s'attache à persomie, et suit le vent de la faveur , il a profité de son accès auprès de M. le duc de Richelieu pour capter la bienveillance du nouveau ministre des affaires étrangères, et M. le duc d'Aiguillon, pour lui assurer quelque chose de plus solide, cherche à le faire nommer par l'^vêque de Spire à la place que la mort du sieur Prépaud laisse vacante. C'est à l'occasion de son entrée futnlr^ dans le corps diplomatique que M. Duclos, secrétaire de l'Académie ^Française, lui a dit ce joli mot si fin et si juste : « Je vous félicite, mon cher confrère, vous allez ddnc eiifin avoir un caractère, d

3. — ' * Principes aiH)Ués et défendus par nos pères ( i ). Institutions que nous sommes dans l* heureuse impuis^ sance de changer {*i). Lit de justice de 1770. Édit de février 1771.

(i) '< Sa Majesté devait croire que vous recevriez avec soumission une loi qui contient les véritables principes , des principes avoués et défendus par nos pères, et consacrés dans les monumens de notre histoire. » ( Discours du chancelier au Lit de jnstiee du 7 décembre 1770. ) — R.

(2) lis ( les membres du Parlement ) ont tenté d'alarmer nos sujete sur leur état, sur leur honneur, sur leurs propriétés , sur le sort même des lois qui établissent la soumission à la couronne, comme si un règlement de discipline avait pu s^étendre sur ces èbjets sacrés, sur ces institutions que nous sommes

AOUT I77I. 3îi3

Tel est le titi*e d'une nouvelle brochure qui, comme on voit, n'est qu'un extrait de deux phrases «mises dans la houche du roi. On y démontre que la plupart des citations des défenseurs du despotisme sont fausses, et que toutes les armes qu'ils empruntent en faveur de l'autorité contre les droits de la nation sont tirées d'une des Matinées du roi de Prusse (i), grand roi que la France admire, mais dont le gouvernement très-militaire et l'avis personnel ne peuvent ni ne doivent influer sur le nôtre.

4. •— * Une seconde brochure qui se répand en même temps que celle dont on vient de parler, c'est le Parle-^ ment justifié par V Impératrice de Russie , ou Lettre à M ***, dans laquelle on répond aux différens écrits que M. le chancelier fait distribuer dans Paris (a).

L'objet de l'ouvrage est de répondre aux différens écrits que M. le chancelier fait distribuer dans Paris. De ces écrits qui étaient, lorsque l'auteur écrivait, au nombre de cinquante, et qui sont aujourd'hui multipliés à celui de plus de ftent, il n'en trouve que quatre dignes d'êti-e discutés , savoir : lés Réflexions dua citoyen (3) , les Considérations sur VÉdit (4), les Remontrances dun citoyen , et les Obsen^ations sur V écrit intitulé ; Proies-^ talion des Princes (5). Il cherche à en démêler les so-, phismes, tous provenus faute d'avoir établi les principes et la nature du gouvernement monarchique. Il croit ne

dans t heureuse impuissance de changer, et dont la stabilité sera toujours garaliitie par notre intérêt inséparablement lié avec celui de nos peuples. » ( Préambule de l'Édit de février i;;7i» portant création de Conseils Supérieurs. ) — R.

(1) V. 7 février 1765. — R.

(a) Réimprimé dans le Maupeouana , tome T' p. 84-129. t- ïl.

(3)-(4) V. 8 avril 1771. — R.

(5) V. 17 mai X771. — R

pouvoir mieux les fixer que par l'analyse de l'Instruction donnée par Catherine II , impératrice de toutes les Russies, aux personnages chargés de dresser le projet de son nouveau code de lois. Il prétend que « M. le chan^ celier, qui s'est aperçu combien les principes de cette Instruction étaient contraires à ceux qail a tâché d'établir dans son discours au Lit de justice, et dans le préambule de l'Édit de décembre 1770, en a fait défendre rentrée dans le royaume. »

Quoi qu'il en soit, ce beau monument de législation est heureusement connu par les extraits qu'en ont donnés les papiers publics, et l'écrivain en question le prend pour base de son système. Il en infère des conséquences qui détruisent absolument toutes les objections des divers auteurs qu'il réfute. L'article le plus neuf de l'ouvrage est celui où il explique la proposition aussi absurde que révoltante de laquelle les défenseurs du despotisme se prévalent pour autoriser leurs raisonnemens , savoir que le roi ne tient sa couronne que d#Dieu. Il démontre que les Parlemens, qui ont eu la faiblesse de l'admettre, n'ont jamais voulu ni pu lui donner le sens absolu dont l'expliquent ces adulateurs du trône; il comprend dans cette réfutation les inductions non moins pitoyables qu'on tire de la. formule antique des édits: Louis, par la grâce de Dieu , etc. Il prouve enfin qu'il n'est pas moins faux que le|*oi ne tienne sa couronne que de son épée, et il en conclut que ne la tenant que du consen-^ tement de la nation . il doit nécessairement être soumis à la loi comme les sujets, et que, pour Ty ramener, tout moyeu est permis , excepté celui de la révolte et de la sédition.

-— Le 3i du mois passé, l'Académie royale de Mu-

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