SUZ0N
On dit comm' ça qu'il s'est tué de rage Et que li-même a su s'empoisonner.
BABET
J' n' l'i croyons pas , ma foi , tant de courage : !
Comment ! li-mêm'? Mais v'ià d' quoi s'étonner!
SCZON.
En avalant de sa propre salive,
Çà l'a conduit aux enfers de droit fil. j
BABET
Je le crois ben , et pour que 1* cas arrive , I n' pouvait prendre un poison pus subtil.
— * Il court aussi une Épître à Fréron^ contre Voltaire , au sujet de sa lettre sur les opérations du chan<» celier ( i ). Nous allons la rapporter à cause de sa brièveté : >
Ne t'arme plus , Fréron , des traits de la satire :
De l'infâme Voltaire oserais-tu médire
Après qu'en bas flatteur il brûle son encens
Sur l'autel déserté du plus vil des Séjans.
Ah î perfide Protée ! est-ce ainsi , grand Voltaire ,
Que tu charges ton nom de l'horreur de la terre ?
(i) V. i5 mai 177 1. — R.
AOUT 177 ï. 335
Ta couronne civique (1) a flétri tes lauriers : Plus de gloire pour loi ; va, brûle tes cahiers ; £t bi jamais je vois , au temple académique , Ton portrait, ta statue, ou quelqu'autre relique , Ne pouvant les briser, je veux cracher dessus (2). Cessé de t'avilir , Fiéron, ne le crains plus. Quand il louait Choiseul , et l'État et nos pères , Le parjure empruntait la langue des vipères ; Tu n'es que trop vengé, méprise ce serpent ^ Dédaigne d'écraser un insecte rampant.
Cujus vita despicitur^ opus ejus contemnitur,
— - La séance publique de rAcadémie Française a
eu lieu hier, suivant l'usage. M, d'Alemberl,au lieu de M^ Duclos , qui lui-même était à la place de deux autres (3), a fait les fonctions de directeur, dont M. Duclos avait pourtant pris le fauteuil. Il a lu une espèce de préface pour le discours dont l'auteur a été couronné. Il a averti le public des règles que les Académiciens se sont imposées pour lexamen des pièces qui concourent, pour le choix de ces pièces, et enfin pour la préférence accordée à celles qui remportent le piîx.
Il a lu ensuite le discours en question, dont le sujet était V Éloge de Fénéhn. On y a trouvé de très-belles choses, mais il n'est pas sans défauts. L'orateur, qui sait lire, en a fait passer de bien médiocres et de bien mal-
{t) Voltaire, dans sa lettre à Marin, dit qu'il faut décerùer une couronne civique au chancelier. — Ha été question au x5 mai 1771 , d'une lettre de YqI taire au chancelier : Wagnière reconnaît qu'elle a été écrite, mais il nie qu'ejle fût adressée à Maupeou. Peut-âtre , et la note qui précède autorise à le croire, était-elle adressée à Marin. — R.
(a) Hémistiche voltairien qu'il applique aux Odes sacrées de M. de Pompignau.
{y) FoBc^magnè et Tévéque de Sentis. — R.
adroites. Quand sa poitrine est fatiguée , il n'a qu'à terminer la phrase où il s'arrête par une certaine inflexion de voix, aussitôt les auditeurs émerveillés applaudissent à la ronde, et lui donnent le temps de reprendre haleine. Il a fait halte à la seconde partie, et s'est fait donner une bouteille de la liqueur philosophique. Le géomètre a bu un verre de son élément , c»t il est arrivé très-heureusement à la fin.
On savait d'avance que c'éta^it M. de La Harpe qui avait obtenu le prix. M. Thomas a fait part ensuite au public des extraits du discours de l'abbé Maury qui a eu Vaccessit, et de quelques morceaux des autres discours qui ont concouru , où il y avait des choses assez libres pour les circonstances présentes, et que le lecteur a trèsbien fait sentir.
Auti'e préface de M. d'Alembert , où il venge la philosophie et la géométrie du reproche qu'on leur fait d'occasioner le dégoût des vers, tandis que c'est aux mauvais poètes qu'il faut s'en prendre. Il a annoncé que l'Académie préférera pour le choix de ses nouveaux membres ceux qui auront remporté les couronnes académiques.
Au surplus, éloges de M. de Voltaire, de M. le duc de Nivernois, du roi de Prusse; récit historique du nombre des pièces de poésie du concours ( quatre-vingts et tant ), dont la seule qui se soit soutenue a été celle de M. de La Harpe , qui pourtant est très-froide et ne vaut pas la médaille. Il en a été fait lecture, et la séance a fini de la sorte.
B est remarquable que cette fois-ci M. Duclos, sur les représentations qui lui ont été faites que la séance étant publique ne souffrait point d'exception , a crié d'une voix éteinte d'ouvrir la porte à tous ceux qui se