J^ MEMOIRES SECRETS
3 — Des curieux ont ici des morceaux de ce rocher épouvantable que l'impératrice de Russie a fait transporter à Saint-Pétersbourg, pour servir à la fameuse statue de Pierre-le-Grand , dont est chargé le sieur Falconnety sculpteur. C'est une espèce de granit, dont la pesanteur calculée selon les proportions de la masse entière, donne un résultat de trois milliards deux cents milliers. Le transport de ce rocher énorme, traîné plus de quarante lieues de loin, surpasse de plus de deux tiers les travaux des Romains en pareil genre , puisque l'obélisque le plus énorme qu'ils aient voiture n'avait que neuf cents milliers de poids.
4. — * L'ouvrage de M. le vicomte d'Aubusson a pour titre : Profession de foi politique d'un bon Français , avec cette épigraphe : Vox clamantis in deserto. Elle a trente-six pages et est souscrite ainsi : lia sentiebat rusticanus vir, Petrus Arnoldus^ vice - cornes Albusensis , anno Domini 1771.
Cette brochure est suivie ^Essais du simple bon sens sur lu Théorie des lois cii^iles et sur F économie politique des États policés y par un membre externe de la Société a' Agriculture de Brii^e-la'Gaillarde. Ceux-ci contiennent quarante pages.
5. — On a donné hier, au Théâtre Français, la première représentation du Bourru bienfaisant^ comédie en trois actes et en prose, du sieur Goldoni. Le nom de cet auteur, très-connu en Italie, son âge de plus de soixante ans^ et la douceur de ses mœurs, lui ont mérité la bienveillance du public, très-bien disposé pour un étranger qui comppsait pour la première fois dans notre langue^ et la pièce a été beaucoup mieux reçue et plus applaudie que de la part de tout autre. Elle est dans le goût de celles
qui forment son théâtre , plutôt un canevas dont les situations ne sont qu'indiquées , qu'un ouvrage fini : pathétique par le fond , comique seulement par l'accessoire; joliment conduite, mais dont l'intrigue commune n'excite que la curiosité de voir le dénouement de l'imbroglio, extrêmement compliqué par la diversité des intérêts qui se croisent. Le principal caractère ressort moins 9 parce qu'il n'est pas contrasté; tous les autres se développent faiblement, et lui sont par trop subordonnés. En général, ils ont tous une teinte uniforme de probité et de vertu , qui ôte à l'auteur la ressource féconde des oppositions si nécessaires au théâtre , et qui en produisent les grands effets. En un mot, il n'y a point ce vis comica, ce piquant de la critique, qui anime et satisfait la malignité du cœur humain. Le dialogue est extrêmement naturel , et c'est une des premières qualités de l'î^teur ; mais le ton trop élevé sur lequel se sont montés nos comiques modernes, a fait paraître celui-ci trivia] et plat à quantité d'amateurs.
6. — Le feu Père Griffet, Jésuite très- connu par la célébrité qu'il a eue , ayant entrepris dans un de ^s ouvrages (i) de prouver que MM. de Rohan ont eu le titre de princes, aussitôt que les princes étrangers ont commencé à user de cette dénomination pour caractériser leur naissance, et qu'ils en ont eu de tout temps le rang et les honneurs , un auteur anonyme a publié , l'année dernière, un mémoire (2) dans lequel il prétend faire connaître, par des principes constans et des faits incontestables, que ces prétentions n'ont aucun fondement;
(i) Traité des différentes preuves qui servent à étailir la vérité de t Histoire Liège, £770, ÎD-ia. — R.
(a) V. 6 décembre 1 7 7 1 . — R.
qu'il n'y a point, en France, de rang internjédiaire entre la famille royale et la noblesse ; que MM. de Rohan n'ont jamais eu d'autre titre et d'autre rang en Bretagne, du temps de ses ducs, ni en France, depuis sa réunion à la couronne, que ceux qui sont communs à toute la noblesse. Comme ce mémoire a jeté beaucoup d'incertitude sur l'assertion du père GrifFet pour la plupart des lecteurs, la maison de Rohan se propose de faire paraître incessamment une réponse, appuyée de titres et de pièces probantes qui justifieront ses droits.
7. — Suivant le rapport de ceux qui se sont trouvés à la cour, le samedi 'à novembre , à la représentation du Faucon y cette pièce a été huée, malgré le respect dû au lieu. Elle a paru si indécente et si ignoble, que tout le monde en a été révolté. Le sieur Sédaine est fort humilié.
8. — * M. le vicomte d'Aubusson est un homme d'environ cinquante ans. La délicatesse de sa santé et la fierté de son ame l'ont toujours empêché de se livrer aux intrigues de la cour et dcf^uivre la route que sa naissance lui oiyvrait à la fortune et aux honneurs. Grand jH'ôpriétaire de terres, ses vues se sont tournées- du côté de l'agriculture, et, après avoir combiné dans le silence tous les avantages de cet art pour la prospérité d'un État , il a senti de quelle importance il était de lui conserver une entière liberté. C'est à l'occasion de l'atteinte qu'il lui voit portée par contre-coup dans la révolution actuelle, qu'il a cru devoir ouvrir les yeux à ses concitoyens et au ministère, en communiquant ses idées à cet égard. Elles sont fortes, lumineuses, hardies; mais, ainsi que la plupart des politiques, il détruit plus aisément qu'il n'édifie. Dans la seconde partie de son ouvrage surtout, il
annonce un projet (i) pour liquider promptement les dettes de l'Etat^ sans mettre d'impôt^ et avec tous les avantages possibles , sans y trouver aucunes difficultés que sa simplicité. Comme il ne donne pas le mot de Té* nigme, et que la raison de son silence est fondée uniquement sur ce que dans ce siècle incrédule on lui rirait au nez ^ on serait tenté de regarder ce système comme une rêverie 9 si le surplus de cet écrit ne partait d'une tête trop bien organisée pour en juger aussi légèrement, sans connaître toutes ses ressources.
9. — * Tout le monde a lu les éloges outrés dont M. de Voltaire accablait M. le duc de Choiseul, et l'on sait avec quelle adulation basse il exalte aujourd'hui M. le chancelier et ses opérations. Le premier n'a pas cru pouvoir mieux se venger de ce perfide vieillard que par une plaisanterie, qu'il s'est permise sur son compte ; il égaie par le ridicule la noirceur du vice de l'ingratitude, dont l'apôtre de l'humanité s'est rendu coupable envers son bienfaiteur. Le ministre disgracié a fait élever, dans son château de Chanteloup, une girouette à la mode, qui marque les quatre vents cardinaux. Elle est surmontée d'une tête modelée sur celle de M. de Voltaire, et, jouet mobile de«) airs, elle tourne sans cesse au gré des aquilons. On sent aisément l'allusion de cet emblème (a).
— On écrit de Fontainebleau que le Bourru bienfaisant y a été joué devant le roi le mardi, 2 de ce mois , et
(i) V. 21 jaovier 1773. — R.
(a) L'auteur de la Correspondance secrète et familière , dont il a été parlé précédemment , rapporte ainsi ce fait que Wagnière croit sans réalité : « On assure que M. de Choiseul a fait faire en tôle les figures , au naturel, de Voltaire et de Tabbé de Voisenon : il les a placées sur les pavillons de Chanteloup où elles servent de girouettes. C'est apprendre aux gens ce qu'ils sont d'une manière très-fine et très-piquaute. » — R.
que cette comédie a été très-bien accueillie; qu'elle a fait rire et pleurer alternativement par des transitions douces qui ne donnent point à l'ame ces secousses convulsivcs qu'occasionent les drames modernes. Ainsi la cour et la ville se sont trouvées d'accord en matière de goût , ce qui arrive rarement. Au surplus, c'est peut-ôtre par cet esprit de contradiction que la comédie en question, le lendemain mercredi, n'a pas reçu à Paris les mêmes appiaudissemens que le premier jour. Le nombre des spectateurs avait déjà diminué beaucoup , et certains connaisseurs prétendent qu'on revient des éloges trop forts prodigués à l'an leur.
1 1 . — ^ Il nous est arrivé de l'étranger, depuis quelque temps, un nouveau livre ayant pour titre : De la Constilution de t Angleterre^ avec cette épigraphe : Ponderibus Ubrata suis. Il est précédé d'une épître dédicatoire à milord , comte d'Abingdon, pair d'Angleterre, datée de Londres le 24 décembre j 770 , et signée De Lolme, nom qui parait être celui de l'auteur. Dans cet ouvrage , undes meilleurs en politique qui ait paru depuis long-temps, l'écrivain remonte aux causes qui ont produit la liberté anglaise, et établit celles qui la maintiennent.
Il distingue trois grandes époques dans l'histoire de cette Constitution : le règne de Jean Sans-Terre , celui d'Edouard I" , et l'expulsion de Jacques II , ou plutôt l'exaltation sur le trône de la maison de Brunswick. Dans la première, la Grande Charte indique les bornes où devait ^se renfermer le pouvoir du roi. Dans la seconde, on trouve le premier exemple de l'admission des députés des villes dans le Parlement; nouvelle barrière élevée contre le même pouvoir. Enfin la révolution de 1688 acheva d'en fermer l'enceinte : c'est aloi^s que la Grande-
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Bretagne donna le rare spectacle d'un contrat primitif et formel entre le peuple et le souverain.
La Constitution de cet État est indélébile ^ suivant l'auteur, parce qu'elle est dictée par la nature ellemême; qu'elle est de plus décidée par une forme trèsmarquée de gouvernement, ayant par conséquent pour nouvel appui l'opinion , cette cause puissante qui maintient les Gouvernemens les plus absurdes , qu'elle a l'attachement d'une nation éclairée , et que , par le balancement de toutes ses parties , elle regagne nécessairement d'un côté ce qu'elle perd de l'autre.
Ce traité court, précis et rapide, est soutenu d'un style animé et vigoureux. L'écrivain s'est quelquefois permis des termes nouveaux, non par un néologisme ridicule, mais pour mieux rendre la pensée, et lui donner plus d'énergie, ce qui arrive presque toujours. Ceux qui n'auront pas lu l'ouvrage en question seront surpris de la sévérité avec laquelle le Gouvernement en empêche l'introduction ; mais, pour peu qu'on le parcoure, on en trouvera aisément les raisons.
12. — •* L'objet des écrivains patriotiques est de s'opposer au projet du chancelier, qui commence à s'effectuer par la faiblesse de certains magistrats qui se font liquider (i). Dans une Lettre <tun Français aux vic^ times (TÉbroin^ en date du 20 octobre 177T, on traite la matière fort amplement. Elle porte pour épigraphe ce fameux axiome : ISobis cunctando restituât rem.
Cet écrit, dont l'extrait serait trop long, est plein de choses, de raison et d'éloquence, et bien propre à faire impression sur tous les magistrats qu'un intérêt person-
(i) Quelques membres du Parlement, pour obtenir leur rappel d'exil, consentirent à se démettre de leurs offices dont le prix leur fut remboursé. — R.
nel, que la crainte ou l'espérance n'aveugleront pas.
1 4« — On écrit de Fontainebleau que Zémire et Azor^ ou la Belle et la Bête y opéra -comique nouveau, y a été exécuté sur le tjiéâtre de la cour^ le samedi 9, avec beaucoup de satisfaction de la plupart des spectateurs. On en a été si content qu'on l'a donné une seconde fois. La musique, du sieur Grétry, a fait le succès de ce petit ouvrage, dont les paroles sont du sieur Marmontel. La fameuse décoration de diamans a été employée à cette occasion, et elle a paru encore plus superbe et plus resplendissante par des additions et par un jeu plus brillant donné aux pierres.
i5. — Le sieur Gibert, membre de l'Académie des Belles -Lettres, vient de mourir. Ce gavant peu connu laisse deux places vacantes très- bonnes : celle d'inspecteur des domaines et celle de secrétaire de la pairie.
16. —* Plan dune conversation entre un avocat et M. le chancelier. Ce dialogue roule sur les reproches que l'auteur de la brochure est censé recevoir du chef de la magistrature , à l'occasion de la suspension de ses fonctions (t) et de celles de son ordre. Il y prouve que le serment fait par lui et ses confrères d'observer les lois et ordonnances du royaume les oblige de s'abstenir de concourir directement ou indirectement à tout ce qui parait leur être contraire ; que c'est par ce sentiment intime et irrésistible de leur conscience, que tous, sans assemblée^ sans conventicule , ont tenu une conduite pareille, et sont unanimes sans s'être concertés. Il en tire un puissant argument contre son adversaire. Il fait voir que lorsque six cents personnes , dont plusieurs n'ont
(t) Les avocats s'étaient refusés à plaider devant le Parlement-Maupeoit.
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pas toujours les mêmes Tdëes, soit sur les questions politiques et les points de droit public, soit même sur les querelles qui divisent l'Église de France, se réunissent dans un parti qui renverse leurs fortunes et leurs familles, il faut croire que cette unanimité si frappante entre tant de gens, d'âge, de caractère, de pays, de situation , de fortune et de sentimens différens sur tant d'autres points, porte sur quelque grand et respectable motif.
L'avocat part dç là pour développer d'une façon lumineuse combien les opérations de M. de Maupeou sont contraires aux lois et au véritable intérêt du roi et de l'État. Celui-ci , dans ses objections ou dans ses répliques, conserve ce tOQ mielleux et patelin que tout le monde lui connaît , et si bien souten^u dans la Correspondance secrète. Enfin , dans une espèce de péroraison de la plus grande vigueur, l'orateur s'échauffe, s'élève, s'enthousiasme, et bourre Sa Grandeur d'une prodigieuse force, au point que le chancelier, rendu à la méchanceté de son carjictère, développe toute la noirceur de son ame, et exhale sa fureur en menaces.
17. — * M ontbailli , veuve âgée de soixante ans, d'un embonpoint et d'une grosseur énormes, sujette à s'enivrer d'eau-de-vie, fut trouvée, le 7 juillet 1770, au matin , morte près de son lit , avec tous les symptômes d'une apoplexie subite, et des contusions, meurtrissures, blessures même, qu'elle s'était faites, probablement, en sortant de son lit et en se débattant. On était sur le point de l'enterrer, lorsqu'il s'éleva quelques rumeurs dans le peuple, à l'occasion d'une contestation, mue la veille, entre cette femme, son fils et sa bru. Ceux-ci sont ' accusés de parricide ; on les emprisonne séparément ; on visite le cadavre. Les médecins et chirurgiens de Saint-
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Orner disent unaaimement que la mort a pu être naturelle. Les juges crurent les accusés innocens ; mais, pour ne point trop aller contre la clameur populaire , ils ordonnèrent un plus ample informé d'une année, pendant laquelle les accusés garderaient prison. Le procureur du roi appela de cette sentence au conseil d'Artois, à minimâ. Ces nouveaux juges, malgré les dénégations constantes, simples et uniformes du mari et de la femme, condamnent le mari à souffrir la question ordinaire et extraordinaire, à mourir sur la roue, après avoir eu le poing coupé ; la femme à être pendue, et tous deux jetés dans lés flammes.
Montbailli fut envoyé à Saint-Omer pour y subir cet arrêt, prononcé le 9 novembre 1770, et il fut exécuté le 19 du même mois , en attestant jusqu'au dernier soupir son innocence et celle de sa femme. La femme , qui était enceinte, ne devait être exécutée qu'après ses couches. Son père et sa mère ont profité du délai pour demander un sursis à M. le chancelier, et l'ont obtenu. Ils demandent aujourd'hui la révision du procès, fondés sur une Consultation de treize avocats, et sur celle de M. Louis, célèbre professeur en anatomie.
M. de Voltaire vient de faire à cette occasion une brochure nouvelle^ sous le titre de la Méprise d'Arras. Il y plaide la cause de l'humanité avec son éloquence et son onction ordinaires; mais on découvre malheureusement que ce n'est qu'un cadre pour y enchâsser ses invectives, plus ordinaires encore, contre la magistrature et contre ses ennemis , qu'il déchire avec un acharnement inhumain (i). Il profite aussi de l'occasion pour
(i) Il est singulier que le rédacteur des Mémoires accuse M. de Yoltaire d'un acharnement inhumain contre les magistrats. Mais qui donc est l'inhu^
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encenser M. le chancelier, et louer ses opérations de la façon la plus outrée et la plus basse.
18. — * Le Manifeste aux Normands est un écrit très-violent 9 mais plus fort encore de choses, de raisonnemens et de citations. C'est une espèce de tocsin pour annoncer à cette nation que les fondemens de toutes les propriétés des Normands sont attaqués ; mais que n'appartenant à la France que par le fameux pacte de 1 204, la violation réfléchie de ce traité mutuel par une des parties contractantes le détruit, rend la province à son premier état ; qu'elle redevient partie de l'Angleterre , sa première patrie, ou bien libre d'en choisir une nouvelle.
19. -— ^ |Lies écrivains patriotiques ne se lassent point de répandre des brochures en faveur de la cause qu'ils défendent ; ils ne craignent point de répéter les grands principes consignés dans tant d'ouvrages, sur la liberté naturelle de l'homme , sur l'imprescriptibilité de ses droits, sur Torigine des rois, sur le contrat social , etc. Ils espèrent que ce qui ne sera pas assez clairement expliqué dans une brochure, sera mieux développé dans une autre , et que si la première ne peut franchir les barrières de la prohibition , une seconde pénétrera. C'est sans doute par cette raison qu'un anonyme vient de faire une Réponse aux trois articles de VÉdit enregistré au Lit de justice du 7 décembre 1770. Ces trois articles sont :
(( Nous ne tenons notre couronne que de Dieu ; » « Le droit de faire des lois par lesquelles nos sujets
main de celui qui fait rouer et brûler injustement ses concitoyens , ou celui qui réclame la justice en faveur des opprimés et qui sauve la vie à une femme innocente ? — W.
doivent être conduits et gouvernés nous appartient à nous seuls, sans dépendance et sans partage; d
a L'usage de faire des représentations ne doit pas être entre les mains de nos Officiers un droit de résistance; leurs représentations ont des bornes , et ils ne peuvent en mettre à notre autorité. »
La réfutation de ces maximes est d'autant plus aisée à faire qu'elle se trouve écrite déjà dans le cœur de l'homme , et que tous les monumens historiques de nos annales concourent à la confirmer par le fait. Le pamphlet en question, de vingt et une pages, rempli d'une logique vraie , saine et lumineuse, roule cependant sur des choses trop communes et trop rebattues depuis un an, pour en faire une plus longue analyse.
21. ^ Le sieur Keyser vient de mourir. C'était un empirique fameux par ses dragées anti • vénériennes. M. le maréchal de Biron l'avait mis fort en vogue par l'expérience qu'il avait fait faire de son remède en faveur des soldats de son régiment , dont le grand nombre est souvent ^infecté des suites du libertinage et de la débauche. Il était devenu l'Ësculapede cette troupe, et il y avait des hôpitaux établis dont il avait l'administration, et oïl ilexerçait ses cures. La Faculté de Médecine, toujours opposée aux curations qui ne s'exercent pas suivant ses principes, savait beaucoup de ses membres adversaires du sieur Keyser ; en sorte que l'utilité de son remède n'était pas sans beaucoup de contradictions, et devenait un problème très-embarrassant pour ceux qui en auraient eu besoin, malgré l'avantage apparent qu'il présentait et les facilités à s'en servir , ainsi que le coût très-médiocre dont il était.