Nous j pensons y ou Réponse de MM. les
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aifocats de Paris à V auteur de Vaifis Pensez-y bien. L'auteur y développe les raisons qui ont empêché les avocats de rentrer , raisons dont l'Ordre ne sent plus ^ sans doute , aujourd'hui la force victorieuse , puisqu'il a prêté le serment si désiré par M. le chancelier.
23. — * On n'a pas manqué de chausonner les avocats sur la ridicule et honteuse démarche qu'ils viennent de faire. Voici le vaudeville qui court sur leur compte.
L'honneur des avocats , Jadis si délicats, N'est plus qu'une fume'e. Leur troupe diffamée Subit le joug enfin ; £t de Gaillard (i) avide La prudence décide
^^iQu'il vaut bien mieux mourir de honte qufe de faim*
a 5. — M. le vicomte de Bombelles, officier aiu régiment de Piémont 9 a épousé, il y a quelques années , à Moutauban, la fille d'un négociant protestant (t^)^ et pour se conformer à la religion de la demoiselle , il a consenti que le mariage se fît dans le rit de sa religion , c'est-à-dire au désert ^ cérémonie proscrite par la loi en France, où les mariages des protestans sont déclarés nuls. Depuis , profitant sans doute de cette nullité, il s'est marié une seconde fois à Paris à une demoiselle Carvoisin , et la célébration s'est faite cette année avec toutes les cérémonies d'usage entre les catholiques. Un bruit sourd courait dès-lors qu'il avait déjà une femme ; mais il a nié
(i) Ce Gaillard est uq avocat qui , quoique jeune encore, a déjà beaucoup de réputation pour la consultation , qui aime fort l'argent, et qui , fâché de n^en plus gagner, a mis en train ses confrères pour rentrer.
(a) Mademoiselle Camp. — R.
constamment le fait, et il a passé outre. La demoiselle de Montauban attaque aujourd'hui ce second mariage : c'est ce qui fait la matière d'un procès important et curieux qu'on doit incessamment plaider au nouveau tribunal. Le sieur Linguet répand déjà un Mémoire en faveur de la première vicomtesse , et y déploie toute Téloquence qui lui est ordinaire , à laquelle prête infiniment le sujet ^en question.
26. — * La fête donnée à madame la comtesse de Provence par madame la comtesse de Yalentinois, le ai de ce mois, consistait en la représentation de Rose et Co^ laSy opéra comique ancien , et que les acteurs du Théâtre Italien ont exécuté. A ce spectacle a succédé un petit divertissement en trois actes , relatif à la convalescence de la princesse. L'abbé de Yoisenon et le sieur Favart s'étaient évertués pour y faire de l'esprit. Le tout a été suivi de couplets, où, par un mélange infâme, ces auteurs ont associé sans pudeur aux éloges de madame la comtesse de Provence ceux du chancelier et de ses opérations, et conséquemment des épigrammes satiriques xontre les Parlemens et la magistrature. M. de Maupeou , qui déroge sans cesse à la gravité de son état, n'a pas manqué de se trouver à la fête, ainsi que tous les ministres qui y avaient été invités.
27. — Bien des gens ignoraient ce qu'était devenu le sieur de Moissy, auteur connu, surtout par la Nouvelle École des Femmes, comédie assez jolie, et qui a eu beaucoup de succès au Théâtre Italien. On a su depuis qu'il s'est rendu à la Trappe, il y a quelque temps, et qu'il y avait passé deux mois, au bout desquels il avait été obligé d'en sortir, comme il arrive à presque tous ceux qu'un zèle indiscret et aveugle y conduit.
28. — L'opéra SAmadis de Gaule , exécuté ihardi dernier, et qui n'avait pas été remis depuis i^Sg, a attiré un inonde prodigieux. C'est un des plus beaux de Qûinault pour la composition et le spectacle, et de ce côté-là l'admiratiod ne s'est pas affaiblie; mais les changemens faits dans la musique par les sieurs La Borde et Berton ont paru si disparates avec celle deLulli, qu'il en est résulté une dissonance générale propre à révolter également les partisans de l'ancien goût et ceux du nouveau.
29. —On vient de poser à l'hôtel des Monnaies, sur la principale porte de ta rue Guénégaud , deux figures en pied, de grandeur naturelle, c'est-à-dire de six pieds environ, qui accompagnent les deux autres déjà placées, et représentent ensemble les Quatre Elémens. Ces deux dernières sont l'Eau et l'Air. La première est une Naïade, qui, la tête inclinée, tient un vase dont s'écoule un jet d'eau. La draperie de cette nymphe n'est pas ondoyante, comme il faut la supposer, et le fluide qui sort de l'urne n'a ni le transparent ni le mobile d'un liquide; tout l'ensemble en est matériel ; oo^ ne trouve rien de gracieux, rien d'élégant dans cette figure. Celle de l'Air a quelque chose de plus svelte. Elle est caractérisée par un pélican à ses pieds, oiseau fabuleux qu'on prétendait se nourrir de ce fluide, et que les poètes et les artistes ont adopté pour son emblème allégorique. La nymphe a les yeux tournés vers le ciel, et déjà le pied gauche levé ; elle semble disposée à s'élancer dans le ^ague de l'atmosphère; mais sa draperie ne flotte pas assez, et n'a pas plus que celle de la première figure la légèreté, le jeu, la souplesse qu'elle devrait avoir. Ces ouvrages sont de M. Caffiéri, sculpteur estimable qui s'est distingué au salon dernier.
ToM. in. 26
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I*' Décembre. — * Le sieur Jobard, avocat peu connu, s'est fait , il y a quelques jours , l'opération d'Origène. On raconte qu ayant été, le lendemain de la Saint-Mar^tin, à la prestation de serment , il a été depuis bourrelé de remords*^ et que , la tête échauffée par les reproches qu'il se faisait à lui -même , il n'a pu supporter les reproches encore plus sensibles d'une femme qu'il aimait, et qui , dans le cours de ses apostrophes , lui a dit qu'il n'était pas digne d'être homme. C'est au sortir de celte entrevue qu'il s'est fait la cruelle amputation dont on parle ; elle est telle qu'on doute qu'il en puisse revenir (i).
2. "— On a parlé des succès prodigieux qu'avait le spectacle forain du sieur Audinot. Il a attiré la jalousie de tant de concurrens , que , sans être interdit absolument , il a reçu un Arrêt du Conseil qui le réduit à sa première institution de spectacle populaire , lui interdit les danses et la plus grande partie de son orchestre.
3. — On a gravé une estampe satirique , représentant les quatre avocats qui ont été à Fontainebleau , députés par les vingt-huit (a). Ils sont figurés en mendians , avec une inscription qui caractérise chacun d'eux. Sous le sieur La Goutte est le mot Aifaritia, parce qu'il est vi-
(i) On prétendit qu*il avait adressé à ses confrères les quatre vers suivans :
Je ne TOUS suis plus rien , orgueilleux avoeals: J^ renonce à i[otre Ordre et quitte la partie ; J'en ai perdu le droit , et perdu pour la vie : Rentres fi tous youlrs , je ne rentrerai pas.
« Cette héroïde est courte , dit Crimm ( Correspondance Uitéivire , janvier X771); mais elle va au fait et emporte la pièce. » — R.
(a) Vingt-huit avocats réunis chez le sieur La Goutte, l'un d*entreeax , convinrent d'envoyer une dépu talion au chancelier pour l'informer de l'intention où ils étaient de reprendre leurs fonctions. — R.
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lain et ladre; sous le sieur Gaillard on a ints Cupiditas, pour exprimer son ardeur insatiable de gagner; l'air de butor du sieur Colombeau est accompagné du mot Stupiditas^ qui annonce que la bêtise a eu plus de part à sa défection que tout autre molif ; enfin le mot Paupertas annonce le motif pressant qui a déterminé le sieur La Borde y avocat du premier président d'Aligre, qui ne hii a jamais donné aucun secours.
4. — ' * Les écrits répandus par ordre de M. le chancelier en faveur de son système, dont le nombre s'était accru si rapidement j qu'en très - peu de temps on en comptait déjà quatre-vingt-neuf, avaient cessé depuis quelque temps. On ne sait si le cours en va recommencer avec la même abondance, mais on en voit déjà plusieurs sur toutes les boutiques de libraires. Celui qui se distingue est un pamphlet intitulé : Des droits de la Bretagne. Son objet est de motiver la réduction du Parlement de Rennes , en établissant que les États ont toujours réclamé contre l'augmeatation du nombre des offices. Le scientifique y est assaisonné d'injures contre le Parlement, qui rendent la brochure merveilleusement piquante.
5. — Les libraires associés à l'impression du Dictionnaire Encyclopédique vont bientôt entrer en lice, au nouveau tribunal , contre M. Luneau , et la rentrée du sieur Gerbier leur permet de choisir en lui un défenseur sur lequel ils comptent beaucoup. En attendant, ils répandent une petite brochure intitulée : Réflexions d'un souscripteur de ^Encyclopédie , sur le procès intenté aux libraires associés à cet ouvrage par M. Luneau de Boisjermain{\\ Gette brochure est spécieuse et mérite d'être distinguée.
(i) Par Stoiipe, imprimeur. (1771) in-8» de a4 pages. — R.
6. — L'année derniàre il parut un Mémoire sur les rangs et honneurs de la cour. Cet ëcrit fut occasioné par les disputes élevées à cet égard aux fêtes données en l'honneur du mariage de madame la Dauphine. Quoiqu'il fût anonyme, on sait très - parfaitement qu'il était de M. Gibert, de T Académie des Belles-Lettres, et secrétaire de la pairie , mort depuis peu. L'auteur attaquait les droits et les privilèges des princes étrangers établis en France, et semblait surtout diriger ses traits contre les titres et prérogatives de la maison de Rohan. L'abbé Georgel, un des féaux de cette maison , a cru devoir en prendre la défense , et il vient de publier, avec son agrément , une Réponse à un écrit anonyme , intifalé : Mé^ moire sur les rangs et les honneurs de la cour. Elle a deux cent vingt-six pages in-8% et est étayée de toutes les pièces justificatives.
'j.^^^ Voici le couplet chanté à la fête donnée par madame de Yalentinois , et qui fait tant de bruit.
Mfflgré Discorde et ses noirs émissaires, De la Justice ardera le flambeau ; A la Chicane on rognera les serres, Et Thémis sera sans bandeau.
Il est en centurie, comme on voit. C'est une Sibylle qui le débite à la suite de beaucoup d'autres, où l'on annonce aux Français le retour de l'âge d'or.
Le public n'est pas revenu de l'indignation ^'il a conçue contre l'abbé de Voisenon. Celui-ci, qui en a' d'abord reçu les complimens de la cour et du chancelier, voudrait aujourd'hui tout mettre sur le compte du sieur Favart. Mais comme on sait que cet auteur fait tout en commun avec l'abbé , ainsi que sa femme, il n'est cru de
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personne. Il parait constant qu'ayant été au Palais-Royal, pour détruire les fâcheuses impressions d'un pareil bruit, M. le duc d'Orléans, qui jusqu'à présent avait eu des bontés pour lui , lui a tourné le dos. L'abbé de Voisenon n'a pas été mieux accueilli de ses confrères à l'Académie Française. Ils n'ont osé s'expliquer avec la sévérité qu'ils lui auraient montrée en toute autre occasion ; mais l'accueil glacial qu^il en a reçu, lui a fait connaître ce qu'on pensait sur son compte. On ajoute qu'il a voulu entrer en explication, et que, dans le cours de sa justification, ayant dit, en se plaignant de la méchanceté de ses envieux, qii'on lui prétait beaucoup de sottises.. «.. «Tant pis , monsieur l'abbé, a repris vivenient M. d'Alembert , on ne prête qu'aux riches. »
Madame la comtesse de Valentinois n'est pas plus épargnée dans le public. On veut que madame la comtesse de Provence ait affecté de ne lui faire aucun remerciement ; que cette dame , piquée de ce silence , en lui rendant ses devoirs, lui ait demandé comment elle avait trouvé la fête qu'elle avait eu l'honneur de lui donner? Sur quoi la princesse aurait répliqué avec étonnement : a Une fête à moi , madame! je sais que vous en avez donné une dont j'ai^pris ma part; mais je ne vous en ai point remerciée, parce que j'ai cru qu'elle était pour madame Du Barry , ou pour M. le chancelier. » En effet, on sait que madame de Valentinois est^ depuis le commencement de la faveur de madame Du Barry, une de ses complaisantes , et à cette fSte elle lui fit des politesses et lui témoigna des attentions si marquées, que ce partage ne pouvait que paraître très -malhonnête et trèsindécent à madame la comtesse de Provence. Quoi qu'il en soit , les dépenses que madame de Valentinois a faites.
SgO MÉMOIRES SfiCRBTS.
à cette occasion sont bien compensées par quinze mille livres de pension qu'on vient de lui faire.
8. — Mademoiselle Dubois , actrice de la Comédie Française, qui par Tancienneté, plutôt que par ses talens j se trouve aujourd'hui la première , avait resté long-temps sans jouer : une maladie grave, plusieurs rechutes , et les promesses ordinaires faites de sa part , in articulo mortis j entre les bras de son confesseur^ de ne pas remonter sur le théâtre , faisaient craindre à ses partisans de ne l'y plus revoir. Mais ses sermens à Dieu n'ont pas eu plus de force que ceux à ses amans, et elle doit jouer aujourd'hui dans Zaïre. Le vrai çst que ce n'eût point été une grande perte. Elle a une figure trèsintéressante, le son de voix le plus harmonieux; mais de grands bras , des gestes monotones et nulle ame : ce qui a fait dire en jouant sur son nom , que c'était une actrice de bois , ou qu'elle n'était pas du bois dont on fait les bonnes actrices. Malgré cela , la nouvelle de sa rentrée au théâtre fait une grande sensation parmi les paillards, plus que parmi les connaisseurs; et. comme les premiers sont en plus grand nombre, c'est une fureur, et toutes les loges sont déjà louées.
II. — Le chevalier de Choiseul, l'Alcibiade du jour, épouse mademoiselle de Fleury, riche héritière de l'Amérique et nièce de madame la marquise de Yaudreuil. Ce Choiseul est vraisemblablement celui connu à la cour comme un très-beau danseur, qui, malgré la disgrâce générale de sa famille , s'y est conservé en faveur à force de bassesses , et sur lequel on avait fait;^ le couplet suivant , il y a plusieurs mois ,
DIÉGEMBRË I77Ï. 391
Sur l'air : Margoton , tout de bon.
Le plus ingrat , le plus bas , C'est le Ghoîseul aux entrechats.
Mais, quoiqu'on ne l'estime pas, A danser on l'invite. Pour les sauts , Pour les sots Il a du mérite.
1 3. — Copie de la lettre du Conseil de V École royale militaire^ à M, de Bombelles, du 27 novembre 177 t.
« L'ÉcQle royale militaire, Monsieur, a été pénétrée de douleur en lisant le Mémoire que l'indignation et le désespoir viennent de publier contre vous. Si vous n'eussiez pas été élevé dans cette maison , nous ne verrions dans votre affaire avec la demoiselle Camp qu'une scène affligeante pour l'humanité , et nous la couvririons dans notre enceinte du voile de la pudeur et du silence ; mais nous devons à la jeunesse que le roi y fait élever, de lui inspirer pour vos égaremens toute l'horreur qu'ils méritent, et nous nous devons à nous-mêmes de ne pas paraître indifférens à l'éclat qu'ils font dans la capitale. Nous laissons aux ministres des autels, et aux magistrats, organes des lois, le soin de prononcer sur les liens que vous avez formés aveé la demoiselle Camp; mais il est un tribunal auquel vous êtes comptable des procédés que vous avez mis dans votre conduite avec elle : celui de l'honneur. C'est à ce tribunal, qui réside dans le cœur de tous les honnêtes gens , que vous êtes cité de toutes parts et qu'on vous condamne. Il est des erreurs que le feu de la jeunesse n'excuser^ jamais, et les vôtres sont malheureusement de cette espèce. Tous les Ordres qui composent cette maison , nous invitent non-seulement à
VOUS le dire , mais encore à vous déclarer qu'il est dans le vœu commun que vous vous absteniez d'y paraître davantage.
« Nous sommes , etc. »
14. — ' M. Piron, quoique plus qu'octogénaire, conserve encore toute la vivacité de son esprit , et ses conversations sont une série continuelle d'épigrammes. Il en fait aussi par écrit : il n'a point oublié son éternel ennemi, M. de Voltaire, et de temps en temps il fait des hostilités contre lui. C'est dans un de ces accès de haine qu'il a décoché le sarcasme suivant , qu'on ne trouverait pas pardonnable , si la vieillesse de l'auteur ne l'autorisait en quelque sorte à plaisanter sur celle de son rival. Voici les vers du premier :
Sur l'auteur dont l'épiderme Est collé tout près des os , La Mort tarde à frapper ferpie , De peur d'ébrécher sa faux^ Lorsqu'il aura les yeux clos , Car si faut-il qu'il y vienne , Adieu renom , bruit et los :
Le Temps jouera de la sienne.
16. —* Outre l'épigramme qu'on a vue sur les avo^ cats(i), on a fait les vers suivans;
Sur un méchant chariot traîne par l'Infamie, La Honte pour cocher, pour postillon l'Envie , Couverts de déshonneur, pleins d'amour pour l'argent , Devers le chancelier cheminant lentement , Quatre preux chevaliers (2) d'une bande perversç^
(i) V. a3 novembre 1771. — R.
(a) V. 3 décembre 177 1. — R.
DECEMBRB l'J'Jl' SgS
Suppliaient monseigoeur que, par sa grâce expresse,
A vingt-buit repentans il donnât le pardon.
u Je l'accorde , dit-il , plaidez , je suis trop bon ;
Plaidez; mais, pour punir votre race parjure,
Avec les procureurs, enfans de l'imposture,
Sojez tous confondus, comme eux portez mes fers,
Renoncez aux lauriers dont vous fiites couverts.
Je vous pardonne , allez , et que ma complaisance
Soit désormais le sceau de votre obéissance ;
Abaissez votre orgueil; craignez de m'indigner...
Il entrait dans mon plan de vous exterminer. »
Honteux, légers d'honneur, chargés d'ignominie,
Nos quatre mendians joignent la compagnie:
« Messieurs, leur dit un d'eux, on nous rend la parole; '
Nous pouvons tous plaider, mais un point me dés-:>Ie :
Désormais à la gloire il nous faut renoncer. »
Un chacun se regarde, on allait balancer :
Mais La Goutte à propos haranguant la cohorte ;
u Plus de gain, moins d'honneur, amis, que nous importe?
Aux autres avocats laissons ce vain espoir.
Que l'ardeur de l'argent guide notre devoir.
Foulons aux pieds l'honneur; est bien sot qui l'adore.
]Nou0 vivions bien sans lui , nous vivrons bien encore. »
17. -- La grande fermentation qu'occasionait dans le public la réduction du spectacle du sieur Audinot^ si essentiel aux plaisirs de cette capitale, a produit son effet. On vient de lui conserver tous les accessoires dont il avait embelli son petit théâtre , moyennant douze mille livres de rétribution pour l'Opéra. La foule redouble chez lui depuis ce temps, et il ne peut suffire à la multitude des curieux.
18. — Les Comédiens Italiens ont enfin donné avanthier Zémire et Azor. Le succès prodigieux de ce spectacle à Fontainebleau avait excité un concours de monde
394 Mf M OIR^ SECRETS.
extraordinaire. Madame la duchesse de Chartres était à cette représentation ^ et a attiré les appiaudissëmens les plus universels ^ les plus soutenus et les plus flatteurs. En vain M. le duc de Chartres a cherché à se soustraire, par Yincogniùo j aux mêmes témoignages de tendresse et d'admiration , le cœur des spectateurs a trahi ce prince , et il a reçu aussi sa part des marques de la satisfaction publique.
La ville n'a pas été tout-à-fait d'accord avec la cour sur la pièce nouvelle. Plusieurs morceaux de musique ont allumé les plus vifs transports ; mais le total a paru triste et langoureux, et le drame n'étant pas soutenu par l'appareil et la magnificence des décorations , des ballets et des accessoires qu'il avait à Fontainebleau , a manqué une partie de son effet.
On a demandé l'auteur, suivant l'usage introduit depuis quelque temps. Il a eu peine à paraître; mais le tumulte est devenu si grand , que le musicien s'est montré. Le sieur Grétry retiré , les mêmes brouhahas ont continué, et l'on a crié aprèsf l'auteur des paroles. Le sieur Marmontel ne jugeant point de la dignité d'un membre de l'Académie de paraître aussi, l'Arlequin est venu, et avec ' quelques lazzis il a calmé la bruyante cohue.
ao. — M. Luneau de Boi^rmain continue sa guerre contre les libraires. Il est occupé actuellemeat à escarmoucher contre le sieur Diderot, qui s'est immiscé comme . un sot dans cette querelle. Il vient de donner une nouvelle édition augmentée de sà. Lettre à ce savant, en date du I*' septembre. I^a précipitation avec laquelle il l'avait composée , ne lui avait pas permis de chercha toutes les pièces propres à justifier les faits énoncés dans cette letti*e
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et d'y rassembler des anecdotes et des remarques trèscurieuses. C'est ce qu'on trouve dans celle<;i , en date du ]*' décembre. On y lit, entre autres choses , une lettre particulière de M. Diderot à M. Luneau (i), qui prouve que celui-ci a été le confident du premier, sur l'objet en question, au point de recevoir dans son sein des faits qui ne pouvaient être sus que de M. Diderot. Il y est question des sept derniers volumes de V Encyclopédie charpentés, opération douloureuse faite par le sieur Le Breton aux chefs-d'œuvre de cet auteur , et qui lui avait fait jurer de ne plus travailler à V Encyclopédie.
ai. — - On a donné cette semaine à Choisy un spectacle pour madame la comtesse Du Barry. Comme elle aime ce qui est extrêmement gai , on a choisi la Vérité dans le vin, pièce très-grivoise, du sieur Collé. Quantité de femmes de la cour qui ne connaissaient point cette comédie ordurière^ ont été décontenancées, et cela a donné un divertissement d'une espèce particulière à madame la comtesse Du Barry.
24. — ifl Mère jalouse j comédie en trois actes et en vers , jouée aujourd'hui , pour la première fois, à la Co-« médie Française, n'a pas eu le succès dont se flattaient le sieur Barthe et ses partisans. Suivant l'usage des pièces trop prônées dans les cercles , elle a infiniment perdu à la représentation. Le caractère principal a paru absolument manqué, et les incidens amenés pour le faire valoir, n'ont servi qu'à mettre au jour la maladresse de l'auteur et son peu de connaissance des mœurs^ et des
(1) Outre cette dernière lettre de Diderot ^t celle qui occasiona la réponse de Luneau on trouve dans sa brochure une troisième lettre de l'encyclopédiste : aucune de ces trois lettres n'a été recueillie dans les OEmvret de Diderot. — R.
principes de la société. Les autres personnages n'ont pas été traités avec plus d'intelligence ; l'intrigue mal ourdie ne produit aucun intérêt, pèche contre les vraisemblances, et se dénoue aussi gauchement qu'elle est tissue. Beaucoup de longueurs , une marche continuellement embarrassée, des scènes oiseuses , ont jeté dans cette comédie un froid et un ennui mortel. Les connaisseurs y ont vu avec douleur combien il fallait rabattre des espérances que la seconde comédie (i) de ce poète avait données sur son compte , ou plutôt ils ont conclu qu'il n'y avait aucune ressource dans la stérilité de son génie. I^ style même est fort inférieur à celui des Fausses infidélités : souvent de l'entortillé, du précieux; quelquefois du bas , et rarement le ton noble et vrai. Beaucoup de petits portraits de porte-feuille , placés à droite et à gauche pour remplir les scènes , et exciter les applaudissemens, mais ne tenant en rien au fonds du sujet, et pouvant s'en détacher aussi aisément qu'ils y sont enchâssés. Enfin nulle invention, et de l'esprit prodigué mal à propos. Voilà le résultat de ce chef-d'œuvre, qui peut-être aurait été plus mal accueilli du parterre , sans la présence de madame la duchesse de Chartres et de M. le duc d'Orléans.
26. — Il n'est personne qui n'ait connu dans Paris une fameuse courtisane, d'une beauté rare, ci -devant mademoiselle Dufresne , et devenue madame la marquise de Fleury. Cette femme , après avoir été l'entretien de tous les cercles^ après avoir vu à ses pieds tout ce que la cour et la ville avaient de plus grand et de plus
(i) Barthe avait débuté au Théâtre Français par CAmateuTy comédie enuu acte, qui av«it obtenu peu de succès. ( Y. 3 mars 1 764. ) Il fut plus heureux en donnant les Fausses infidélités, ( Y . 25 janvier 1 768. ) — R.