Le Mémoire (5) de M. le duc d'Orléans es
(i) V. 4 août 177 1.— R.
(a) Recueilli dans ie Meuipeouana^ tome lY, p. ig8-a54. — R.
[Vjibid, p. a54-a56. — R.
(4) V. a 3 février 1767. — R.
(5) V. fj janvier 177a. — R.
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toujours secret; c'est-à-dire qu'on ne le fournit à personne; mais Son Altesse permet aux gens de son Conseil qui en ont, d'en doniier communication sans déplacer. On cite un passage de cet ouvrage, bien remarquable et bien important ; c'est celui concernant les apanages qu'il prétend devoir être accordés de droit aux princes de la famille royale, « que la nation a élevée au trône par son choix, )) aveu précieux dans la bouche du premier prince du sang et bien contradictoire à la proposition étrange avancée dans divers discours qu'on a fait tenir au roi , et que lèsParlemens {nê|pc ont eu la faiblesse de répéter, que le roi ne tenait sa couronne que de Dieu.
i5. — Les bouts rimes, c'est-à-dire l'art de faire des vers sur des rimes données, la plupart baroques et composées de mots disparates, étaient autrefois fort à la mode; la fureur en était passée. Ce goût puéril a reprîé apparemment dans quelques sociétés : du moins on le juge par ceux qui viennent d'éclore et qu'on attribue à M. Marmontel qui a trouvé l'art d'en faire une épigramme très-méchante contre le sieur Palissot, auquel il doit en effet une revanche depuis long-temps, pour l'avoir fait un des principaux héros de sa Dunciade. Voici cette plaisanterie.
Le poète franc
Gaulois,
Gentilhomme
Vendômois,
La gloire de sa
bourgade,
Ronsard sur son vieux
hautbois
Entonna la
Franciade :
Sur sa trompette de
bois
Un moderne auteur,
maussade,
Pour lui faire
paroi i ,
Fredonna la
Dunciade.
Cel homme avait nom
Pâli :
On dit d'abord Pâli
fade,
4^0 MEMOIRES SEGRKTS.
Puis Pali fou, Pali plat,
Pâli froîd et Palî fat ,
Pour coaronuer la tirade
Enfin de turliipinade ,
On rencontra le vrai mot ,
On le nomma Pali sot.
Enuoi.
M'abaissa nt jusqu'à toi , je joue avec le mot Rëflccbis, si tu peux, mais n'écris pas, lis, sot!
^ On apprend dans l'instant , à n'en pouvoir douter^ que la plaisanterie ci-dessus est de M. PIron , qui n'a point voulu se faire connaître , et a peut-être fait malignement attribuer la pièce à rAcadémicien.
1 6.— Faits sur la cause j pour Dont Jacques PrécieuXy abbé régulier de V abbaye de KarentSy Ordre de Saint- Benoît , diocèse de Verdun , et pour Dom Germain Poirier^ abbé régulier de V abbaye de la Grand* Croix ^ Ordre de Saint'Benoit^ diocèse de Nicosie y contre M. V arche-' sfêque de Paris, Tel est le titre du Mémoire en faveur des abbés in partibus y dont on a annoncé en gros le procès (i). On en trouve ici le détail d'une façon plus exacte et plus développée. Il est divisé en trois parties : dans la première, on établit les faits qui se sont passés depuis l'entrée de Dom Précieux et de Dom Poirier dans la congrégation de Saint-Maur : dans la seconde^ ceux qui sont arrivés depuis la naissance des troubles de cette congrégation y jusqu'à l'obtention des bulles d'abbayes in partibus : dans la troisième,. ceux qui se sont passés , depuis jusqu'aujourd'hui.
17. — * La troisième partie de la Correspondance secrète entre M. de Maupeou^ chancelier de France^ et
(i) V. ag janvier>J77a. — R.
M. de Sorhoaetj conseiller du nouveau tribunal^ parait enfin. On l'avait annoncée depuis long-temps , et le public l'attendait avec impatience. Cette avidité la rend déjà très-chère 9 et la police, après avoir mis ses émissaires sur pied pour en empêcher l'introduction , travaille aujourd'hui à en arrêter le débit et la multiplicité des exemplaires.
20. — * On attribue à M. de Voltaire les vers suivans en l'honneur de M. le chancelier : en tout cas ils roulent sur une pensée de lui répétée en plusieurs endroits et devenue triviale. Les voici :
Je veux bien croire à ces prodiges
Que la Fable vient nous conter,
A ses héros , à leurs prestiges
Qu'on ne cesse de nous citer.
Je veux bien croire à ce fier Diomède,
Qai ravit le paRadium , Aux généreux travaux de l'amant d'Andromède ,
A tous ces fous qui bloquaient Ilium : De tels contes pourtant ne sont crus de personne. Mais que Maupeou tout seul du dédale des lois
Ait su retirer la couronne (1), Qu'il l'ait seul rapportée au palais de nos rois , Voilà ce que je sais , voilà ce qui m'étonne.
J'avoue avec l'antiquité
Que ses héros sont admirables ,
Mais y par malheur, ce sont des fables,
Et c'est ici la vérité!
Quelqu'un , qui a sans doute une façon de voir différente de l'auteur y a parodié ces vers-^ci de la manière suivante :
(i) Maupeou se vantait d^avoir retiré la couronne du greffe du Parlement.
/i^H MEMOIRES SECRETS.
Je veux bien croire à tous ces crimes ^ Que la Fable vient nous conter^
A ses monstres y à leurs victimes
Qu'on ne cesse de nous vanter.
Je veux bien croire aux fureurs de Médée ,
 ses meurtres, à ses poisons, A rhorrible banquet de Tbjeste et d'Alrée , A la barbare faim des crueli Lestrigons : De tels contes pourtant ne sont crus de personne. Mais que Maupeou tout seul ait renversé les lois,
Et qu'en usurpant la couronne , Par SCS forfaits il règne au palais de nos rois , Voilà ce que j'ai vu, voilà ce qui m'ctonne.
J'avoue avec l'antiquité
Que ses monstres sont détestables ;
Aussi ce ne sont que des fables ,
Et c'est ici la vérité.
22. — 'Il nous est arrivé de Gtnève une tragédie de M. de Voltaire, qui a surpris tout le monde; elle est intitulée les PélopideSy ou Atrée et Thjeste. On ne peut concevoir avec quelle rage ce grand homme s'acharne contre Crébillon, et se trouve préoccupé par son jaloux amour-propre, au point d'oser, à son âge, lutter contre le meilleur ouvrage, le chef-d'œuvre le plus nerveux et le plus fier du mâle athlète qu'il ose combattre,
23. — * M. Désôrmeaux, auteur estimé de plusieurs ouvrages historiques, a été nommé secrétaire de la pairie. Le sieur Delaulne, avocat, qui y avait de grandes prétentions, et qui avait passé pour avoir été désigné, a succombé devant ce concurrent.
24. — Extrait (Tune lettre de Londres^ du 1 bféi^rier l'J'ji. « Pour satisfaire votre curiosité sur le succès qu'a eu
FEVRIER i7'7a. 4^'^
ici mademolseile Heinel, je vous apprendrai que la première fois qu'elle parut sur la scène pour danser, ayant aperçu M. le comte de Lauragîiais qui a été son amant à Paris, soit surprise, soit attendrissement, soit colère, elle s'est troavëe mal , au point de ne pouvoir former un pas ce jour-là : elle a reparu depuis avec toute la majesté possible. Les Anglais lui rendent la justice qui lui est due, ou , pour mieux dire, en sont fou^autant que les Français. Elle a vingt-quatre mille livres de fixe , et deux représentations à son profit, qui, évaluées à seize mille Hvres, lui rendront quarante mille livres pour la sai«on. »
a6. -— Dans les différens titres, qualités, noms et surnoms qu'on a donnés à M. le duc de La Vauguyon dans son billet d'enterrement, il en est par lesquels il se prétendait issu des princes de la maison de Bretagne. La maison de Soubise, quia cette prétention exclusive, a protesté contre ; ce qui rend très-précieuse cette pièce funéraire, contre laquelk la Gazette de France avait aussi réclamé à cause du titre de Grand - Maître de la garderobe de Monseigneur le Dauphin , qualité qui ne peut se donner que dans la maison dû roi. Ce billet d'enterrement est aujourd'hui très-cher et se conserve dans les bibliothèques (i).
— On parle d'un suicide arrivé en province; on
(i) Voici ce billet que Grimm nous a conservé : « Vous êtes prié d'assister aux convoi f service et enterrement de monseigneur Antoine-Paul- Jacques de Quéleu , chef des noms et arme.s des anciens seigneurs de la Ghâtellenie de Quéien en Haute-Bretagne, juveigneur des comtes de Porhoët, substitué aux noms et armes de Stuer de Caussade , duc de La Tauguyon , pair de France , prince de Carency, comte de Quéien et du Broutay, marquis de Saint -Mégrin , de Callonges etd'Archiac, vicomte de Calvigoac, baroo des anciennes et hautes baronies de Tonneins, Gratteloup, Villcton^ la
4'i4 MÉMOIRES SECRETS.
dit que le particulier, avant de se brûler la cervelle , a laissé sur sa table un billet^ dans lequel il fait son testament de mort 9 et déclare que n'ayant pas été consulté pour être produit à la lumière , il croit pouvoir aussi s'en priver sans demander l'avis de personne.
27. — Le sieur Pomme, médecin qui a fait On Traité des affections vaporeuses des deux sexes assez séduisant,' et que des femmes de qualité avaient déterminé à s'éta* blir à Paris , y avait acheté une charge de médecin-consultant du roi , et semblait fixé dans cette capitale. Il avait d'abord eu beaucoup de vogue; mais cela ne s'est pas soutenu. Il est tombé dans un discrédit considérable^ et n'a pu supporter cet abandon. Il vient de s'éclipser pour aller vraisemblablement ensevelir sa honte dans sa province. C'était un docteur petit -maître, d'une très- jolie figure, parlant bien, vêtu très-élégamment, et très-propre à séduire les femmes.
128. — lia cause de madame la duchesse d'Olonne contre M. le comte Orourcke est devenue si grave par lanimosité des avocats, que le comte Orourcke a pris les conclusions les plus extraordinaires ; il a demandé que le Mémoire imprimé contre lui fut lacéré ; il a dénoncé au ministère public ces plaidoiries comme atten-
Gruère et Picomet, seigneur de Larnagol et Talcoimur, vidame, chevalier et avoué de S^lac , haut baron de Guienne , second baron de Quercy, lieutenant-général des armées du roi, chevalier *de ses Ordres, menin de feu monseigneur le Dauphin, premier gentilhomme delà chambre de monseigneur le Dauphin , grand-maitre de sa garde-robe, ci-devant gouverneur de sa personne, et de celle de monseigneur le comte de Provence, gouverneur de la personne de monseignur le comté d* Artois, premier gentilhomme de sa chambre, grand-maitre de sa garde-robe, et sur-intendant de sa maison, qui se fei^Dut jeudi, 6 février 177a , à dix heures du matin, en l'église royale et paroissiale de Noire-Dame de Versailles, où son corps sera inhumé. De Pro^ fundis, » — R.
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tatoires à la puissance du roi , à la majesté du Parlement, à la dignité d'avocat. M* Linguet a cru devoir imprimer un précis 9 où, sous prétexte de résumer l'objet ^e la cause , les moyens des deux parties , et de réfuter victorieusement ceux de son adversaire, il entre en explication, et se disculpe des déclamations injurieuses et indécentes qu'on lui impute. *
Le jeudi 27, M. l'avocat-général Vergés {)orta la parole dans cette affaire. Son plaidoyer paraît assez bien fait, mais ou trouva dans sa prononciation des gasconismes qui n'aiMioncent pas la belle éducation , et une sorte de ridicule désagréable pour un magistrat, orateur de la première cour du royaume. Quoi qu'il en soit, il conclut à débouter madame la duchesse d'Olonne de ses demandes, à mettre sur le surplus les parties hors de cour, et à la suppression de tous les Mémoires des deux côtés. Ses conclusions furent adoptées dans tous leurs points. Malgré le triomphe du comte Orourcke , l'avocat - général donna à entendre dans son plaidoyer que le comte était un fripon, mais adroit, et qui avait revêtu ses escroqueries de la sanction la plus légale.
I " Mars. — La rage des avocats pour faire des Ménioires est telle qu'ils en font même après la cause plaidée et jugée, et veulent encore entretenir d'eux le public, lorsqu'il y a eu suppression de leurs écrits. C'est ce qui arrive au sieur Élie de Beaumont , écrivain sous le nom du sieur Chabans (1). Cet orateur, vivement piqué des personnalités mises contre lui par le sieur Linguet , son confrère, dans le dernier Précis ^ n'a pas voulu être en reste ; il a cru devoir faire aussi un Précis pour le comte Orourcke, et, sous le nom de sa partie, donner un libre
(i) V. ai janvier 177a. — R.
cours à ses sarcasmes et à sa vengeance. Comrae son confrère, pour empêcher de lui répondre, n'avait répandu son nouveau Mémoire que le mercredi 26, après midi , et que la cause devait être jugée le lendemain matin , quelque diligence qu'ait fait le sieur Élie de Beaiimont , il n'a pas été possible t[ue le pamphlet se divulguât avant te jugement du nouveau tribunal.
2. — Le sieur Le Kain, le plus grand acteur du théâtre Français, est invité par l'électeur de Bavière à lui former une troupe de comédiens et à l'aller installer à Munich : il a obtenu, en conséquence, un congé pour l'étë, et doit se rendre aux instances de cette Altesse.
3. — * Il paraît un quatrième Supplément à la Gazette de France , de seize pages d'impression (i). C'est aujourd'hui absolument une véritable chronique scandaleuse, contenant diverses anecdotes relatives aux affaires du temps. Celle-ci est plus pleine de faits que les précédentes, et plus intéressante par conséquent.
4. — Le barreau s'échauffe plus que jamais , et M. le comte Orourcke, mécontent de la suppression réciproque des Mémoires, continue à vouloir attaquer personnellement M* Linguet : il a trouvé un avocat obscur, nommé Dobet, qui lui a donné une Consultation contre M* Linguet, défenseur de madame la duchesse d'Olonne, où il prétend que le client est autorisé à poursuivre personnellement M* Linguet comme coupable de diffamation. M* Linguet répand un écrit en forme de Réplique , adressé aux magistrats, où il se défend avec la plus grande force, et, eh développant les qualités de l'avocat, il en trace un portrait très-éloquent.
(i) Recueilli dans le Maupeouana y tome V, p 89-100. — R.
7. — La tragédie des Druides qu'on doit donner aujourd'hui ^ roulant principalement sur les abus de la religion y dégénérée en superstition et en fanatisme^ le censeur de la police n'a pas osé prendre sur lui d'approuver une pièce pleine de détails délicats et dangereux. Elle a été rc/uvoyée à un docteur de Sorbônne, et c'est Tabbé Bergier, cet adversaire intrépide des athées et des déistes^ qui s'est trouvé obligé de l'examiner et de déclarer qu'il n'y voyait rien de répréhénsible. On a eu beaucoup de peine à lui faire agréer l'ouvrage, et M. de Trudaine a dû employer tout 'son crédit en faveur de l'auteur, dont il protège beaucoup la femme. Au surplus , cette tragédie est si chargée de spectacle , d'incidens et de coups de théâtre, que les acteurs ont passé deux jours entiers pour se mettre au fait de leurs positions et de leurs mouvemens, pour ne pas s'embrouiller sur la scène et manquer la beauté des tableaux qu'ils doivent présenter. '
— * Inauguration de Pharamond j ou Exposition des Lois fondamentales de la monarchie française ; aç^ec les preui^es de leut exécution^ perpétuées sous les trois races de nos rois (i). M. le chancelier et ses partisans, en convenant qu'il y a des lois fondamentales que les rois sont dans l'heureuse impuissance de changer (2), ne semblent que leur insulter avec plus d'audace, en demandant quelles elles sont, et où elles sont. L'auteur de l'ouvrage en question prétend les avoir trouvées toutes consignées dans une médaille frappée lors de l'élection de Ph^ramônd ; il en offre le revers dont il regarde les différentes parties comme allégoriques et instructives.
Il commence par établir l'authenticité du monument
(i) Réimprimé dans le Maupeouana, torae IV, p. 95-197. — R. (a) V. 3 août 1771. — R.