‹ Mémoires secrets de Bachaumont de 1762 à 1787Chapitre 51 sur 58 · M£M01RES SECRETS · texte numérisé non relu

M£M01RES SECRETS

qui se trouve rapporté dans plusieurs auteurs non suspects , et surtout dans V Histoire de France de Mézerai , tome II ; page 5 de la première édition in-folio.

La face que l'écrivain ne donne pas, selon son récit, (c porte l'efBgie de Pharamond, à demi-buste^ placé en retour, c'est-à-dire de manière qu'elle présente la'^artie droite du visage avec l'épaule droite. Au contour on lit cette inscription latine : Faramundus Fraitg. Rex. »

Les lettres £ et le signe Mars T, qu'on voit sur le coté emblématique, font entendre qu'elle a été frappée en bronze , et qu'eHe existe véritableftient dans les cabinets des curieux , où Jacques de Bie > auteur d'une France métallique j en avait eu communication. Il représente Pharamond élevé sur le pavois ou bouclier par deux personnages courbés dans l'attitude de cet effort; ils ont des cottes d'armes distinguées et pareilles à celle du roi , mais sans armes/ Le prince y tient un sceptre de là" main droite , et une épée nue, la pointe en haut, de la main gauche; et il semble étendre les bras d'une façon pénible. Son front est ceint d'une couronne d'olivier, à 3a droite est un personnage en pied, il se repose sur la pique, et comme à l'ombre du sceptre sous lequel il est placé. A sa gauche est un autre personnage en pied, le seul qui ait des armes, excepté le roi ; il porte sa main gauche sur un petit espadon qui est à son côté ; de la droite il tient sa pique, et la porte également sur l'épée qui est dans la main gauche du roi , comme pour l'empêcher de pencher. Le monarque paraît faire attention à cet avis , et fixant son regard sur la pointe de l'épée, cherche à la conserver dans son équilibre^ Le soldat forme de son bras une équerre naturelle , et appliquant ce bras à sa pique , il la présente ainsi au roi. Il repousse la poignée de l'épée par dessous la main

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du roi 9 et il en fixe la pointe. L'exergue consiste dans ces abréviations : Fin : Exer : c'est-à-dire , Fidelibus : Exbr- GiTiBUS, et la légende en ces mots latins aussi : Unus

OMiriUM VOTIS.

C'est dans l'ensemble de ces parties allégoriques que l'écrivain trouve le plan véritable de la monarchie française, et saisit le développement intéressant du tableau de ses lois fondamentales.

I ° Le trône , enfanté , en 4^0 , par la délibération libre de la nation, est figuré par le bouclier ou pavois, afin de démontrer qu'il n'existe en effet que pour la défense et la protection des peuples, de leur liberté et de leurs biens.

a* L'élévation de Pharamond sur le bouclier, représente l'investiture de sa nouvelle dignité , donnée à ce prince librement élu^ et nous apprend que ce sont les peuples qui ont fait les rois tout ce qu'ils sont.

3^ Les. deux personnages qui sont en effort pour élever le bouclier, ont des cottes d'armes distinguées et pareilles à celles du roi 9 parce qu'ils sont destinés à figurer le concours des deux Ordres , les Druides e^ les Chevaliers , composant alors l'universalité de la lotion.

4*" Ces mêmes personnages, représentant les Ordres de la nation, sont l'un et l'autre sans armes, comme étant les exécuteurs d'une résolution ci vile et non pas militaire.

5® Le sceptre que Pharamond tient de I^ main droite est le symbole de l'autorité civile et l'qpée celui de l'autorité militaire. Il porte cette dernière de la main gauche, contre l'usage, pour preuve de la prééminence de l'une sur l'autre, que l'exercice de l'autorité miUtaire n'est qu'accidentelle dans le monarque dont l'essence est le gouvernement de paix et de sagesse.

6* La distance qui est entre le sceptre et l'épée fait en-

43o MEMOIRES SECRETS.

tendre que ces deux puissances (civile et militaire) ont chacune leur ressort séparé ; et l'attitude pénible du monarque, qui étend les bras pour conserver toujours le même éloignement entré l'un et l'autre , prouve qu'il ne doit jamais en confondre les bornes , ni employer l'une pour l'autre.

7* L'exergue confirme cette leçon par ces deux mots abrégés : Fid : ëxer : c'est-à-dire Fidelibus : Exerci- TiBUS : pour les fidèles , pour les armées. Le premier répond au sceptre , et désigne tous les citoyens, sous le regard général de sujets : le second répond à l'épée dont l'usage ne doit être que pour le gouvernement militaire, et contre les ennemis de la paix , garantie aux citoyens; il marque particulièrement ceux qui suivent la profession des armes.

8° Le front de Pharamond est ceint d'une couronne d'olivier, symbole de la paix que les rois sont obligés de procurer à leurs peuples et de l'abondance qui en est la suite.

9° Le personnage en pied, qui est à droite de la médaille, nous figure le corps des citoyens ou fidèles, par opposition au corps militaire, et le personnage se repose sur sa pique, en signe de paix , à l!ombre du sceptre, sous lequel il est placé. .

lo"" Le personiiage en pied, qui est à gauche, nous représente , au contraire , le corps militaire en particulier ; ce qu'on désigne par ses armes , et la main gauche , qu'il porte à son petit espadon , est le signe de l'obéissance militaire; mais il occupe sa droite à des devoirs de citoyen ; il en tieu( sa pique et la porte également sur l'épée du roi, pour lui faire observer qu'elle ne doit pencher vers le côté droit , ni empiéter de cette manière sur

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le rassort destiné au sceptre. L'attention du roi à se conformer à cet avis en fixant son regard sur la pointe de son épée, montre qu'il désire de lui conserver sa situation légitime. De son coté 9 le soldat s'empresse de seconder le désir raisonnable de ce prince. Il forme de son bras une équerre naturelle, et appliquant ce bras à sa pique , il la présente ainsi au roi, comme une règle assurée, et qui détermine la ligne perpendiculaire dont son épée ne doit jamais s'écarter.

Par le développement du surplus de ses gestes, après avoir rempli l'obliga&tion du conseil de tout sujet fidèle envers son roi , il y joint le secours réel , et le double emploi de ses. deux mains prouve qu'en aucun cas les devoirs militaires ne dispensent de ceux de citoyen. C'est pourquoi ceux-ci sont réservés à la main droite comme préférables et les premiers.

^1 1* La légende Ujrus omnium votis , Un par les vœux de tous, exprime la nature précise du. gouvernement mpnarcbique , celqi d'un seul établi chef et prince du peuple. Comme chef, centre de toutes les forces publiques et l'organe de toutes les volontés ; Prince du peuple, pour le gouverner, comme la tête gouverne le corps ; en suivant toujours les lojs prescrites pour le salut du corps ^ et y demeurant lui-même subordonné.

ia° Enfin, l'ensemble des diverses parties de cette médaille nous montre que le roi et la loi reçoivent leur autorité et leur puissance d'une même source, c'est-à-dire de l'unanimité des vœux du peuple.

L'explication de cette médaille , qui ne parait d'abord qu'ingénieuse, et le fi™uit d'un esprit systématique, ramenant tout à ses idées, est appuyée par le détail des cérémonies qui s'observent au sacre de nos rois, par la

43a miSmoires secrets.

formul^ de leur serment , par leurs capitulaires, par leurs ordonnances, par les lois écrites, par les anciennes chartes, par les historiens anciens et modernes, par les auteurs politiques ^ ^t de ce concours d'autorités elle reçoit une authenticité à laquelle (Sm ne peut se refuser, une cohérence indestructible.

Dans le courant de l'ouvrage on développe quelques autres assertions nouvelles ou plus fortes que celles avancées dans les autres écrits du même genre : i*" en admettant la substitution de la couronne à la race régnante , l'auteur ne la regarde pas comme exclusive du droit d'élection; elle empêcbie seulement que l'exercice de ce droit ne soit arbitraire : il proscrit, en conséquence, la règle vulgaire : Le mort saisit le vif, ou le roi mort, le roi vit, imaginée seulement pour l'intrusion de Henri VI , roi d'Angleterre , usurpateur de la couronne de France; a^ de là la nation a le droit de s'assemblei; de son propre mouvement, ou sur la réquisition des grands du royaume; sans ce droit elle n'aurait pas tout ce qui lui est nécessaire , tant pour sa conservation que pour celle du trône et de»droits des princes qui y sont légitimement appelés; 3<' les États étant, dans l'origine, composés des Druides et des Chevaliers seulement, et les premiers remplissant chez*les Gaulois toutes les fonctions de la religion , celles de la profession des sciences et des lettres , et celles de l'administration de la justice, le premier Ordre se trouve donc aujourd'hui remplacé par le clergé , par les universités jointes à tous les gens de lettres, et par la magistrature, et le second (après l'affranchissement des serfs devenus citoyens) doit être composé de la noblesse ou ancienne chevalerie , de la magistrature laïque , et du tiersétat. Ain^i l'assemblée des trois états ne présente point

l'idée véritable d'une diète générale de la nation y puisqu'elle n'est pas la diète plénière des Ordres qui composent la totalité de cette nation. Ce livre très-érudit est sagement écrit et surpasse tout ce qu'on a encore dit sur là matière en question.

8. — Les Druides ont été joués hier. Le but philoso» phique de cette pièce est en effet de combattre la superstition et le fanatisme, d'abolir un culte d'horreur et d'abomination , que ces prêtres rendaient à leurs dieux par des holocausies humains et des libations de sang. Mais les moyens pris par l'auteur ne sont rien moins que dans les vrais principes de l'art, et l'exécution ne répond pas au sujet. Jamais on n'a vu de pièce aussi compliquée et d'une longueur aussi ennuyeuse : elle a duré deux heures et demie de représentation. Dès le premier acte, il y a deux coups de théâtre, et ils ne font que se multiplier dans les suivans, au point qu'il n'est aucun spectateur qui ne se soit perdu dans ce labyrinthe d'intrigues obs*^ cures et laborieuses. Ija rage de l'auteur pour les dis^ sertat ions est telle, que même au cinquième acte, même à la dernière scène, même en expirant, les personnages font encore des traités de morale et de métaphysique. Pour réduire cette tragédie à ses vraies proportions, il faudrait en retrancher une douzaine de scènes et huit à n<uf cents vers; en un mot, jamais on ne put mieux appliquer le vers de Boileau :

Kt chaque acte en sa pièce estime pièce entière.

Les acteurs étaient si fatigués de la longueur de leurs rôles, que leur mémoire était continuellement en défaut; ce qui peinait encore davantage le spectateur. On a ce-* ToM. IIL 28

pendant eu la consftance d'écouter jusqu'au bout, mais à la charge de n'y pas revwHr. Cette tragédie paraît absolument tombée.

9. — * C'est décidément M. Delaulne,, avocat , qui est secrétaire de la pairie. M. Désormeaux était effectivement sur les rangs (i), mais l'autre la emporté. C'aurait été M. Gaillard , membre de l'Académie Fi^ançaise, si le maréchal de Richelieu ne s'y était fortement opposé, en déclarant qu'il ne pouvait pardonner à cet orateur la façon indécente dont il av^ait parlé du oardinàl de Richelieu j dans son discours de réception j le jour où il avait pris place à l'Académie.

Dans le courant des opinions relativement à cette élection, il avait été question d'un nommé La Roue, cidevant secrétaire de l'ancien procureur-général : un des ducs dévoués au parti de la cour pérorant fortement eu faveur de ce sujet, finit par dire : « A tous égards, Messieurs, La Roue nous convient.» Les pairs protestant saisirent l'équivoque, et se mirent à rire d'une façon trèsmortifiante pour l'orateur.

10. — On croyait la pièce des Druides absolument tombée,, mais M. le duc d'Orléans, qui n'était pas à la première représentation , ayant témoigné l'envie de la voir, elle a reparu hier. On y a retranché plus de cinq cents vers , et la marche a été moins embarrassée y le dialogue moins ennuyeux, et la défense de l'humanité contre la barbarie de la superstition mise dans un jour plus lumineux et plus intéressant. Il y avait très-peu de monde, et l'assemblée étant en grande partie composée des amis ou des partisans de l'auteur, on a fort applaudi, on Ta demandé, entre les deux pièces, avec tant d'instances

(i) V. a3 février 177a. — R.

qu'il a été obligé de se montrer. On ne sait où aboutira cette résurrection factice, qui ne peut être longue.

II. — M. Bignon est mort hier. Son convoi a été trèsbeau et très-couru par le peuple, qui n'a pas vu sans plaisir périr l'auteur de l'effroyable massacre de la rue Royale(f ). On peut juger au surplus du cas qu'on faisait de ce membre de deux Académies , par le quolibet grossier qui roule sur son compte. Le sieur Cheval de Saint- Hubert , premier échevin , se trouvant chargé des fonctions de prévôt des marchands, jusqu'à l'installation du successeur désigné pour le mois d'août , on dit que c'est un cheval qui remplace un âne.

1 3. — * I-»es écri vainsjde M. le chancelier, qui gardaient depuis long -temps un silence prudent, viennent de le rompre à l'occasion du quatrième Supplément à la Gazette DE Frai^ce dont on a parlé (12). Il paraît une feuille portant le même titre, en date du 8 mars, où l'on fait la contre-partie (3). Elle enchérit de méchanceté sur son modèle. On y désigne par des lettres initiales les noms de ceux que Monseigneur soupçonne auteurs de la Cb/^ respondance ; d'autres membres du Parlement y sont fort maltraités, soit par des portraits satiriques, soit par des anecdotes injurieuses. Comme ce pamphlet est d'une atrocité scandaleuse, on n'ose encore le vendre publiquement. Le sieur Le Brun le donne aux gens du parti , et d'ailleurs cette clandestinité le fait plus rechercher que les auti:es ouvrages écrits dans le même esprit, mais trop prodigués.

1 4- — * Il court une petite pièce de vers , espèce d'é-

(i) V. 3i mai 1770. — R.

(a) V. 3 mare 177a. — R.

(3) V. a3 mars 177a. — R.

436 MÉMOIIIES SECRETS.

pigramme politique en ce qu'elle roule sur un fait historique, et peut être un jour citée dans nos annales; c'est à ce titre qu'on l'inscrit , et non à raison de son mérite littéraire très*mince. La voici.

Sur les liquidations du Parlement.

Venez , messieurs du Parlement , Liquider chacun votre office ; L'Etat veut vous rendre service , Tout est prêt pour le payement.

Reconnaissez légalement , Par quittance devant notaire , Avoir reçu la somme entière , La fihauce et le supplément, u Mais, oii l'argent, le numéraire? »

Vous écriez-vous vivement.

Pour gens consommés en affaire , . Vous raisonnez bien gauchemei^t.

L'urgent est un métal solide ; Il s'agit ici de liquide :

Eh ! pourquoi vous tant intriguer ?

On veut à tous vous déléguer Une rente liquide et claire Sur les trouillarSs de la rivière.

1 5. — Le succès des Druides a augmenté mercredi , et l'on a demandé encore l'auteur avec tant de tumulta qu'il a fallu comparoir : ses amis L ont traîné sur le théâtre, plus en homme qu'on mène au supplice qu'en héros triomphant.

i6. — Les Italiens, après avoir varié long-temps sur la nouveauté qu'ils donneraient , se sont fixés sur le Fauco«, comédie en trois actes et en prose, mêlée d'arietjtes : elle n'a pas réussi à Fontainebleau^ où elle a. été jouée

devant la cour, l'autoinne dernier; elle a même été huée : on l'a trouvée triste, plate et ignoble. La musique, quoique agréable et pleine de finesse en certains endroits^ n'a pu «auver de Tennui du poème : elle est du sieur Monsigni ; . les paroles sont du sieur Sédaine, qui ne se tienl jamais battu pour une fois, et compte que les applaudissemens de la Ville le vengeront des sifflets des courtisans.

17. — * Ces jours derniers, toutes les Chambres assemblées, M* Jacques de Vergés, avocat»général , a fait un Réquisitoire (^i) violent contre la Correspondance secrète et le Supplément à la Gazette de Frange , et le nouveau tribunal a condamné lesdites brochures à être lacérées et brûlées comme « impies, blasphématoires et séditieuses, attentatoires à l'autorité du roi^ injurieuses à la famille royale et aux princes du sang, tendantes à soulever les peuples contre le Gouvernement , et détourner les sujets de l'obéissance qu'ils doivent au souverain , et du respect dû aux ministres et aux magistrats , etc. » Il a , en outre , ordonné qu'à la requête du procureurgénéral du roi , il sera informé contrie les auteurs desdits libelles, comme coupables du crime de lèse-majesté divine et humaine au second chef , et lui permet d'obtenir et faire publier un monitoire, ep la forme de droit.

t2o.— Les Italiens ont donné hier le /"a^/co/z. Quelques morceaux particuliers de musique ont été extrêmement applaudis, mais le poème a fait peu de fortune. Le sieur Sédaine a eu l'amour-propre de ne rien retrancher des phrases plates et triviales qu'on lui avait reprochées à Fontainebleau; elles n'ont pas été mieux accueillies ici : la pièce n'est qu'en un acte, mais extrêmement long et qui en vaut bien trois.

(i) V. 26 mars 177a. — R..

-r— ' Les Druides ont ëtë joués à la cour , où beaucoup de gens ont été scandalisés des applications qu'on en pourrait faire cfontre nos prêtres et notre religion. La prophétie du troisième acte , où le grand Druide voit s'écrouler l'empire romain , et s'élever la maison d'Autriche et celle de France, ce qui amène un éloge du roi , n'a pu compenser la fâcheuse impression qu'ont reçue les dévots du reste de l'ouvrage.

— Une Histoire philosophique et politique des étabUssemens et du commerce des Européens dans les deux Indes (i), en six volumes in-8*, n'avait point encore percé dans ce pays-ci. Le Gouvernement a bien voulu , depuis peu, en toléver l'introduction , mais au nombre de vingt-cinq exemplaires seulement ; ce qui rend l'ouvrage extrêmement cher et conséquemment recherché.

-*« M. de Bougainville 9 dont il a été parlé plusieurs fois à raison de ses prétendues découvertes des îles Malouines et de Fîle de Taïti ou d'Amour (ii), avait proposé à M. de Boynes de commencer, au mois de mai, un voyage dans les mers du Nord , pour y pénétrer jusqu'au pôle , S'il était possible. Indépendamment des découvertes en terres auxquelles cette course pouvait donner lieu , on devait embarquer sur cette petite escadre , composée de trois bâtimens , des membres de l'Académie des Sciçnces, renommés pour leurs diverses connaissances en astronomie, en géographie, en histoire naturelle, etc.; car il était question de travailler à l'accroissement et à la perfection de, toutes ces parties. Le ministre de la marine avait d'abord agréé le projet et l'avait présenté au roi ,

(i) Par Raynal. — R.

(a) V. lo juillet 17^9. — R.

MARS I77îi. 4^9

qui l'avait approuvé ; mais depuis il a été reculé ^ rannée prochaine 9 faute "de fonds pour le moment.

lii. — Depuis le supplice de Billard , on avait gravé ce ciûminel au carcan , et l'on vendait publiquement cette caricature, à laquelle on avait ajouté l'historique^ en bref du sujet. Sa famille s'est interposée auprès de la police pour faire arrêter cette distribution ^ et afin d'y couper court plus sûrement y elle a acheté tout ce qui restait d^exemplaires et la planche; mais il en a beaucoup transpiré^dans le public , et l'estampe est devenue fort chère.

aa. —•* Jeudi dernier il y avait beaucoup de monde à dîner chez M* de Sartine , lieutenant-général de police ; quelqu'un se récria sur ia beauté des poissons : a Oh ! dit le sieur Marin, l'auteur de la Gazette de France^ \\ y en avait de bien plus beaux hier chez M. le premier président du Parlement (i), où je niangeais. — Cela n'est pas étonnant, reprit un autre convive, on ne voit là que des monstres. » L'allusion saisie à l'instant par le reste de la table , fit beaucoup rire tout le monde et madame de Sartine. Son mari seul se trouva fort embarrassé , et ne savait quelle contenance faire.

— On cite une plaisanterie de mademoiselle Arnould , renommée par ses bons mots ; c'est à l'occasion du Faucon j dont le nom équivoque prête facilement aux quolibets. On parlait de cette pièce devant elle ^ avant qu'elle parut; elle semblait n'en avoir pas bonne opinion ; elle se fit presser quelque temps pour s'expliquer et déclarer les motifs de son préjugé : C'est que, reprit-elle avec vivacité , par ce vers de Boileau :

Rien n'est beau que le vrai ; le vrai seul est aimable, (i) Bertliier de Sauvigny. — R.

44o MEMOIRES SECRETS.

23. — * Bien loin que TArrêt du nouveau tribunal contre la Correspondance secrète ait ralenti la vigueur de l'auteur, on prétend que son zèle patriotique s'est enflammé davantage, et Ton annonce toujours la quatrième partie, celle promise pour les œufs de Pâques de Monseigneur (i). Des gens même assurent qu'elle existe et est déjà imprimée. Ces bruits sont vraisemblablement prér matures. Ce qui peut y ^voir donné lieu, c'est une lettre manuscrite qui court; elle a pour titre Lettre de M. de Maupeou à M. de Sorhouet: f^ersailles, le 8 mars 1772- Elle est dans le style de l'écrivain de la Correspondance ; il est cependant à présumer qu'elle est factice (a).

— * On attribue à l'abbé de Yoiseuon le quatrième Supplément à /a Gazette de Frange de la part du chancelier ; on y reconnaît en effet sa manière , et ce soupçon ne peut qu'achever de le perdre de réputation. Il y a aussi une Réponse à la Correspondance.

— - Le scandale occasioné par la tragédie des Druides à la cour dure encore , et les prélats se remuent pour en faire arrêter les représentations. Ce véhicule vient très» à propos pour l'auteur et excite une curiosité relative que mérite peu la pièce par elle-même, malgré les cbangemens successifs qu'y fait le sieur Leblanc , en sorte qu'elle n'est presque plus recpnnaissable à ceux qui ne l'ont vue que la première fois.

^5. — Les actions honnêtes et louables sont trop rares

(i) La Iroisième partie de la Correspondance secrète se terminait par ua avis qui annonçait « la Suite pottr les Œufs de Pâques de Monseigneur. »

(2) Elle n'a point été recueillie dans le Maupeouana où se trouve reproduite la Correspondance secrète j ce qui peut faire présumer qu'elle n*e$t point du même auteur. Elle a été insérée, à la date du a 5 mars x 773, dans le Joamaf historique que nous avons plusieurs fois cité. — ^ R.

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aujourd'hui ^ même parmi les gens de lettres et les philosophes, pour ne pas recueillir celles qu'on apprend» M. de Chabanon, de l'Académie des Inscriptions^ qui cultive la littémture par un goût naturel, un entliousiasme véritable, qui ne trafique point de ses ouvrages en vil mercenaire, et dénué conséquenament de toutes les passions basses qui accompagnent cette sordide cupidité, avait obtenu une pension de deux mille livres sur le Mercure^ dont.il jouissait depuis plusieurs années. Quoique favorisé de la fortune, ses biens étant en Amérique, il n'aurait pu en recueillir les revenus pendant la guerre , et il avait même éprouvé (des pertes longues à réparer. Aujourd'hui que son bien-être est plus solide, il a remis la pension, et a eu le bonheur de la faire tomber à un homme de lettres qu'il estimait et qui avait besoin de cette ressource..

Î16. — M. Duclos, membre de l'Académie des Balles- Lettres , de r Acajjémie Française , historiographe de Fraiice , vient de mourir d'une fluxion de poitrine.

— * Il paraît déjà une autrç Lettre manuscrite , servant de réponse à celle du 8 mars : celle-ci est du 17, et c'est M. de Sorhouel qui écrit à M. le chancelier à l'occasion du Réquisitoire et de r4rrêt du Parlement cpntre la Correspondance {}). On y a pris, au$si-bien que dans la première, le tour. ironique de l'ouvrage; mais on ne. trouve pas que l'auteur ait encore réfuté aussi victorieusement qu'il le pouvait les fausses assertions et les suppositions indécentes de l'orateur du npuveau tribunal.

On attribue la réponse à l'auteur de la Correspond

(x) Cette lettre, qui manque également dans le Maupeouana, se trouve, à 1^ 4ate du a 8 mars 1772) dans le Journal historique. — R.

dancCf à FabbéMary, conseiller clerc du nouveau tripot, auteur aussi du Réquisitoire , à ce qu'on prétend.

ay. — De jeunes élèves dans l'art des Vitruves se sont exerces à former un plan de nouvelle salle pour la Comédie Italienne, dont l'emplacement actuel est très-incommode ; ils ont choisi dans le Marais un local isolé , où il n'y a que des bicoques. Ils ont donné carrière à leur imagination , et ont élevé sur le papier de très-beaux édifices; mais il n'y a pas d'apparence que le Gouvernement agrée leur sublime spéculation , trop dispendieuse et peu convenable à la plupart des spectateurs.

Le nouveau projet pour la Comédie Française reçoit aussi des obstacles de la part du secrétaire d'État ayant le département de Paris, sous différens prétextes. La vraie raison est que M. le chevalier d'Arcq, amant de madame la marquise de Langeac, et madame la marquise de Langeac , maîtresse de M. le duc de La Vrillière, ont reçu quelques milliers de louis des entrepreneurs de l'ancienne restauration , et sont intéressés à la continuation de ce travail , jusqu'à ce que la nouvelle Compagnie ait mis ces protecteurs en état de rembourser ces avances par d'autres plus fortes, si ceux-ci n'aiment mieux garder l'argent de l'un et de l'autre c^ôté.

28. -— M* Linguet vient de faire imprimer son plaidoyer pour le comte de Morangiès cogitre la veuve Yéron. Le public a témoigné* la même fureur pour le lire que pour l'entendre. Cet avocat s'est trouvé assiégé plusieurs jours dans sa maison par la multitude des curieux qui venaient chercher ce Mémoire.

— * C'est M. le chevalier de R^sséguier, qui est Tauteur. du bon mot dit à table chez M. de Sartine et dont

on a parlé (i) : il est connu pour des vers satiriques faits contre madame de Pompadour, qui le fit mettre dans la cage de fer; il a depuis eu la bassesse d'implorer les bontés de cette même femme pour sortir de sa prison.

29. — C'est M. de Champfort à qui M. de Chabanon a fait tomber sa pension de deux mille livres sur le Mercure. • ^

30. — On se flattait que le sieur Gerbier plaiderait pour la veuve Véron, quoique morte, et* défendrait sa mémoire outragée dans les plaidoyers du sieur Linguet. Cette infortunée , âgée de quatre-vingt-huit ans , avait laissé en mourant un diamant de dix mille francs à cet orateur pour l'engager à cette bonne œuvre; mais il s'est désisté du legs. Ce nouveau trait du sieur Gerbier ne lui fait point d'honneur, en ce qu'on dit hautement qu'il a été payé par le comte de Morangiès pour ne pas parler. Il ne peut prétexter sa santé , puisqu'il a paru la semaine dernière à la Grand'Chambre, et a parlé pour les créanciers des fermiers des postes.

3i. — ^* Extrait (Tune lettre de jRouen du ^6 mars.

tf II court ici une petite brochure , très-mal imprimée , ayant pour titre : Étrennes supérieures de Normandie pour tannée bissextile 1772, dédiées à Monseigneur Thiroux de Crosne^ çheçalierj premier président du Conseil Supérieur de Rouen et intendant de la généralité^ par un maître perruquier de sa famille ^ à l'enseigne des deux Bassins 'Blancs; et pour épigraphe : Ici Ton rase proprement.

Chaque mois est d'abord précédé, comme dans les almanachs de Liège, de prédictions, non sur le temps ,

(x) Y. aa mars 177a. — R.

mais relatives à ce qui se passe et ^e passera daus la ville. Il y en a d'ingénieuses, et en général elles sont toutes méchantes.

Après différentes plaisanteries des -éclipses , des pronostications perpétuelles de M. le chancelier, des ministres , des exilés , des Conseils Supérieurs, etc. , on fait la liste des membres qui composent le Conseil Supérieur de Rouen , ainsi que des avocats , et on cite différens traits de chacun par lesquels on voit que ce sont tous gens tarés. Suit un récit de l'installation du Conseil, le 17 décembre dernier, où l'on couvre ces Messieurs de tout le ridicule qui leur appartient.

On y joint la liste des membres qui composent le Conseil Supérieur de Bayeux , avec des apostilles qui les rendent très-propres à faire le pendant de ceux de cette ville.

On finit par cette chanson qui donnera une idée du reste ; elle est intitulée : Chanson nouvelle , sur Pair : Sti'là qui a pincé Berg-^Op-Zoom.

Quand Thîroux fut fait intendant, C'était pour raser 1' Parlement ; On craignait dans le ministère Qu'il n'oubliât le métier d' son père.

Par un duc (i) brave en temps de paix , Thiroux fut conduit au Palais :

« Messieurs , dit-il , le roi ordonne Que j' vous fasse 1' poil en personne. »

Nos grenadiers n'étaient pas gens A s' laisser tondre honteusement. ' Ils ont su , malgré ces bravaches > Garder le poil de leurs moustaches.

(1) Le duc d'Harcourty gouverneur de la province. — B,.

Or deux d'entre eux furent tondus, Mais c'étaient deux poils de leur c.. , Des lâches, issus de familles, Portant pour armes des étrilles.

Puis Thiroux et le vil Normand (i) Sont tous deux placés présidens D'un Conseil d'aussi vils esclaves Que nos grenadiers étaient braves.

Sti-là qu'a bâclé la chanson , Vantez que c'est un fier luron ; Il irait, dans sa noble audace , Leur ch... à tous sur la face.

i*' Avril. — On prétend aujourd'hui que t Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes j est un ouvrage entrepris ici , et imprimé même avec permission tacite, mais resté sans voir le jour, par des considérations politiques; que M. le chancelier y a trouvé des choses répréhensibles contre la religion , les prêtres et les rois. On l'attribue à divers encyclopédistes , comme Duclos , Diderot , d'Alerobert , etc.

> a. — On adonné hier, aux Italiens, un opéra comique nouveau en un acte et en prose, mêlé d'ariettes, intitulé le Bal masqué. Pour exciter la curiosité du public , on avait annoncé sur l'affiche que la musique était de M. Darcy, âgé de douze ans, élève du sieur Grétry. On a fait grâce à. l'ouvrage en faveur de l'enfant, mais rien de plus plat que le poëme. La musique est agréable , mais destituée d'harmonie et sans aucune chaleur.

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