ilf* Jacques de Verges et aux donneurs
(f) Sobrjquet donné à M. Ficqiiet de Normanvitle. V. iSavriï 1772. ^-&.
{rauis{\)j brochure nouvelle, avec cette épigraphe:
Exoriare aliquis nostris ex ossibu» ultor.
C'est' une facétie très-ingénieuse et Irès-gaie, où Ion turlupine, le plus joliment du monde, M. le chancelier et ses émissaires , sur toutes les peines qu'ils se donnent pour découvrir l'auteur de la Correspondance ^ et arrêter le cours de cette brochure. On y sème en passant des anecdotes très-piquantes et bien propres à aiguillonner d'une part la curiosité du public , et de l'autre à irriter la fureur du parti adverse.
4. — * L'Arrêt du nouveau tribunal, en date du j4 mars , contre la troisième partie de la Correspondance et le quatrième Supplément à la Gazette de Fraitce , semble être devenu le signal d'une guerre plus vive de la part des patriotes. On annonce différentes brochures foudroyantes. JuaÉ[ue-là on escarmouchait. On a parlé du pamphlet J M*" Jacques de Verges , etc. Il'paraît au-* jourd'hui une autre facétie , intitulée : Arrêt de la Cour du Parlement j du 3 avril 1772. C'est une parodie de celui ^du J 4 mars, où, sous prétexte d'ordonner la brûlure de la brochure A M^ Jacques de Fergès et aux donneurs (Tav^iSj on cherche à imprimer un nouveau ridicule sur ces Messieurs. Ledit Arrêt est précédé d'un Réquisitoire supposé dudit avocat-général, où Ton emprunte les expressions de cet orateur pour dénoncer le libelle fui*tif , production d'une cabale obscure de dix -huit millions d'ames , complices de l'auteur, etc. On y trouve quelques bonnes plaisanteries , comme celle-ci ; mais , en général , il est lourd, et c'est peut-être la seule misérable production qu'ait enfantée ce parti.
(t) Réimprimé dans le lUaupeouana, tome III , p. 67-87. R.
5. — Le Mémoire pour les adversaires de M. le comte de Morangiès commence à paraître ; il est intitulé : Pour demoiselle Genetfièpe Gaillard ^ femme séparée^ quant aux biens ^ du sieur Nicolas Romain y officier invalide ^ fiUe et héritière légitime de Mcerie^Anne RegnauXj vernie du sieur Marie-François Véron , banquier;
Et sieur François Liégard Dujonquay^ docteur èjhis y petit'Jib de ladite dame Véron , et son légataire universel y ayant repris en cette qualité les plaintes et accusations intentées à la requête de ladite dame Véron.
Son objet est de prouver, 1° que le comte de Morangiès y déppuillé de ses biens par le contrat d'abandon qu'il en a fait à ses créanciers en 1 768 , et obligé d'obtenir, au mois d'août 177 1 9 un arrêt de surséance pour se soustraire aux contraintes par corps, a abusé de l'ascendant que son âge et son rang lui donnaient sur un jeune homme de Vingt-cinqans, sans expérience, arrivé depuis peu de la province oii il avait été élevé , pour se faire prêter par lui , sur ses simples billets , une somme de trois cent mille livres, appartenant à la dame Véron, sa grand'mère;
a"" Que, pour se soustraire aux créances résultantes de ses propres^ engagemens , Je comte de Morangiès a eu l'indigne barbarie d'employer la voie de la surprise et des mauvais traitemens par le ministère d'agens subalternes, pour arracher de la dame Romain et de son fils des déclarations contraires à la vérité du prêt \
S"" Que, non content de ces délits, il est coupable d'avoir machiné la perte des enfans de la dame Véron , en les accusant de lui avoir escroqué pour plus de trois cent mille livres de billets, en les précipitant dans les
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horreurs de la prison , et en provoquant contre eux des condamnations afflictives et"infamantes;
4^ Qu'enfin la nature de ces accusations et la nécessité de punir le coupable, quel qu'il soit, exigeant une instruction rigoureuse par^' rëcolement et confrontation , cette instruction doit être faite à la requête des parties pour lesquelles est écrit le Mémoire.
Cette affaire , une des plus importantes qui aient jamais été portées au barreau , est mise dans le jour le plus lumineux, tant par l'ordre avec lequel les faits sont établis , que par le développement des moyens : les preuves s'y soutiennent, et s'y enchaînent avec un art qui les fait toujours croître par degrés, jusqu'à l'évidence»
On ne saurait trop exalter la louable fermeté de M* Vermeil , qui a osé prendre en main la cause de malheureux opprimés, de l'innocence desquels, suivant le devoir d'un avocat délicat, il a commencé à se convaincre par toutes les précautions que peut employer la prudence. Le courage de cet orateur est d'autant plus grand, plus nobte^ plus épuré, que, même en gagnant sa cause, il ne pouvait envisager pour récompense que le plaisir touchant et délicieux d'une belle action , puisque toute là fortune de ses cliens se trouvait entre les mains d'un homme dérangé , qui peut-être ne serait jaitiais en état de restituer cette somme ; mais il "paraîtra bien plus héroïque encore, lorsqu'on saura le déchaînement des roués de la cour contre lui , avec quelle audace trois cents seigneurs, ou chevaliers de Saint-Ix>uis , ou militaires, se rendaient aux audiences , s'emparaient en (Quelque sorte du barreau, voulaient par les discours les plus insolens, des menaces ou des gestes de mépris , intimider l'orateur, et poussaient l'indignité jusqu'à cracher sur sa robe.
Heureusement son éloquence, victorieuse de tous ces obstacles, a paru n'en acquérir que plus de force, et ses plaidoyers, ainsi que son Mémoire, passeront aux yeux des gens sensés et impartiaux pour des chefs-d'œuvre. Dénués de tout le bavardage , si en vogue au barreau , de ce faste de déclamation nécessaire au mensonge pour s^nvelopper, ils sont écrits avec toute la sagesse qu'exigeait la position délicate de M* Vermeil , et il a prouvé à M" Linguet son adversaire, qu'on pouvait montrer la vérité dans toute sa vigueur sans invectiver nécessairement son ennemi.
Au surplus^ M. le comte de Morangiès a , dit-on , fait l'impossible pour faire évoquer au Conseil cette affaire ; on assure que le roi s'y est opposé. /
7. — * On prétend que madame Adélaïde étant allée voir madame la duchesse de Mazarin à Chilly, l'a trouvée dans une coiffure singulière, et lui a demandé ce que c'était que cette nouvelle mode ? Celle-ci a répondu que cela se nommait à la Correspondance ; c'est un bonnet à deux becs ^ qui sont en cornes. Nouvelle curiosité de la princesse. Madame de Mazarin l'a satisfaite en lui rendant compte de l'anecdote, et de la plaisanterie qu'on faisait, dans le livre qui porte ce nom, sur la perruque de l'avocat Gin(^i). Ces détails ne font que redoubler l'intérêt de madame Adélaïde; c'est ce que voulait la duchesse : pour mieux mettre Madame au fait , elle fait venir le livre qu'elle a , dit-on, lu à cette princesse en entier; ce qui afflige beaucoup M. le chancelier.
8. — M. Duclos était revêtu d'une place d'historiographe de France, qu'avait eue M. de Voltaire, et qu'il
(r) Voyez dans la Correspondance secrète la leltre XXX, tome II, p. 193 du Maiipeouana. — R.