On parle aussi des Contes moraux de mademoiselle Uncy
Cette héroïne est remarquable, et il faut en faire l’histoire en deux mots. Elle a été élevée dès sa plus tendre jeunesse par les soins de M. de Meyzieux, neveu de M. Duverney. Ce galant homme avait coutume d’éduquer ainsi déjeunes personnes pour scs plaisirs. Celle-ci ne connaissait point d’autres parents.
L'heure ‘étant venue, M. de Meyzieux lui.témoigna ses intentions. Elle résista, et le combat fut si vif et si opiniâtre, que son protecteur la renvoya, l’expulsa j et la demoiselle a depuis intenté un procès à son bienfaiteur, pour avoir une légitime, une pension au moins : elle a perdu.
1 1 . — L’abbé de Caveirac, si recherché depuis quelque temps pour quelques ouvrages en faveur des Jésuites qu’on lui attribue en tout ou partie, et surtout pour Mes Doutes (t), est passé en Pologne, où, à la sollicitation de M. le Dauphin, il a obtenu un bénéfice. Il passe pour un saint dans un certain monde. Il
p) Voy. IJ août 1762.
est bon de remarquer que ce même homme, si vendu aux Jésuites aujourd’hui, a fait autrefois un livre diabolique contre le Père Girard ; il est vrai qu’il y fut forcé : son intention a toujours été de capter la bienveillance de la Société. 11 alla, dans ce temps, trouver les Jésuites de Provence : « Mes Pères, leur dit-il, voilà une fâcheuse affaire. Vous ne manquez point de gens d’esprit pour vous défendre, mais toute apologie sortant de chez vous sera suspecte ; elle sera bien mieux placée dans la bouche d’un étranger : je vous offre ma plume. Je suis dévoué à la Société, etc. » Les Jésuites redoutèrent une pareille proposition. Le Père Girard était un saint qui n’avait pas besoin d’apologie : le ciel, s’il le voulait, ferait des miracles pour le justifier... L’entêtement fut si grand de la part des Révérends Pères, que l’abbé, piqué vivement, répliqua : « Eh bien ! mes Pères, vous ne voulez pas de moi pour défenseur : je vous déclare la guerre, et vous verrez quel ennemi je puis être ; mais je n’en demeurerai pas moins disposé à faire la paix, car je veux être de vos amis, à quelque prix que ce soit. » Et il a réussi.
12. — M. de Marivaux, de l’Académie Française, est mort aujourd’hui. Les deux théâtres se sont enrichis de ses productions, et plusieurs de ses romans ingénieux sont entre les mains de tout le monde. 11 avait l’esprit fin et maniéré, beaucoup de délicatesse; il était parvenu à sa soixante-dix-septième année, et ne faisait plus rien.
lo. — M. d’Alembcrt s’est décidément refusé aux instances de l’impératrice de Russie. Bien des gens croient qu’il aurait dû accepter, et que le Gouvernement même aurait pu lui insinuer Futilité dont il nous aurait été dans cette cour. Mais M. d’Alembert a-t-il les talents nécessaires pour l’éducation d'un prince? Est-ce un politique, un homme fait pour vivre auprès des rois? C’est un Diogène, qu’il faut laisser dans son tonneau.
23. — On a fait un mauvais couplet sur la Réforme et sur les Jésuites.
Capitaines qu’on réforme,
Et qui partout publiez Que c’est une injustice énorme Qu.’on vous ait ainsi rayés,