‹ Mémoires secrets de Bachaumont [édités et continuésChapitre 35 sur 86 · MAI. — 2. — ÉP1GRAMME CONTRE MADEMOISELLE CLAIRON · texte numérisé non relu

MAI. — 2. — ÉP1GRAMME CONTRE MADEMOISELLE CLAIRON

Quoi ! mille francs pour ma v....?

Disait Dubois à son frater.

Frétillon (I), pour beaucoup moins cher,

A fait cent tours de casserole.

— Eh donc ! répliqua le Keyser ;

Snndis, c’est un exemple unique :

La belle, alors, de tout Paris Était lâ meilleure pratique :

J’aurais dû la traiter gratis;

C’était l’espoir de ma boutique.

3. — Le chevalier de La Morlière, personnage très-renommé pour sa causticité et ses démêlés avec les Comédiens et différents auteurs, après avoir essuyé diverses corrections de la police à cette occasion, avait enfin reçu, quelque temps avant la clôture des spectacles, un ordre précis de M. Sartines de ne plus s’y présenter. Mademoiselle Clairon avait eu l’autorité de lui faire enjoindre cette défense inouïe, sous prétexte qu’elle ne pouvait jouer à la vue de ce monstre. Quoi qu’il en soit, le chevalier, après avoir présenté différents Mémoires à M. le lieutenant de police et à M. de Saint-Florentin, veut faire un Mémoire en forme de consultation, où, en exposant l'histoire de ses démêlés avec les Comédiens, il demandera par quelle voie se pourvoir pour jouir du droit qu’a tout citoyen libre d’aller à ce spectacle?

4. — On lit, dans le Mercure de ce mois, une Lettre de M. Piron au sieur de La Place , auteur du Mercure, où il annonce sa conversion dans son style ordinaire et avec la tournure d’esprit qui lui est propre. On ne peut encore décider si c’est sincérité, hypocrisie ou persiflage. Cette épltre est occasionnée par l’envoi

! t ' Sobriquet de iradîmoiseile Clairon.

de la traduction d'un psaume. On se doute bien que cet ouvrage, qui est le plus édifiant, n’est pas le meilleur de l’auteur. Quoi qu'il en soit, cette démarche est des plus originales, et la Lettre y répond on ne peut mieux.

Nous apprenons que M. Piron est furieux de l’impression de sa Lettre. 11 l’avait jointe au Psaume pour lui servir d’introduction, mais il ne comptait pas que M. de La Place la rendrait publique.

10. — L’affaire des Comédiens est enfin terminée. Elle s’est traitée avec une importance qu’on ne s’imaginerait pas devoir apporter à la vilité des personnages. Dubois a paru demander sa retraite et l’a obtenue. On lui a accordé quinze cents livres de pension, quoiqu’il n’eût que vingt-neuf ans de service, et que, selon la règle, il en faille trente. En conséquence, pour ne point déroger à l’usage, il est encore censé aii théâtre une année, et il jouira de sa part, quoiqu’il ne joue plus. On lui accorde, en outre, cinq cents livres de pension extraordinaire, comme ayant fait une élève, sa fille ; ce qui est de l’étiquette. Les détenus en prison ont été élargis hier au soir.

12. — On fait l'Histoire de la maison , ville et duché d'Orléans. On doit trouver à la tête le portrait de S. A. S. Monseigneur le duc d’Orléans, avec ces vers remarquables :

Vous qui d’un œil surpris comptez dans cette Histoire Tant de héros, d’exploits et de vertus.

Si vous doutiez, ne doutez plus :

Ce prince vous les fera croire.

24. — L’Académie des Sciences s’étant employée pour faire avoir à M. d’Alembert la place vacante par la mort de M. Clairaut'l), le ministre a répondu aux députés de cette compagnie, que Sa Majesté était trop mécontente des derniers ouvrages de M. d’Alembert pour lui accorder aucune grâce. On croit que ce discours tombe sur le livre concernant la destruction des Jésuites.

(t) Aleais-Claude Cl&irant, l'uu des graml» géomètres français, né le ï mai 1713, mourut d’une lièvre putride, le 17 mai 1763. Il avait enseigné les mathématiques à madame Du Châtelet. — It.

Juin. — 15. — Mademoiselle Clairon continue à ne point paraître ; il y a même à parier qu'elle ne jouera plus. Malgré toutes ses lettres hypocrites où elle parle de son attachement et de son zèle pour le public, elle vient de tenter l’impossible auprès de Aï. le maréchal de Richelieu pour obtenir une retraite absolue. Ce supérieur a refusé; il lui a seulement accordé un congéjusqu’à Pâques, afin qu’elle eût le temps d’aller à Genève et de s’y faire raccommoder ce qu’elle a de malade, sauf à voir ensuite si sa santé exige absolument cette grâce.

26. — M. 1 abbé de La Tour du Pin, prédicateur célèbre dont on a quelques ouvrages imprimés dans ce genre, vient d’être arrêté au milieu de sa carrière : il est mort, ces jours-ci, d’une lièvre maligne, plus en philosophe qu’en orateur chrétien. La chronique scandaleuse publie qu’il n’a ni reçu ses sacrements, ni voulu les recevoir.

Juillet. — 1 . — 11 se répand une Requête des Bénédictins au roi, imprimée, et qui a été présentée à Sa Majesté par M. le duc d'Orléans. C’est une feuille de quatre pages, signée par un grand nombre de religieux de Saint-Germain des Prés et autres. Elle paraît être l’ouvrage des plus savants de l’Ordre. Ils se plaignent sommairement d’être astreints à des pratiques minutieuses, à des formules puériles, à une règle gênante et qui n’est d’aucune utilité à l’Étal. Ils demandent à n’être plus tondus, à faire gras, à porter l’habit court, à ne plus aller à matines à minuit, etc., en un mot, à être comme séculiers. Ils prétendent la réunion des petites maisons en grandes, et sc regardent dès lors comme plus en état d’être utiles au public. Ils offrent d’instruire et entretenir gratis soixante gentilshommes. Cette Requête fait grand bruit.

5. — La république des lettres vient de perdre M. Panard, âgé de soixante-onze ans. II est mort à Paris, le 13 juin dernier (I). On peut le regarder comme le père du Vaudeville français. M. Marmontcl l’a surnommé le La Fontaine du Vaudeville. M. Favart l’a très-bien caractérisé dans ce vers heureux :

Il chans’onna le vice et chanta la vertu.

Le philosophe poète vivait de trois cents livres de pension, que

(tj Ne» Kogent-le-Roi, près de Chartres, ver» Î8S4.

lui faisaient madame Carré de L’Orme, madame de ,*¥ et M. de...

II avait surtout enrichi de ses productions le Théâtre Italien et encore plus l’Opéra-Comique.

13. — La Requête des Bénédictins (1) n'a point eu le succès qu’ils s’en promettaient. On n’a vu dans cet ouvrage, qu’un désir eflretié de secouer le joug, et sans un examen bien réfléchi. M. de Saint-Florentin en a témoigné le mécontentement du roi aux supérieurs dans une lettre, qui se voit imprimée à la suite de celle deces mêmes supérieurs, qui en font part à toutes les communautés. Dom Pernetti, dom Le Maire, qui avaient la plus grande part à cet ouvrage très-bien fait, sont exilés.

13. — Les Comédiens Italiens ont donne aujourd'hui la première représentation de la Réconciliation villageoise , comédie eu un acte et en prose, mêlée d’ariettes. Ce drame très-commun, quant à l’intrigue et aux paroles, n’est pas plus saillant du côté de la musique qui n’a rien de neuf. Il n’est point tombé cependant, et pourra se traîner pendant quelques représentations. On attribue ce poëme à M. Séguier, avocat général. En ce cas, il est surprenant qu’il n’y ait pas plus d’esprit. M. Poinsinet est le prête-nom.

21. — Les sieurs Lucotte, architecte, et Poiraton, peintre, feront, le 13 août 1763, sous la protection de M. le marquis de Marigny, l’ouverture d’une nouvelle école, sous le titre d ’ Ecole des Arts (2). 11 y aura, dans cette école, des professeurs d’architecture, de dessin, de mathématiques. Comme ces messieurs ont eu pour objet l’utilité publique, ils ouvriront leur école gratis en faveur de ceux qui, ayant des dispositions naturelles, ne sont point en état de se procurer des maîtres.

22. — L’affaire des Bénédictins ne parait point encore Unie entre eux. Il se répand une Réclamation des religieux Bénédictins du monastère des Blancs-Manteaux contre la Requête des religieux de Saint-Germain des Prés (3). Elle est précédée d’une

(1) Voy. 1er juillet 176b.

(î) Cette école, qui fut effectivement ouverte le 15 août 1 "65, ne parait pas avoir obtenu une consistance durable. — R.

(3 ) Requête présentée an roi par lé Supérieur général, le régime et la plus nombreuse partie de la Congrégation de Saint-Maur , contre l'entreprise de oingt-huit religieux de l’abbaye de Saint-Germain des Prés, à Paris. (Amsterdam (Paris), 1765, in-4°.

Hoqueté au Roi du 30 juin. Ces religieux s’élèvent avec force contre l’entreprise de leurs confrères. Ils revendiquent leur froc, leur tunique, toutes les cérémonies puériles dont on voulait les défaire; ils prétendent que leur gloire y est attachée. Le tout est écrit dans un style et avec un esprit qui ne sont rien moins que chrétiens et charitables. Cet ouvrage fort long est bien inférieur à la feuille légère des premiers.

27. — Messieurs de l’Académie Française ayant réduit à deux pièces les quinze qu’ils avaient jugées dignes de leur attention, se trouvant embarrassés sur la préférence à donner et voyant une égalité parfaite, ont résolu d’en référer à M. le contrôleur général. Ce cas unique lui a été exposé. Le ministre a offert à ces Messieurs de suppléer au prix par une somme de deux cents écus, qu’il donnerait de sa poche. Les députés lui ont demandé la permission d’en rendre compte à leur compagnie. Il paraît qu’on eût désiré que M. de L’Averdv en parlât au roi, et obtînt cette faveur de Sa Majesté.

29. — VERS POUR METTRE AU BAS DU PORTRAIT DE MADEMOISELLE CLAIRON, REPRÉSENTÉE EN MÉDÉE.

Sans modèle au théâtre, et sans rivale à craindre,

Clairon sut tour à tour attendrir, effrayer;

Sublime dans un art, qu’elle sembla créer.

On pourra l’imiter, mais qui pourra l’atteindre (I)?

Août. — 3. — Messieurs de l’Académie F rançaise ont décidé aujourd’hui qu’il ne lui convenait point d'accepter aucun don de particulier, fût-il ministre. En conséquence, elle s’est refusée à la générosité de M. de L’Averdy, et elle a arrêté que la médaille d’or de six cents livres serait divisée en deux, de trois cents livres chacune, pour être partagée entre les deux concurrents d’égale force, M. Thomas et M. Gaillard.

4. — M. le Dauphin, ayant commandé son régiment de dragons à la revue qui en a été faite, voulut souper au camp, lin auteur profita de cette circonstance pour exercer ses talents grivois.

(t) Ces vers insérés dans le Mercure de France , juillet 1765, p. 76. y portent la signature : Polier. Mel. Past. Arc. — R.

Il composa une chanson qu’il fit chanter par un Dragon-Dauphin, et qui fut ensuite répétée au souper de Mesdames. La louange naïve qu’elle renferme, rendue aussi grossièrement, en devient plus piquante et plus naturelle. On attribue cette galanterie à M. Collet, auteur de Y É pitre à l’Hymen. En voici un couplet pour chanlillon :

Ma foi, v’Ià qu'est arrangé :

(îrand merci, not’ capitaine ;

Reprenez votre congé,

L’ métier n'a plus rien qui m’ gène.

J'ai vu Louis et ses enfants :

J’veux mourir pour ces honnét’s gens.

7. — Les Comédiens Français commencent à s'occuper sérieusement de Pharamond. Cette tragédie, qu’une voix assez unanime attribuait à M. Thomas, -reçoit aujourd'hui plusieurs pères. MM. le marquis de Ximenès, Colardeau, Barthe, La Harpe, Chahanon et Le Blanc sont sur les rangs. Tous renient cette production. On ne peut qu’admirer la modestie toute nouvelle de nos auteurs, qui s'enveloppe d’un incognito si difficile à garder, mais devenu aussi prudent que nécessaire par les chutes multipliées qu’ont éprouvées le plus grand nombre.

H . — Projet de souscription pour une Estampe tragique et morale, in-8°de i I pages. Cette souscription roule sur la malheureuse affaire des Calas. M. de Carmontelle, lecteur de M. le duc de Chartres, connu par ses dessins pleins d’esprit et de facilité, a composé un tableau que le sieur de La Fosse grave actuellement. Il représentera six portraits de la plus exacte ressemblance : celui de la veuve Calas, ceux de ses deux filles et de son fils : celui de M. Lavayssc, et celui de la courageuse servante qui a partagé j toutes les disgrâces de ses maîtres. Le fond du tableau est la prison même où s’est rendue la veuve Calas pour attendre le juge- ' ment du 9 mars 1765 (I). Elle est assise, ainsi que sa fille aînée, ^ qui est à côté d’elle, la tête appuyée sur la main droite : la fille cadette est debout, derrière sa mère, et penchée sur le dos de la

(1) Par cet arrêt, la mémoire de PiiifoTtuné Calas était réhabilitée ; sa veuve, son tils, Lavavsse et la servante étaient déchargés de l'accusation intentée contre eus. — H.

chaise. Ce groupe intéressant est attentif à la lecture d'un Mémoire que tient M. Lavaysse, placé vis-à-vis et debout. Derrière lui. Calas le fils, un genou posé sur une chaise, et regardant pardessus ses épaules, porte les yeux sur le Mémoire. Entre les deux groupes, on voit la servante des Calas, toute droite et presque de face, qui en écoute aussi la lecture.

12. — M. Dandré Bardon, l’un des professeurs de l'académie royale de Peinture et de Sculpture, professeur des élèves protégés parle roi, pour l'histoire, la fable et la géographie, et membre de l’Académie des Belles-Lettres de Marseille, etc., vient d’exécuter ce que les Léonard de Vinci, les Dufresnoy, les Depiles, les Le Brun, les Coypel avaient ébauché dans leurs écrits, et tout récemment M. le comte deCaylus. Son ouvrage (1) contient les principes approfondis de différentes parties de la peinture et de la sculpture. On y remarque beaucoup de méthode, de la netteté dans le style, de l'abondance, quelquefois même de la chaleur. Les lecteurs y trouveront un grand fonds d’instruction et beaucoup d’objets de curiosité.

lt). — Les Comédiens Français ont donné hier la première représentation de Pharamond, tragédie nouvelle.

Cette pièce n'a eu qu'un succès médiocre. Ce drame est remarquable par une simplicité de plan bien rare aujourd'hui : cette qualité fait croire au grand nombre des connaisseurs, que Pharamond est de M. de La Harpe (2).

A la fin, on demanda l’auteur : les uns le désiraient sérieusement, d’autres persiflaient. Le sieur Le Kain étant venu pour annoncer le spectacle du lendemain, les instances ont redoublé. Il a dit que l'auteur n’était pas à la Comédie. On a insisté, on a demandé son nom. Le Kain a répondu qu’on ne le savait pas; et le bon public ne s’est pas aperçu de la contradiction de cet histrion, et du mensonge impudent qu’il venait de faire dans l’une ou l’autre réponse.

20. — M. d’Alembert, qui était pensionnaire surnuméraire de l’Académie royale des Sciences, vient enfin d’obtenirl’agrément

(1) Traité de Peinture, suivi d’un Fssai sur la Sculpture, etc. Paris, 1765,

2 vol. in-12.

[i) La Harpe est, en effet, l'auteur de cette tragédie qui fut retirée après deu* représentations très-orageuses.

du roi pour la pension deM. Clairaut. Cette nouvelle (1) est trèsimportante par les différents bruits qui avaient couru sur la disgrâce prétendue de cet Académicien (2). La pension est de deux mille quatre cents livres.

24. — M. l’abbé de La Chapelle, de l’Académie royale des Sciences, ayant lu, il y a quelque temps, un Mémoire sur w.e sorte de corset ou pourpoint propre à se soutenir dans l’eau , l'Académie avait nommé des commissaires pour faire l’examen de ce corset, et le jour ayant été pris ensuite pour le mettre à l’épreuve, M. l’abl>é de La Chapelle a fait lui-même l’expérience dans la rivière de Seine, vis-à-vis Bercy. 11 avait la tète et les bras hors de l’eau et parfaitement libres, au point de pouvoir boire, manger, prendre du tabac, tirer un coup de pistolet, de fusil, etc.

2o. — Aujourd’hui s’est tenue l’assemblée publique de l’Académie Française pour la distribution du prix partagé en deux, comme on Ta annoncé (3).

Il faisait fort chaud à cette assemblée; les portes restaient ouvertes. M. Duclos veut les faire fermer, et s’écrie avec sa pétulance ordinaire : « Que diable ! où sont donc ces Suisses ? — M. Duclos, lui répond une voix du milieu de la foule, où avezvous priscette phrase? Est-ce dans le Dictionnaire de l’Académie ?» Le secrétaire perpétuel, rentré en lui-même par cette apostrophe, s’est tu, et a senti l’indécence de son propos en pareille compagnie.

30. — On ne peut trop rire des mouvements que se donne sans cesse M. de Voltaire, pour jouer le public et le persifler. Tout nouvellement encore, il vient d’écrire une lettre à M. Marin (4), censeur de la librairie, pour le supplier d’engager le ma gistrat à interposer toute sou autorité, et à arrêter l’introduction d'une quantité d’ouvrages que tout le monde sait être de lui, dont il serait très-fâché qu’on ne le crût pas auteur, mais qu’il désavoue. Tels sont le Dictionnaire Philosophique, la Philosophie de l'Histoire , et récemment ses Questions sur les miracles. On p

(1) Elle était dénuée de fondement. — K.

!2) Voy. 24 mai 1765.

(3) Voy. 3 août 1765.

(4) ('.elle lettre ne se trouve pas dans les Œuvres de foliaire. — R.

SEPTEMBRE 17 fi 5.

santé de ces lettres, et on le laisse se repaître de l'espoir de duper les crédules.

Septembre. — t . — Une contestation s’est élevée depuis quelque temps entre les deux coryphées de la danse au Théâtre Italien : l’importance des personnages, la singularité du procès, exigent que nous en rendions compte.

Madame Pitrot/en son nom Louise Regis, dite Rei, quoique mariée, a la manie de vouloir passer pour fille. Les liens de l’hymen, le respect dû au sacrement, des enfants déjà nés, un autre prêt à naître, rien ne peut la persuader qu’elle est femme. Elle s'est dite fille, pour quitter un époux, et, depuis son évasion, elle ne veut point d’autre qualité : elle en donne pour raison quelle a brûlé son contrat de mariage, comme invalide. Une pareille querelle ne peut que faire voir à quel comble de corruption les mœurs sont montées ; et c’est à un tribunal auguste qu'on porte un procès pareil! Le mari fait paraître un Mémoire. Me Marquet n’a point égayé cette matière autant qu’elle le méritait.

Le mariage des deux histrions a été contracté à Varsovie en novembre 1761, et c’est le 29 juin 1764 que la femme s’est évadée.

2. — La Chandelle d’Arras, poème hèroï-comique en dix-huit chants (1). Cet ouvrage, attribué à M. de Groubental, l'auteur du Balai (2), n’est point sans mérite. 11 est bien versifié, a des descriptions pittoresques et voluptueuses. L’auteur ne fait cependant que singer la Pucelle de M. de Voltaire, et ne montre aucune invention. 11 y a une Épitre dédicatoire à M. de Voltaire, comte de Ferney, qui est un vrai galimatias. L’ouvrage est parsemé de notes, ou impies, ou diffamatoires, ou au moins satiriques. Toutes ces qualités le rendent fort rare.

3. — • Mademoiselle Clairon, qui avait paru aller à Genève pour consulter M. Tronchin sur sa santé, a reçu de cet Esculapc une réponse telle qu’elle la désirait. Il la menace d’une mort pro-

(1) Berne, 1765, in-8°. L'abbé DuLaurens, qui eut quelquefois Crouber de Grouhental pour collaborateur, est le seul auteur de ce puëine. Il a etc réimprimé en 1 307,. précédé d’une notice sur Du Laureus par M. Fayolle. — R.

(2) Cons'antinople (Amsterdam), 1761, in-8°. Ce poëmc est de Du Laureus. Ou l'attribua quelque temps à Voltaire. — R.

chaîne, si elle remonte sur le théâtre. On croit que cette consultation est concertée. Quoi qu’il en soit, elle a déployé ses talents chez M. de Voltaire. Ce grand poète ne la connaissait que par renommée ; il n’avait pas vu cette actrice à son apogée, il a été pnchanlé, et il lui en a marqué sa reconnaissance, et s’est enthousiasmé dans une Épitre où il prétend qu’on ne peut avoir de grands talents sans y joindre de grandes vertus. On sent qu’il a ses raisons pour soutenir cet étrange paradoxe.

6. — La république des lettres et les arts regrettent un savant illustre et un Mécène peu commun en la personne de M. le comte de Caylus. 11 est mort hier, âgé de soixante-treize ans, de lasuite de ses infirmités qui le tourmentaient depuis longtemps. Il a ednservé sa philosophie jusqu’au bout. On ne saurait croire de combien de livres rares et de choses curieuses il a enrichi la Bibliothèque du Roi et le Cabinet des Médailles. On lui doit une bonne partie de nos découvertes sur les antiquités égyptiennes ; il a fondé, à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dont il était membre, un prix pour ces recherches, et lui-même est l’auteur de divers ouvrages où les peintres et les sculpteurs trouvent beaucoup à profiter. Nous lui devons aussi l’invention de la peinture encaustique, ou en cire, dont M. Bachelier et d’autres artistes ont fait depuis un usage avantageux.

12. — On a publié un Mémoire contenant des observations sur la disposition de la nouvelle église de Sainte-Geneviève ; production critique d’un nommé Desbœufs, qui prend le titre d’élève de l’Académie royale d’Architecturc. Cette Académie, dans sa conférence du 19 août, après avoir examiné cette critique, a décidé que la brochure était indécente, peu réfléchie et rempli»* de faussetés ; en conséquence, elle a arrêté que dorénavant le nommé Desbœufs ne pourrait plus rentrer au nombre des élèves de l’Académie et jouir des avantages qui leur sont accordés, et que son nom serait rayé de ses registres.

14. — Madame Pitrot fait paraître un Mémoire en réponse à celui de son mari(t). Comme aucun avocat ne pouvait décemment se charger d’une pareille défense, l’écrit paraît être l’ouvrage de la femme meme, et n’est signé que d’elle. On n’ignore point

(I) Vny. 1 8 août I7«i5.

que le sieur Elie de Beaumont en est l'auteur. Les louanges qu'il s’y donne l’assurent davantage. Cette production prouve que le sieur Pitrot est un coquin, et n 'empêche point ladite dame d’être une coquine. 11 n’est pas plus plaisant que l'autre, malgré les velléités qu’on y trouve de l’être de temps en temps.'

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