‹ Mémoires secrets de Bachaumont [édités et continuésChapitre 6 sur 86 · partie? cHUélles. — B · texte numérisé non relu

partie? cHUélles. — B

(/SyTtrTBerlin avait cru longtemps posséder le cœur de mademoiselle Hus; si les bienfaits avaient quelque droit sur celui d'une femme de cette espèce, il avait lieu de n’en point douter; il avait fait en sa faveur une dépense prodigieuse. Cependant, n’ayant pu se refuser aux soupçons dont on le tourmentait, il en avait vérifié la vérité, et avait trouvé son infidèle couchée, dans sa maison de Passv. avec le fils de l'entrepreneur des eaux de ce lieu. Celui-ci s’étant fait jour l’épée à la main, celte aventure était devenue trop publique pour que M. Bertin pût vivre encore avec une femme qu’il regrettera peut-être toujours. On évaluait alors le mobilier de mademoiselle Hus à plus de 500,000 liv. — B.

(4) Claude-Henri l’usée de Voisenon, né le 8 janvier 170S, mort le 22 novembre 1775. Madame la comtesse de Turpin, légataire des manuscrits de Voisenon, a publié en 1781 ses Œuvres complètes, 3 volumes in-8». Elle n'a pas cru devoir y comprendre les agréables ordures de cet abbé. — R.

cour, et tirent encore un plus grand mérite du mystère avec lequel cela se communique : si cette gentillesse se répand à un certain point, on la hasardera ici.

11 y a des vers du môme abbé sur mademoiselle Marquise, maîtresse de M. le duc d'Orléans. Tout cela est charmant, et est marqué au coin de la plus fine galanterie.

7. — On commence à parler beaucoup de Y Écueil du Sage, comédie philosophique et en vers de dix syllabes, de M. de Voltaire. On espère qu'elle triomphera des scrupules de la Censure et de la police, et que nous la verrons enfin représenter (1). Sans prématurer le jugement qu’on en doit porter, nous nous contenterons de mettre ici une anecdote (2) qui concerne cette comédie et qui est des plus agréables. C'est une plaisanterie que s’est permise M. de Voltaire, et qui a dû l’amuser infiniment.

Avant qu’il fût question de cette pièce, un jeune homme obscur vint la présenter comme sienne, sous le titre du Droit du Seigneur , au comédien semainier (3). 11 fut reçu avec la morgue ordinaire, et ce ne fut qu’en faveur de ses instances les plus respectueuses et les plus humbles, qu’on lui promit d’y jeter les yeux. 11 fallut bien des courses, bien des prières, avant d’obtenir une nouvelle audience. Enfin, on lui déclara qu'on avait parcouru sa comédie et qu’elle était détestable. Le jeune candidat demanda si on avait lu exactement ce drame ? 11 fit observer que cet arrêt était bien rigoureux ; qu’il avait montré sa comédie à quelques gens de goût, qui ne l’avaient pas jugée si défavorablement ; qu'il avait môme l’honneur du suffrage de M. de Voltaire. On lui rit au nez : on lui dit qu’il ne fallait pas se laisser séduire par ces applaudissements de société ; que la plupart des gens du monde n’entendaient rien à cès sortes d’ouvrages; et quant à l’illustre auteur qu’il réclamait, que sans doute c’était un persiflage. Le pauvre diable insista pour obtenir une lecture, la troupe assemblée : on lui répliqua qu'il se moquait, que la compagnie ne s’assemblait pas pour de pareilles misères. 11 fallut avoir recours aux suppliques et aux bassesses,

(1) Représentée sans succès* le 18 du même mois.

(2) Cette anecdote est très-vraie. — W.

(3) On appelle semainier celui qui est nommé chaque semaine pour suivéc le* affaires de la troupe. C’était le sieur Bellécour dans ce tctnps-là. — B.

et, les entrailles du comédien s’étant émues, on lui accorda par compassion un jour de lecture. Le comique aréopage était si prévenu, que vraisemblablement il ne lit pas grande attention à ce qu’il entendait, et la pièce fut conspuée par toute l’assemblée.

Le jeune homme se retira, fort content de la comédie qu’il venait déjouer. Quelque temps après, M. de Voltaire adressa cette même pièce aux Comédiens, sous le titre qu'elle porte aujourd’hui. On la reçut avec respect :elle fut lue avec admiration, et on pria M. de Voltaire de continuer à être le bienfaiteur de la compagnie. Ce n’est que quelque temps après, (pie cette anecdote s’est divulguée ; on en a beaucoup ri, et l’on s’est rappelé plus que jamais la caricature (1) plaisante, où l’on peint ce tribunal sous l'emblème d’un certain nombre débuchés en coiffures ou en perruques.

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