‹ Mémoires secrets de Bachaumont [édités et continuésChapitre 72 sur 86 · PILLET 17 GO · texte numérisé non relu

PILLET 17 GO

naturel, de sentiment et de délicatesse : il est singulier de voir une pareille bordure servir de cadre au tableau de la lubricité, de l’impudicité. La seconde partie, qui contient les notes, est remplie d’une érudition immense sur les lieux de débauche des anciens. On y a joint quantité de petites historiettes, dont l’écrivain appuie ses idées. Le tout est écrit purement. Il y a des peintures très-voluptueuses, des situations chaudes, et un style généralement très-animé.

Ce traité assez volumineux, digéré avec le plus grand soin, calculé avec une précision unique, ne peut manquer, encore un coup, d "être l’objet de l’étonnement de tous ceux qui le liront. 11 a dû coûter beaucoup de travail à son auteur, qui, avec une tête très-bien organisée, un cœur très-sensible et très-honnête, peut se vanter d’avoir produit le complément de l’extravagance et du Diogénisme.

28. — Le sieur Legouvé (1), avocat célèbre, avait composé dans sa jeunesse une tragédie chrétienne, intitulée Aurélie (2) ; elle fut présentée alors aux Comédiens, qui la reçurent, mais firent, suivant leur usage, languir l’auteur au désespoir. Dans cet intervalle, il déploya scs talents pour le barreau, se livra à des occupations plus sérieuses. Encouragé par ses succès dans cette carrière, il ne voulut point essayer le danger d’une chute à la Comédie, et retira sa pièce. La tendresse paternelle s’est réveillée depuis quelque temps, et, mettant de côté toutes ses affaires, il s’est uniquement occupé de cette production, et a voulu la faire jouer sur un théâtre de société 11 a choisi celui de M. le comte de Rohault, à Auleuil, qui est un magnifique théâtre particulier ; il a faitexécuter sa pièce en ce lieu, hier jeudi, et y a joué lui-même un rôle. Quoique ce ne fût point jour férié, beaucoup de ses confrères, et même de graves magistrats, se sont rendus à la représentation, ce quia jeté un grand vide au Palais. L’auteur n’a pas eu la gloire qu’il espérait : on a trouvé sa tragédie trèsmédiocre, et son jeu détestable ; ses vrais amis lui ont conseillé defairedes plaidoyers préférablement à des pièces de théâtre, et <le s’en tenir à scs rôles du barreau Ce M. Legouvé était chargé, cet hiver, de plaider devant le roi de Dancmarck, lorsque ce prince

(1) Père de l’auteur du Mérite des femmes.

(î) Imprimée, en 1 7îi0, sous le nom d'AtiHie, in-I2, anonyme.

vint entendre une cause au Palais, et il fit un discours qui occasionna beaucoup de rumeur, dont on a parlé dans le temps (1).

29. — Le sieur Poinsinet, appelé par dérision, depuis son voyage d'Espagne, Don Antonio Poinsinetlo, nouvelle dénomination qu’il s’était donnée lui-même, croyant se décrasser par. là et acquérir un vernis de noblesse catalane, après avoir déjà parcouru plusieurs villes de ce royaume avec sa troupe de comédiens, et cherché à établir en différents endroits des opéras-comiques, sorte de spectacle fort à la mode aujourd’hui chez toutes les nations, se regardait déjà comme un conquérant littéraire, lorsque, par un accident malheureux, il s’est enseveli, lui et toute sa gloire, dans le Guadalquivir,à Cordouc, capitale de l’Andalousie, et s’est noyé dans ce fleuve (2). Cette ville est, comme on le sait, célèbre par la naissance des deux Sénèque, et va le devenir encore plus par le trépas de l’auteur dont nous parlons. Le défaut de fortune et l’inconduite avaient forcé ce bouffon de la littérature à s’expatrier. C’est un des personnages les plus singuliers qu’on pût voir, qui, à beaucoup d’esprit et de saillies, joignait une ignorance si crasse, une présomption si aveugle, qu’on lui faisait croire tout cequ’on voulait en caressar.tsa vanité. La postérité ne pourra jamais comprendre tout ce qui lui est arrivé en pareil genre. Les tours qu’on lui a joués, et auxquels il s’est livré dans l’ivresse de son amour-propre, sont d’une espèce si singulière et si nouvelle, qu’il a fallu créer un mot pour les caractériser. Noire langue lui doit de s’ètre enrichie du terme de ficalion (3), terme généralement adopté, quoi qu’en dise M. de Voltaire, qui voudrait le proscrire, on ne sait pourquoi.

Le roi a annoncé lui-même cette mort à M. de La Borde, son premier valet de chambre, et qui était fort lié avec ce poète, sur les paroles duquel il avait fait plusieurs fois de la musique.

30. — On a annoncé (4), il y a déjà du temps, que la reconstruction du Louvre était arrêtée de nouveau par un arrêt du Conseil ; qu’on voulait en faire un Muséum, sous le nom de Palais des

(1) Voy. 24 novembre 1768.

(2) I.e 7 juin 1769. Il était né le 17 novembre 1 735 .

■,3) On trouve uu récit Tort détaillé des Mystifications de Poinsinet, dont quelques-unes sont eiTectivcment singulières, à la suiledes Mémoire t pour servir d la vie de Jean Monnet, 1774, 2 vol. in-12. — K.

(4) Voy. Il janvier 1768.

Arts; qu’il était décidé d’y transporter la Bibliothèque du Roi, les médailles, les estampes, les tableaux, les cabinets d’histoire naturelle, les modèles des machines, les plans des villes de guerre. Ce beau projet, suivant l’usage, était resté là; et, sans doute, faute d’argent, il avait été oublié aussitôt que conçu. On paraît se réveiller là-dessus aujourd'hui, et les ordres sont donnés pour finir incessamment la partie du bâtiment qui donne sur la rivière. C’est dans cette exposition aussi noble que vaste qu’on doit placer la bibliothèque, déménagement le plus pressé et le plus long à faire. De cette enceinte, il se formera une magnifique issue sur la terrasse pratiquée dans la colonnade donnant suç la place.

On présume qu’on songe sérieusement celte fois à effectuer les travaux, parce que les artistes auxquels on avait permis de se construire des appartements dans l’intérieur des murs, avec la clause expresse de les abandonner aussitôt qu’il serait question de reprendre les travaux du roi, ont été avertis de se pourvoir de logements.

31. — On ne parlait plus du célèbre J.-J. Rousseau, ex-citoyen de Genève, errant depuis son retour d’Angleterre, et qui, après avoir parcouru une partie de la France dans un enthousiasme dont il s’était enflammé pour la botanique, s’était enseveli dans les montagnes du Dauphiné, et ne paraissait plus concentré que dans l’étude des plantes et des simples. On ne sait comment il s’est trouvé, cet été, rapproché du Nivernais. M. le prince de Conti va tous les ans prendre dans cette province les eaux minérales de Fougues : soit erreur de voyage, soit un reste de vanité, soit reconnaissance envers cet illustre bienfaiteur, il s’est trouvé assez à portée du prince, pour qu’il ait daigné le voir encore, et l’envoyer chercher plusieurs fois dans ses carrosses ; ce qui a donné un grand relief 'à M. Rousseau auprès des provinciaux de ces cantons, qui n’avaient jamais lu ses ouvrages et ne connaissaient même pas son nom.

— Les Comédiens Français jouent aujourd’hui Y Iphigénie de Racine avec les changements qu’y a faits le sieur de Saint-Foix. On a prévenu que, sur le désir qu'en avait témoigné madame la duchesse de Villeroi, cet auteur, au moyen de vingt vers au moins de transition, avait retourné tout le cinquième acte, et mis en

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action ce qui n’était qu’en récit. La tragédie prête par là à un spectacle étonnant, et c'est en ce moment l’objet de la curiosité publique.

— Tout le public littéraire est dans l’attente de la pièce que l’Académie Française désignera pour être couronnée à la fête prochaine de Saint-Louis. On sait que le sujet propose pour cette année était Y Éloge de Molière, ce qui ne fait que redoubler la curiosité. On sent qu’une pareille matière ne peut avoir été traitée dignement par un écolier, et que pour ce panégyrique il faudrait avoir presque autant de génie que le héros. Quoique les juges, pour éviter les tracasseries d’une publicité prématurée, soient fort secrets sur leurs délibérations, il est toujours quelques membres plus indiscrets ou plus aisés à pénétrer, qui laissent transpirer quelque chose. On prétend qu’une pièce, entre autres, a attiré l’attention de la compagnie, mais que, sur un soupçon qu’elle pouvait être du sieur Palissot, on l’a mise à l’écart pour ne la point couronner, quel qu’en fût le mérite, si elle était réellement de cet auteur. Les Académiciens croient pouvoir, en celte occasion, s’élever au-dessus des règles ordinaires, et exclure du concours un aspirant indigne par ses mœurs et par sa conduite d’entrer dans la carrière. 11 faut se rappeler, ou plutôt on ne peut oublier avec quelle impudence le sieur Palissot s’est adjugé le rôle d'Arétin moderne, et a versé le fiel de la satire sur les personnages les plus illustres de la philosophie et de la littérature. Par le scandale de sa comédie des Philosophes et de son poëme de la Dunciade, il s'est condamné lui-même au triste et infâme rôle de médire dans les ténèbres du reste de ses confrères. Personne n’a daigné lui faire l’honneur de lui répondre ; et son dernier ouvrage, quoique bien fait dans son genre, et trèsdigne d'observations et de critiques, n’a pas même reçu les honneurs de la censure.

Août. — 1er. — LesComédiensFrançais,quisurl’afficheavaient annoncé Y Iphigénie en Àulide, sans aucune addition qui prévînt le public de l’innovation dont on a parlé, ont cru devoir ouvrir le spectacle par un petit bout de compliment, aussi mal fait que mal débité, où ils ont déclaré que, toujours attentifs à procurer aux spectateurs de plus grands amusements, ils avaient, dans celte vue, tenté l’essai en question. Cet essai n’a point eu le

succès qu’ils s’en promettaient : on a trouvé le spectacle du cinquième acte mesquin, mal amené, invraisemblable, et trop brusqué. On a regretté les beaux vers du récit ordinaire, et les vers de suture du sieur de Saint-Foix ont paru tout à fait disparates ; il en a été de même du jeu des acteurs. Les uns ont joué divinement, d’autres à faire mal au cœur.

2. — M. de Voltaire, qui trouve sansdoute que son Histoire du Parlement ne perce pas assez à son gré et fait encore peu de bruit, la désavoue une seconde fois dans une «nouvelle lettre insérée au Mercure de ce mois, et annonce qu’elle est indécente et hardie. Usent bien que ces qualifications exciteront encore mieux la curiosité des lecteurs, et c’est ce qu’il souhaite ardemment.

3. — La seconde lettre de M. de Voltaire a produit l’elTet qu’il en attendait. C'est une fureur pour courir après son Histoire du Parlement de Paris, par M. l’abbé Big..., que des fous achètent jusqu à six louis. On a tellement châtié les colporteurs, qu’il ne s’en trouve plus qui osent se charger de pareille marchandise, surtout de celle-ci, contre laquelle le Parlementa demandé les prohibitions les plus sévères.

13.— On rit beaucoup, à la cour, d’une plaisanterie que s’est permise M. le duc de Choiseul. envers M. l’évêque d’Orléans, à un spectacle particulier que donnait chez elle madame la comtesse d’Amblimont. Outre ce ministre et autres seigneurs de la plus grande distinction, il y avait plusieurs prélats. Avant la comédie, M. le duc de Choiseul avait prévenu quelques actrices. Deux s’étaient pourvues d’habits d’abbé; elles se présentèrent ■dans cet accoutrement à M. de Jarente. Ce prélat n’aime pas, en général, à rencontrer de ces espèces sur son chemin, parce qu’il se doute bien que ce sont autant d’importunités à essuyer. Ceuxci pourtant, par leur ligure intéressante, attirèrent son attention ; ils lui adressèrent leur petit compliment, se donnèrent pour de jeunes candidats qui voulaient se consacrer au service des autels, se renommèrent de la protection et même de la parenté de M. le duc de Choiseul, qui n’était pas loin et vint appuyer leurs hommages et leurs demandes. Le cœur de l’évêque d’Orléans s’attendrit, par sympathie, sans doule ; il promit des merveilles, et, par une faveur insigne, ne put se refuser à donner l’accolade à ces deux aimables ecclésiastiques. Quelle surprise pour le pré-

lat, lorsque, pendant le spectacle, il entrevit sur le théâtre des ligures qui ressemblaient beaucoup à celles qu’il avait embrassées ! Son embarras s’accrut par une petite parade (t), où il fut obligé de se reconnaître. On y peignait adroitement son aventure. Entin des couplets charmants le mirent absolument au fait. 11 se prêta de la meilleure grâce à la raillerie. Les abbés redevenus des jeunes filles très-jolies et très-aimables, se reproduisirent avec toutes sortes de grâces et de minauderies. On lui rendit les baisers qu’il avait donnés. Cela fit l’entretien du souper. On s’était promis entre soi de ne point révéler les secrets de l’Église, et d’en faire un mystère aux profanes ; mais il est toujours des indiscrets qui n’ont pas de scrupule de manquer à leur serment, et l’histoire perce depuis quelques jours dans le public. Tout le monde reconnaît là la gaieté fine du ministre, qui a besoin de se dérober quelquefois à ses importantes et pénibles occupations et de se dérider le front, pour les reprendre ensuite avec plus d’ardeur et de patriotisme.

14. — La crise de la Compagnie des Indes vient de fournir encore matière à plaisanterie. En caustique a imaginé et fait exécuter une gravure où l’on a représenté l’assemblée générale des actionnaires. Autour du lapis vert sont les gens de l’administration; M. le contrôleur général préside au bout delà table^ sa gauche est M. Boutin, intendant des finances, ayant la Compagnie dans son département, et cependant l’homme le plus acharné à son déchirement, sujet de l’allégorie en question. On voit à ses pieds un gros dogue d’Angleterre, les yeux enflammés, la gueule ouverte, les poils hérissés, dans l’altitude d’une rage prêle à dévorer les actionnaires sur lesquels il s’élance. Son maître l’excite, en disant : Mors-les, pitoyable etcruelle allusion au nom de l’auteur du Mémoire (Morellet) (2).

19. — 11 y a quelque temps que M. le prince de Conti, qui honore le sieur Gerbier, fameux avocat, d'une confiance particulière, est allé le trouver à sa terre d’Aulnoy, où, malgré ses grandes occupations, il passe la plus grande partie de la belle saison. L’orateur, confondu d’une telle visite, mit dans sa récep-

(1) Yoy." 24 août 1769.

(2) L’abbé Morellet avait publié un Mémoire sur la situation actuelle de la t ompagnie des Indes. (Xmsterd. et Paris, 1769, in-4.)

tion toute l’éloquence dont il est capable; mais le prince exigea qu’on oubliât le cérémonial du à son rang, et qu’on le traitât comme un ami de la maison. Son premier soin fut de parcourir les délicieux jardins du château. Ces jardins sont créés en quelque sorte par le nouveau maître, et c’est un jardinier anglais qui a traité cette partie dans toute la singularité du costume de sa nation. Après les premières promenades, le sieur Gerbicr, laissant faire à sa femme les honneurs de sa maison, demanda au prince permission de le quitter un moment, sous quelque prétexte. Il revint peu après, et conduisit insensiblement Son Altesse,’ comme pour se reposer, sous un belvédère agréable, où l'on lut ces vers fraîchement écrits :

Sous son humble toit Philémon Reçut le maitre du tonnerre;

A son bonheur le mien répond :

Je vois Conti dans ma chaumière !

Le prince, enchanté de cette galanterie ingénieuse, redoubla de bontés et de caresses pour son hôte, et voulut passer trois jours chez lui : faveur signalée, dont aucun particulier n’ajamais pu se vanter.

2t. — M. de Voltaire, doué d'un cœur aussi actif que son esprit, a favorisé de sa recommandation auprès du ministre de la guerre, un jeune médecin, chargé de deux petits hôpitaux dans le pays de Gcx, et venu à Paris pour demander une augmentation. Voici la recommandation dont il était porteur.

REQUÊTE DE l’ERMITE DE FERNEY A MONSEIGNEUR LE DUC DE CHOISEUL.

« Rien n’est plus en place que la supplication d’un vieux malade pour un jeune médecin : rien n’est plus juste qu'une augmentation de petits appointements, quand le travail augmente. Monseigneur sait très-parfaitement que nous n’avions «autrefois que des écrouelles dans les déserts de Gex, et que, depuis qu’il y a des troupes, nous avons quelque chose de plus fort. Le vieil ermite, qui, à la vérité, n’a reçu aucun de ces deux bienfaits de la Providence, mais qui s'intéresse sincèrement à tous ceux qui

en sont honoras, prend la liberté de représenter douloureusement et respectueusement à Monseigneur, que le sieur Costcr notre médecin très-aimable, qui compte nous empêcher de mourir, n’a pas de quoi vivre, et qu’il est en ce point tout le contraire des grands médecins de Paris. Il supplie Monseigneur de vouloir bien avoir pitié d’un petit pays dont il fait l’unique espérance. »

M. Coste, muni d’un pareil passe-port, a été très-bien accueilli de M. le duc de Choiseul; il a eu l’honneur de manger avec madame la duchesse, et ses appointements, qui n’étaient que de cinquante écus, ont été portés à douze cents livres; il a obtenu, en outre, une gratification de six cents livres pour son voyage.

24. — On a consacré la petite plaisanterie faite à M. l’évêque d’Orléans (I), par un divertissement allégorique, intitulé le Ballet des abbés. On sent qu'il ne peut avoir lieu que sur des théâtres ' particuliers : il a déjà été exécuté en plusieurs endroits.

23. — L’Académie française a tenu aujourd'hui, suivant l’usage, sa séance publique pour la distribution du prix. L'affluence augmente de jour eu jour à ces assemblées, et dès deux heures la salle était garnie. Les dames paraissent s’y plaire ; elles y étaient venues en grande quantité. Quand Messieurs sont entrés pour se mettre en place, on a été surpris de voir siéger parmi eux un abbé qu’on ne connaissait pas; M. Duclos, le secrétaire de la compagnie, a éclairci l’embarras général, en annonçant que M. l’abbé était un Pocquelin (2), petit-neveu de Molière. Tout le monde a applaudi à cette distinction par des battements de mains multipliés. Ensuite M. l'abbé de Boismont, directeur, après avoir fait une espèce d’amende honorable à Molière an nom de l’Académie, qui, le comptant au rang de ses maîtres, le voyait toujours avec une douleur amère omis entre ses membres, a déclaré que, pour réparer cet outrage autant qu’il était en elle, elle avait proposé son Éloge au concours des jeunes candidats; que M. de Chamfort avait mérité le prix; que trois autres pièces avaient fait regretter aux juges de n’avoir qu’un

(I) Voy. 13 août 1769.

(;) C.ct abbé se nommait La Fosse et non Pocquelin. Voyez l’Histoire de ta •oie des onorayes de Molière, par J. Taschereau, p. 411 de la 2« édition, — R.

prix à donner, et qu’une quatrième avait approché de très-près celle-ci. M. Duclos a cru devoir ajouter son mot, en disant qu'on ignorait les auteurs des accessit, mais qu’on les invitait à faire imprimer leurs pièces, pour que les connaisseurs pussent juger, approuver l’arrêt de l’Académie ou le casser; il a ajoute modestement : « Nous nous croyons plus forts qu’un particulier, mais le public est plus fort que nous. »

31. — - Le discours que M. l’abbé Le Cousturier, chanoine de s Saint-Quentin, a prononcé le jour de Saint-Louis, dans la chapelle du Louvre, devant messieurs de l’Académie Française,excite de grandes rumeurs dans la cabale des dévots, et renouvelle la 3 fermentation qu’occasionna, il y a deux ans, celui de l'abbé Bassinet (1). On reproche encore à l’orateur de cette année d’avoir fait un discours trop profane, d’avoir envisagé en Louis IX le monarque seul, sans parler du saint, d’avoir frondé les croisades, de s’etre élevé avec force contre le tribunal de l’inquisition,fd’avoir donné des leçons de politique dans une chaire où il ne devait donner que des leçons de vertu. On va jusqu’à supposer que cet abbé est un suppôt du parti encyclopédique, parti a qui ne cesse d’élever sa philosophie fausse et dangereuse sur * les ruines de la vraie religion. On tourne même contre l’orateur * les éloges qu’il a reçus des spectateurs, et ces battements de mains réitérés, qui ne sont d’usage que dans les assemblées profanes, au théâtre ou au barreau. Le zèle des fanatiques a été porté au point de dénoncer ce panégyrique à M. l’archevêque, pour en suspendre l’impression et lui attirer les censures de ce prélat. Heureusement le discours est déjà imprimé par ordre de l’Académie Française, et dans une délibération subséquente ces messieurs ont arrêté de députer trois de leurs membres au pre- , mier gentilhomme de la Chambre en exercice, pour le supplier de présenter l’orateur à Sa Majesté, et de lui offrir son discours, ‘ faveur nouvelle et signalée de la part de l’Académie. La cérémonie doit avoir lieu dimanche à Versailles, et c'est M. le duc de Fronsac qui s’en est chargé.

Septembre. — 2. — On assure que le sieur Baculard d’Arnaud, auteur de plusieurs ouvrages larmoyants, tels que jérémiades, élégies, drames funéraires, a obtenu la pension que le sieur

(1) Voy. 4 septembre 1 767 .

MÉMOIRES SECRETS DE BACHA l'MOKT.

Poinsinet avait sur le Mercure, et que c’est à la Sollicitation de l’abbé de Langeac auprès de M. le comte de Saint-Florentin. Ce jeune abbé est déjà un Mécène très-ardent pour les gens de lettres, et fait refluer sur eux la passion excessive dont il est dévoré pour les Muses.

6. — Une compagnie vient de former un établissement digne de la ville de Sybaris : elle a obtenu un privilège exclusif pour avoir des parasols et en fournir à ceux qui craindraient d’être incommodés du soleil pondant la traversée du Pont-Neuf. Il y aura des bureaux à chaque extrémité de ce pont, oii les voluptueux petits-maîtres qui ne voudront pas gâter leur teint se pourvoiront de celte utile machine ; ils la rendront au bureau de l’autre côté; ainsi alternativement, moyennant deux liards par personne. Ce projet a commencé à s’exécuter lundi dernier. On annonce que, si cette invention réussit, on est autorisé à former de pareils bureaux dans les autres endroits de Paris où les crânes pourraient s’affecter, tels que le Pont-Royal, la place de Louis XV, etc. II y a apparence que ces profonds spéculateurs obtiendront aussi le privilège exclusif des parapluies.

On rappelle à cette occasion un projet beaucoup plus utile, dont on fournit le plan à M. de I/Averdy, lorsqu’il était encore contrôleur général ; c’était celui d'établir des brouettes à demeure, à différents coins de rues, où il y aurait des lunettes, qui se trouveraient prêtes à recevoir ceux que des besoins urgents presseraient tout à coup. On prétendait que celui-ci n’était qu’une dérision ; qu’un plaisant anonyme voulait persifler par là le ministère vil et minutieux de M. de I/Averdy. Les entrepreneurs promettaient de rendre une somme au Trésor royal ; ce qui tournait l’affaire en un impôt digne d’être assimilé à celui que Vespasien avait mis sur les urines des Romains. Tant d’industrie prouve à quel point l’argent est devenu un besoin indispensable, et comment ons se tourmente en tou sens pour en acquérir.

7. — On commence à croire que le Wauxhall des Champs-Elysées, qui portera le nom célèbre de Colyséc, parce qu’il sera dressé sur le plan du Colyséc de Vespasien, aura lieu certainement, par la grande quantité d’ouvriers qu’on vient de distribuer depuis peu pour les fondements de ce vaste édifice. Plu-

sieurs des actionnaires ont cependant retiré leur parole; mais on se flatte qu’il s’en présentera d’autres, et que la Ville, d’ailleurs, suppléera aux fonds d’un établissement dont elle doit avoir les prémices.

13. — Les Comédiens Français ont pris l’alarme, depuis qu’il est sérieusement question du nouveau Wauxhall, sous le nom de Colysée. Ils ont fait des représentations au ministre ayant le département de la police de Paris ; ils ont déposé dans son sein leurs inquiétudes sur le sort que pourrait leur faire un spectacle qui semblait vouloir envahir tous les autres, et s'appeler exclusivement le Temple des arls et des plaisirs. Ils ont fait valoir les droits qu’ils avaient à la protection du Gouvernement; ils ont intéressé à leur sort l’honneur de la nation même à ne point laisser déserter un théâtre, le premier de tous les théâtres, le. modèle et l’école de toute l’Europe policée. M. le comte de Saint-Florentin a paru vivement affecté de leurs plaintes; il a eu la bonté de leur faire écrire, de les rassurer, d’entrer dans des détails concernant le nouvel établissement, et de leur promettre que tout autre Wauxhall serait interdit, excepté celui de la Foire Saint-Germain qui n’aura lieu que dans la saison même de cette Foire. Les amateurs des Fêtes de Tempe (t) sont de nouveau alarmés de cette lettre, et jugent que ces Fctes, malgré leur privilège antérieur, seront supprimées l’année prochaine.

19. — Les spectacles de mademoiselle Guirpard, qu’on avait dit (2) être discontinués par la retraite d’un amant distingué qui ne subvenait plus aux frais considérables de ces fêtes, ont repris depuis quelque temps, et se continuent avec autant de succès que d’affluence. On n’y joue communément que de petits • drames faits exprès pour le lieu. Quelques auteurs se sont voués à l'amusement de cette nymphe, et toute la musique qui s’y exécute est de M. de La Borde. Ce sont les camarades, des deux sexes, de mademoiselle Guimard, qui la secondent dans les représentations où elle se prodigue elle-même avec beaucoup de complaisance. On sait qu’elle a une très-vilaine voix ; mais elle • a dans son jeu une minauderie qui plaît à ses partisans, et qui pourrait passer pour du naturel par la grande habitude où elle

(1) Voy. 1 5 juillet 1769.

(2) Voy. 9 juillet 1769.

est de s’y exercer. Il parait que, de tous les petits ouvrages composés pour ce théâtre, la Tête à perruque (1) est celui qui remporte la palme au gré des connaisseurs. Du reste, on n’entre que par billets; et c’est ordinairement le rendez-vous des plus jolies filles de Paris et des plus aimables libertins. 11 y a des loges grillées pour les honnêtes femmes, pour les gens d’Église, et les personnages graves qui craignent de se commettre parmi cette multitude de folles et d’étourdis.

20. — On parle beaucoup d'un bon mot de Madame, à Préville, le comédien, le jour où cette princesse fut chez madame la duchesse de Mazarin, avec les autres dames de France, voir une représentation de la Partie de chasse d’H^ri IV. 11 faut savoir qu’un devoir et un privilège des Comédiens est de porter le flambeau devant les princes, lorsqu’ils vont au spectacle, de la salle jusqu'à leur carrosse ou à l’endroit où ils vont; il faut savoir encore que Préville avait fait le rôle de Michau dans la Partie de chasse d’Henri IV, et Michau est le paysan chez lequel ce prince arrive incognito et est fêté avec tant de cordialité. Préville donc, après avoir représenté le rôle de Michau, éclairant Madame pour passer de la salle de spectacle au salon, elle lui dit : « 11 était très-convenable qu’après avoir reçu aussi bien le grand-père, vous éclairassiez la petite-fille. »7

23. — Des plaisants, qui ne manquent jamais d'ans ce pays-ci, et qui saisissent toujours l’à-propos, ont fait le couplet de chanson suivant à l’occasion des circonstances (2). Les gens intelligents en concevront facilement tout le sel. 11 est sur l’air : Vive le vin, vive l’amour. t

Vive le roi ! vive l’amour! . , . .

Que ce refrain soit nuit et jour Ma devise la plus chérie !

En vain les serpents de l’Envie Sifflent autour de mes rideaux,

L’Amour lui-mëme assure mon repos,

Et dans ses bras je la défie.

21. — Le Salon de cette année a essuyé beaucoup de critiques,

(1) De Collé.

(S) Allusion à la passion de Louis XV pour Du Barrv.

et les mérite ; mais la plus cruelle, la plus honnête et la plus simple est celle qu’un plaisant a répandue sous le titre suivant : Lettre sur les peintures, gravures et sculptures, qui ont été exposées cette année au Louvre, par M. Raphaël, peintre de l’Académie de Saint-Luc, entrepreneur général des enseignes de la ville, faubourgs et banlieue de Paris, à M. Jérôme, son ami, râpeur de tabac et riboteur (I). Dans cette Lettre, qui annonce autant de goût que de connaissances, l’auteur a eu soin d’éviter tout ce qui pourrait déceler l’amateur ou l’homme de l’art; il ne se sert que d’expressions générales, de termes ordinaires, pour exprimer ses jugements d’une grande justesse, d’une vérité parfaite, et quelquefois de la plus grande finesse; mais surtout appuyé sur ce sentiment intime, sur ce bon sens, qui se font entendre au vulgaire grossier comme aux virtuoses consommés. Le tout est assaisonné d’une gaieté, d'un atticisme, trèspropres à faire passer tout le piquant de la censure. On ne doute pas que messieurs de l’Académie, très-sensibles en général à toute critique, ne soient vivement affectés de celle-ci. Elle leur fera d’autant plus de peine, que le Gouvernement, jusqu’ici très-attentif à empêcher de répandre tout ce qui pouvait offenser l’amour-propre de ces messieurs, paraît avoir approuvé cette brochure qui se vend publiquement et avec permission. Peutêtre, dans l’engourdissement général des talents, a-t-on cru nécessaire de leur donner ce coup d’aiguillon, toujours propre à ranimer le génie, et qui ne décourage que l’homme médiocre.

29. — La plaisanterie de Raphaël à Jérôme fait grand bruit, et l’on cherche à en découvrir l’auteur qui garde l’anonyme. On attribue ce pamphlet à plusieurs hommes de lettres, comme l’abbé de Voisenon, M. Diderot, M. d'Alembert, M. Marmontel. Ce dernier est le plus soupçonné, parce qu’il est le plus connaisseur des quatre, en pareille matière; qu’il est d’ailleurs fort caustique, et que le style est plus dans sa manière que dans celle des autres.

Octobbe. — 9. — L’admiration qu’a excitée au Salon le portrait en pied du roi de Prusse, a fait fermenter les beaux esprits ; plusieurs ont fait des vers à ce sujet. Yoici un quatrain composé par

(I) Paris, Deialain, 1769, in-8».

M. Bacon, qu’on trouve le plus juste et le moins indigne de ce grand roi : ’*■-

Si ce roi conquérant, fameux par mille exploits,

Apprit à ses sujets le grand art de la guerre,

Kn prince, en philosophe, il leur dicta ses lois :

Régner, c’est éclairer la terre.

lt. — Madame Denis, nièce de M. de Voltaire, dont la séparation d’avec ce cher oncle avait occasionné tant de mauvais propos et de conjectures sinistres qui n’ont jamais été bien i éclaircies, vient de partir ces jours-ci pour se réunir à lui, et ce t retour va sans doute égayer la retraite du philosophe de Ferney, qui commençait à avoir beaucoup d'humeur et à broyer bien du noir. Les curieux trouveront de nouveau une femme aimable,

* qui fera les honneurs du château, et attirera les étrangers, effa-

* rouchés par les caprices d’un vieillard isolé. On sait que M. de Voltaire, malgré son ardeur pour la célébrité, ne daignait pas toujours se montrer aux amateurs, qui, en faisant ce voyage, risquaient de revenir sans l’avoir vu.

14. — Un caustique, comme il s’en trouve beaucoup à Paris, mécontent des opérations de M. le contrôleur général, que beaucoup de gens accusent d’ineptie, a rapproché ce caractère avec la conformation physique de la tête de M. Maynon, et en a formé l’épigrammc suivante :

Midas avait des mains qui changeaient tout en or :

^ Que notre Contrôleur n’en a-t-il de pareilles!

Pour l'État épuisé ce serait un trésor :

Mais, hélas ! de Midas il n’a que les oreilles !

15. — On parle beaucoup d’un bon mot de M. le duc de Choi- . seul à madame la comtesse Du Barry. On sait que la chronique scandaleuse a prétendu que, quoique cette dame soit née en légitime mariage, son père véritable et physique était un abbé Gomar, ci-devant Picpus et qui passait pour avoir été très-bien avec

la mère : bruit fort accrédité par le grand soin que madame Du Barry prend de cet abbé. La conversation roulait sur les moines, de la destruction desquels on s’occupe essentiellement en France.

Madame Du Barry était contre eux, et M. le duc de Choiseul en prenait la défense. Ce ministre, plein d’esprit et de linesse, mettait en avant tous les genres d’utilité de cet état et se laissait battre successivement en ruine sur tous les points; enfin, poussé à bout : « Vous conviendrez au moins, Madame, a-t-il ajouté, ■qu’ils savent faire de beaux enfants. » Cette épigramme charmante, enveloppée de toutes les grâces du madrigal, fut sentie par celle qu’elle regardaitet ne lui déplut pas, à la faveur du galant correctif qui la faisait passer.

<?■ 17. — M. Baron, secrétaire de l'Académie d’Amiens, a trouvé une anagramme assez heureuse des noms du Saint-Père actuel.

La voici :

Laurent ius Franciscus Ganganellius.

Franciscatius (1) Galli unuserit Angélus.

Il a pris la liberté d’en faire part à ce pontife, en lui écrivant en latin une lettre (2) de félicitation sur son exaltation. r-

22. — Extrait d’une lettre de Fontainebleau, du 21 octobre. N

« Hier il a été joué sur le théâtre de la ville une pièce nouvelle en un acte et en prose, ayant pour titre le Cri de la Nature. Elle est du sieur Armand, fils du fameux comédien de ce nom et concierge de la Comédie Française. Cet auteur, quoique enfant de la balle, n’avant pu depuis plus d’un an obtenir une lecture de son drame à l’assemblée des Comédiens, a été conseillé de le donner ici. II s’est muni avant du suffrage des pages, qu’il a suppliés d’assister à une répétition, et qui ont merveilleusement soutenu sa pièce : en sorte qu'elle a été aux nues. 11 paraît sur le théâtre un petit enfant en maillot. On craignait que cette innovation ne révoltât les gens délicats; elle a produit le plus grand effet ; on a pleuré à chaudes larmes, et toute la cour veut voir la nouveauté. 11 est à espérer, pour le sieur Armand, qu’on fera représenter sa comédie, d’emblée, au théâtre de Paris.»

23. — On a fait, ces jours derniers, l’épreuve d’une machine singulière qui, adaptée à un chariot, devait lui faire parcourir

(1) Clément XIV avait été Franciscain. — ■ R.

(î) On la trouve dans le Mercure de France, décembre 1769, p. 143. F.Ue est ■suivie de la réponse du cardinal Pallavicini. — R.

l’espace de deux lieues en une heure, sans chevaux; mais l’événement n’a pas répondu à ce qu’on promettait : elle n’a avancé que d’un quart de lieue en soixante minutes. Cette expérience s’est faite, en présence de M. de Gribeauval, lieutenant général, à l’Arsenal.

2o. — Le Tableau parlant, qu’on joue aux Italiens avec tant de succès, a allumé la bile d’un auteur satirique anonyme : il vient de l’exhaler dans une Épitre qu’il adresse à son digne ami, M. Nicolet. A cette occasion il fronde le mauvais goût du jour, il passe en revue une infinité de nos auteurs modernes, qu’il réduit à leur juste valeur. On a joint au texte des notes encore plus cruelles, et toute la littérature est en mouvement pour découvrir ce critique, contré lequel la tourbe des petits auteurs fait cause commune. On a attribué cette Épitre à M. l’abbé de Voisenon, parce que Favart, un des poètes de la scène si à la mode, y est absolument épargné. *

30. — On écrit, d’Allemagne, que les Jésuites de Coblentz et de Bamberg, ayant trouvé dans Y Évangile de Nicodème (que l’on sait n'être pas reçu comme orthodoxe, mais un des cinquante évangiles répudiés comme apocryphes) que le bon larron s’appelait Dixmare, ils ont jugé à propos d’en faire un saint, de l’invoquer sous ce nom, de lui bâtir une chapelle, de lui composer des litanies, et de lui faire faire des miracles. Dans les diverses invocations qu’on lui adresse, et dans les prières rédigées par ces benoits Pères, ils l’y appellent Saint voleur, Saint meurtrier. Saint assassin , le tout avec permission de leurs supérieurs. Les réflexions de l’auteur de la lettre sont, qu’il en résulte que les plus grands criminels peuvent être érigés en saints, pourvu que sur l’échafaud ils aient un bon moment.

Quoique celte relation soit fort circonstanciée et regardée comme certaine, il est à présumer que c’est une calomnie des ennemis de la Société, ou, du moins, que le fait est prodigieusement exagéré, ou que c’est une invention de quelque plaisant : celte espèce de rieurs n’est pourtant pas commune en Allemagne.

Novembre. — 1. — 11 s’est trouvé à la poste une lettre ayant poursuscription : « Au Prince des Poètes, Phénomène perpétuel « de gloire, Philosophe des Nations, Mercure de l’Europe, Ora- « teur de la Patrie, Promoteur des Citoyens, Historien des Rois,

« Panégyriste des Héros, Aristarque des Zoïles, Arbitre du goût,

« Peintre en tout genre, le même à tout âge. Protecteur des « Arts, Bienfaiteur des talents, ainsi que du vrai mérite, Admi- « rateur du génie. Fléau des persécuteurs, Ennemi des fana- « tiques. Défenseur des opprimés, Père des orphelins. Modèle « des riches. Appui des indigents. Exemple immortel des subli- « mes vertus. »

Cette lettre, tout considéré, a été rendue à M. de Voltaire, quoiqu’elle ne portât pas son nom, comme le seul à qui toutes ces qualités pussent convenir. Bien des gens ne seront pas d’accord qu’elles soient toutes méritées, et il semble que le suscripteur lui eût pu donner des louanges moins équivoques et plus délicates, sans compromettre la vérité.

Les ennemis de M. de Voltaire prétendent que c’est lui-même qui s’est adressé ou fait adresser la lettre (1) : ils appuient cette conjecture sur l’invraisemblance qu’elle pût venir d’ailleurs que des Petites-Maisons, sur la fureur insatiable qu’a ce grand homme de faire parler de lui, et sur mille petites ruses de la même espèce, qu’on sait, à n’en pas douter, qu’il a employées plusieurs fois avec une impudence aussi grossière.

2. — Messieurs de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, très-alarmés de la Lettre de Raphaël à Jérôme (2), plaisanterie d’autant plus piquante qu’elle est plus vraie, ont interposé auprès du ministre les bons offices de M. le marquis de Marigny, leur directeur. Il a agi si efficacement, que la police a arrêté le pamphlet en question pendant deux fois vingt-quatre heures, a exigé de l’auteur des corrections qui gâtent, comme; on s’en doute bien, et émoussent tout le sel de la critique. Heureusement, la fureur du public avait déjà enlevé une infinité d’exemplaires.

Outre cette satisfaction, les artistes offensés ont chargé M. Sedaine, secrétaire de l’Académie de Peinture, de répondre à l’anonyme. 11 a répandu une prétendue lettre de M. Jérôme , rdpeur de tabac, àM. Raphaël (3). On sait qu’en pareil genre, tout le succès dépend de cette première fleur de critique qu’il faut sai-

(1) Voy. 28 novembre 1769.

(î) Voy. 24 septembre 1769.

(3) Paris, Jombert, 1769, in-8».

îl.

sir,et qui se fane, pour peu qu'on la remanie. Aussi, l’ouvrage de l’apologiste du Salon a-t-il paru froid, diffus, lourd, bassement écrit, et né sous une main plus accoutumée à manier la truelle que la plume. Ce n’est pas que M. Sedaine n’ait un mérite, même littéraire ; mais ce n’a jamais été celui du style, et c’est la principale chose dans les écrits du genre en question. On attribue aujourd’hui plus constamment la Lettre de Raphaël (I) àM. le comte de Lauraguais, dont on connaît le goût pour tous les arts.

10. — Les ennemis de madame la comtesse Du Barry, qui depuis sa présentation avaient respecté sa grandeur et démenti en quelque sorte par leur silence tous les bruits injurieux, toutes les calomnies ténébreuses répandues sur le compte de cette beauté, se réveillent aujourd’hui, et publient une anecdote trop opposée à son caractère de modération et de décence, pour la croire. Ils prétendent que, trouvant qu’elle avait un cuisinier qui ressemblait au ministre, le plus illustre de ses adversaires, elle avait regardé cela comme un grand tort vis-à-vis d’elle et avait ordonné qu’il ne parût plus en sa présence; que, peu de temps après, elle en avait plaisanté à souper avec le roi, et lui avait dit : « Je renvoie mon Choiseul, quand renverrez-vous le vôtre? »

— La prétendue Réponse de Jérôme à Raphaël (2) est de M. Cochin,' secrétaire de l’Académie de Teinture et de Sculpture, etc., et non de M. Sedaine, secrétaire seulement de l’Académie d’Architecture. Au demeurant, la critique de l’ouvrage reste dans toute sa justesse, et Ton peut dire, avec vérité, de l’auteur, qu'il est plus accoutumé à manier le burin que la plume.

1 1 . — En attendant qu’on puisse reprendre le grand ouvrage de paver en marbre le reste de l’église de Notre-Dame, on travaille à différentes décorations particulières. On est occupé aujourd’hui à relever la fameuse épitaphe de M. l’abbé de La Porte, qui servira dépendant à celle du cardinal de Noailles. Ge chanoine est célèbre dans le Chapitre par ses bienfaits à l’église et par son zèle à la servir. C’est lui qui, sur la fin du règne de Louis XIV, fut trouver ce monarque, lui représenta que le vœu de Louis XIII, son prédécesseur, concernant le rétablissement du chœur de Notre-Dame, n’était pas encore rempli, et offrit à Sa

(1) Voy. 29 septembre (769.

(2) Voy. l«r novembre 1769. Cette lettre fut attribuée aussi à Daudé de Jossan.

Majesté de faire les avances necessaires pour mettre au moins en train ce projet. Louis XIV se rendit à ses sollicitations, et l’abbé de La Porte répandit cent mille écus de ses fonds, qui ont depuis été rendus à sa famille. Il est de l’intérêt du Chapitre de ne point laisser dans l’oubli un si bel exemple, et de rappeler des faits aussi intéressants, tous détaillés dans son épitaphe.

/ 12. — On écrit, de Rome, qu’on a frappé une estampe allégorique et tout à fait plaisante. Elle représente le pape dans un berceau qu’agile doucement M. le cardinal de Bernis; et, au bas, il est écrit : « Il a beau faire ; il me berce, mais il ne m’endormira pas. » On a attaché celte pasquinade, suivant l’usage, à la statue de Marforio. Elle n’a pas besoin de commentaire. L’auteur de la lettre, à cette occasion, imagine une nouvelle charge, non moins vraie : ce serait de représenter le cardinal dans le berceau, et le pape caressant le poupon et l’endormant véritablement.

13. — On a vu, par la suscription (I) dont on a parlé, jusqu’où va l’enthousiasme de certaines gens pour M. de Voltaire. Ses ennemis, toujours acharnés contre lui, viennent d’en faire la parodie la plus amère ; il est inutile de la rapporter, c'est précisément l’inVerse de l’autre, c’est-à-dire une suite de toutes les qualifications injurieuses que peuvent enfanter la plus basse envie et la haine la plus active.

IG. — Une historiette de M. le comte de Lauraguais occupe les •oisifs, et fournil matière aux propos du moment. Ce seigneur s’est trouvé, il y a quelques jours, dans une rue étroite en face du carrosse de M. de Barentin, l’avocat-général, qui avait avec lui sa femme très-laide. Le cocher de M. de Lauraguais voulait toujours avancer; celui du robin refusait de reculer : grande dispute entre les valets. L’avocat-général met la tête à la portière, et, prodiguant la morgue magistrale, paraît étonné qu’on ne veuille pas le laisser avancer; il déclare sa qualité, et combien le service du roi exige qu’il ne soit pas retardé dans sa marche. M. de Lauraguais, avec beaucoup de sang-froid, ne lient aucun compte des dires de M. l’avocat-général, ordonne à son cocher de passer outre; alors la femme tout effrayée se montre à son

(!) Yov. |c novembre 1769.

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tour, fait valoir les privilèges de son sexe, et paraît surprise qu’un seigneur aussi bien élevé les méconnaisse. « Ah ! dit M. de Lauraguais, que ne vous montriez- vous plus tôt. Madame? Je vous assure que, moi, mon cocher et mes chevaux, aurions reculé du plus loin que nous vous aurions vue. v

17. — Un enfant posthume, né en Bretagne après le terme ordinaire, a donné lieu de renouveler en justice la question des naissances tardives. M. Bouvard, médecin fameux de la Faculté, a écrit contre la possibilité du phénomène, il lui a été répliqué par M. Petit, qui a soutenu l’opinion contraire avec beaucoup de chaleur. 11 s’est élevé entre ces docteurs une querelle personnelle, qui a dégénéré bientôt en injures. La victoire paraissait restée à M. Petit; mais son adversaire vient de répandre trois Lettres (t), en date du 1er novembre, qui renversent, au gré des connaisseurs, tout le triomphe du vainqueur. On voit avec peine qu’elles soient assaisonnées ou plutôt surchargées d’invectives dignes des athlètes littéraires du seizième siècle. 11 est fâcheux que ce genre de combat, proscrit aujourd'hui du monde poli, se soit encore conservé dans les écoles.

19. — On vient de faire une plaisanterie intitulée : Credo d’un amateur du théâtre. Elle roule sur quelques anecdotes, dont il faut être au fait et qui sont très-connues de ceux qui fréquentent les foyers, où cette facétie occasionne surtout beaucoup de rumeur. Elle porte, d’ailleurs, sur M. de La Harpe, aujourd'hui compagnon travaillant sous le sieur Lacombe, entrepreneur du Mercure. Ce petit auteur s’est chargé de la partie littéraire, et principalement de celle du théâtre, dont il prononce les jugements. Voici ce Credo.

« Je crois en Voltaire, le père tout-puissant, le créateur du théâtre et de la philosophie.

« Je crois cn’La Harpe, son fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Comte d'Essex (2), est né de Le Kain, a souffert sous M. de Sartine, a été mis à Bicêtre (3), est descendu aux cabanons, 1 fi troisième mois est ressuscité d'entre les morts, est

(1) Voyez la Correspondance littéraire de Grimtn, lettre du 15 décembre 1769.

(2) Tragédie de Thomas Corneille.

(3) La Harpe, soupçonné d'avoir composé des vers satiriques contre le principal du collège d’Harcourt, son bienfaiteur, fut renferme à Bicêtre par ordre de M. de

monté au théâtre, et s’est assis à la droite de Voltaire, d’où il est venu juger les vivants et les morts.

« Je croisé Le Kain, à la sainte association des fidèles, à la confrérie du sacré génie de M. d’ Argentai, à la résurrection des Scythes [ I), aux sublimes illuminations deM. de Saint-Lambert, aux profondeurs ineffables de madame Vestris. Ainsi soit-il ! »

- 22. — M. Robbé est un auteur, très-connu dans le monde, par ses talents littéraires, par le genre érotique dans lequel il a excellé, et par un fameux poème sur la vérole, qui n’est pas encore imprimé, mais qu’il a lu et relu si souvent que tout Paris en est imbu. Depuis quelques années, ce poète, revenu des égarements de sa vie licencieuse, s’est jeté dans la dévotion ; mais, étant d’un caractère ardent, il s’est attaché au jansénisme, a donné dans les convulsions (2), comme le genre de secte le plus propre à alimenter son imagination exaltée jusqu’au fanatisme. Dans cette effervescence de zèle, il a voulu tourner au profit de la religion un talent trop profané jusque-là ; il a entrepris depuis plusieurs années un poème en cinq chants sur cette matière auguste. Cet ouvrage passe pour achevé et doit s’imprimer bientôt. Un caustique a fait en conséquence fépigramme suivante :

Tu croyais, ô divin Sauveur,

Avoir bu jusques à la lie,

Le calice de la douleur :

II manquait à ton infamie D’avoir Robbé pour défenseur.

26. — Les amateurs de l’Opéra sont aujourd'hui calmés sur les craintes qu’ils avaient concernant mademoiselle Arnould. Cette actrice, par une audace sans exemple, avait manqué, à Fontaiblcau, si essentiellement à madame la comtesse Du Barry, qu’elle s’en était plainte au roi. Sa Majesté avait ordonné que mademoiselle Arnould fût mise pour six mois à l’Hôpital : mais madame

Sartine. Il fut, peu après, transféré ou Fort-L'Kvêque. Sa détention dura plus d'un mois. — R.

(1) Tragédie de Voltaire, représentée, sans succès, le 26 mars 1767.

(2) Voy. 3 juin 1762.

Du Barry, revenue bientôt à son caractère de douceur et de modération, a demandé elle-même la grâce de celle dont elle avait désiré le châtiment, et a sacrifié sa vengeance personnelle aux plaisirs du public, qui aime cette actrice. Le roi a eu peine à se laisser fléchir, et il a fallu toute l'aménité, toutes les grâces de cette dame, pour retenir sa sévérité.

28. — On a découvert que l’auteur de la suscription emphatique (1), à la manière orientale, d’une lettre adressée à M. de Voltaire, dont on a parlé, était un certain abbé De Launay. Cet abbé avait été en Portugal, s’était insinué dans la confiance d’un frère du roi, au point qu’on avait craint qu’il ne captivât trop sa bienveillance, et qu’il avait été obligé de revenir en France, où il s'était soutenu par les bienfaits de ce prince, qui lui a même laissé une pension à sa mort, mais mal payée, suivant l’usage. L’abbé a contracté beaucoup de dettes; il a été arrêté, il y a quelques années, et est en prison depuis ce temps, dénué de ressources. 11 s’occupe à écrire à tous ceux dont il espère obtenir quelque chose, et fait valoir de son mieux un assez méchant talent qu’il a pour la poésie. 11 est connu surtout par deux Êpîtres, l’une au chien du Roi, et l’autre à M. l'évêque d'Orléans.

29. — M. de Mairan , cet académicien connu de toute l’Europe savante, âgé de quatre-vingt-onze ans, s’est trouvé très-mal, il y a quelques jours, d’une indigestion, après avoir dîné chez M. de Fonterrière, fermier-général; on n’a pu le ramener chez lui tout de suite, et on lui a administré sur le lieu même les secours d’usage, qui ont procuré une double évacuation trèscopieuse. Un accident aussi grave avait alarmé sur le compte de ce vieillard, mais il s’en est très-bien tiré et a recommencé, à dîner en ville très-peu de temps après.

Décembre. — 3. — M. le lieutenant-général de police a prié, il y a quelques jours, par un billet fort honnête, M. Bouvard de passer chez lui à l’heure de sa commodité. Ce médecin s’y est rendu et a affecté de croire que monsieur ou madame de Sartine étaient malades. Sur la déclaration du premier qu’il n’était pas question de cela, mais d’un libelle sanglant dont se plaignait

(1) Voy. 1er novembre 1769. • •;

M. Petit, son confrère, le docteur a eu une longue explication, d'où il est résulté que M. Petit était l’agresseur; que l’autre n’avait fait que répliquer; qu’il tenait sa défense pour légitime et même indispensable ; qu’au surplus, il ne se regardait pas comme le justiciable de M. le lieutenant-général de police; il a refusé d’entrer en aucun accommodement à cet égard avec son confrère. Alors, le magistrat lui ayant signifié qu’il allait user de son autorité pour supprimer son livre, M. Bouvard a pris congé de lui, est allé sur-le-champ chez son libraire, a retiré tous les •exemplaires restants, et quand on est venu pour exécuter les ordres de la police et saisir l’ouvrage, on n’a rien trouvé.

Ce petit véhicule fait merveilleusement bien à ces Lettres (f), qui jusqu'ici n’avaient été lues et recherchées que par les gens de l’art : aujourd’hui toutes le» femmes et les gens les plus frivoles veulent les avoir, par l’éclat que fait dans le monde l’aventure qu’on vient de raconter.

5. — En 1753, un jeune élève de l’école militaire de Berlin, nommé Mingard, âgé de 16 ans, curieux d’assister au spectacle du roi, écrivit à M. de Voltaire, alors en Prusse et dans la confiance du prince, le billet suivant :

Ne pouvant plus gourmander Le désir ardent qui m’anime,

Daignez, Seigneur, m’accorder Un billet pour voir Nanine.

M. de Voltaire lui fit la réponse suivante :

Qui sait si fort intéresser.

Mérite bien qu’on le prévienne ;

Oui, parmi nous viens te placer :

Nous dirons qu'il y revienne.

En effet, l’enfant plut beaucoup, et dès le soir eut l’honneur de souper entre le roi de Prusse et M. de Voltaire. Le goût du jeune homme pour les lettres lui ayant fait perdre de vue le soin de sa fortune, il est tombé dans la disgrâce de sa famille, et, par une

(t) Voy. 17 novembre 1769.

suite de catastrophes sinistres, s’est trouvé très-malheureux. Venu à Paris, il s’y est conduit avec honnêteté, et n'a point oublié les sentiments de sa naissance et de son éducation. La hauteur de son âme l’a porté à avoir plutôt recours à des étrangers qu’à des parents dont il avait à se plaindre. Un homme de lettres, qu’il a eu occasion de connaître, a cru devoir en ce moment réveiller l’intérêt que M, de Voltaire avait pris autrefois à ce jeune élève d’Apollon : pour lui en rappeler le souvenir, il lui a envoyé les deux billets ci-dessus. Le philosophe de Fernev a répondu laconiquement ; mais, par ce qui se passe depuis peu de temps, M. Mingard présume que cet apôtre de l’humanité a excité les sentiments de tendresse de la famille de l’enfant prodigue; et elle vient de lui procurer des consolations qu’il croit devoir à M. de Voltaire : nouveau trait de bienfaisance qu’on se hâte d’annoncer au public (t).

0. — Mademoiselle Caron, aujourd’hui madame de La Sône, connue longtemps dans Paris comme maîtresse de M. le comte de Charolais, a eu deux filles de ce prince, qui, devenues grandes, sont en état d’être mariées. On assure qu’elles sont charmantes, pleines de talents, et très-propres à faire des passions. Un gentilhomme, attaché à madame la princesse de Conti, est à la veille d’en épouser une. Cette princesse, pour rendre le mariage plus honorable, a bien voulu solliciter des lettres de légitimation qu’elle a obtenues. Ces lettres patentes ont été revêtues des formalités nécessaires, et les jeunes personnes s’appellent aujourd'hui Mesdemoiselles de Bourbon.

Madame de La Sône est digne, à bien des égards, de cette faveur, par son esprit, par ses grâces, par la manière distinguée dont elle vit et dont elle fait usage de la fortune que le prince lui a laissée, et par là bonne éducation qu’elle a donnée à ses filles. Elle demeure dans un couvent, avec toute la décence convenable à son état. Elle a rendu aujourd’hui le pain bénit à Saint- Nicolas du Chardonet, sa paroisse, dans toute la pompe possible.

M. Bouret, toujours inépuisable en fait de galanteries, a eu l’honneur de présenter à la fiancée une tabatière très-riche, mais surtout précieuse par une miniature exquise où il a fait

(I) Cette anecdote est vraie. — W.

représenter cette jeune bergère cueillant des lis : allégorie ingénieuse pour la circonstance et qui caractérise parfaitement le goût fln de ce courtisan délicat.

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