‹ Mémoires secrets de Bachaumont [édités et continuésChapitre 83 sur 86 · On a fait ce distique sur les mots Lex, Rex · texte numérisé non relu

On a fait ce distique sur les mots Lex, Rex

Rexservat Irgcm, regem lex optima servat ;

Lex sine regejacet, rex sine lege nocet.

17. — On répand un extrait des Centuries de Nostradamus, n° 53, page 161, édition d’Amsterdam, cic îcc lxvii. Chez Daniel Winkerausan.

Peste, famine, feu, et ardeur non cessée,

Foudre, grand’grêle, temple du ciel frappé.

Édit, arrêt et griève loi cassée,

Chef inventeur, ses gens et lui chassé.

On croit, suivant l'usage, y voir la prédiction des [événements du jour, passés et futurs.

18. — L’abbé Alary, membre de l’Académie Française, vient de mourir dans un âge très-avancé. C’est la troisième place vacante par cette mort. Il était sous-doyen, ayant été reçu en 1753. C’était le fils d’un apothicaire, qui par ses intrigues était parvenu à la fortune. On ne sait trop à quel titre il s’est trouvé assis dans le sanctuaire des Muses, car on ne connaît aucun ouvrage de lui. C’est le pendant de cet Académicien, dont Boileau disait:

J’imite de Conrart le silence prudent.

Cependant il était beau diseur, bel homme et très-bien veau des femmes ; ce qui chez plus d’un de ses confrères a tenu lieu de mérite littéraire.

19. — La réponse du sieur de Valdahon au Mémoire du sieur Le Monnier, annoncée depuis longtemps, et retardée 'par divers obstacles, paraît enfin, et réveille l’attention du public sur cet amant infortuné, si célèbre par scs malheurs et par sa constance . L’orateur, après avoir retracé d’une façon pathétique tous les maux qu’a soufferts le sieur de Yaldahon, sur lequel son impitoyable persécuteur a fait lancer plusieurs décrets ; qu’il a obligé de fuir en pays étranger; qu’il a. fait exiler pour vingt ans de sa patrie, qu’il a déchiré dans huit Mémoires, diffamé dans cinq tribunaux, et presque miné, tant par les gros dommages-intérêts qu’il s’est fait adjuger, que par les frais énormes d’un procès qui dure depuis huit ans ; discute ultérieurement les moyens du sieur Le Monnier. Il prouve, par les lois, que, quand même le sieur de Yaldahon aurait séduit mademoiselle Le Monnier, il pourrait l’épouser, parce qu’elle est libre et majeure ; mais il prouve, en outre, par trois jugements, qu’il ne l’a point séduite. 11 réfute toutes les calomnies inventées sur sa parenté et sur sa personne ; et, après avoir également détruit les objections tirées du danger pour les moeurs, pour l’honnêteté publique, pour

l'affaiblissement de l’autorité paternelle, que l’adversaire met en avant, il en conclut que l’opposition du sieur Le Monnier au mariage de sa fille avec son amant est aussi vaine qu’odieuse. Ce Mémoire, sorti de la plume éloquente du sieur Loyseau de Mauléon, est appuyé d’une Consultation, en date du 7 novembre, du sieur Pialez, un des avocats les plus accrédités en ces sortes de matières. On s’attend à recevoir incessamment la nouvelle de l’arrêt du Parlement de Metz, que tout le public désire trouver favorable aux deux amants, et que les jurisconsultes annoncent devoir être tel.

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