VIII PRÉFACE
de vue philosophique, n'a pu effacer les dissemblances de talent, de goût et de style. Il nous parait donc tout naturel de redsdre à chacun ce qui lui appartient en propre, et de diviser en trois corps d^oiivrages, qui se font suite Tun à l'autre, les trente-six volumes des Méfnoires secret: six volumes environ, y compris les suppléments, appartiennent à Bachaumont, neuf volumes à Pidansat de Mairobert, et le reste à Moufle d'Angerville et à ses collaborateurs. On voit que le nombre des volumes n'est pas en corrélation avec le nombre des années qu'ils concernent, puisque Bachaumont a tenu la plume un peu plus de neuf ans ; Mairobert, huit ans, et Moufle d'Angerville près de neuf ans. On aurait grand tort de juger de l'importance relative des trois parties de ces Mémoires d'après la quantité de volumes que remplit chacune d'elles, car la plus curieuse à tous égards, la plus homogène et la plus complète est, sans contredit^ la moins étendue, c'est-à-dire celle de Bachaumont.
La division que nous avons adoptée pour une publication restreinte, destinée aux gens du monde plutôt qu'aux hommes d'étude, n'exclut pas, ne diminue pas la valeur de l'ensemble de ce vaste répertoire d'observations, de faits et de documents, relatifs k l'histoire de la société française au dix-huitième siècle. Nous croyons, au contraire, que les Mémoires secrets ne tarderont pas à être réimprimés dans leur intégrité, avec les améliorations notables que M. Ravenel avait le projet d'introduire dans l'excellente édition qu'il commençait à publier en 1830, et qui est restée malheureusement interrompue après la mise au jour des
DE l'Éditeur. ix
quatre premiers volumes. Cette édition sera certainement reprise et continuée, aujourd'hui qu'une louable émulation s'est emparée de tous les libraires intelligents, qui, pour répondre aux goûts sérieux du public lettré, remettent en lumière les anciens livres avec tout le soin que réclame cette espèce de restauration historique et littéraire.
Nous ne pouvons mieux faire comprendre l'utilité des Mémoires secrets^ comme monument de l'histoire des mœurs et des idées sous les règnes de Louis XY et de Louis XVI, qu'en détachant de la préface du savant M. Ravenel un passage, dans lequel il compare ces Mémoires avec la Correspondance littéraire deOrimm et celle de La Harpe :
(( Les Mémoires secrets^ connus sous le nom de Bachaumont, oceupent, sans contredit, une place distinguée parmi les monuments les plus curieux de l'histoire littéraire du dix-huitième siècle. Sans pouvoir rivaliser avec la Correspondance littéraire de Grimm, pour la profondeur et l'originalité des vues, ou avec celle de La Harpe, pour l'élégante facilité du style, ils nous semblent cependant offrir à la curiosité du lecteur un attrait pour le moins aussi vif que ces deux recueils, et surtout que le dernier. Dans Grimm, un jugement toujours sain et dégagé de préventions, des aperçus d'une haute philosophie; dans La Harpe, ane appréciation trop souvent rigoureuse des qualités et des défauts des auteurs, mais une critique toujours instructive de leurs ouvrages, forment un tableau animé de la littérature au temps où ils écrivaient. Sous ce rapport, l'un et