X PRÉFACE
l'ÎÉtitre sont incontestablement supérieurs aux Mémoires seereis ; msAs ïky selon nous, se borne leur avaiitage, et nous . pensons qu'il est loin de remporter sur Tintérôt que pré^ sente le recueil attribué à Bachaumont; recueil qui n'est point exclusivement consacré à l'examen de productions littéraires, et où se trouvent enregistrés, à leur date, au moment même de leur éclat, tous les événements poétiques de quelque importance^ et les anecdotes, parfois scandaleuses, de la cour et de la ville.
« Pour La Harpe et Grimm, dont les feuilles étaient envoyées dans des cours étrangères^ c'était un devoir de mettre dans leurs récits beaucoup de réserve et de retenue à l'égard de personnages que leur naissance on leur position sociale appelait à jouer un rôle distingué dans le monde. Ce devoir, on est souvent tenté de regretter qu'ils l'aient si fidèlement rempli, car il résulte quelquefois de leur sage retenue, que des faits intéressants et bons à connaître sont passés sous silence. Bachaumont, au contraire, tient registre de tout: semblable à la Renommée, qu'on nous peint ,
Tarn flcti pratique tenax quam nuncia veri,
Il rapporte indistinctement tous les bruits, toutes les nouvelles. Son plan, il est vrai, présente bien des inconvénients, et ce n'est pas sans quelque défiance que son ouvrage doit être parcouru. Cependant, ou nous sommes dans l'erreur, ou les avantages qui en ressortent les compense A entièrement. »
Il est bien à regretter que M. Ravenel n'ait pas achevé.
DE L'ÉDITEtJR. XI
en 4830, rédition' annotée qu'il aidait préparée avec tant de labeur : le temps semblait mal choisi alors, pour faire entrerdans les bibliothèques un ouvrage aussi volumineux, que la critique n'avait pas relevé encore du discrédit où il était tombé sous l'influence de certains jugements passionnés, tels que celui de La Harpe, qui ne voyait dans ce Journal qu'un « amas d'absurdités ramassées dans le ruisseau; où les honnêtes gens et les hommes les plus célèbres en tous genres sont outragés et calomniés avec l'impudence et la grossièreté des beaux esprits d'antichambre. » La Harpe, qui fut, en eU'et, cruellement maltraité par les trois rédacteurs des Mémoires secrets^ avait ses raisons pour vouloir en dégoûter le lecteur. Mais, comme le dit avec tant de justesse M. Ravenél, « on serait peu fondé à soutenir la même opinion, aujourd'hui que des révélations nombreuses sont venues nous dévoiler, en partie, les secrets d'une société dont quelques représentants sont encore au milieu de nous, et confirmer la plupart des jugements portés par le rédacteur des Mémoires y ou des faits dont il tenait registre. »
Nous n'avons pas l'intention, cependant, de publier une édition complète^ que rendent indispensable les premières éditions, si défectueuses, si insuffisantes, dans lesquelles l'ordre chronologique est sans cesse entrecoupé par des suppléments d'une date antérieure, tandis que le texte présente à chaque page non-seulement des noms estropiés, mais encore des phrases inintelligibles et des fautes grossières d'impression. C'est au savant M. Ravenel qu'il . appartient de donner cette édition revue et corrigée, avec