ÉFICRAMME SUR LES OEUVRES DE M. DORAT
Bon Dieu ! que cet auteur est triste en sa galle ! Bon Dieu ! qu'il est pesant dans sa légèreté ! Que ses petits écrits ont de longues préfaces ! Ses fleurs sont des pavots, ses ris sont des grimaces : Que Tencens qu'il prodigue est plat et sans odeur ! C'est, si je veux l'en croire, un heureux petit-mattre ; Mais si j'en crois ses vers, ah ! qu'il est triste d'être Ou sa maîtresse ou son lecteur!
On attribue cette épigramme à M. de La Harpe ;, d'autres la prétendent de M. de Voltaire (i).
10. — Un nommé Le Roi^ ci-devant père de rOratoire,se disposait à donner une nouvelle édition des œuvres de M. Bossuet. Elle est annoncée dans tous les journaux. 11 en avait déjà paru une, de la façon de M. l'évêque de Troyes, neveu de ce grand homme. Elle avait alarmé un certain clergé, qui prétendait qu'on avait inséré, dans cet ouvrage^ des productions étrangères. Les journalistes de Trévoux avaient surtout sonné l'alarme, au point que l'éditeur avait pris le parti de déposer le manuscrit chez un notaire, et de sommer les journalistes de reconnaître l'authenticité de récriture ; matière d'un procès dans lequel les Jésuites avaient succombé. On voit l'arrêt imprimé à la tête du livre des Élévations de M. Bossuet, évêque de Troyes.
(1) Voy. 17 décembre 1767.
240 XÉMOIRES SECRETS DE BAGHÂUHONT.
L'édition projetée ne donne pas moins d'inquiétude. L'annonce que M. Le Roi a faite de manuscrits retrouvés, fait craindre qu'on ne répande dans cet ouvrage diverses opinions favorables au jansénisme, pour lequel on sait que le grand Bossuet avait un secret penchant. En conséquence, le clergé s'est échauffé; on a mis M. Tarchevêque en jeu; il est allé chez M. le lieutenant-général de police, il Ta prié de suspendre l'impression de cet ouvrage. Le magistrat s'y est refusé, en disant que cela ne dépendait pas de lui; M. l'archevêque a insisté, il a témoigné ses inquiétudes sur les interpolations qu'on pouvait y glisser. M. de Sartine^ pour le rassurer, a nommé un nouveau censeur, le syndic Riballier. Celui-ci doit suivre Tédilion avec le plus grand soin, et ne rien laisser passer qui ne soit reconnu pour être de l'auteur. Au moyen de la nomination de cet examinateur, peu agréable à M. Tarchevêque, sa précaution devient nulle, et Ton ne doute pas que l'ouvrage ne contienne bien des choses qui lui déplairont et à ceux de son parti.
11. — VERS POUR METTRE AU BAS DU PORTRAIT d'uN ROI CONQUÉRAST