‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 49 sur 77 · MAI 1768. Î · texte numérisé non relu

MAI 1768. Î

traducteur a voulu enchérir sur le génie sombre et noir de soft modèle ; il a ajouté la scène de Tenfant, prise dans une situation de Clévelcmd. Ce genre, à coup sûr, n'aurait pas réussi jadis ; mais le Français commence à regarder avec intrépidité les scènes atroces, et si son âme n'a pas plus d'énergie qu* autrefois, son <Bil en supporte au moins davantage dans l'action théâtrale.

2. — il est dans ce pays-ci des gens à bons mots qui rient de tout et ne manquent jamais Tépigramme sur quelque sujet que ce soit. On a dit, à l'occasion des nouveaux habillements des officiers aux gardes, si beaux par devant et si laids par derrière, que c'était pour les empêcher de tourner le dos. Réflexion amère et qui rappelle des fails peu honorables pour le régiment.

— Mademoiselle Asselin, qui avait dansé à l'Opéra, où elle avait eu peu de succès, il y a neuf ou dix ans, vient d'y reparaître. Elle arrive chargée des dépouilles de l'Angleterre, où elle a brillé longtemps. Elle est fort courue aujourd'hui ; elle n'a pas la majesté de mademoiselle Heinel, mais elle est taillée en grand, comme elle, et s'attire beaucoup de partisans. D'ailleurs, elle a le genre plus étendu, et, outre le terre à terre, elle donne dans la gargouiilade et les entrechats. Elle a la jambe un peu grosse. En un mot, c'est une recrue très-agréable pour les spectateurs luxurieux qui abondent à ce théâtre.

3. — M. le prince de Conti donne ordinairement tous lés lundis un concert en son hôtel. Hier, au lieu de ce divertissement, il a fait exécuter à huis clos une petite fête pour Mademoiselle. Il n'y avait que six personnes, à cause des conjonctures douloureuses où se trouve la famille royale (1). On a représenté 17mpromptu de campagne, comédie en un acte, de Poisson. M. le duc de Chartres y a fait le rôle de père : ce qui a beaucoup amusé sa sœur, par les bouffonneries que le jeune pi'ince a mêlées dans son rôle.

5. — M. Le Camus, de l'Académie des Sciences, l'un de ceux qui ont été dans le Nord pour déterminer la mesure de la Terre, en 4736, vient de mourir de la poitrine.

6. — M. Poinsinet n'est pas resté sans réplique au Mémoire de mademoiselle Le Blanc de Croueol : le sien parait. Au grand

{!) La maladie du )»rm«e de Lamballe. — 1t.

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ctonnement de tout le monde^ il est plein de bon sens, de sagesse et de modération, ce qtii fait présumer qu'il n'est pas de cet auteur. Il présente sa cause dans le jour le plus favorable, et ramène de son côté le public équitable. 11 est signé du sieur Blanc de Verneuil, avocat.

7. — 11 court une histoire aussi plaisante que vraie sur M. Bartbe, poêle provençal, auteur des Fausses infidélités, et plus propre, à ce qu'il paraît, à manier la plume que l'épée. Ayant eu une querelle littéraire dans une maison avec M. le marquis de Villetle, la dissertation a dégénéré en injures, au point que le dernier a défié l'autre au combat , et lui a dit qu'il irait le chercher le lendemain matin à sept heures. Celui-ci, rentré chez lui et livré aux réflexions noires de la nuit et de la solitude, n'a pu tenir à ses craintes et à toutes les horreurs qu'il envisageait pour le lendemain. Il est descendu chez un nommé Solier^ médecin, homme d'esprit et facétieux, demeurant dans la même maison, rue de Richelieu, et lui a exposé ses perplexités et demandé ses conseils... « N'est-ce que cela? Je vous tirerai de ce mauvais pas. Faites seulement tout ce que je vous dirai. Demain matin, quand M. de Villetle montera chez vous, donnez ordre à votre laquais de dire que vous êtes chez moi , et de me l'amener. Pendant ce temps , cachez-vous sous votre lit. » Barthe veut répliquer : « Ne craignez rien, encore un coup, et laissezvous conduire. » Le lendemain on introduit M. de Villette chez M. Solier, sous prétexte d'y venir chercher M. Barthe... « 11 n'y

est point; mais que lui veut monsieur le marquis? » Après

les difficultés ordinaires de s'expliquer, il conte les raisons de sa visite... a Vous ne savez donc pas, monsieur le marquis, que M. Barthe est fou? C'est moi qui le traite, et vous allez en voir la preuve... » Le médecin avait fait tenir prêts des crocheteurs. On monte, on ne trouve personne dans le lit; on cherche dans l'appartement. F4nfin M. Solier , comme par hasard , regarde sous le lit; il y découvre son malade... « Quel acte de démence plus décidé ! » On Ten tire plus mort que vif. Les crocheteurs se mettent à ses trousses et le fustigent d'importance , par ordre de TEsculape. M. Barthe, étonné de cette mystification, ne sait s'il doit crier ou se taire. La douleur l'emporte, il fait des hurlements afii'eux. On apporte ensuite des seaux d'eau, dont on

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