MAI 1768. Î
aiTOse les plaies du pauvre diable! Puis, on Tessuie, on le recouche : et son adversaire émerveillé se frotte les yeux, a peine à croire tout ce qu'il voit , mais ne peut disconvenir que ce poëté ne soit vraiment fou : il s'en va, en plaignant le sort de ce malheureux. Du reste, M. Barthe a trouvé le remède violent, sui'tout de la part d'un ami, et ne prendra vraisemblablement plus M. Solier pour le guérir de ses accès de folie.
8. — Le Joueur anglais a paru hier sous le nom de Béverley, tragédie bourgeoise imitée de l'anglais. On n'avait point fait mention sur l'affiche de M. le duc d'Orléans, quoiqu'on Fait annoncé la veille : ce qui signifiait que ce prince, dans sa douleur, s'abstenait du spectacle, ou du moins qu'il n'y était qu'incognito, à cause de la mort du prince de Lamballe. Ce drame a eu un très-grand succès, et le mérite.
9. — La demoiselle Le Blanc de Crouzol fait paraître une Réponse au Mémoire du sieur Poinsinet, Celle-ci est signée d'un avocat nommé Adèr, et, en conséquence, est plus grave que la première sortie contre cet Académicien des Arcades de Rome. Elle ramène le lecteur du côté de la demanderesse. 11 est très-vrai que la demoiselle de Crouzol a été renvoyée de l'Opéra pour cette affaire.
1 1*. — La pièce de Béverley a eu encore plus de succès aujourd'hui que samedi. L'auteur a adouci la férocité du dernier acte, en ne faisant lever au Joueur qu'une fois le poignard sur son fils : il s'attendrit tout à coup et l'embrasse. On a remarqué que presque toutes les mêmçs femmes qui avaient assisté à la première représentation, étaient revenues à la seconde, malgré les frémissements convulsifs qu'elles avaient éprouvés. On ne donnera ce spectacle que deux fois par semaine , à cause de Mole, dont le rôle est très-fort, et dont la poitrine pourrait ne pas suffire à un service plus répété. Tout est loué jusqu'à la sixième représentation.