M. SAURIN
Grâce à ranglomanie. enfin sur notre scène Saurin vient de tenter la plus afTieuse horreur :
En bacchante on veut do^e travestir Helpomène ! Racine m'intéresse et pénètre mon cœur,
Sans le broyer, sans glacer sa chaleur. Laissons à nos voisins leurs excès sanguinaires. Malheur ai\x nations que te sang divertit I Ces exemples outrés, ces farces mortuaires
Ne satisfont ni VAmc ni i^sprit.
Les Français ne sont point des tigres» des féroces, Qu'on ne peut émouvoir que par des traits atroces,
Dérobez-nous l'aspect d'un furieux.
Ah ! du sage Boileau suivons toujours l'oracle : Il est beaucoup ù* objets que V art judicieux Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux (i).
Loin en ce jour de crier au miracle,
Analysons ce chef-d'œuvre vanté :
Un drame tantôt bas, et tantôt exalté. Des bourgeois ampoulés, une intrigue fadasse. Un joueur larmoyant, une épouse bonasse ; Action paresseuse, intérêt effacé; Des beautés sans succès, le but outre-passé ; Un fripon révoltant, machine assez fragile ; Un homme vertueux» personnage inutile, Qui toujours doit tout faire et qui n'agit jamais ; Un vieillard, un enfant, une sœur indécise; Pour catastrophe, hélas ! une horrible sottise ;
Force discours, très-peu d'eflets; Suspension manquée : on sali partout d'avance Ce qui va se passer; aucune vraisemblance Dans cet acte inhumain, ni dans cette prison,
Où Béverley, d'une âme irrésolue.
Deux heures se promène en prenant son poison, Sans remarquer son fils qui lui crève la vue,
Et qu'il ne voitqu'afin de l'égorger.
D'un monstre forcené le spectacle barbare Ne saurait attendrir, ne saurait corriger : Nul père ayant un cœur ne peut l'envisager. Oui, tissu mal construit et de tout point bizarre,
Tu n'es fait que pour arfliger.
Puisse notre théâtre, ami de la nature, Ne plus rien emprunter de cette source irfipure l
(1) Art poétique, chant Itl.
A M« SAURIEI. SCa LE RÔLE DE MADAME BEYERLEY.
Saurin, cette femme si belle, Ce ciKur si pur. si vertueux, A tous ses devoirs si fidèle, De ton esprit n'est point l'enfant heureux ? Tu Tas bien peint ; mais le modèle Vit dana ton âme et sons tes yeux (1)!
14. — Un nommé Mouton, élève de l'Académie d'Architecture, entretenu à Rome, suivant un brevet de nomination du 23 septembre 1765, a été exclu de l'Académie, le 10 août 1767, par M. Natoire, directeur de la maison royale de l'Académie à Rome, pour n'avoir pas satisfait à son devoir pascal, ou du moins n'avoir pas rapporté un billet de communion, quoiqu'il en rapportât un de confession. Ce Mouton vient de fajre imprimer un Mémoire à consulter (2), dans lequel il demande si les Français envoyés par le roi à T Académie de Rome sont obligés de souffrir les exactions introduites par le sieur Natoire, et s'il ne doit pas les faire connaître, afin qu'il y soit pourvu; s'il est fondé à demander contre M. Natoire une réparation d'honneur et des dédommagements, etc.
Si cette cause est portée en justice, jamais fait plus singulier n'aura occupé la magistrature. On ne croit pas qu'il y en ait d'exemple. 11 était réservé à nos jours de produire des phénoraènes dans tous les genres. Il paraît que cette expulsion est la suite d'une cabale jésuitique, tenue chez le sieur Natoire, qui admettait dans son cercle tous les boute-feux de la Société, et notamment l'abbé de Caveirac et l'abbé d'Alais, renommés par leurs libelles. Ce jeune homme avait en horreur des propos séditieux qu'il leur ayait entendu tenir chez son directeur, et s'était retiré de la compagnie. Peut-être en avait-il donné avis à M. l'ambassadeur. Son Excellence contraignit depuis M. Natoire a ne plus recevoir dans la maison royale ces ennemis de la France. Inde mali labes.