‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 52 sur 77 · On assure que le Mémoire de mademoiselle Le Blanc · texte numérisé non relu

On assure que le Mémoire de mademoiselle Le Blanc

v) M. Saurla a une femme fort aimable. ^2) Voy. i4 févHer 1769.

de Crouzol a été présenté au rot pour l'amuser dans ses Petits Appartements; qu'il,s*en est beaucoup réjoui^ et que M. Poinsinet, très-glorieux déjà d'avoir occupé un moment Sa Majesté^ se flatte qu'elle n'aura pris par cette lecture aucune impression défaTOrable de ses mœurs ni de ses talents^ et qu'elle lui fera Thonneur encore plus grand de lire celui qui justifie si complètement son innocence.

19. — On s'imagine tenir la clef de la conduite de M . de Voltaire, en supposant^ ce qui est facile à croire, qu'il ait toujours un désir ardent de rentrer dans sa patrie, ou du moins de venir à Paris. On veut que, sur ses sollicitations auprès d'un grand ministre, celui-ci lui ait fait entendre que la reine s'y opposait, prévenue contre lui, et le regardant comme auteur de tous les libelles contre la religion qui se répandent depuis quelque temps en France ; que la seule façon de démentir ces calomnies, et de mériter rindulgence de cette Majesté, était de faire un acte de catholicité qui détruisît les imputations de ses ennemis; que, d'après ces conseils, ce vieux pécheur se soit déterminé à rentrer dans le giron de l'Église. Malheureusement, à force de vouloir donner de l'éclat à sa conversion, il a joué une scène de déiision,dont on n'a pas manqué de se prévaloir auprès de la reine, pour l'indisposer encore plus contre lui; et conséquemment toute cette hypocrisie est en pure perte, et ne lui servira ni pour le ciel ni pour la terre (1).

20. — Un ami de M. le marquis de Chauvelin, lieutenant génél'al nommé pour commander les troupes en Corse, lui a adressé le madrigal suivant, à l'occasion de la douleur où se trouve madame de Chauvelin, qui n'accompagne pas son mari et prend peu de part à la gloire qu'il va acquérir :

Sous mes doigts ma lyre est muette : •

Je la pince en vain nuit et jour.

Ta gloire me plait moins qu'elle ne m*inquiète. Peut-être j'entends peu les finesses de cour; Mais mon àme flétrie à la douleur s'apprête, Quand mes yeux éblouis contemplent sur ta tétc Des lauriers arrosés des larmes tle l'Amour.

(1) Il u'y a pas un mot de vrai dons tout cet article — W.

24. — Un jeune auteur ayant composé une héroide sur les reproches d'une mère à son époux qui, ayant voulu faire inoculer son fils, est supposé l'avoir perdu, la police n'a point voulu passer celte fable, dans la crainte qu'elle ne fît impression sur quelques âmes faibles. On voit par ce trait combien le Gouvernement pro" tége une méthode qu'il regarde sans doute comme salutaire à la nation.

25. — Le trait historique de l'Homme eu masque de fer, détenu et mort cà la Bastille au commencement de ce siècle, est un problème qui jusqu'à ce jour n'a pas encore été résolu. Diverses opinions ont partagé les auteurs qui en ont parlé ; et M. de Voltaire lui-même, en rapportant les faits, ne détermine point celui que cela pourrait regarder. M. de Saint-Foix vient de publier une Lettre (1) au sujet de cet inconnu : il porte le flambeau de la critique dans cette matière ténébreuse ; il discute les sentiments des écrivains, et conclut que l'homme au masque de fer n'était autre chose que le duc de Monmoulh (2), fils naturel de Charles II, loi d'Angleterre, qui voulut monter sur le trône, auquel il disait avoir droit par sa naissance légitime. 11 ajoute que cet acte de clémence s'était fait de concert avec le roi Jacques ; que ce monarque en avait donné sa parole à Charles II mourant, et qu'il n'avait pas voulu l'enfreindre ; que, par politique, il avait été forcé à le faire passer pour décapité, et avait obtenu de Louis XIV «lu'il fût enfermé. 11 faut avouer que les raisonnements de M. de Saint-Foix ne sont pas sans réplique à beaucoup près. Il serait à souhaiter que la discussion de cette matière, qui ne peut plus être qu'un objet de curiosité, engageât ceux qui ont ce secret à le divulguer.

2G. — M. Linguet, auteur estimé de divers livres historiques, se ti'ouvant maltraité dans les notes du Tacite de M. l'abbé de La Bletterie, n'a pu contenir son ressentiment; du moins, on lui impute l'épigramme suivante (3), qui a, en effet, l'air d'une personnalité ;

il; Lettre de M. de Saint-Foix au svjet de l'homme au masque de fer, Amster- «iara et Paris, Vente, 1768, iii-12de 44 pages.

(~) Il prétend qu'un serviteur fidèle s^était substitué à la place de ce seigneur, lorsqu'il fut condamné' à mort après sa vaine tentative pour s^emparer du trône •^'Angleterre. — B.

(3) Elle est aussi attribuée à Voltaire et se trouve dans plusieurs éditions de ^i Œuvres. ^l\.

Apostat (1) comme ton béroB (2), Janséniste signant la Bulle, Tu tiens de fort mauvais propos.

Que de bon cœur je dissimule ; Je t'excuse et ne me plains pas ; Mais que t'a fait Tacite, hélas !

Pour le traduire en ridicuîe ?

. 28. — Les spectateurs cnrieux de l'Opéra souffrent impatiemment Tabsence de mademoiselle Heinel^ cette danseuse si propre a exciter leur lubricité. On a raconté (3) comment M. le comte de Lauraguais, enflammé pour elle^ avait versé de Tor avec profusion au sein de cette beauté ; mais, par une fatalité malheureuse qui empoisonne presque toujours nos plaisirs, mademoiselle Heinel s'est trouvée chatouillée d'une maladie de peau qui se communique avec rapidité, et qui a fait dire plaisamment qu'elle avait fait de son amant un prince de Galles.

Juin — 2. — Le sieur Grandval, après avoir fait les beaux jours de la scène française, s'en était retiré assez à temj^s pour emporter les regrets du public. Obligé de rentrer depuis, par des raisons de fortune, il a insensiblement perdu toute sa célébrité; et s* est vu forcé de disparaître tout à fait à Pâques dernier. Pour mettre le comble à ses humiliations, il vient de s'enrôler dans la troupe de Lyon, et terminera probablement ainsi sa malheureuse carrière. Tel on a vu Bélisairc demandant Taumône ; ou plutôt, tel le roi de Syracuse devint maître d'école.

4. -^ Le sieur Poinsinet a gagné sa cause en plein. Hier ses lettres de rescision ont été entérinées ; la demoiselle Le Blanc de Crouzol condamnée aux dépens, dommages et intérêts ; le Mémoire supprimé.

5. — M. Mercier de La Rivière, l'auteur du livre de l'Ordre naturel et essentiel des Sociétés politiques, est de retour à Paris depuis mercredi dernier. On sait qu'il avait été appelé en Russie pour présider à la rédaction du nouveau Code que rimpéralricefait faire. Il paraît que ce voyage, prôné avec tant d'emphase dans les papiers publics, n'a pas satisfait Taraour-propre de ce

(1) M. l'abbé de La Bletterie a été Père de l'Oratoire. - B.

(2) a a fait la Vie de Julien V Apostat. -^B.

(3) Voy. 29 mars 1768.

J13IW 1768. 279

magistrat autant qu'il Tespérait. Il est tombé malade en route, et n'est aiTivé à Saint-Pétersbourg qu'au mois d'octobre. Sa Majesté Impériale était à Moscou ; il a trouvé cette capitale occupée par huit cents députés arrivés de toutes parts, à TefFet de travailler au grand ouvrage en question. H a réprouvé une loi préliminaire, par laquelle Sa Majesté Impériale s'obligeait de ne punir jamais de mort aucun des membres de cette espèce de sénat de la nation ; et vraisemblablement cette opposition lui a fait des envieux. L'Impératrice, à son retour, l'a accueilli comme un nouveau sujet dont elle se félicitait. On lui avait fait entendre que M. de La Rivière, dans une sorte de disgrâce en France, ne serait pas fâché de s'expatrier : il a déclaré qu'il n'était rien de tout cela,, et qu'il ne comptait point rester en Russie; en un mot, soit refroidissement de Sa Majesté Impériale, soit qu'il ait prévu son inutilité, il est reparti dès que la saison l'a permis. L'Impératrice lui a fait un présent de dix mille roubles, et de mille à son secrétaire. Peut-être la grande vénération que les éti*angers avaient conçue pour lui, sur son livre, s'est-elle un peu dissipée aux approches de sa personne.

U. — Extrait d'une lettre de Lyon du 5 juin, a Nos comédien* ont joué vendredi sur leur théâtre : ^rîcte ou la Vestale (1). Cette tragédie, proscrite par votre Sorbonne, a eu le plus grand succès à la représentation d'avant-hier. Malheureusement M. le prévôt des marchands a été obligé d'arrêter le cours de cette nouveauté. La cabale des dévots a crié contre un drame où la vie monastique est dépeinte sous les couleurs les plus effrayantes et les plus vraies. C'est devenu, comme à Paris, une affaire de religion, et il a fallu sacrifier à ces clameurs dangereuses les plaisirs du public. »

13.— Un événement à peu près semblable à celui du Tartufe se réalise aujourd'hui, et cause beaucoup de rumeur dans la finance, en ce qu'il intéresse la famille des La Borde. Le sieur de Claustre, prcti*e de Lyon, après avoir été quinze ans précepteur des enfants de M. de La Borde, ancien fermier-général, est resté dans cette maison depuis son éducation finie jusqu'en 1762. Sa longue habitude dans la famille lui en a fait connaître tous les

(1) far Dtfbois TontaneUe ; imprimée à Paris, sous la rubrique de Londres, «n i768, sans nom d^aut^r.

tenants et aboutissants; il a pro6té de la faiblesse^ du dérangement et de l'espèce d'abandon de ses parents les plus proche?, où était un La Borde Desmastres^ ne^eu du premier, pour s'insinuer dans son esprit , se rendre nécessaire, et lui faire enfin épouser sa nièce^ le 18 avril 1766. Alors il a montré les dents^ et, se mettant à la tète des affaires du jeune homme, a fait des répétitions considérables contre le père et l'oncle de son neveu, capables de ruiner l'un et l'autre si elles étaient accordées dans leur totalité. Trois Mémoires très- volumineux sont déjà éclos dans cette contestation, vrai labyrinthe où Ton seperd,eld'oiiil résulte, en général, pour le lecteur, des impressions fâcheuses contre toute cette famille. On y trouve de chaque paît une aigreur capable de nuire aux meilleures causes, et les parties auraient infiniment mieux fait d'ensevelir dans l'oubli, à quelque prix que ce fût, un détail de faits peu honorables pour tous. On voit toujours avec peine un neveu provoquer son oncle, un fils son père, et un oncle et un père réduire le neveu et le fils à la cruelle nécessité de s'armer contre eux. La pièce la plus curieuse de tout ceci est un bout de Mémoire du sieur de Claustre, qu'il a joint à celui de son neveu. Le ton cafard qui y règne, les versets de TÉcriture dont il est lardé, l'esprit de raodémtion. de paix, de charité que ce prêtre affiche, sont une présomption forte contre lui, et le font passer, aux yeux de bien des gens, pour un monstre de chicane, revêtu de la peau d'un agneau. H ne faut point confondre ce Laborde avec le La Borde, ancien banquier de la cour, souche d'une autre famille.

23. — M. Pigalle, cet artiste célèbre chargé de terminer les travaux de la statue équestre de Louis XV, commencée par Bouchardoii, doit élever à M. de Montmartel un monument, témoignage de la douleur de sa famille. Il a imaginé de représenter un vase antique, contenant les cendres de ce citoyen estimable. Madame de Montmartel, squs la figure de la Piété, jette des fleurs sur cette urne précieuse. Un génie, de l'autre côte, dans l'attitude de la plus grande tristesse, exprime les regrets dont tous les honnêtes gens ont honoré un financier bienfaisant. Il semblerait naturel que le personnage de la Piété étant reçresenté par madame de Montmartel, on eût reconnu M. de Brunoy dans la seconde figure. Malheureusement, ce dernier ne

parait pas assez agréable au public pour avoir permis au compositeur de le mettre en scène. Quoi qu'il en soit, ce dessin sage et simple est proportionné au sujet, et marque dans M. Pigalle un homme de goût, capable de différents genres. On sait qu'il est Fauteur du mausolée de M. le comte de Saxe.

27. — Extrait d'une lettre du Vexin- Français, le 18 juin 1768. «11 est très-vrai; Rousseau est ici depuis près d'un an, 6' est-àdire depuis son retour d'Angleterre. Il est sous un nom étranger, et dans le ressort du parlement de Normandie. C'est le prince de Conti qui lui donne un asile à Trye. Quand il y vint, malgré la recommandation du prince, ses gens n'eurent pas beaucoup d'égards pour un homme simple, sans mine, et qui mangeait avec sa gouvernante.

(( L'inconnu eut la délicatesse de ne point se plaindre ; mais il écrivit à son protecteur de ne point trouver mauvais qu'il quittât ce lieu, et de lui permettre de se soustraire à ses bienfaits. Le prince de Conti se douta de ce qui était ; il arrive chez lui, arrache son secret à Rousseau^ le fait manger avec lui, assemble sa maison, et menace de toute son indignation, dans les termes les plus énergiques, celui qui manquera à cet étranger.

tt Du reste, il paraît faux que ce grand homme fasse imprimer à présent ses Mémoires, comme on a dit; sa gouvernante assure même qu'il a tout brûlé. Il est revenu de la vanité d'auteur : à peine a-t-il une plume et de l'encre chez lui. llbotanise depuis le matin jusqu'au soir, et forme un herbier considérable ; il a très-peu de relations , ne lit rien, aucun papier public, et ne saura peut-être jamais que M. de Voltaire ait fait une épître oii il le plaisante. »

30. — M. l'abbé Bandeau, qui était appelé en Pologne et devait partir au mois de mai pour y mettre eu pratique le système des Économistes, a changé de projet ; il se rend aux instances de M. le duc de Choiseul , qui lui fait assurer par M. Tévêque d'Orléans un bénéfice de vingt mille livres de rentes, tel que celui qu'on lui ofl'rait dans les pays étrangers. En attendant, ce ministre veut lui procurer une pension, soit sur les postes, soit sur les économats; ce qui n'est pas encore décidé. Cet auteur ue reprend pas la plume au journal des Éphémérides, et M. Dupont en reste en possession. 11 s'occupe aujourd'hui à répandre

t82 MEMOIRES SECRETS D£ BAGHAUMONT.

daas le public différents écrits toujours relatifs aux principes de la Société^ et se fait à lui-même des réponses sous des noms anonymes, afln d'avoir occasion de répliquer. 11 se croit cette petite charlatanerie permise pour le bien de la chose et pour Tutilité générale.

Juillet. — 2. — En conséquence d'une lettre du roi, du 25 juin, où Sa Majesté fait part à M. l'archevêque de la mort de la reine (1), son épouse et compagne, et sollicite les prières de rÉglise pour'le repos de Tâme de cette princesse, M. Tardievèque a fait un mandement, daté du 30 dudit mois, qui, api'ès on préambule pathétique sur les pertes successives que la France a faites, et un éloge de la reine, ordonne qu'il sera fait pour elle un service à Notre-Dame. La lettre du roi et le mandement ont été publiés hier. La simplicité de la pi*emière et une sorte de désordi*e qui y règne, forment un genre d'éloquence très-propre à peindre le trouble du cœur aflligé de cet auguste époux.

5. T- Le concours du prix de poésie à l'Académie Française roule ordinairement entre vingt et trente pièces. Cette année, il ai a été remis quatre-vingt-quatre au secrétaire. On prétend qu'un homme de qualité, âgé de quatre-vingt-deux ans, îe baron de'Chàkeauneuf, n'a point dédaigné d'entrer en lice contre la brillante jeunesse qui court la même carrière. Les vœux seront à coup sûr pour le moderne Sophocle, et il serait à souhaiter, pour l'honneur du siècle, qu'il eût le prix.

8. — Le sieur Taconet, auteur et acteur du théâtre de Nicolet, vient de s'exercer sur un sujet plus noble ; il a, de l'agrément de la police, fait imprimer des stances (2) sur la mort de la reine, en forme d'élégie. Il faut avouer que, si cet ouvrage fait honneur au cœur de cet histrion, il dégrade singulièrement l'héroïne. On est surpris qu'après l'exemple de VOraison funèbre du Père Fidèle, de Pau, si fameuse par son ridicule et par l'éclat scandaleux qu'elle fit à la mort de monseigneur le Dauphin, on n'ait pas examiné de plus près la pièce burlesque du sieur Taconet. 11 est des éloges qui doivent être interdits à de certaines bouches.

j[l) Marie leczinska, uée le 23 juia 1703, morte le 24 juin 1768. (t) Stances sur la mort de Marie, princesse de Poloijne, reine de France, Parit, Hémsant, 1768, in-49.

10. — Le eieur Sedaine, ce maçoti dereini poëte et auteur estimé de plusieurs pièces de théâtre jouées aux trois spectacles^ mais i^us habile encore à tracer le plan d'un édifice que celui d'un drame, vient d'être nommé secrétaire de FAcadémie d'Architecture à la place de M. Le Camus, dont on a annoncé la mort.

12. — Un négociant de Nantes ayant écrit à M. de Voltaire qu'il avait baptisé xin de ses vaisseaux du nom de ce grand poète, il y a répondu par une ÉpUre fort longue adressé au vaisseau : elle est pleine de fraîcliettr, de poésie et de philosophie ; mais elle est déparée par cet esprit satirique et burlesque, qui se mêle aujourd'hui aux plus beaux ouvrages du philosophe de Femey.

16. — Le célèbre M. Winkelman, cet homme rare par son goût et ses vastes connaissances, était revenu de Vienne à Trieste, pour se rendre à Rome, où, depuis quelques années, il faisait son séjour ordinaire. 11 a été assassiné dans l'auberge, par un étranger qui, après plusieurs conversations, s'était insinué dans l'esprit de ce savant. Un jour, sur les dix heures du matin, ce scélérat est entré dans la chambre de M. Winkelman, et lui a demandé à voir trois belles médailles d'or dont l'impératrice- Reine lui avait fait présent. Dans le moment où il ouvrait son coffre, il lui a donné sept coups de poignard. Son domestique étant accouru au bruit, l'assassin l'a renversé sur le carreau d'un coup de poing, et s'est sauvé sans avoir rien emporté. Ce savant estimable a suiTécu de quelques heures à ses blessures : il a eu le temps d'instituer son exécuteur testamentaire le cardinal Al- Iwmi, et d'écrire à ce prélat pour le prier de remercier Flmpératrice-Reîne de toutes les grâces .dont cette auguste souveraine avait daigné le combler, ainsi que le prince de Kauuitz et plusieurs autres seigneurs de la cour de Vienne.

Le monstre qui occasionne aujourd'hui nos regrets, est le nommé Archangely, de Pistoye : il a été arrêté dans la suite, et l'amené à Trieste le 15 juin.

17. — M. Bouret, cet homme ingénieux, toujours occupé de plaire à son maître, et qui dépense tant de trésors pour satisfaire cette noble passion, s'occupe à embellir encore le fameux Pavillon du roi, où U compte recevoir Sa Majesté cet automne, dans

le temps des fameuses chasses dans la forêt de Senart. Il vient de faire en marbre la flgure de Louis XV, avec tous les attributs de la royauté. C'est le sieur Tassart, sculpteur^ reçu depuis peu à TAcadémie, mais d'un mérite distingué, qu'il a chargé de ce travail. Elle doit être placée dans l'appartement du roi, au lieu du lit qui y était, et dont Sa Majesté n*a jamais fait usage. La statue sera en dedans de la balustrade, avec des gradins au bas du piédestal. De cet appartement galant, M. Bouret en fait un appartement magnifique par les dorures et les richesses qu'il doit y répandre, sorte d'ornements analogues à l'usage qu'il veut en faire aujourd'hui. On sait que ce Gnancier très-opulent,, mais très-dérangé dans ses affaires, avait été réduit à la pension par M. de La Borde, qui s'était chai'gé de l'administration de ses biens, et ne lui avait laissé que quinze mille livres de rentes. Maintenant qu'il se trouve libre, la dépense dont nous venons de parler est le premier emploi qu'il fait de ses immenses revenus. Un coup d'œil favorable de son maître le dédommagera de tout et fera son bonheur.

22. — Le bruit court que M. Rousseau est sorti de sa retraite de Tryc et est passé à Lyon, sans qu'on donne d'autres raisons de cette émigration que l'inconstance du personnage. On pesait s'il restera dans cette ville, où il se trouve dans le ressort dn Parlement de Paris : on présume qu'il y a conservé son nom étranger.

23. — La Comédie Italienne vient de perdre mademoiselle Camille Véronèse, morte, le 20 de ce mois, des suites d'une vie trop voluptueuse, comme il arrive assez souvent à ces demoiselles, qui aiment à la faire courte et bonne. Au reste, c'était une grande et très -grande actrice ; elle possfédkit la partie du sentiment dans un degré supérieur, et, depuis mademoiselle^Sylvia, aucune n'avait montré tant de talents pour la scène. Elle emporte avec elle les regrets des partisans de ce théâtre, qu'elle laisse absolument vide relativement à son genre. On n'y voit plus en femme que des cantatrites, et l'on sera obligé de renoncer absolument aux pièces italiennes qu'elle soutenait par son jeu ; elle était l'âme d'Arlequin même, qu'elle inspirait et dont elle échauffait la verve.

Page 1