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«uccès qu'ils s'en promettaient : on a trouvé le «pectacle du cinquième acte mesquin^ mal amené, invraisemblable, et trop brusqué. On a regretté les beaux vers du récit ordinaiie, et les vers de suture du sieur de Saint-Foix ont paru tout à fait disparates I il en a été de même du jeu des acteurs. Les uns ont joué divinement^ d'autres à faire mal au cœur.
2. — M. de Voltaire, qui trouve sans doute que son Histoire du Parlement ne perce pas assez à son gré et fait encore peu de bruit, la désavoue une seconde fois dans une nouvelle lettre insérée au Mercure de ce mois, et annonce qu'elle est indécente et hardie. Il sent bien que ces qualifications exciteront encore mieux la curiosité des lecteurs, et c'est ce qu'il souhaite ardemment.
3. — La seconde lettre de M. de Voltaire a produit l'effet qull en attendait. C*est une fureur pour courir après son Histoire du Parlement de Paris, par M. l'abbé Big..,, que des fous achètent jusqu'à six louis. On a tellement châtié les colporteurs, qu'il ne s'en trouve plus qui osent se charger de pareille marchandise, surtout de celle-ci, contre laquelle le Parlement a demandé les prohibitions les plus sévères.
13.— On rit beaucoup, à la cour, d'une plaisanterie que s'est permise M. le duc de Choiseul envers M. l'évêque d'Orléans, à un spectacle particulier que donnait chez elle madame la com* tesse d'Âmblimon t. Outre ce ministre et autres seigneurs de la plus grande distinction, il y avait plusieurs prélats. Avant la comédie, M. le duc de Choiseul avait prévenu quelques actrices. Deux s'étaient pourvues d'habits d'abbé; elles se présentèrent dans cet accoutrement à M. de Jarente. Ce prélat n'aime pas, en général, à rencontrer de ces espèces sur son chemin, parce qu'il se doute bien que ce sont autant d'importunités à essuyer. Ceuxci pourtant, par leur figure intéressante, attirèrent son attention ; ils lui adressèrent leur petit compliment, se donnèrent pour de jeunes candidats qui voulaient se consacrer au service des autels, se renommèrent de la protection et même de la parenté de M. le duc de Choiseul, qui n'était pas loin et vint appuyer leurs hommages et leurs demandes. Le cœur de l'évêque d'Orléans s'attendrit, par sympathie, sans doute ; il promit des merveilles, 6t, par une faveur insigne, ne put se refuser à donner l'accolade •à ces deux aimables ecclésiastiques. Quelle surprise pourleptsé-
lat, lorsque, pendant le spectacle, il entrevit sur le théâtre des iigures qui ressemblaientbeaucoup àcelles qu'ilavait embrassées ! Son embarras s'accrut par une petite parade (1), où il fut obligé de se reconnaître. On y peignait adroitement son aventure. Enfin des couplets charmants le mirent absolument au fait. U se prêta de la meilleure grâce à la raillerie. Les abbés redevenus des jeunes filles très-jolies et très-aimables, se reproduisirent avec toutes sortes de grâces et de minauderies. On lui rendit les baisers qu'il avait donnés. Gela fit l'entretien du souper. On s'était promis entre soi de ne point révéler les secrets de l'Église, et d'en faire un mystère aux profanes ; mais il est toujours des indiscrets qui n*ont pas de scrupule de manquer à lem* serment, et rhistoire perce depuis quelques jours dans le public. Tout le monde reconnaît là la gaieté fine du ministre, qui a besoin de se dérober quelquefois à ses importantes et pénibles occupations et de se dérider le front, pour les reprendre ensuite avec plus d*ardeur et de patriotisme.
14. — La crise de la Compagnie des Indes vient de fournir encore matière à plaisanterie. Un caustique a imaginé et fait exécuter une gravui'e où l'on a représenté l'assemblée générale des actionnaires. Autour du tapis vert sont les gens de l'administration; M. le contrôleur général préside au bout delà table ; à sa gauche est M. Boutin, intendant des finances, ayant la Compagnie dans son département, et cependant l'homme le plus acharné à son déchirement^ sujet de Tallégorie en question. On voit à ses pieds un gros dogue d'Angleterre, les yeux enflammés, la gueule ouverte, les poils bérissés> dans l'attitude d'une rage prêle à dévorer les actionnaires sur lesquels il s'élance. Son maître l'excite, en disant : ifors-/e«, pitoyable. et cruelle allusion au nom de l'auteur du Mémoire (Morellet) (2).
19. — U y a quelque temps que M. le prince de Conti, qui honore le sieur Gerbier, fameux avocat, d'une confiance particulière, est allé le trouver à sa terre d'AuInoy, où, malgré ses grandes occupations, il passe la plus grande partie de la belle saison. L'orateur, confondu d'une telle visite, mit dans sa récep-
(i) Voy. 14 août 1769.
(î) L*abbé Morellet a^ait publié un Mémoire swr la ntuaiion actuelU de la Compagnie de» Indes. (Amftterd. «t Paris, 1769, in-4.)
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tion toute Féloquence dont il est capable; mais le prince exigea qu'on oubliât le cérémonial dû à son rang^ et qu'on le thiitât €ommc un ami de la maison. Son premier soin fut de parcouiir les délicieux jardins du château. Ces jardins sont créés en quelque sorte par le nouveau maître, et c'est un jardinier anglais qui a traité cette partie dans toute la singularité du costume de sa nation. Après les premières promenades, le sieur Gerbier, laissant faire à sa femme les honneurs de sa maison, demanda au prince permission de le quitter un moment, sous quelque prétexte. 11 retint peu après, et conduisit insensiblement Son Altesse,' comme pour se reposer, sous un belvédère agréable, où Ton lut ces vers fraîchement écrits :
* Sous son humble toit Philëmon Reçût le maître da tonnerre ; A son bonheur le mien répond :
Je vois Gonti dans ma chaumière !
Le prince, enchamté de cette galanterie ingénieuse, redoubla de bontés et de caresses pour son hôte, et voulut passer trois jours chez lui : faveur signalée, dont aucun particulier n'a jamais pu se vanter.
2i. — M. de Voltaire, doué d'un cœur aussi actif que son esprit, a favorisé de sa recommandation auprès du ministre de la guerre, un jeune médecin, chargé de deux petits hôpitaux dans le pays de Gex, et venu à Paris pour demander une augmentation. Voici la recommandation dont il était porteur.
REQUÊTE DE C'eRMITE DE FERNEY A MONSEIGNEUR LE DUC DE CHOISEUL. *
« Rien n*est plus en place que la supplication d'un vietix malade pour un jeune médecin : rien n'est plus juste qu'une augmentation de petits appointements, quand le travail augmente. Monseigneur sait très-parfaitement que nous n'avions autrefois que des écrouelles dans les déserts de Gex, et que, depuis qu'il y a des troupes, nous avons quelque chose de plus fort. Le vieil ermite, qui, à la vérité, n'a reçu aucun de ces deux bienfaits de la Providence, mais qui s'intéresse sincèrement à tous ceux qui
scr h£moibes secrets de baghaumont.
en sont honcNréSy prend la liberté de repi'ésenter douloureusement et respectueusement à Monseigneur, que le sieur Coste, notre médecin très-aimable, qui compte nous empêcher de mourir, n'a pas de quoi vivre, et qull est en ce point tout le contraire des grands médecins de Paris. Il supplie Monseigneur de vouloir bien avoir pitié d'un petit pays dont il fait IHinique
espérance. »
M. Coste, muni d'un pareU passe-port, a été très-bien accueilli de M. le duc de Choiseul ; il a eu Thonneur de manger avec madame la duchesse, et ses appointements, qui n'étaient que de cinquante écus, ont été portés à douze cents livres; il a obtenu, en outre, une gratification de six cents livres pour son
voyage.
24. — On a consacré la petite plaisanterie faite à M. l'évêque d'Orléans (1), par un divertissement allégorique, intitulé le Ballet des abbés. On sent qu'il ne peut avoir lieu que sur des théâtres particuliers : il a déjà été exécuté en plusieurs endroits.
25. — L'Académie française a tenu aujourd'hui, suivant l'usage, sa séance publique pour la distribution du prix. L'affluence augmente de juur en jour à ces assemblées, et dès deux heures la salle était garnie. Les dames paraissent s'y plaire ; elles y étaient venues en grande quantité. Quand Messieurs sont CDtrés pour se mettre en place, on a été surpris de voir siéger parmi eux un abbé qu'on ne connaissait pas; M. Duclos^ le secrétaire de la compagnie, a éclairci l'embarras général, en annonçant que M. Fabbé était un Pocquelin (2), petit-neveu de Molière» Tout le monde a applaudi à cette distinction par des battements de mains multipliés. Ensuite M. Fabbé de Boismont, directeur, après avoir fait une espèce d'amende honorable à Molière au nom de l'Académie, qui, le comptant au rang de ses maîlKîs, le voyait toujours avec une douleur amère omis entre ses membi-es a déclaré <|ue, pour réparer cet outrage autant qu'il était en elle, elle avait proposé son Éloge au concours des jeunes candidats; que M. de Chamfort avait mérité le prix; que trois autres pièces avaient fait regretter aux juges de n'avoir qu'un
(\) Toy. 13 août 1769.
(f ) Cet* Jtbbé se nommait La Fosse et non Pocquelin. Voyez V Histoire de h vie des ouvrages de Molière, par J. Taschereau, p. 4il de la S« édition. — R..
prix à donner, et qu'une quatrième avait approché de très-près celle-ci. M. Duclos a cru devoir ajouter son mot, en 'disant qu*on ignorait les auteurs des accessit^ maià qu'on les invitait à faire imprimer leurs pièces, pour que les connaisseurs pussent juger, approuver l'arrêt de TAcadémie ou le casser; il a ajouté modestement : « Nous nous croyons plus forts qu'un particulier, mais le public est plus fort que nous. »
31. — Le discours que M. l'abbé Le Cousturier, chanoine de Saint-Quentin, a prononcé le jour de Saint-Louis, d^ns la chapelle du Louvre, devant messieurs de l'Académie Française, excite de grandes rumeurs dans la cabale des dévots, et renouvelle la fermentation qu'occasionna, il y a deux ans, celui de l'abbé Bassinet (1). On reproche encore à l'orateur de cette année d'avoir *fait un discours trop profane, d'avoir envisagé en Louis IX le monarque seul, sans parler du saint, d'avoir frondé les croisades, de s'être élevé avec force contre le tribunal de Tlnquisition,fd'avoir donné des leçons de politique dans une chaire où il ne devait donner que des leçons de vertu. On va jusqu'à supposer que cet âbbé est un suppôt du parti encyclopédique, parti qui ne cesse d'élever sa philosophie fausse et dangereuse sur les ruines de la vraie religion. On tourne même contre l'orateur les éloges qu'il a reçus des spectateurs, et ces battements de mains réitérés, qui ne sont d'usage que dans les assemblées profanes, au théâtre ou au barreau. Le zèle des fanatiques a été poilé au point de dénoncer ce panégyrique à M. Tarchevôquc, pour en suspendre l'impression et lui attirer les censures de ce prélat. Heureusement le discours est déjà imprimé par ordre de l'Académie Française, et dans une délibération subséquente ces messieurs ont arrêté de députer trois de leurs membres au premier gentilhomme de la Chambre en exercice, pour le supplier de présenter l'orateur à Sa Majesté, et de lui offrir son discours, faveur nouvelle et signalée de la part de l'Académie . La cérémonie doit avoir lieu dimanche à Versailles, et c'est M. le duc de Fronsac qui s'en est chargé.
Septembre. — 2. — On assure que le sieur Baculard d'Arnaud, auteur de plusieurs ouvrages larmoyants, tels que jérémiades, élégies, drames funéraires, a obtenu la pension que le sieur
(1) Voy. 4septembte 1767.
36» BIEMOIRXS SECRETS DE BÂCUAUMONT.
Poînsinet avait sur le Mercure, et que c'est à la sollicitation de l'abbc de Langeac auprès de M. le comte de Saint-Florentin. Ce jeune abbé est déjà un Mécène très-ardent pour les gens de lettres, et fait refluer sur eux la passion excessive dont il est dévoré pour les Muses.
6. — Une compagnie vient de former un établissement digne de la ville de Sybaris : elle a obtenu un privilège exclusif pour avoir des parasols et en fournir à ceux qui craindraient d'être incommodés du soleil pendant la traversée du Pont-Neuf. Il y aura des bureaux à cbaque extrémité de ce pont, où les voluptueux petits-maîtres qui ne vt)udronl pas gâter leur teint se pourvoiront de cette utile machine ; ils la rendront au bureau de l'autre côté ; ainsi alternativement, moyennant deux liards par personne. Ce projet a commencé à s'exécuter lundi dernier. On annonce que, si cette invention réussit, on est autorisé à former de pareils bureaux dans les autres endroits de Paris où les crânes pourraient s'affecter, tels que le Pont-Royal, la place de Louis XV, etc. Il y a apparence que ces profonds spéculateurs obtiendront aussi le privilège exclusif des parapluies.
On rappelle à cette occasion un projet beaucoup plus utile, dont on fournit le plan à M. de UAverdy, lorsqu'il était encore contrôleur général ; c'était celui d'établir des brouettes à demeure, à différents coins de rues, où il y aurait des lunettes, qui se trouveraient prêtes à recevoir ceux que des besoins urgents, presseraient tout à coup. On prétendait que celui-ci n'était qu'une dérision; qu'un plaisant anonyme voulait persifler par là le ministère vil et minutieux de M. de L'Averdy. Les entrepreneurs promettaient de rendre une somme au Trésor royal; ce qui tournait l'affaire en un impôt digne d'être assimilé à celui que Vespasien avait mis sur lès urines des Romains. Tant d'industrie prouve à quel point l'argent est devenu un besoin indispensable, et comment ons se tourmente en tou sens pour en acquérir. *
7. — On commence à croire que le Wauxhall des Champs-Elysées, qui portera le nom célèbre de Colysée, parce qu'il sera dressé sur le plan du Colysée de Vespasien, aura lieu certainement, par la grande quantité d'ouvriers qu'on vient de distribuer depuis peu pour les fondements de ce vaste édifice. Plu-
sieurs des actionnaires ont cependant retiré leur parole; mais on se flatte qull s'en présentera d'autres, et que la Ville, d'ailleurs^ suppléera aux fonds d'un établissement dont elle doit avoir les prémices.
13. — Les Comédiens Français ont pris l'alarme, depuis qu'il est sérieusement question du nouveau Wauxhall, sous le nom de Colysée. Ils ont fait des représentations au ministre ayant le département de la police de Paris; ils ont déposé dans son sein leurs inquiétudes sur le sort que pourrait leur faire un spectacle qui semblait vouloir envahir tous les autres, et s'appeler exclusivement le Temple des arts et des plaisirs. Ils ont fait valoir les droits qu'ils avaient à la protection du Gouvernement; ils ont intéressé à leur sort Thonneiu* de la nation même à ne point laisser déserter un théâtre, le premier de tous les théâtres, le modèle et l'école de toute l'Europe policée. M. le comte de Saint-Florentin a paru vivement aifecté de leurs plaintes; il a eu la bonté de leur faire écrire , de les rassurer, d'entrer dans des détails concernant le nouvel établissement, et de leur promettre que tout autre "Wauxhall serait interdit, excepté celui de la Foire Saint-Germain qui n'aura lieu que dans la saison même de cette Foire. Les amateurs des Fêtes de Tempe (i) sont de nouveau alarmés de cette lettre, et jugent que ces Fêtes, malgré leur privilège antérieur, seront supprimées l'année prochaine. ^
19. — Les spectacles de mademoiselle Guimard, qu'on avait dit (2) être discontinués par la retraite d'un amant distingué qui ne sid> venait plus aux frais considérables de ces fêtes, ont repris depuis quelque temps, et se continuent avec autant de succès que d'affluence. On n'y joue communément que de petits drames faits exprès pour le lieu. Quelques auteurs se sont voués à l'amusement de cette nymphe, et toute la musique qui s'y exécute est de M. de La Borde. Ce sont les camarades, des deux sexes^ de mademoiselle Guimard, qui la secondent dans les représentations où elle se prodigue elle-même avec beaucoup de complaisance. On sait qu'elle a une très-vilaine voix ; mais elle a dans son jeu une minauderie qui plaît à ses partisans, et qui pourrait passer pour du naturel par la grande habitude où elle
(1) Voy. 1S juillet 1769.
,2) Voy. 9 juillet 1769.
est de s'y exercer. Il païaît que, de tous les petits ouvrages composés pour ce théâtre, la Tête à perruque (1) est celui qui remporte la palme au gré des connaisseurs. Du reste, on n'entre que par billets; et c'est ordinairement le rendez-vpus des plus jolies filles de Paris et des plus admables libertins. 11 y a des loges grillées pour les honnêtes femmes, pour les gens d'Église, et les personnages graves qui craignent de se commettre parmi celte multitude de folles et d'étourdis.