CONTRÔLEUR-GÉNÉRAL
Maupeou, que le ciel en colère Nomma pour organe des lois, Maupeou, plus fourbe que son père,
Et plus scélérat mille fois,
(1) Ces yen sont attribués à M.Lantier, par A. A. Barbier, dans son Supp^'*! à la Correspondance littéraire de Grimm ; d'autres les donnent à Booffl*'*' "* ont été compris dans l'édition des Œuvres de ce poète, publiée en I8î6f cbei Fume. — R,
ê MÂBS 1770. S95
Pour cimenter notre misère, De Terray vient de faire choix.
Le trattre voulait un complice :
Mais il trouvera son supplice Dans lé cœur de l'abbé sournois.
12. — Madame la duchesse de Villeroi, très-renommée par son goût pour les fêtes [et pour les spectacles, et d'ailleurs à même d'influer grandement dans cette partie, étant sœur de M. le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre, a fait préparer une espèce d'opéra à machines, intitulé : la Tour enchantée, qu'elle compte faire exécuter pour le mariage de M. le Dauphin. Elle a extrêmement à cœur de faire réussir ce spectacle, pour lequel elle se donne beaucoup de soins et entre dans les plus petits détails. On ne doute pas de la beauté, de la magnificence et du génie, qui régneront dans cet ouvrage, presque tout entier de féerie. On croit que c'est M. de Sauvigny, qui, inspiré par cette Muse, a composé les paroles du poëme, la moindre chose de cette composition à grandes machines.
14. — M. Dupuy Demportes, auteur plus fécond que précieux de différentes pièces de littérature, vient de mourir. Il a écrit aussi sur la politique et sur quelques autres sciences.
20. — L'affaire singulière dont on a parlé dans son origine (1), entre le sieur Mouton, élève de l'Académie de Peinture à Rome, et le sieur Natoire, directeur de celte école, était pendante depuis longtemps au Châtelet. Le temps nécessaire pour avoir les certificats et pièces justificatives^ pour établir les preuves auxquelles le sieur Mouton avait été admis, avait allongé de beaucoup cette contestation. Les juges viennent enfin de prononcer en première instancef Le sieur Natoire est condamné envers le sieur Mouton à vingt mille livres de dommages et intérêts, à tous les frais et dépens. Permis au sieur Mouton de faire afficher un certain nombre d'exemplaires imprimés de la sentence, tant à Paris qu'à Rome, aux frais et dépens du sieur Natoire.
21 . — Le sieur Duclos, de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres et de l'Académie Française, est connu pour être extrêmement lié avec MM. de La Chalolais. On a parlé, dans le temps,
(i) Voy. 14 mai 1768.
996 MÉMOIRES S£CRETS DE BÂCHÂUMONT.
de la chaleur qu'il mettait à défendre en puMic ces procurem-sgënéraux^ et des craintes qu'il avait inspirées à ses amis par ce zèle inconsidéré. Il est parti depuis peu subitement pour se rendre à Saintes» lieu de l'exil des magistrats. On croit que M. le Chancelier a voulu employer cette dernière ressource pour négocier avec MM. de La Chalotais^ et les séduire» s'il est possible. Gomme le sieur Duclos est un homme sans conséquence» en cas de refus M. le Chancelier prétend qu'il ne sera pas compromis. Ceux qui connaissent le négociateur, peuvent juger par là de l'embarras oîi se trouve le chef de la magistrature» pour avoir recom*s à ctît homme turbulent, plus propre à brouiller qu'à pacifier, et dont le caractère n'annonce aucune des qualités nécessaires aune négociation aussi délicate. •
22. — On prétend que M. de La Chalotais, prévenu de Tarrivée du sieur Duclos, lui a demandé, dès le premier instant qu'il Ta vu, s'il venait le voir comme son ami, ou comme son tentateur ; qu'en la première qualité, il serait le très-bien venu et pouvait rester ; qu'en la seconde, il ne voulait ni ne pouvait l'écouter. Sur quoi la franchise de l'Académicien ne lui a pas permis de dissimuler qu'il était chargé de le solliciter de la part de la cour, et de lui détailler les propositions qu'il avait à lui faire d'après les instructions de M. le Chancelier. A quoi M. de La Chalotais ayant absolument fermé r(y*eille» le négociateur était reparti, comme l'huissier de Rennes, sans qu'on eût ouvert les paquets.
25. — M. l'abbé Trublet, archidiacre de Saint-Malo» vient d'y mourir, le 1 4 de ce mois, après avoir langui plusiews années. Il était de l'Académie Française, où il avait brigué une place pendant longtemps. Tout son mérite consistait dans un^ grande vénération pour Fontenelle et pour Lamotte. 11 avait fait plusieurs rapsodies, qui avaient donné lieu à ces vers caractéristiques de M. de Voltaire :
Il compilait, compilait, compilait.
Ce vers l'avait rendu plus célèbre que ses œuvres.
26. — On prétend que l'auteur du placard affiché à la porte du Contrôle-général, oîi il était écrit : « Ici l'on joue au noble
JEU DE BILLARD^ » a étë arrêté^ et que^ pour entrer dans les vues de douceur et d'indulgence de M. l'abbë Terray, on lui en a rendu compte^ mais que ce ministre avait décidé qu'il fallait le laisser à la Bastille jusqu'à ce que la partie fût finie.
30. — On a trouvé^ ces jours derniers^ affiché à la chdpelle de Tabbé Grisel^ à Notre-Dame {\), un écriteau portant ces mots : « Relâche au théâtre. » Ce quolibet sacrilège a fait frémir les premières dévotes qui Tout lu : on en a instruit le Chapitre^ qui a fait arracher Técriteau^ et on Ta déposé au greffe du bailliage, sans autre formalité.
Avril. — 3. t- M. Saurin^ de TAcadémie Française^ ayant adressé à M. de La Harpe des vers extrêmement fades et doucereux sur sa Mêlante, un inconnu a parodié ces vers, et s'est servi des mêmes rimes pour présenter l'inverse des mêmes pensées. - '